{"id":687,"date":"2021-04-20T09:22:57","date_gmt":"2021-04-20T07:22:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=687"},"modified":"2025-01-03T07:05:50","modified_gmt":"2025-01-03T06:05:50","slug":"robert2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/robert2021\/","title":{"rendered":"L\u2019approche de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des organisations internationales pour les pays du Sud : une analyse critique"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re d\u00e9cennie a vu un nombre toujours plus important d\u2019acteurs internationaux s\u2019investir sur la question de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud. La formulation de l\u2019objectif de d\u00e9veloppement durable (ODD) n\u00b0\u00a07 illustre bien cet engouement, d\u2019autant qu\u2019on assiste depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 une hausse consid\u00e9rable des financements internationaux et de l\u2019aide publique au d\u00e9veloppement consacr\u00e9s \u00e0 cette probl\u00e9matique. Cet int\u00e9r\u00eat manifeste a d\u00e9bouch\u00e9 sur la d\u00e9finition d\u2019un cadre d\u2019intervention multilat\u00e9rale auquel se r\u00e9f\u00e8rent la plupart des acteurs au travers du programme \u00ab\u00a0\u00c9nergie durable pour tous\u00a0\u00bb (<em>Sustainable Energy for All[footnote]D\u00e9sormais SE4ALL.[\/footnote]<\/em>, 2013, 2014). Dans cet article, nous cherchons \u00e0 questionner cet engouement en examinant les fondements th\u00e9oriques des programmes internationaux de transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud. Cette d\u00e9marche nous am\u00e8ne \u00e0 mettre en relief que les acteurs investis dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud et les sch\u00e8mes d\u2019intervention qu\u2019ils portent se basent sur deux mod\u00e8les th\u00e9oriques principaux en \u00e9conomie : l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique et l\u2019\u00e9chelle accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques (section 1). Nous les d\u00e9crivons afin de mettre en \u00e9vidence leurs principaux r\u00e9sultats sur les modalit\u00e9s d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud (section 2). Nous proposons ensuite une analyse critique de ces mod\u00e8les d\u2019un point de vue th\u00e9orique. Ce qui nous permet d\u2019insister sur la m\u00e9compr\u00e9hension qu\u2019ils v\u00e9hiculent sur les usages \u00e9nerg\u00e9tiques des populations. Nous interrogeons notamment les postulats m\u00e9ta-th\u00e9oriques sur lesquels reposent ces mod\u00e8les. En raison de leur ancrage dans la micro\u00e9conomie classique, ces derniers s\u2019arc-boutent sur l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale pour les choix de consommation \u00e9nerg\u00e9tique et l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019universalit\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences pour ces consommations. De ce fait, ils promeuvent une vision de la transition \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s de terrain et bas\u00e9e sur des \u00e9tapes naturelles de d\u00e9veloppement \u00e9nerg\u00e9tique. Le dernier point de cette analyse critique cible la transcription de ces mod\u00e8les en mati\u00e8re de politiques et de programmes de d\u00e9veloppement en mettant en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont ils s\u2019accordent avec les rep\u00e8res id\u00e9ologiques des acteurs internationaux (section 3). La r\u00e9flexion d\u00e9bouchera alors le choix d\u2019une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud\u00a0: nouveau paradigme de l\u2019aide au d\u00e9veloppement<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette premi\u00e8re partie insiste sur l\u2019importance acquise par la probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud aupr\u00e8s des acteurs internationaux. Cela se traduit par la construction d\u2019un nouveau paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement qui se fonde sur deux approches th\u00e9oriques de la transition.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019engouement des acteurs internationaux pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le 20 d\u00e9cembre 2010, la r\u00e9solution 65\/151 de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies proclame l\u2019ann\u00e9e 2012 : \u00ab Ann\u00e9e internationale de l\u2019\u00e9nergie durable pour tous \u00bb. Un an plus tard, la r\u00e9solution 67\/215 marque la p\u00e9riode 2014-2024 comme \u00e9tant la \u00ab D\u00e9cennie des Nations Unies relative \u00e0 l\u2019\u00e9nergie durable pour tous \u00bb (ONU, 2013, p. 2). Ces r\u00e9solutions font \u00e9cho aux engagements pris lors de la d\u00e9claration de Rio sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement[footnote]http:\/\/www.un.org\/french\/events\/rio92\/rio-fp.htm consult\u00e9 le 01\/09\/2020.[\/footnote] et celle du Sommet mondial de Johannesburg pour le d\u00e9veloppement durable[footnote]http:\/\/www.un.org\/french\/events\/wssd\/ consult\u00e9 le 01\/09\/2020.[\/footnote]. Plus r\u00e9cemment, l\u2019ONU a adopt\u00e9 les ODD qui, contrairement aux objectifs mill\u00e9naires pour le d\u00e9veloppement (OMD), int\u00e8grent un septi\u00e8me axe concernant sp\u00e9cifiquement l\u2019\u00e9nergie. Il est d\u00e9clin\u00e9 en cinq cibles \u00e0 atteindre pour 2030[footnote]ONU, les ODD, objectif n\u00b07 : http:\/\/www.un.org\/sustainabledevelopment\/fr\/energy\/ consult\u00e9 le 01\/09\/2020.[\/footnote]. Cet objectif met en lumi\u00e8re un int\u00e9r\u00eat manifeste de la communaut\u00e9 internationale pour la probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays en voie de d\u00e9veloppement. Celle-ci est d\u00e9sormais au centre des d\u00e9bats, des politiques et des programmes de d\u00e9veloppement. Cette volont\u00e9 marqu\u00e9e au niveau multilat\u00e9ral s\u2019est m\u00eame largement diffus\u00e9e puisque la probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud vient \u00e9largir le spectre traditionnel des acteurs internationaux engag\u00e9s sur les questions de d\u00e9veloppement. Aujourd\u2019hui, un ensemble vaste et disparate d\u2019organisations internationales, de bailleurs de fonds, de personnalit\u00e9s, d\u2019entreprises, d\u2019ONG, de fondations et d\u2019associations de solidarit\u00e9 internationale s\u2019investissent sur cette question. La fondation \u00c9nergies pour l\u2019Afrique de J.L. Borloo ou le plan Power Africa de Barack Obama ont fait le plus l\u2019actualit\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Avec la COP21 se sont \u00e9galement multipli\u00e9s les initiatives internationales comme l\u2019International Solar Alliance regroupant plus de 121 pays autour de la promotion de l\u2019\u00e9nergie solaire dans les pays en voie de d\u00e9veloppement (PED). Initi\u00e9e par le Premier ministre indien Narendra Modi, elle a \u00e9t\u00e9 reprise par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais E. Macron en 2018 qui a depuis lanc\u00e9 \u00ab Terrawatt Initiative \u00bb en mobilisant de grandes soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res internationales (Blackrock, Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale) ou des firmes multinationales (Total, Engie, Schneider Electric).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet engouement se traduit sur le plan financier. La probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud concentre une part toujours plus importante des efforts de l\u2019aide publique internationale et des agences de d\u00e9veloppement (AEI, 2002, 2011, 2017). Depuis 2000, on assiste \u00e0 une hausse importante des financements sur cette th\u00e9matique de la part des pays du Comit\u00e9 d\u2019aide au d\u00e9veloppement. Les engagements financiers internationaux en faveur des \u00e9nergies propres et renouvelables dans les PED sont en forte hausse. De 2000 \u00e0 2009, ils ont vari\u00e9 entre 1 et 4 milliards de dollars par an, puis de 9,9 milliards de dollars en 2010 \u00e0 18,6 milliards de dollars en 2016, soit dix fois plus qu'au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 (cf. graphe 1). Un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat qui contrebalance la dynamique de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente : entre le milieu des anne\u0301es 80 et le de\u0301but des anne\u0301es 2000, l\u2019aide par secteur alloue\u0301e a\u0300 l\u2019e\u0301nergie est tombe\u0301e de plus de 8 % a\u0300 environ 4 %. L\u2019engagement de l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie atteint pour sa part 20 % de l\u2019activit\u00e9\u0301 totale depuis 2017 et a connu une hausse de 108,8 % entre 2013 et 2019[footnote]Garphe 1 : Bilan 2020 de l\u2019ODD n\u00b07. Division statistique des Nations Unies. https:\/\/unstats.un.org\/sdgs\/report\/2019\/goal-07\/ consult\u00e9 le 01\/09\/20[\/footnote].<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_690\" align=\"aligncenter\" width=\"550\"]<img class=\"wp-image-690 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert.png\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"404\" \/> Graphe 1. Engagements financiers internationaux pour les \u00e9nergies propres et renouvelables (millions de $, prix constants 2016)[\/caption]\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un nouveau paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La transition \u00e9nerg\u00e9tique est donc devenue un nouvel axe central de l\u2019aide internationale au d\u00e9veloppement. Nous faisons ainsi le constat de l\u2019\u00e9mergence et de la consolidation d\u2019un nouveau paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement qui consacre l\u2019id\u00e9e que fournir\u00a0un meilleur acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie est source de d\u00e9veloppement, voire que l\u2019\u00e9nergie serait le principal facteur de d\u00e9veloppement (Robert, 2016). Pr\u00e9cisons que cette vision ne consid\u00e8re pas n\u2019importe quel type d\u2019\u00e9nergie\u00a0: c\u2019est, d\u2019une part, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie dite \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb et, d\u2019autre part, une transition vers un mix \u00e9nerg\u00e9tique plus sobre et moins \u00e9metteur en CO2 qui sont jug\u00e9s n\u00e9cessaires (ONU, 2013, p.\u00a02). Sont ainsi regroup\u00e9s pour la premi\u00e8re fois, derri\u00e8re cette id\u00e9e de l\u2019\u00e9nergie moderne et soutenable en faveur du d\u00e9veloppement, des objectifs d\u2019\u00e9lectrification, de fourniture de service \u00e9nerg\u00e9tique, d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de diffusion des sources d\u2019\u00e9nergies renouvelables. Les probl\u00e9matiques d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et de transformation \u00e9cologique des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques se voient donc li\u00e9es dans un m\u00eame sch\u00e9ma directeur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement est cens\u00e9 apporter une r\u00e9ponse aux multiples enjeux \u00e9nerg\u00e9tiques auxquels sont confront\u00e9s les pays du Sud et plus particuli\u00e8rement les pays africains\u00a0(Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie[footnote]D\u00e9sormais AIE.[\/footnote], 2019)\u00a0: croissance de la demande, d\u00e9pendance aux ressources fossiles ou aux \u00e9nergies dites \u00ab\u00a0traditionnelles\u00a0\u00bb[footnote]Principalement le \u00ab\u00a0bois de feu\u00a0\u00bb, le charbon de bois mais \u00e9galement les r\u00e9sidus de cultures et animaliers.[\/footnote], pauvret\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, vuln\u00e9rabilit\u00e9 et inefficience des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques, probl\u00e8mes environnementaux et urbanisation. C\u2019est notamment le manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie s\u00fbre et abordable dans ces pays qui rendrait l\u2019objectif d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique \u00e0 la fois si particulier et si imp\u00e9rieux. Dans les PED, entre 800 millions et 1,2 milliard d\u2019individus ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et entre 2,7 et 3 milliards d\u00e9pendent des sources de biomasse-\u00e9nergie. Ce constat est d\u2019autant plus pr\u00e9occupant que la situation devrait se d\u00e9t\u00e9riorer entre 2010 et 2030 avec la croissance d\u00e9mographique (AIE, 2011). Ainsi au Sud, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et la transition sont deux processus qui doivent \u00eatre pens\u00e9s et impl\u00e9ment\u00e9s ensemble\u00a0: le manque d\u2019acc\u00e8s contraint les m\u00e9nages \u00e0 la consommation d\u2019\u00e9nergies peu efficaces et impactant sur l\u2019environnement et leur sant\u00e9 tandis que la transition vers des sources \u00e9nerg\u00e9tiques plus propres ou plus fiables leur donne acc\u00e8s \u00e0 de nouveaux services indispensables pour satisfaire leurs besoins.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019initiative <em>Sustainable Energy for All<\/em> est sans doute l\u2019exemple le plus r\u00e9v\u00e9lateur de cette vision. En septembre 2011, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies Ban Ki-Moon lance SE4ALL int\u00e9grant trois objectifs prioritaires \u00e0 atteindre pour 2030\u00a0: l\u2019acc\u00e8s universel \u00e0 des services \u00e9nerg\u00e9tiques modernes, le doublement du taux d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique ainsi que celui des \u00e9nergies renouvelables (ENR) dans le bouquet \u00e9nerg\u00e9tique mondial (SE4ALL, 2013). SEALL fournit un cadre pour la mise en \u0153uvre de l\u2019ODD n\u00b07 qui consacre trois cibles \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00ab\u00a0soutenable\u00a0\u00bb\u00a0: cible 7.1 sur l\u2019acc\u00e8s aux formes \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb, cible 7.2 pour la diffusion des \u00e9nergies renouvelables (cible 7.2) cible et d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique (cible 7.3). Il nous semble int\u00e9ressant d\u2019approfondir et de questionner les fondements th\u00e9oriques de cette vision \u00e0 travers l\u2019\u00e9tude des acteurs et des grands programmes internationaux qui la portent et s\u2019y rattachent.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les fondements th\u00e9oriques du paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb du d\u00e9veloppement<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie est l\u2019une des premi\u00e8res grandes organisations \u00e0 s\u2019\u00eatre concentr\u00e9e sur les probl\u00e9matiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud. L'AIE, cr\u00e9\u00e9e initialement sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques \u00e0 la suite du choc p\u00e9trolier afin d\u2019administrer les r\u00e9serves strat\u00e9giques, a vu ses missions \u00e9volu\u00e9es. L\u2019AIE coordonne un rapport annuel \u2013 le <em>World Energy Outlook<\/em> \u2013 consacr\u00e9 aux enjeux \u00e9nerg\u00e9tiques mondiaux ou qui se concentrent parfois sur certaines grandes r\u00e9gions comme l\u2019<em>Africa Energy Outlook<\/em>. Elle y analyse les secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques et leurs \u00e9volutions. L\u2019\u00e9tude de plusieurs de ces rapports r\u00e9v\u00e8le que les mod\u00e8les d\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (EE) ou d\u2019\u00e9chelle accumulation \u00e9nerg\u00e9tique (EAE) apparaissent comme les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques centrales de l\u2019agence et des axes prospectifs ou des sc\u00e9narios de transition qu\u2019elle propose. D\u00e8s 2002, l\u2019agence mobilise l\u2019EAE pour repr\u00e9senter les transitions \u00e9nerg\u00e9tiques dans les pays du Sud et mobilise les travaux de Davis (1998) et de Masera <em>et al. <\/em>(2000) qui ont initi\u00e9 le d\u00e9veloppement de ce mod\u00e8le (cf. graphe 2; Heuraux, 2010). Il permet \u00e0 l\u2019agence de construire des projections d\u2019un sc\u00e9nario d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui estime alors qu\u20191,4 milliard de personnes n\u2019auront toujours pas l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en 2030, soit environ 17 % de la population mondiale (AIE, 2002, p. 377).<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_691\" align=\"aligncenter\" width=\"554\"]<img class=\"wp-image-691 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert.png\" alt=\"\" width=\"554\" height=\"433\" \/> Graphe 2. La transition \u00e9nerg\u00e9tique par combinaison individuelle de sources et de services \u00e9nerg\u00e9tiques (AIE, 2002, p. 370)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le rapport de 2011 \u2013 \u00ab\u00a0Energy for all\u00a0: Financing access for the poor\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019AIE propose pour la premi\u00e8re fois une d\u00e9finition de l\u2019objectif d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb<em> s<\/em>ur des crit\u00e8res universels\u00a0: pour satisfaire cet objectif, les populations doivent disposer de \u00ab<em>\u00a0clean cooking facilities<\/em>\u00a0\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9quipements de cuisine n\u2019impactant pas la sant\u00e9, \u00e9cologiquement soutenable et \u00e9conomes en \u00e9nergie. Elles doivent \u00e9galement consommer au moins 250 kilowatts-heures (kWh) par an en zone rurale (usage d\u2019un plafonnier, d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable et de deux lampes fluocompactes cinq heures par jour) et de 500\u00a0kWh\/an en ville (un r\u00e9frig\u00e9rateur efficace, un deuxi\u00e8me t\u00e9l\u00e9phone et une t\u00e9l\u00e9vision). Sur cette base, le rapport estime qu\u2019il faut augmenter de 20\u00a0milliards de dollars par an les financements pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud (AIE, 2004, p.\u00a03). Cette d\u00e9finition de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie moderne, et notamment l\u2019\u00e9tablissement des seuils de consommation \u00e9lectrique, est \u00e9tablie en r\u00e9f\u00e9rence aux mod\u00e8les d\u2019EE \u2013 \u00ab\u00a0energy ladder\u00a0\u00bb \u2013 d\u2019Hosier et Dowd (1987) et d\u2019EAE \u2013 \u00ab<em>\u00a0fuel stacking\u00a0<\/em>\u00bb (Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000). Elle va ensuite faire consensus au niveau international d\u2019autant plus que l\u2019AIE va pousser \u00e0 la promotion de l\u2019objectif 7 des ODD. On la retrouve \u00e9galement dans d\u2019autres travaux de l\u2019agence (AIE, 2012, 2014, 2017). Ces mod\u00e8les servent aussi de base th\u00e9orique \u00e0 l\u2019indice de d\u00e9veloppement \u00e9nerg\u00e9tique (IDE) propos\u00e9 par l\u2019agence \u00e0 partir de 2004 (AIE, 2004) afin de mesurer \u00ab\u00a0les progr\u00e8s d\u2019un pays ou d\u2019une r\u00e9gion dans sa transition vers les combustibles modernes\u00a0\u00bb (cf. \u00e9galement AIE, 2014, p.\u00a0541) et d\u2019aider \u00e0 la prise de d\u00e9cision sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud (AIE, 2004, p.\u00a0342).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019AIE est \u00e9galement impliqu\u00e9e dans le programme SE4ALL (AIE, 2012). Elle a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de son cadre d\u2019intervention \u2013 SE4ALL Global Tracking Framework (GTF) \u2013 avec la Banque mondiale et son Programme d\u2019assistance \u00e0 la gestion du secteur \u00e9nerg\u00e9tique (ESMAP)[footnote]Le Programme d'assistance \u00e0 la gestion du secteur \u00e9nerg\u00e9tique (ESMAP) est une organisation g\u00e9r\u00e9e par la Banque Mondiale dont le but est d'aider techniquement les pays en d\u00e9veloppement \u00e0 accro\u00eetre leurs connaissances et capacit\u00e9 institutionnelle pour mettre en \u0153uvre des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques soutenables.[\/footnote] (SE4ALL, 2017). SE4ALL fournit ainsi un cadre d\u2019intervention multilat\u00e9rale, d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles, qui a pour objectif de guider et coordonner les efforts entrepris par les acteurs internationaux en vue d\u2019atteindre les trois objectifs prioritaires de l\u2019initiative pour 2030 dans les PED. Le GTF retient les mod\u00e8les EE et EAE comme fondement th\u00e9orique. Ceux-ci sont aussi mobilis\u00e9s dans les rapports SE4ALL \u00e0 travers des r\u00e9f\u00e9rences aux travaux de Barnes (2007), Davis (1998), Heltberg (2004) ou encore Masera (2000) (cf. SE4ALL, 2013, p.\u00a080-82).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019EE demeure le support th\u00e9orique de l\u2019approche \u00ab Multi-Tier\u00a0Framework \u00bb (MTF) (ESMAP, 2015, p. 7). Cette approche a vocation op\u00e9rationnelle est d\u00e9velopp\u00e9e dans le cadre de SE4ALL pour guider les actions et \u00e9valuer leurs impacts (SE4ALL, 2014). Elle est d\u00e9crite dans le rapport \u00ab<em>\u00a0Beyond Connections\u00a0: Energy Access Redefined\u00a0<\/em>\u00bb (cf. graphe 3). Il s\u2019agit d\u2019un mod\u00e8le de mesure de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00ab moderne \u00bb selon un syst\u00e8me d\u2019\u00e9chelonnement dit \u00ab Multi-tier \u00bb. Le MTF induit des niveaux progressifs, cens\u00e9s d\u00e9passer les limites d\u2019une \u00e9valuation binaire de l\u2019objectif d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Cet acc\u00e8s ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une connexion domestique au r\u00e9seau \u00e9lectrique, mais s\u2019envisage selon un continuum de niveaux de service ou paliers \u00e9valu\u00e9s selon une se\u0301rie d\u2019indicateurs comme la capacit\u00e9 de production ou de charge, la dure\u0301e et la fiabilit\u00e9 de fourniture, la qualite\u0301 de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 distribu\u00e9e ou encore son co\u00fbt (ESMAP, 2015). Ce mod\u00e8le MTF est repris par l\u2019ensemble des organisations et des programmes actuels de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud (p. ex. Boie <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2018; ECREEE, 2019). Elle sert pour l\u2019\u00e9valuation de situation <em>ex-ante<\/em> \u00e0 des march\u00e9s locaux de l\u2019\u00e9nergie ou pour l\u2019\u00e9valuation d\u2019impact <em>ex-post<\/em> de projet. ESMAP, qui a r\u00e9alis\u00e9 de nombreuses \u00e9tudes de march\u00e9s et de secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques dans les pays du Sud depuis sa cr\u00e9ation en 1983, mobilise d\u00e9sormais ce mod\u00e8le pour ses interventions ou ses analyses.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_692\" align=\"aligncenter\" width=\"588\"]<img class=\"wp-image-692 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert.png\" alt=\"\" width=\"588\" height=\"560\" \/> Graphe 3. Le mod\u00e8le MTF par la Banque Mondiale (Bathia et Angelu, 2014; ESMAP, 2015)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette approche par paliers de niveaux de service \u00e9lectrique reprend les termes de l\u2019EE. Ce que rappellent Grimm <em>et<\/em> <em>al.<\/em> (2014) qui \u00e9tudient l\u2019impact des syst\u00e8mes photovolta\u00efques Pico diffus\u00e9s dans les zones rurales du Rwanda dans le cadre de SE4ALL. Ce kit photovolta\u00efque est un dispositif technique promue par l\u2019initiative comme solution pour les zones rurales des pays du Sud, car son co\u00fbt est minime (Grimm <em>et<\/em> <em>al., <\/em>2014, p.\u00a041). Son fonctionnement se fonde sur l\u2019EE\u00a0: la technologie Pico permet d\u2019atteindre le premier palier d\u2019acc\u00e8s (Tier 1 energy access) qui constitue une \u00e9tape de l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (<em>ibid<\/em>., p.\u00a05-10)<em>.<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les exemples que nous venons d\u2019\u00e9voquer mettent en exergue l\u2019importance de la r\u00e9f\u00e9rence aux mod\u00e8les d\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019Hosier et Dowd (1987) et d\u2019\u00e9chelle d\u2019accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques de Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em> (2000). Ces mod\u00e8les th\u00e9oriques impr\u00e8gnent et structurent un ensemble vaste d\u2019initiatives, de programme, d\u2019\u00e9tudes d\u2019impact ou d\u2019approches sectorielles (par exemple Barnes <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2010; Ekouevi et Tuntivate, 2012; Grimm <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2014, 2016; Halff <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2014; Heuraux, 2010; <em>Ramani<\/em> et <em>Heijndermans<\/em>, 2003; Reddy, 2000; Rehfuess, 2006; Shrestha et Acharya, 2015; Paunio, 2018). Ils sont \u00e9galement deux r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques majeures de la litt\u00e9rature en \u00e9conomie sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les mod\u00e8les d\u2019EE et d\u2019EAE\u00a0: une approche micro\u00e9conomique standard de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette deuxi\u00e8me partie, l\u2019EE et l\u2019EAE sont d\u00e9taill\u00e9es afin d\u2019en proposer une analyse critique. Celle-ci vient insister sur le point de vue micro\u00e9conomique adopt\u00e9 pour penser la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud, laquelle aboutit \u00e0 un manque de prise en compte des usages \u00e9nerg\u00e9tiques locaux.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La structuration du champ scientifique en \u00e9conomie autour de l\u2019EE et de l\u2019EAE<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au milieu des ann\u00e9es 1980, le champ en \u00e9conomie sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les PED se structure autour du mod\u00e8le d\u2019<em>energy ladder <\/em>(cf. graphe 4). Il est formalis\u00e9 par R. Hosier et J. Dowd (1987) \u00e0 partir d\u2019une corr\u00e9lation observ\u00e9e au niveau macro entre la consommation d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le PIB. Ils admettent que cette corr\u00e9lation existe au niveau micro afin de th\u00e9oriser les comportements de consommation \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages (Reddy, 2000; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013). Ils font alors appel \u00e0 la th\u00e9orie standard de la consommation, ce qui aboutit \u00e0 consid\u00e9rer que les individus ou les m\u00e9nages effectuent un choix de consommation pour un type de source d\u2019\u00e9nergie parmi un bouquet accessible. Ce choix maximise leur utilit\u00e9 sous contrainte de revenu en fonction des caract\u00e9ristiques physiques \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb de diff\u00e9rentes sources d\u2019\u00e9nergie (propret\u00e9, exposition individuelle aux polluants, facilit\u00e9 d\u2019emploi, efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique) (Reddy, 2000; Clancy, 2006; Hiemstra von der Horst <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2008). Il en r\u00e9sulte une hi\u00e9rarchisation en \u00e9chelle de ces sources o\u00f9 \u00e0 chaque niveau de revenu correspond un type d\u2019\u00e9nergie dominante qui, sans \u00eatre la seule accessible, maximise l\u2019utilit\u00e9 des m\u00e9nages (Hosier and Dowd, 1987; Reddy et Reddy, 1994). Si les dotations mon\u00e9taires sont faibles, les m\u00e9nages s\u2019en tiennent aux \u00e9nergies \u00ab\u00a0traditionnelles\u00a0\u00bb qui induisent un grand nombre de contraintes d\u2019usage. Leurs revenus augmentant, les populations effectuent une transition \u00e9nerg\u00e9tique par commutation \u2013 \u00ab<em>\u00a0fuel switching<\/em>\u00a0\u00bb (Smith <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 1994) \u2013 vers un \u00e9chelon sup\u00e9rieur. Le processus de substitution prend fin lorsque les m\u00e9nages atteignent un niveau de revenu leur permettant d\u2019utiliser les formes \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb<em>\u00a0<\/em>d\u2019\u00e9nergie\u00a0que sont l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le GPL[footnote]Gaz P\u00e9trole de liqu\u00e9fi\u00e9.[\/footnote] (Leach, 1992; Clancy, 2006). Plus efficaces et utiles, elles sont n\u00e9anmoins plus ch\u00e8res \u00e0 l\u2019achat.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_693\" align=\"aligncenter\" width=\"605\"]<img class=\"wp-image-693 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert.png\" alt=\"\" width=\"605\" height=\"311\" \/> Graphe 4. Repr\u00e9sentation sch\u00e9matique de l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (Smith et al., 1994)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Jusqu\u2019aux ann\u00e9es 2000, les \u00e9tudes en \u00e9conomie vont se concentrer sur la v\u00e9rification empirique de l\u2019EE (p. ex. Barnes et Qian, 1992; Leach, 1992; Smith <em>et<\/em> al., 1994; Reddy, 1995). Elles vont apporter des \u00e9l\u00e9ments confirmant ce mod\u00e8le, ainsi qu\u2019en proposer de nouvelles variantes, \u2013 \u00ab\u00a0<em>rural energy ladder<\/em>\u00a0\u00bb (Barnes et Qian, 1992), \u00ab<em>\u00a0ladder of energy demand<\/em>\u00a0\u00bb (Foley, 1995). Finalement, elles vont aboutir \u00e0 sa remise en cause en mettant en exergue un mode de consommation par \u00ab<em>\u00a0multiple fuel<\/em>\u00a0\u00bb (Davis, 1998)<em>. <\/em>Celui-ci fait l\u2019objet de plusieurs tentatives de construction th\u00e9orique sur la d\u00e9cennie 1995-2005. La transition propos\u00e9e par l\u2019EE ne serait pas aussi lin\u00e9aire et unidirectionnelle que ne le laisse entendre le concept de \u00ab\u00a0<em>fuel switch<\/em>\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 une augmentation des revenus, les m\u00e9nages peuvent d\u00e9cider de continuer \u00e0 consommer ou de revenir aux \u00e9nergies \u00ab\u00a0traditionnelles\u00a0\u00bb (Leach, 1992), ou encore d\u2019adopter un mix \u00e9nerg\u00e9tique compos\u00e9 de diff\u00e9rentes sources (Masera et Navia, 1997). Le concept de \u00ab<em>\u00a0fuel stacking<\/em>\u00a0\u00bb (Masera <em>et al.<\/em>, 2000; p.\u00a02084) appara\u00eet alors plus appropri\u00e9 pour qualifier \u00e0 la fois un mode de consommation \u00e9nerg\u00e9tique par \u00ab<em>\u00a0multiple fuel<\/em>\u00a0\u00bb (Davis, 1998) ainsi qu\u2019une dynamique de transition individuelle plus complexe par \u00ab<em>\u00a0inter-fuel substitution<\/em>\u00a0\u00bb (Masera et Navia, 1997, p.\u00a0348). Les m\u00e9nages b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019avantage procur\u00e9 par l\u2019usage de plusieurs sources, certaines \u00e9tant adapt\u00e9es \u00e0 leurs pr\u00e9f\u00e9rences multiples, notamment pour la cuisson. En agissant ainsi, les populations maximisent \u00e9galement leur s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques sert alors d\u2019assurance ou de s\u00e9curit\u00e9 lorsque l\u2019offre devient erratique ou que les fluctuations de prix sont trop importantes (Masera <em>et<\/em> <em>al.,<\/em> 2000; p. 2094).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des \u00e9tudes vont prendre appui sur les concepts de \u00ab\u00a0<em>multiple fuel use<\/em>\u00a0\u00bb et de \u00ab<em>\u00a0fuel stacking<\/em> \u00bb pour les confronter \u00e0 l\u2019empirie. Confrontation qui aboutit \u00e0 la formalisation du mod\u00e8le d\u2019EAE qui va ensuite occuper une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la litt\u00e9rature (Kowsari et Zerriffi, 2011). Quoique constamment remis en cause, le mod\u00e8le d\u2019EE est rappel\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement comme r\u00e9f\u00e9rence essentielle de la litt\u00e9rature (Heltberg, 2004; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008; Mekonnen et Kohlin 2009). La p\u00e9riode r\u00e9cente voit ce mod\u00e8le r\u00e9actualis\u00e9 et remis sur le devant de la sc\u00e8ne (Ahmad et De Oliveira, 2015), l\u2019EAE supportant difficilement l\u2019\u00e9preuve de test \u00e9conom\u00e9trique sur un panel important. Aujourd\u2019hui ces deux mod\u00e8les occupent par cons\u00e9quent une place importante dans la litt\u00e9rature. Ils demeurent les deux r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques structurantes du champ en \u00e9conomie.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Des th\u00e9ories micro\u00e9conomiques de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le fait que les deux approches \u00e9voqu\u00e9es ici soient incontournables s\u2019explique par le manque de th\u00e9ories \u00e9conomiques qui int\u00e8grent une approche sp\u00e9cifique des usages \u00e9nerg\u00e9tiques au Sud tout en permettant d\u2019appr\u00e9hender les ph\u00e9nom\u00e8nes dynamiques\u00a0de transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ces mod\u00e8les se pr\u00e9sentent comme des th\u00e9ories micro\u00e9conomiques de la transition \u00e9nerg\u00e9tique (Hiemstra-van der Horst et Hovorka, 2008)\u00a0: ils fournissent un cadre pour analyser la consommation d\u2019une ou plusieurs sources d\u2019\u00e9nergie par un individu ou un m\u00e9nage en formalisant un chemin de transition \u00e9nerg\u00e9tique individuelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cas de l\u2019EE, la transition d\u2019une forme d\u2019\u00e9nergie \u00e0 une autre se fait par phases distinctes. Entre chaque phase, les m\u00e9nages effectuent un \u00ab<em>\u00a0fuel switch<\/em>\u00a0\u00bb (Smith <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 1994, p.\u00a0598.), \u00ab<em>\u00a0fuel shifts<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>carriers shift<\/em>\u00a0\u00bb (Reddy, 1995, p.929); un concept au centre du processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9crit par l\u2019\u00e9chelle et qui qualifie la substitution \u2013 donc l\u2019abandon \u2013 d\u2019une source contraignante pour une autre plus efficace. Lorsque le statut \u00e9conomique des m\u00e9nages \u00ab<em>\u00a0switch<\/em>\u00a0\u00bb s\u2019am\u00e9liore, ils pr\u00e9f\u00e8rent alors utiliser des sources \u00e9nerg\u00e9tiques plus \u00e9lev\u00e9es dans l\u2019\u00e9chelle, car elles sont plus commodes, propres, polyvalentes et d\u2019une plus grande efficience (Leach et Mearns, 1988, p.\u00a0190). Par exemple, pour un service de cuisson, le k\u00e9ros\u00e8ne est sup\u00e9rieur \u00e0 la biomasse-\u00e9nergie en termes de propret\u00e9, mais reste moins int\u00e9ressant que le GPL quasiment non polluant (Goldemberg, 2000); une transition entre ces trois types de sources \u00e9nerg\u00e9tiques entra\u00eene une r\u00e9duction des \u00e9missions de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre et de particules. Par ailleurs, plus on grimpe dans l\u2019\u00e9chelle, plus on disposerait d\u2019\u00e9nergies stockables et contr\u00f4lables (Goldemberg, 2000) et donc d\u2019\u00e9nergies utiles, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9nergies requises ou dont dispose l\u2019utilisateur ou l\u2019utilisatrice pour r\u00e9aliser une t\u00e2che sp\u00e9cifique, une fois la derni\u00e8re conversion r\u00e9alis\u00e9e (Kowsari et Zerriffi, 2011). Les meilleurs combustibles fournissent des usages diversifi\u00e9s et \u00ab<em>\u00a0modernes<\/em>\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Le sommet de l\u2019\u00e9chelle correspond aux \u00ab\u00a0finalit\u00e9s id\u00e9ales\u00a0\u00bb (Leach et Mearns, 1988; Clancy, 2006, p.\u00a013)\u00a0: une source \u00e9nerg\u00e9tique propre \u00e0 l\u2019usage, livr\u00e9e directement aux consommateurs et consommatrices et ayant un rendement \u00e9lev\u00e9 avec un co\u00fbt moyen assez faible.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de l\u2019EAE, les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique sont d\u00e9crits comme un \u00ab\u00a0processus en deux \u00e9tapes\u00a0\u00bb (Masera <em>et al.<\/em>, 2000, p.\u00a0359) par exemple entre le bois de feu et le GPL qui est fonction des pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9nerg\u00e9tiques pour les plats cuisin\u00e9s et d\u00e9bouche g\u00e9n\u00e9ralement sur un mode de consommation par multiples sources de cuisson. La transition se fait alors par \u00ab\u00a0accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab<em>\u00a0fuel stacking\u00a0<\/em>\u00bb \u2013 en consommant en m\u00eame temps une combinaison de diff\u00e9rents carburants (<em>ibid.<\/em>, 2000). Avec ce mouvement de transition par accumulation plut\u00f4t que par substitution, l\u2019int\u00e9r\u00eat du mod\u00e8le est de montrer que le GPL n\u2019est pas un bon substitut au bois-\u00e9nergie. Il permet d\u2019expliquer pourquoi la demande de bois de feu ne diminue pas forc\u00e9ment avec le revenu comme le sugg\u00e8re l\u2019EE. Les m\u00e9nages poursuivent des \u00ab<em>\u00a0multiple-fuel<\/em> <em>strategy\u00a0<\/em>\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0348) pour maximiser leur utilit\u00e9. Ils peuvent par exemple opter pour une forme d\u2019\u00e9nergie assez \u00e9lev\u00e9e dans l\u2019\u00e9chelle, tout en gardant le bois de feu et les techniques d\u2019usages associ\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces deux cadres adoptent un point de vue micro\u00e9conomique pour d\u00e9crire les usages \u00e9nerg\u00e9tiques et leurs \u00e9volutions. Ils admettent que les d\u00e9terminants d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9pendent des choix individuels pour des consommations d\u2019\u00e9nergie particuli\u00e8res. Les dynamiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique sont envisag\u00e9es selon une corr\u00e9lation classique entre consommation d\u2019\u00e9nergie et revenu qui permet en d\u00e9finitive d\u2019expliquer le choix pour des \u00e9nergies plus sophistiqu\u00e9es lorsque le statut \u00e9conomique s\u2019am\u00e9liore. La seule diff\u00e9rence notable entre ces deux mod\u00e8les est le mouvement d\u2019adoption. On a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une <em>transition susbstituante <\/em>ou<em> cumulative <\/em>avec un choix unique pour une seule source et de l\u2019autre une <em>transition accumulative<\/em> avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour un mix\u00a0d\u2019\u00e9nergies. Mais dans les deux cas, le chemin de transition \u00e9nerg\u00e9tique individuelle que suivront les m\u00e9nages est unique, toujours le m\u00eame, bas\u00e9 sur des \u00e9tapes que l\u2019on atteint en fonction des seuils de revenu que l\u2019on d\u00e9passe. Le revenu demeure alors le principal facteur aiguillant la d\u00e9cision de consommation des m\u00e9nages.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019accent mis sur le revenu mon\u00e9taire et le manque de compr\u00e9hension des usages \u00e9nerg\u00e9tiques<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du fait que le revenu est le principal d\u00e9terminant des usages \u00e9nerg\u00e9tiques, l\u2019EE et l\u2019EAE contribuent \u00e0 un d\u00e9ficit de compr\u00e9hension des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0(Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004, 2006; Kowsari et Zerriffi, 2011; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013) et s\u2019av\u00e8rent finalement peu adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019analyse de la transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud. C\u2019est d\u2019autant plus le cas lorsqu\u2019on prend le point de vue des zones rurales non \u00e9lectrifi\u00e9es. Dans ces contextes, l\u2019\u00e9nergie consomm\u00e9e est principalement collect\u00e9e, elle n\u2019engage aucune d\u00e9pense mon\u00e9taire. Lorsqu\u2019il existe, l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s des \u00e9nergies commerciales est difficile. Les prix ne refl\u00e8tent pas la vraie valeur du combustible, car l\u2019offre est erratique et le co\u00fbt d\u2019entr\u00e9e reste important pour des m\u00e9nages dont le revenu est incertain et dont les conditions d\u2019existence reposent peu sur des actifs mon\u00e9taires (Hiemstra-van der Horst et Hovorka, 2008). Les deux mod\u00e8les assument que tous les types d\u2019\u00e9nergie sont disponibles (Kowsari et Zerriffi, 2011, p.\u00a07508), faisant abstraction des effets potentiels d\u2019une offre limit\u00e9e ou d\u00e9faillante. Pourtant, Cheng et Uperlainen (2014, p.\u00a09) estiment que le facteur revenu a un r\u00f4le secondaire dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique et que c\u2019est plut\u00f4t la disponibilit\u00e9 d\u2019une offre fiable et ininterrompue qui a le plus d\u2019impact sur les changements d\u2019usage. Le manque d\u2019infrastructure ainsi que les p\u00e9nuries augmentent le co\u00fbt mon\u00e9taire et le co\u00fbt de transaction, associ\u00e9s aux sources d\u2019\u00e9nergie, et conduisent \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019acc\u00e8s. Par ailleurs, les m\u00e9nages ruraux d\u00e9tiennent peu de capital financier, d\u2019autres types de dotation (social, physique, naturel) sont plus essentiels \u00e0 leur subsistance (DFID[footnote]Department for International Development.[\/footnote], 2000). Mobiliser une contrainte budg\u00e9taire ou des classes de revenus pour analyser leurs pratiques face \u00e0 l\u2019\u00e9nergie appara\u00eet alors peu r\u00e9aliste, d\u2019autant plus que m\u00eame les bas revenus utilisent parfois les \u00e9nergies les plus \u00e9lev\u00e9es dans l\u2019EE (Brouwer et Falcao, 2004).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 un niveau micro, la relation revenu-consommation \u00e9nerg\u00e9tique est donc rarement aussi forte que ce qu\u2019assument les deux mod\u00e8les (Hiemstra-van der Horst and Hovorka, 2008; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013). D\u2019autres dimensions entrent en jeu, elles interagissent et influencent les d\u00e9cisions \u00e9nerg\u00e9tiques, complexifiant, en cela, l\u2019analyse des usages \u00e9nerg\u00e9tiques \u00ab\u00a0r\u00e9els\u00a0\u00bb (Clancy, 2006). Pour s\u2019en approcher, il faut accorder de l\u2019importance \u00e0 tout un panel de facteurs qui les orientent ou les contraignent[footnote]Pour un recensement exhaustif ou typologique de ces facteurs, se r\u00e9f\u00e9rer aux m\u00e9ta-analyses de J.\u00a0Lewis et S.\u00a0K.\u00a0Pattanayak (2012), B.\u00a0Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, (2013) ainsi que S.\u00a0Tsephel (2008) et H.\u00a0Kowsari et R.\u00a0Zerrifi (2011).[\/footnote]. La litt\u00e9rature empirique en fournit un large \u00e9ventail que ce soit les facteurs \u00e9conomiques (revenus, d\u00e9penses, prix des combustibles et des techniques) (Reddy, 1995; Cheng et Uperlainen, 2014), mais aussi sociaux comme les in\u00e9galit\u00e9s de genre, les institutions locales, les traditions, les habitudes culturelles, le mode de vie et les pr\u00e9f\u00e9rences, notamment pour certaines pratiques \u00e9nerg\u00e9tiques (Leach, 1988; Masera et Navia, 1997; Heltberg, 2005; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008) ou environnementales et g\u00e9ographiques comme l\u2019acc\u00e8s aux ressources naturelles, les saisons, l\u2019altitude, le climat (Leach, 1992; Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000; Heltberg, 2005). La diversit\u00e9 des situations \u00e9nerg\u00e9tiques et les diff\u00e9rences de choix d\u00e9pendent essentiellement de facteurs non \u00e9conomiques (Takama <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2012) comme la fr\u00e9quence des repas, les habitudes de consommation, les pr\u00e9f\u00e9rences pour le go\u00fbt des aliments (Leach, 1988) l\u2019ethnie d\u2019appartenance (Heltberg, 2005), les traditions locales et les institutions (Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008). Par ailleurs, Takama <em>et<\/em> <em>al. <\/em>(2012) d\u00e9montrent l\u2019interd\u00e9pendance des diff\u00e9rents facteurs. Il est du coup tr\u00e8s difficile d\u2019isoler l\u2019effet d\u2019un seul d\u2019entre eux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux mod\u00e8les n\u00e9gligent ainsi la multidimensionnalit\u00e9 des facteurs influen\u00e7ant les usages. En s\u2019inscrivant dans une analyse statique, ils font \u00e9galement abstraction de la pluralit\u00e9 des effets de consommation \u00e9nerg\u00e9tique sur les processus socio-\u00e9conomiques. Pour observer les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique par la dynamique des consommations \u2013 <em>switch<\/em> ou <em>stack<\/em> \u2013 il faudrait r\u00e9ussir \u00e0 suivre temporellement l\u2019indicateur de\u00a0revenu ou de d\u00e9pense, ce qui est empiriquement contraignant vu l\u2019absence de donn\u00e9es statistiques fiables sur des s\u00e9ries longues dans les zones rurales des pays du Sud. Il s\u2019ensuit des arbitrages m\u00e9thodologiques parfois contestables (Elias et Victor, 2005; Robert, 2016) et peu d\u2019\u00e9tudes sont effectu\u00e9es dans le temps, permettant d\u2019analyser des processus de transition. Dans tous les cas, nous observons un manque de prise en compte des interactions dynamiques entre les diff\u00e9rents ph\u00e9nom\u00e8nes (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004, 2006; Kowsari et Zerriffi, 2011).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le probl\u00e8me du paradigme d\u2019ancrage\u00a0en \u00e9conomie<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette troisi\u00e8me partie se recentre sur l\u2019analyse critique des fondements m\u00e9ta-th\u00e9oriques des mod\u00e8les EE et EAE. Les postulats retenus aboutissent \u00e0 une vision naturaliste de la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui ne tient pas compte des besoins en services \u00e9nerg\u00e9tiques des populations.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les postulats de la th\u00e9orie micro\u00e9conomique standard de la consommation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, ces \u00e9cueils th\u00e9oriques r\u00e9sultent de l\u2019ancrage m\u00e9ta-th\u00e9orique de ces mod\u00e8les. L\u2019EE et l\u2019EAE sont la traduction \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de la th\u00e9orie micro\u00e9conomique de la consommation du paradigme n\u00e9oclassique ou standard en \u00e9conomie. Ils reposent ainsi sur deux postulats g\u00e9n\u00e9raux, d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule l\u2019ensemble de ces \u00e9cueils. De ce point de vue, les deux mod\u00e8les sont tr\u00e8s proches et leurs diff\u00e9rences th\u00e9oriques minimes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier est l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale pour les choix de consommation \u00e9nerg\u00e9tique qui impliquent que le consommateur ou la consommatrice cherche, par ses choix, \u00e0 maximiser son utilit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb sous contrainte budg\u00e9taire. Cette contrainte fait pr\u00e9valoir le revenu dans la prise de d\u00e9cision et minimise les autres facteurs cantonn\u00e9s au r\u00f4le de variables subsidiaires. En raison de leur ancrage dans le paradigme standard en \u00e9conomie, l\u2019ensemble des travaux empiriques ne peut qu\u2019aboutir, directement ou indirectement, \u00e0 la d\u00e9monstration que le revenu est le d\u00e9terminant principal des choix \u00e9nerg\u00e9tiques des m\u00e9nages et partant, de la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ce qui explique pourquoi aucun effort de conceptualisation n\u2019est engag\u00e9, visant \u00e0 int\u00e9grer l\u2019ensemble des d\u00e9terminants. L\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale pour les choix de consommation \u00e9nerg\u00e9tique omet les interactions avec le contexte m\u00e9so-macro. Ce qui revient \u00e0 n\u00e9gliger les r\u00e9ponses actives, les arbitrages ou encore les strat\u00e9gies men\u00e9es en r\u00e9action aux facteurs institutionnels (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004, 2006; Kowsari et Zerriffi, 2011). L\u2019aspect dynamique des choix de consommation est d\u00e8s lors mal pris en compte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Consid\u00e9r\u00e9 sur un m\u00eame niveau th\u00e9orique, l\u2019ensemble des d\u00e9terminants agissant sur les usages \u00e9nerg\u00e9tiques reviendrait \u00e0 abandonner le second postulat sur lequel se fondent les deux mod\u00e8les\u00a0: l\u2019universalit\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences de consommation \u00e9nerg\u00e9tique. Certains facteurs socio-\u00e9conomiques, culturels, institutionnels ou politiques peuvent en effet modifier l\u2019horizon vers lequel devraient tendre, normalement, toutes ces consommations \u00e9nerg\u00e9tiques selon l\u2019EE et l\u2019EAE, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le GPL. On parle ainsi de \u00ab<em>\u00a0ladder of fuel preferences<\/em>\u00a0\u00bb (Davis, 1998, p.\u00a0207) ou de \u00ab<em>\u00a0fuel preference-ladder<\/em>\u00a0\u00bb (Leach, 1992, p.\u00a0118; Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000, p.\u00a02088). Ces pr\u00e9f\u00e9rences sont assum\u00e9es et universelles, car elles sont fonction des caract\u00e9ristiques physiques \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb des sources ou des vecteurs d\u2019\u00e9nergie\u00a0(<em>supra<\/em>)<em>.<\/em> Celles-ci permettent de mesurer l\u2019utilit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb que le m\u00e9nage cherche \u00e0 maximiser pour un niveau de service donn\u00e9. Dans cette optique, tous les m\u00e9nages sont cens\u00e9s d\u00e9sirer que ces param\u00e8tres s\u2019am\u00e9liorent. Ils orientent donc leurs choix en ce sens et la transition s\u2019op\u00e8re en fonction de l\u2019\u00ab\u00a0utilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb pour un niveau de revenu. Dans ce cadre, ces mod\u00e8les se fondent sur une conception d\u00e9terministe et lin\u00e9aire des besoins en \u00e9nergie (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008; Van Der Kroon <em>et al<\/em>., 2013). Ces derniers sont essentialis\u00e9s\u00a0: ils sont pris pour acquis et d\u00e9pendent uniquement du niveau de revenu.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, cette objectivit\u00e9 est largement discutable. D\u2019une part, ces mod\u00e8les comparent les \u00e9nergies primaires (disponibles dans la nature \u00e0 l\u2019\u00e9tat de ressources naturelles) avec les \u00e9nergies secondaires (\u00e9nergies transform\u00e9es, obtenues \u00e0 partir des \u00e9nergies primaires) comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et ne tiennent pas compte de l\u2019amont de la fili\u00e8re, lors de la production ou du transport des \u00e9nergies secondaires. Or, l\u2019incidence de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en termes de pollution n\u2019est pas la m\u00eame selon qu\u2019elle soit produite par le charbon ou les \u00e9nergies renouvelables. Par ailleurs, l\u2019EE et l\u2019EAE sont \u00e9galement fond\u00e9es sur la croyance que les \u00e9nergies \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb sont plus attractives (Clancy, 2006), car \u00e9tant plus ch\u00e8res, elles offriraient un sentiment de prestige et de progr\u00e8s (Chipeta et Durst, 1997; Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000). <em>A contrario<\/em>, la biomasse-\u00e9nergie\u00a0est vue comme une marchandise symboliquement inf\u00e9rieure; le bois de feu est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nergie du pauvre\u00a0\u00bb (Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008, p.\u00a03334; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013 p.\u00a0505). Enfin, le processus de transition vers des sources plus performantes implique d\u2019investir dans des techniques \u00e9nerg\u00e9tiques adapt\u00e9es et plus efficaces. D\u00e8s lors, grimper le long de l\u2019\u00e9chelle suppose une augmentation des co\u00fbts d\u2019investissement et une d\u00e9pendance accrue aux infrastructures centralis\u00e9es, ce qui joue sur l\u2019utilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, les mod\u00e8les EE et EAE assument cette uniformisation des pr\u00e9f\u00e9rences des individus ou des m\u00e9nages. Diff\u00e9rentes sources d\u2019approvisionnement s\u2019offrent \u00e0 eux, mais l\u2019EE se dessine, car pour un niveau de revenu donn\u00e9, chaque m\u00e9nage effectuant un arbitrage co\u00fbt-efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique sous l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale, va choisir une source particuli\u00e8re parmi le bouquet \u00e9nerg\u00e9tique accessible, dans le but de maximiser son utilit\u00e9 sur la base de ses pr\u00e9f\u00e9rences individuelles; pr\u00e9f\u00e9rences assum\u00e9es comme \u00e9tant parfaitement connues, ordonn\u00e9es, d\u00e9finies et invariables. C\u2019est ainsi que l\u2019\u00e9chelle se forme de mani\u00e8re lin\u00e9aire, car \u00e0 chaque niveau correspond une source \u00e9nerg\u00e9tique dominante\u00a0: celle qui, sans \u00eatre la seule accessible, maximise l\u2019utilit\u00e9 des m\u00e9nages pour un usage et pour un niveau de revenu donn\u00e9 (Hosier et Dowd, 1987; Reddy et Reddy, 1994). Le mod\u00e8le EAE cherchant \u00e0 int\u00e9grer des pr\u00e9f\u00e9rences vari\u00e9es, mais toujours universelles, tout en conservant le calcul co\u00fbt-efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, conduit toujours \u00e0 un choix unique pour un m\u00eame mix, par groupe de revenu. Ce mix offre plus d\u2019avantages que la consommation d\u2019une seule source. Il permet d\u2019utiliser plusieurs appareils et de satisfaire davantage de services. Par cons\u00e9quent, les deux mod\u00e8les aboutissent implicitement \u00e0 un manque d'effectivit\u00e9 du choix qui se limite \u00e0 une seule d\u00e9cision optimale parmi les options disponibles (Hiemstra-van der Horst et Hovorka, 2008).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tapes \u00ab\u00a0naturelles\u00a0\u00bb de la transition \u00e9nerg\u00e9tique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ordonnancement des sources dans les deux mod\u00e8les est donc la cons\u00e9quence des hypoth\u00e8ses de rationalit\u00e9 parfaite et de pr\u00e9f\u00e9rences universelles. Ces postulats d\u00e9bouchent sur la conceptualisation d\u2019une hi\u00e9rarchisation \u00e9volutionniste des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques individuels (Kowsari et Zerrifi, 2011) dans les pays industrialis\u00e9s (PI) comme dans les PED. Cela aboutit \u00e0 ce que les mod\u00e8les EE et EAE admettent un point de vue naturaliste sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui repose int\u00e9gralement sur des \u00e9tapes universelles de d\u00e9veloppement. Ces \u00e9tapes sont les m\u00eames que celles qu\u2019auraient suivies en th\u00e9orie les PI et le chemin trac\u00e9 repr\u00e9senterait la voie que suivront naturellement\u00a0les PED. Ces mod\u00e8les promeuvent ainsi une vision normative id\u00e9alis\u00e9e et hors sol des processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique, lesquels n\u00e9gligent les sp\u00e9cificit\u00e9s contextuelles qu\u2019ils rev\u00eatent selon les territoires dans lesquels ils s\u2019inscrivent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce propos, ce qui distingue et ordonne les diff\u00e9rents types de vecteur \u00e9nerg\u00e9tique dans ces mod\u00e8les, c\u2019est \u00e9galement le degr\u00e9 de sophistication technique du processus de production mis en \u0153uvre pour les obtenir. Une analogie est ainsi r\u00e9alis\u00e9e entre d\u00e9veloppement technique et transition \u00e9nerg\u00e9tique vers les \u00e9nergies modernes. La transition sur l\u2019\u00e9chelle technique n\u00e9cessite une transition \u00e9nerg\u00e9tique qui sera le moteur du processus de d\u00e9veloppement. Pour gagner en technicit\u00e9, il faut pouvoir mobiliser de nouvelles sources \u00e9nerg\u00e9tiques, r\u00e9orienter son mix \u00e9nerg\u00e9tique ou le mobiliser de fa\u00e7on plus efficiente. On identifie ici une version \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement de Rostow (1959). Celui-ci d\u00e9finit cinq \u00e9tapes in\u00e9luctables du d\u00e9veloppement, \u00e9voluant du passage de la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle \u00ab\u00a0arri\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb et stationnaire \u00e0 celle de la consommation de masse. Ces \u00e9tapes engagent un processus de d\u00e9veloppement technique qui devrait se r\u00e9percuter sur les \u00e9nergies utilis\u00e9es. La traduction \u00e9nerg\u00e9tique de la th\u00e9orie rostowienne est le reflet exact de l\u2019\u00e9volutionnisme essentialiste des sch\u00e9mas de transition prescrits par l\u2019EE et l\u2019EAE.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les recherches sur ces mod\u00e8les consid\u00e8rent d\u2019ailleurs que grimper dans l\u2019EE permet de s\u2019\u00e9lever sur d\u2019autres \u00e9chelles symboliques du d\u00e9veloppement (Chipeta et Durst, 1997). Le processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique devient alors un mouvement naturel d\u2019\u00e9mancipation des soci\u00e9t\u00e9s des PED. Qu\u2019il soit lin\u00e9aire pour l\u2019EE ou cumulatif pour l\u2019EAE, il contribue toujours \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de pays subissant un retard \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb qui les maintient dans une situation de sous-d\u00e9veloppement global. En cela, ces mod\u00e8les fournissent moins d\u2019explications sur les changements de consommation et d\u2019usage qu\u2019ils ne proposent un sc\u00e9nario de d\u00e9veloppement par la transition \u00e9nerg\u00e9tique calqu\u00e9 sur le mod\u00e8le des PI; sc\u00e9nario que les PED doivent suivre pour passer d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle vers une \u00e9conomie moderne. En conservant l\u2019id\u00e9e d\u2019une hi\u00e9rarchisation \u00e9nerg\u00e9tique des pays ou des individus, ces mod\u00e8les s\u00e9parent les soci\u00e9t\u00e9s <em>d\u00e9velopp\u00e9es <\/em>des soci\u00e9t\u00e9s <em>sous-d\u00e9velopp\u00e9es <\/em>\u00e9nerg\u00e9tiquement et v\u00e9hiculent ainsi des pr\u00e9jug\u00e9s sur les usages \u00e9nerg\u00e9tiques, les modes de vie et les cultures. Ils supposent \u00e0 la fois d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser les particularit\u00e9s de chaque soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019inclure une dimension d\u00e9terministe sur le plan historique. Le d\u00e9veloppement \u00e9nerg\u00e9tique dont il est question reste un processus id\u00e9al typique calqu\u00e9 sur les pays industrialis\u00e9s et que la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud doit faire advenir. Nous pouvons alors interroger les recommandations de ces mod\u00e8les en mati\u00e8re de programmes internationaux de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une position normative privil\u00e9giant l\u2019offre au d\u00e9triment des besoins \u00e9nerg\u00e9tiques des populations<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019EE et l\u2019EAE se sont construites d\u2019embl\u00e9e avec un point de vue normatif assum\u00e9. L\u2019objectif est de l\u00e9gitimer l\u2019action en faveur de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des PED ainsi que des prescriptions de politiques \u00e9nerg\u00e9tiques et de programmes de d\u00e9veloppement pour les policymakers (Hosier et Dowd, 1987; Reddy, 1995, 2000; Goldemberg, 2000). Pourtant, si on suit pr\u00e9cis\u00e9ment la logique de ces cadres th\u00e9oriques, les politiques les plus efficaces consistent \u00e0 augmenter le revenu mon\u00e9taire des populations, puisque les consommations \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e9voluent avec cette variable. Pourquoi promouvoir alors des programmes de transition \u00e9nerg\u00e9tique qui agissent directement sur les usages plut\u00f4t que sur le niveau de vie mon\u00e9taire? La question est l\u00e9gitime, car Reddy (1995) admet que l\u2019EE dispara\u00eetrait d\u2019elle-m\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 devenait plus \u00e9galitaire. Hosier et Dowd (1987) estiment que peu de politiques sont capables d\u2019agir sur la transition puisque la hausse du revenu en est le principal d\u00e9terminant.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Reddy (2000) \u00e9nonce cependant que des politiques d\u2019intervention sont n\u00e9cessaires, car les m\u00e9nages pauvres d\u00e9pensent plus et consacrent plus de temps pour satisfaire leurs besoins \u00e9nerg\u00e9tiques que les plus riches. Ils n\u2019ont pas la capacit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir des techniques \u00e9nerg\u00e9tiques dont l\u2019investissement est \u00e9lev\u00e9, mais dont l\u2019investissement initial reste \u00e9lev\u00e9. Les combustibles qu\u2019ils utilisent engendrent des d\u00e9penses importantes pour les soins m\u00e9dicaux et d\u00e9gradent le capital humain. Par ailleurs, les prix du bois et du charbon de bois ont tendance \u00e0 augmenter, car la ressource se fait plus rare. Avec l\u2019usage du GPL et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les gains d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique accroissent la part de revenus disponible consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie dans le foyer (Reddy, 2000). En th\u00e9orie, la hausse des rendements \u00e9nerg\u00e9tiques contribue donc \u00e0 la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 dans toutes ses dimensions (alimentation, logement, sant\u00e9, \u00e9ducation). En r\u00e9alit\u00e9, ces arguments entrent en contradiction avec les r\u00e9sultats de Leach (1992), Davis (1998) ou Masera <em>et al. <\/em>(2000) sur le \u00ab <em>multiple fuel-use<\/em> \u00bb ou le \u00ab <em>fuel stacking<\/em> \u00bb. Par ailleurs, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 peut avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives comme des in\u00e9galit\u00e9s de revenus ou des risques techniques, sans oublier le paradoxe de Jevons (1865).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour compl\u00e9ter l\u2019argumentation th\u00e9orique en faveur d\u2019une action sur les modes de consommation \u00e9nerg\u00e9tique au Sud, le concept de \u00ab\u00a0leapfrog\u00a0\u00bb qualitatif ou technologique est mobilis\u00e9 (Goldemberg, 1998; Unruh, 2000; Gallagher, 2006). Il d\u00e9signe le fait d\u2019engager directement une transition vers les meilleures sources d\u2019\u00e9nergie plut\u00f4t que de suivre les \u00e9tapes usuelles. D\u00e8s lors, chaque intervention doit chercher \u00e0 diffuser le plus possible les sources d\u2019\u00e9nergie modernes et les techniques associ\u00e9es afin de faire b\u00e9n\u00e9ficier le plus rapidement les m\u00e9nages des \u00e9nergies et des techniques les plus avanc\u00e9es (Goldemberg, 2000). Cela vient justifier l\u2019objectif d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie\u00a0moderne\u00a0des acteurs internationaux. Avec ce saut qualitatif, le probl\u00e8me se pose surtout en termes de transfert de technologies et de m\u00e9canismes innovants de diffusion au Sud. Cependant, cela conduit \u00e0 des politiques et des interventions relativement restreintes. Elles demeurent centr\u00e9es sur l\u2019offre et ne tiennent pas compte des besoins des principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires. Le MTF de SE4ALL illustre cela\u00a0: pour ce cadre d\u2019intervention, le postulat de pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9nerg\u00e9tiques universelles aboutit \u00e0 sous-estimer ou \u00e0 n\u00e9gliger certains besoins des populations des PED. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u2019est plus d\u00e9fini ni mesur\u00e9 selon une logique binaire, mais par des classes de services. Les acteurs du d\u00e9veloppement peuvent donc choisir diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019intervention pour atteindre l\u2019ODD n\u00b0\u00a07 (SEALL, 2013; ESMAP, 2015) et notamment fournir un niveau de service moindre \u00e0 un co\u00fbt plus faible. L\u2019approche MTF r\u00e9duit les seuils d\u2019exigence qui sont donc moins difficiles \u00e0 r\u00e9aliser. Les investissements n\u00e9cessaires pour atteindre un acc\u00e8s universel de niveau Tier 1 (suffisant pour allumer quelques ampoules et charger un t\u00e9l\u00e9phone portable) sont \u00e9valu\u00e9s \u00e0 1,5M\/$\/an jusqu\u2019en 2030. Atteindre un niveau 5 (un r\u00e9seau \u00e9lectrique complet toute la journ\u00e9e, tous les jours) implique des investissements de 50M\/$\/an (ESMAP, 2017, p.\u00a05). Mais le choix du Tier 1 suppose implicitement de consid\u00e9rer que les populations concern\u00e9es par ce niveau ont des besoins moindres que ceux b\u00e9n\u00e9ficiant de la desserte du r\u00e9seau \u00e9lectrique. C\u2019est le cas des Kits Pico\u00a0: ils permettent de s\u2019\u00e9lever dans l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (Grimm <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2014), mais ne fournissent qu\u2019un acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Par cons\u00e9quent, les programmes de diffusion de ce type de solution technique se fondent sur l\u2019hypoth\u00e8se que les besoins en \u00e9lectricit\u00e9 sont universels, mais qu\u2019ils sont \u00e9galement limit\u00e9s pour les m\u00e9nages des PED, notamment ceux des zones rurales pourtant les principaux concern\u00e9s par ce type de projet.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On reproche aux indicateurs binaires de mal prendre en compte les demandes des populations, mais en r\u00e9alit\u00e9 ils sont surtout mal adapt\u00e9s aux besoins des acteurs internationaux du d\u00e9veloppement contrairement au MTF (Boie <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2018). Le MTF assume ainsi que les besoins des populations des PED sont moindres que ceux des populations des PI. Or, le d\u00e9veloppement est un processus qui a tendance \u00e0 engendrer une hausse des consommations \u00e9nerg\u00e9tiques. Les deux mod\u00e8les th\u00e9oriques servent ainsi \u00e0 justifier \u00e0 la fois l\u2019intervention des acteurs internationaux et la r\u00e9duction des co\u00fbts des investissements. La r\u00e9f\u00e9rence aux cadres th\u00e9oriques permet de hi\u00e9rarchiser les besoins en service \u00e9nerg\u00e9tique des populations en les pr\u00e9supposant. Par ailleurs, cette \u00e9valuation inad\u00e9quate des besoins en \u00e9nergie des populations des PED peut expliquer la pr\u00e9valence port\u00e9e \u00e0 l\u2019architecture des syst\u00e8mes d\u2019approvisionnement (Wilhite <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2001; Kowsari et Zerrifi, 2011). Les besoins sont universels, pr\u00eats \u00e0 \u00eatre rencontr\u00e9s et il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 adapter la r\u00e9ponse de l\u2019offre (Shove et Walker, 2014). Ces mod\u00e8les th\u00e9oriques impliquent donc des programmes unisectoriels. Or, en envisageant des politiques et interventions orient\u00e9es sur l\u2019offre, on gomme les enjeux en termes de r\u00e9partition des revenus et de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s mondiales. Les rapports \u00e9conomiques et politiques Nord-Sud et les logiques de d\u00e9pendances commerciales ne sont pas questionn\u00e9s alors qu\u2019ils freinent les transferts de technologiques et expliquent l\u2019\u00e9chec de nombreux projets de diffusion des techniques \u00e9nerg\u00e9tiques dans les PED.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion\u00a0: plaidoyer pour une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse critique nous am\u00e8ne \u00e0 conclure en faveur d\u2019une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et \u00e0 proposer des pistes dans ce sens. D\u2019abord, nous ne pouvons envisager les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud qu\u2019en cherchant \u00e0 comprendre les usages \u00e9nerg\u00e9tiques des populations pour ce qu\u2019ils sont et non pas pour ce qu\u2019ils devraient \u00eatre. Une approche alternative de la transition \u00e9nerg\u00e9tique ne doit pas aboutir \u00e0 une th\u00e9orie \u00e9nerg\u00e9tique naturaliste comparable \u00e0 un sentier de d\u00e9veloppement. Pour cela, il ne faut pas rester enferm\u00e9 dans un positionnement naturaliste sur l\u2019\u00e9volution des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques. Au Nord comme au Sud, la transition \u00e9nerg\u00e9tique rev\u00eat des sp\u00e9cificit\u00e9s contextuelles, selon les territoires dans lesquels elle s\u2019inscrit et les populations qu\u2019elle touche. Il est donc loin d\u2019exister un accord sur ce qu\u2019elle doit \u00eatre universellement. Par cons\u00e9quent, il faut s\u2019\u00e9manciper des visions normatives v\u00e9hicul\u00e9es par ces mod\u00e8les qui viennent compromettre \u00e0 la fois l\u2019analyse des transitions ainsi que la mise en \u0153uvre des interventions.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique agissent sur les consommations d\u2019\u00e9nergie. La remise en cause du paradigme standard en \u00e9conomie nous met alors sur la voie d\u2019une d\u00e9marche d\u2019analyse des usages \u00e9nerg\u00e9tiques r\u00e9els. Elle doit recentrer l\u2019ambition analytique sur l\u2019empirie des pratiques de consommation situ\u00e9es des populations. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il est indispensable de s\u2019interroger sur les interactions dynamiques entre ces pratiques, les modes de vie et les conditions d\u2019existence. Ce qui revient \u00e0 rejeter la relation rigide et univoque entre consommation d\u2019\u00e9nergie et revenu (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2004; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013). Les usages \u00e9nerg\u00e9tiques sont li\u00e9s aux conditions d\u2019existence, mais celles-ci ne d\u00e9pendent pas uniquement du seul revenu mon\u00e9taire. D\u00e8s lors, adopter une conceptualisation de la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui tient bien compte des difficult\u00e9s inh\u00e9rentes aux situations de pauvret\u00e9 dans les pays du Sud aboutit \u00e0 une remise en cause des analyses standard de la pauvret\u00e9 bas\u00e9es sur un proxy mon\u00e9taire. Une approche alternative devra alors se soucier de ce qui fait r\u00e9ellement la subsistance des populations et la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9nergie y contribue. Cela revient \u00e0 s\u2019interroger sur les services \u00e9nerg\u00e9tiques que les populations ont besoin de satisfaire ou requi\u00e8rent dans un contexte particulier (Kowsari et Zerrifi, 2011). Il s\u2019agit ainsi de comprendre \u00e0 quoi sert ou peut servir un meilleur acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie (Wilihite et <em>al.,<\/em> 2000).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour s\u2019approcher des usages \u00e9nerg\u00e9tiques, il faut \u00e9galement accorder de l\u2019importance \u00e0 un panel de facteurs beaucoup plus larges qui les orientent ou les contraignent et interagissent entre eux, complexifiant en cela l\u2019analyse (Clancy, 2006). Une approche de la transition \u00e9nerg\u00e9tique ne peut que tenir compte de cette multidimensionnalit\u00e9 des d\u00e9terminants des consommations \u00e9nerg\u00e9tiques (pluri-factorialit\u00e9), mais \u00e9galement des effets auxquels celles-ci participent (pluri-sectorialit\u00e9). Si plusieurs variables agissent sur les consommations \u00e9nerg\u00e9tiques et si celles-ci ont une incidence \u00e9tendue, il faut appr\u00e9hender dans une perspective large l\u2019ensemble des interactions. La transition \u00e9nerg\u00e9tique reste un ph\u00e9nom\u00e8ne dynamique qui n\u2019est pas exsangue de causalit\u00e9s complexes et d\u2019effets rebonds. Un \u00e9largissement d\u2019autant plus indispensable que les dynamiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud conduisent \u00e0 reconsid\u00e9rer les approches unidimensionnelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">In\u00e9vitablement, consid\u00e9rer une gamme \u00e9largie de facteurs am\u00e8ne \u00e0 analyser le contexte plus macro ou m\u00e9s qui contraint le m\u00e9nage ou lui fournit des opportunit\u00e9s. Cela nous met sur la voie d\u2019une approche institutionnaliste qui cherche \u00e0 analyser les formes institutionnelles propres aux transitions \u00e9nerg\u00e9tiques des pays du Sud. Ces formes concernent les conditions institutionnelles de r\u00e9alisation des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques ainsi que les normes de consommation sous-jacentes et leurs \u00e9volutions (Shove et Walker, 2014). Une telle approche invite \u00e9galement \u00e0 identifier et analyser les logiques d\u2019acteurs impliqu\u00e9s sur les transitions \u00e9nerg\u00e9tiques et les rapports de d\u00e9pendance \u00e9conomique et politique entre pays du Nord et du Sud. Ce dernier volet est indispensable pour appr\u00e9cier les ph\u00e9nom\u00e8nes de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud dans leur r\u00e9alisation concr\u00e8te et dans leurs implications normatives. L\u2019engouement actuel des agences internationales\u00a0de d\u00e9veloppement pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique plaide pour un tel axe de recherche qui nous am\u00e8ne \u00e0 questionner les modalit\u00e9s d\u2019intervention prescrites comme nous l\u2019avons fait ici.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Acharya, Jiwan et Ram, Shrestha. 2015. <em>Sustainable Energy Access Planning: A Framework<\/em>. Mandaluyong City: Asian Development Bank.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie. 2002. <em>World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie. 2004. <em>World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2011.<em> World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2012. <em>World Energy Outlook.<\/em> Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2014.\u00a0<em>Africa Energy Outlook.<\/em> Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2017. <em>World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2019. <em>World Energy Outlook.<\/em> Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ahmad, Sohail et de Oliveira, Jose A. Puppim. 2015. Fuel switching in slum and non-slum households in urban India. <em>Journal of Cleaner Production,<\/em> 94, 130-136.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barnes, Douglas F. 2007. <em>The Challenge of Rural Electrification: Strategies for Developing Countries<\/em>. Washington DC: Energy Sector Management Assistance Program Report.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barnes, Douglas F. et Qian, Liu. 1992. <em>Urban interfuel substitution, energy use, and equity in developing countries: some preliminary results.<\/em> Energy series paper 53. Washington DC: The World Bank. Industry and Energy Department.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barnes, Douglas. F., Singh, Bipul, Shi Xiaoyu. 2010. <em>Modernizing Energy Services for the Poor: A World Bank Investment Review<\/em><em>.<\/em> Washington DC: Energy Sector Management Assistance Program Report, World Bank.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bhatia, Mikul et Angelou, Nicolina. 2014. <em>Capturing the Multi-Dimensionality of Energy Access<\/em>. Live Wire. 16. Washington DC: World Bank.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boie, Inga <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2018. <em>Next Level Sustainable Energy Provision in Line with People\u2019s Needs - A Proposal for Extending the Multi-Tier Framework for Monitoring SDG7.<\/em> Fraunhofer ISI &amp; Institute for Resource Efficiency and Energy Strategies, Deutsche Gesellschaft fu\u0308r Internationale Zusammenarbeit, Karlsruhe.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brouwer, Roland et Falc\u00e3o, M\u00e1rio Paulo. 2004. Wood fuel consumption in Maputo, Mozambique. <em>Biomass and Bioenergy<\/em>, 27, 233-245.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cheng, Chao-yo et Urpelainen, Johannes. 2014. Fuel stacking in India: Changes in the cooking and lighting mix, 1987\u20132010. <em>Energy<\/em>, 76, 306-317.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chipeta, Mafa et Durst, Patrick. 1997. <em>Asia-pacific forestry sector outlook study.<\/em> Rome: Forestry Policy and Planning Division, Regional Office for Asia and the Pacific,.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clancy Joy. 2006. <em>Urban poor livelihoods: Understanding the role of energy services.<\/em> <em>Urban Poor Livelihoods Best Practice Paper.<\/em> Department for Technology and Sustainable Development, Centre for Clean Technology and Environmental Policy, University of Twente Enschede. The Netherlands. 8348.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clancy, Joy, Andrade, Tanya. Maduka, Olu et Lumampao, Feri. 2004. <em>Enabling urban poor livelihoods policy making: understanding the role of energy services<\/em>. 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Stanford University.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Energy Sector Management Assistance Program Report. 2015<em>. <\/em><em>Beyond Connections: Energy Access Redefined<\/em><em>.<\/em> Technical Report. Washington DC: World Bank..<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Energy Sector Management Assistance Program Report. 2017. <em>State of electricity access report. <\/em>Washington DC: World Bank.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foley, Gerald. 1995. <em>Photovoltaic Applications in Rural Areas of the Developing World<\/em>. Washington DC: World Bank Technical Paper 304.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gallagher, Kelly Sims. 2006. Limits to leapfrogging in energy technologies? Evidence from the Chinese automobile industry. <em>Energy Policy<\/em>, 34, 383\u2011394.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goldemberg, Jose. 1998.\u00a0Leapfrog energy technologies. <em>Energy Policy<\/em>, 26, 10, 729-741.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goldemberg, Jose. 2000. <em>World Energy Assessment: Energy and the challenge of sustainability<\/em>, United Nations Publications. New York: Department of Economic and Social Affairs. World Energy Council.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grimm, Michael, Munyehirwe Anicet, Peters J\u00f6rg et Sievert Maximiliane. 2014. <em>A first step up the energy ladder? Low cost solar kits and household\u2019s welfare in rural Rwanda.<\/em> Institute of Labor Economics Discussion Papers 8594.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Halff Antoine, Sovacool Benjamin K. et Rozh Jon. 2014. <em>Energy Poverty: Global Challenges and Local Solutions<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heltberg, Rasmus. 2004. Fuel switching: evidence from eight developing countries. <em>Energy Economics<\/em>, 26, 869-887.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heltberg, Rasmus. 2005. Factors determining household fuel choice in Guatemala. <em>Environment and development economics<\/em>,\u00a010, 337-361.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heuraux, Christine. 2010. <em>L\u2019\u00c9lectricit\u00e9 au c\u0153ur des d\u00e9fis africains\u00a0: manuel sur l\u2019\u00e9lectrification en Afrique<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hiemstra-Van der Horst, Greg et Hovorka, Alice J. 2008. Reassessing the \u201cenergy ladder\u201d: household energy use in Maun, Botswana. <em>Energy Policy<\/em>, 36, 3333-3344.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hosier, Richard. H. et Dowd, Jeffrey. 1987. Household fuel choice in Zimbabwe: an empirical test of the energy ladder hypothesis. <em>Resources and Energy<\/em>, 9,\u00a0347-361.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kowsari, Reza. et Zerriffi, Hisham. 2011. Three-dimensional energy profile: A conceptual framework for assessing household energy use. <em>Energy Policy<\/em>, 39, 7505-7517.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Leach, Gerald A. 1988. 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Understanding inter-fuel substitution patterns in rural Mexican households. <em>Biomass and Bioenergy<\/em>, 12, 347-361.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Masera, Omar R., Saatkamp, Barbara D. et Kammen, Daniel M. 2000. From Linear Fuel Switching to Multiple Cooking Strategies: A Critique and Alternative to the Energy Ladder Model. <em>World Development<\/em>, 28, 2083\u20112103.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mekonnen, Alemu et Kohlin, Gunnar. 2009. <em>Determination of Household Fuel Choice in Major Cities in Ethiopia<\/em>. Working Papers in Economics 399. University of Gothenburg. Department of Economics.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ONU. 2013. R\u00e9solution adopt\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale le 21 d\u00e9cembre 2013. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/unctad.org\/system\/files\/official-document\/ares68d198_fr.pdf\">https:\/\/unctad.org\/system\/files\/official-document\/ares68d198_fr.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paunio, Mikko. 2018. <em>Kicking Away the Energy Ladder: How Environmentalism Destroys Hope of the Poorest<\/em>. The Global Warming Policy Foundation Briefing 30. London.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramani, K. V. and Heijndermans Enno. 2003. <em>Energy, poverty and gender. A Synthesis<\/em>. <em>The International Bank for reconstruction and Development. The Word Bank<\/em><em>.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reddy, Amulya K. 2000. Energy and social issues. Dans Goldemberg, Jos\u00e9 (dir.), <em>World Energy Assessment: Energy and the Challenge of Sustainability<\/em>, United Nations Development Pogramme, New York, 39-60.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reddy, Amulya K. et Reddy, Sudhakara. 1994.\u00a0Substitution of energy carriers for cooking in Bangalore. <em>Energy<\/em>, 19, 561-571.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reddy, Sudhakara. 1995. A multilogit model for fuel shifts in the domestic sector. <em>Energy<\/em>, 20, 929-936.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rehfuess, Eva. 2006. <em>Fuel for life: household energy and health<\/em>. World Health Organization.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Robert, Pierre. 2016. <em>Une \u00c9conomie politique de la pauvret\u00e9\u0301 \u00e9nerg\u00e9tique. Le cas du S\u00e9n\u00e9gal. <\/em>Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Lille.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rostow, Walt W. 1959. The stages of economic growth. <em>The Economic History Review<\/em>.\u00a012, 1-16.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shove, Elizabeth. et Walker, Gordon. 2014. What is Energy For?: Social Practice and Energy Demand. <em>Theory, Culture\u00a0and Society.<\/em> 31, 41-58.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Smith, Kirk R., Apte, Michael G., Yuqing, Ma. Wongsekiarttirat, Wathana et Kulkarni, Ashwini. 1994. Air pollution and the energy ladder in Asian cities.\u00a0<em>Energy<\/em>, 19, 587-600.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sustainable energy for all. 2013. <em>SE4ALL-Global tracking Framework.<\/em> Washington DC: International Bank for Reconstruction and Development\/The World Bank and the International Energy Agency.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sustainable energy for all. 2014, <em>SE4ALL-Annual Report.<\/em> Washington DC: International Bank for Reconstruction and Development\/The World Bank and the International Energy Agency.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sustainable energy for all. 2017, <em>SE4ALL-Progress toward Sustainable Energy. <\/em>Washington DC: International Bank for Reconstruction and Development\/The World Bank and the International Energy Agency.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Takama, Takeshi, Tsephel, Stanzin et Johnson, Francis-Xavier 2012. Evaluating the relative strength of product-specific factors in fuel switching and stove choice decisions in Ethiopia. A discrete choice model of household preferences for clean cooking alternatives. <em>Energy Economics<\/em>, 34, 1763-1773.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Unruh, Gregory C. (2000),\u00a0Understanding carbon lock-in, <em>Energy policy<\/em>, 28, 817-830.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Van der Kroon, Bianca, Brouwer, Roy et Van Beukering, Pieter J.H. 2013. The energy ladder: Theoretical myth or empirical truth? Results from a meta-analysis. <em>Renewable and Sustainable Energy Reviews<\/em>, 20, 504-513.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wilhite, Harold, Shove, Elizabeth, Lutzenhiser, Loren et Kempton, Willett. 2001. The legacy of twenty years of energy demand management: we know more about individual behaviour but next to nothing about demand. In <em>Society, behaviour, and climate change mitigation<\/em> (109-126). Dordrecht : Kluwer Acad.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Cet article propose une analyse critique des fondements th\u00e9oriques des approches de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des organisations internationales pour les pays du Sud. Celles-ci font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 deux mod\u00e8les th\u00e9oriques &#8211; l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique et l\u2019\u00e9chelle d\u2019accumulation \u00e9nerg\u00e9tique \u2013 analys\u00e9s d\u2019un point de vue paradigmatique, th\u00e9orique et normatif. Ces mod\u00e8les retiennent les postulats de la micro\u00e9conomie classique de la consommation. Cela aboutit \u00e0 promouvoir une vision id\u00e9alis\u00e9e, hors sol et essentialiste de la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui n\u00e9glige les sp\u00e9cificit\u00e9s contextuelles que rev\u00eat ce processus. Cette analyse conclut en faveur d\u2019une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/echelle-energetique\/\">\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/modele-daccumulation-energetique\/\">mod\u00e8le d\u2019accumulation \u00e9nerg\u00e9tique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/programmes-internationaux\/\">programmes internationaux<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/transition-energetique\/\">transition \u00e9nerg\u00e9tique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">This article makes a critical analysis of the theorical framework of international organizations to energy transition for the developing countries. They refer to two economics models : the energy ladder and the energy stacking model. These models are analyzed from a paradigmatic, theoretical and normative point of view. They mobilize the hypothesis of microeconomics, consumer theory. This leads to the promotion of an idealized and naturalist vision of the energy transition that neglects the contextual factors of this process.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/energy-ladder\/\">energy ladder<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/energy-transition\/\">energy transition<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/fuel-stacking\/\">fuel stacking<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/international-programs\/\">international programs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (yoruba)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Nkan yii \u1e63e on\u00edn\u1ecdmb\u00e0 pataki ti ilana im\u1ecd-\u1ecdr\u1ecd ti aw\u1ecdn ajo kariaye si iyipada agbara fun aw\u1ecdn oril\u1eb9-ede to sese ndagbasoke. W\u1ecdn t\u1ecdka si aw\u1ecdn awo\u1e63e eto-\u1ecdr\u1ecd meji: akaba agbara ati awo\u1e63e ikoj\u1ecdp\u1ecd agbara. Aw\u1ecdn awo\u1e63e w\u1ecdnyi ni a \u1e63e atupale lati iwoye, ti \u1eb9k\u1ecd ati oju iwoye iwuwasi. W\u1ecdn \u1e63e koriya aroye ti im\u1ecd-\u1ecdr\u1ecd-aje, ilana alabara. Eyi nyorisi igbega ti iranran ti o dara ati ti a\u1e63a ti iyipada ti agbara ti o k\u1ecd aw\u1ecdn ifosiwewe ipo ti ilana yii.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (yoruba)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/akaba-agbara\/\">akaba agbara<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/awon-eto-kariaye\/\">aw\u1ecdn eto kariaye<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/ikojopo-epo\/\">ikoj\u1ecdp\u1ecd epo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/iyipada-agbara\/\">iyipada agbara<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>8 octobre 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>4 d\u00e9cembre 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>4 juin 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re d\u00e9cennie a vu un nombre toujours plus important d\u2019acteurs internationaux s\u2019investir sur la question de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud. La formulation de l\u2019objectif de d\u00e9veloppement durable (ODD) n\u00b0\u00a07 illustre bien cet engouement, d\u2019autant qu\u2019on assiste depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 une hausse consid\u00e9rable des financements internationaux et de l\u2019aide publique au d\u00e9veloppement consacr\u00e9s \u00e0 cette probl\u00e9matique. Cet int\u00e9r\u00eat manifeste a d\u00e9bouch\u00e9 sur la d\u00e9finition d\u2019un cadre d\u2019intervention multilat\u00e9rale auquel se r\u00e9f\u00e8rent la plupart des acteurs au travers du programme \u00ab\u00a0\u00c9nergie durable pour tous\u00a0\u00bb (<em>Sustainable Energy for All<a class=\"footnote\" title=\"D\u00e9sormais SE4ALL.\" id=\"return-footnote-687-1\" href=\"#footnote-687-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a><\/em>, 2013, 2014). Dans cet article, nous cherchons \u00e0 questionner cet engouement en examinant les fondements th\u00e9oriques des programmes internationaux de transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud. Cette d\u00e9marche nous am\u00e8ne \u00e0 mettre en relief que les acteurs investis dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud et les sch\u00e8mes d\u2019intervention qu\u2019ils portent se basent sur deux mod\u00e8les th\u00e9oriques principaux en \u00e9conomie : l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique et l\u2019\u00e9chelle accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques (section 1). Nous les d\u00e9crivons afin de mettre en \u00e9vidence leurs principaux r\u00e9sultats sur les modalit\u00e9s d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud (section 2). Nous proposons ensuite une analyse critique de ces mod\u00e8les d\u2019un point de vue th\u00e9orique. Ce qui nous permet d\u2019insister sur la m\u00e9compr\u00e9hension qu\u2019ils v\u00e9hiculent sur les usages \u00e9nerg\u00e9tiques des populations. Nous interrogeons notamment les postulats m\u00e9ta-th\u00e9oriques sur lesquels reposent ces mod\u00e8les. En raison de leur ancrage dans la micro\u00e9conomie classique, ces derniers s\u2019arc-boutent sur l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale pour les choix de consommation \u00e9nerg\u00e9tique et l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019universalit\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences pour ces consommations. De ce fait, ils promeuvent une vision de la transition \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s de terrain et bas\u00e9e sur des \u00e9tapes naturelles de d\u00e9veloppement \u00e9nerg\u00e9tique. Le dernier point de cette analyse critique cible la transcription de ces mod\u00e8les en mati\u00e8re de politiques et de programmes de d\u00e9veloppement en mettant en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont ils s\u2019accordent avec les rep\u00e8res id\u00e9ologiques des acteurs internationaux (section 3). La r\u00e9flexion d\u00e9bouchera alors le choix d\u2019une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud\u00a0: nouveau paradigme de l\u2019aide au d\u00e9veloppement<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette premi\u00e8re partie insiste sur l\u2019importance acquise par la probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud aupr\u00e8s des acteurs internationaux. Cela se traduit par la construction d\u2019un nouveau paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement qui se fonde sur deux approches th\u00e9oriques de la transition.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019engouement des acteurs internationaux pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 20 d\u00e9cembre 2010, la r\u00e9solution 65\/151 de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies proclame l\u2019ann\u00e9e 2012 : \u00ab Ann\u00e9e internationale de l\u2019\u00e9nergie durable pour tous \u00bb. Un an plus tard, la r\u00e9solution 67\/215 marque la p\u00e9riode 2014-2024 comme \u00e9tant la \u00ab D\u00e9cennie des Nations Unies relative \u00e0 l\u2019\u00e9nergie durable pour tous \u00bb (ONU, 2013, p. 2). Ces r\u00e9solutions font \u00e9cho aux engagements pris lors de la d\u00e9claration de Rio sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement<a class=\"footnote\" title=\"http:\/\/www.un.org\/french\/events\/rio92\/rio-fp.htm consult\u00e9 le 01\/09\/2020.\" id=\"return-footnote-687-2\" href=\"#footnote-687-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> et celle du Sommet mondial de Johannesburg pour le d\u00e9veloppement durable<a class=\"footnote\" title=\"http:\/\/www.un.org\/french\/events\/wssd\/ consult\u00e9 le 01\/09\/2020.\" id=\"return-footnote-687-3\" href=\"#footnote-687-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. Plus r\u00e9cemment, l\u2019ONU a adopt\u00e9 les ODD qui, contrairement aux objectifs mill\u00e9naires pour le d\u00e9veloppement (OMD), int\u00e8grent un septi\u00e8me axe concernant sp\u00e9cifiquement l\u2019\u00e9nergie. Il est d\u00e9clin\u00e9 en cinq cibles \u00e0 atteindre pour 2030<a class=\"footnote\" title=\"ONU, les ODD, objectif n\u00b07 : http:\/\/www.un.org\/sustainabledevelopment\/fr\/energy\/ consult\u00e9 le 01\/09\/2020.\" id=\"return-footnote-687-4\" href=\"#footnote-687-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>. Cet objectif met en lumi\u00e8re un int\u00e9r\u00eat manifeste de la communaut\u00e9 internationale pour la probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays en voie de d\u00e9veloppement. Celle-ci est d\u00e9sormais au centre des d\u00e9bats, des politiques et des programmes de d\u00e9veloppement. Cette volont\u00e9 marqu\u00e9e au niveau multilat\u00e9ral s\u2019est m\u00eame largement diffus\u00e9e puisque la probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud vient \u00e9largir le spectre traditionnel des acteurs internationaux engag\u00e9s sur les questions de d\u00e9veloppement. Aujourd\u2019hui, un ensemble vaste et disparate d\u2019organisations internationales, de bailleurs de fonds, de personnalit\u00e9s, d\u2019entreprises, d\u2019ONG, de fondations et d\u2019associations de solidarit\u00e9 internationale s\u2019investissent sur cette question. La fondation \u00c9nergies pour l\u2019Afrique de J.L. Borloo ou le plan Power Africa de Barack Obama ont fait le plus l\u2019actualit\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Avec la COP21 se sont \u00e9galement multipli\u00e9s les initiatives internationales comme l\u2019International Solar Alliance regroupant plus de 121 pays autour de la promotion de l\u2019\u00e9nergie solaire dans les pays en voie de d\u00e9veloppement (PED). Initi\u00e9e par le Premier ministre indien Narendra Modi, elle a \u00e9t\u00e9 reprise par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais E. Macron en 2018 qui a depuis lanc\u00e9 \u00ab Terrawatt Initiative \u00bb en mobilisant de grandes soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res internationales (Blackrock, Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale) ou des firmes multinationales (Total, Engie, Schneider Electric).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet engouement se traduit sur le plan financier. La probl\u00e9matique de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud concentre une part toujours plus importante des efforts de l\u2019aide publique internationale et des agences de d\u00e9veloppement (AEI, 2002, 2011, 2017). Depuis 2000, on assiste \u00e0 une hausse importante des financements sur cette th\u00e9matique de la part des pays du Comit\u00e9 d\u2019aide au d\u00e9veloppement. Les engagements financiers internationaux en faveur des \u00e9nergies propres et renouvelables dans les PED sont en forte hausse. De 2000 \u00e0 2009, ils ont vari\u00e9 entre 1 et 4 milliards de dollars par an, puis de 9,9 milliards de dollars en 2010 \u00e0 18,6 milliards de dollars en 2016, soit dix fois plus qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 (cf. graphe 1). Un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat qui contrebalance la dynamique de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente : entre le milieu des anne\u0301es 80 et le de\u0301but des anne\u0301es 2000, l\u2019aide par secteur alloue\u0301e a\u0300 l\u2019e\u0301nergie est tombe\u0301e de plus de 8 % a\u0300 environ 4 %. L\u2019engagement de l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie atteint pour sa part 20 % de l\u2019activit\u00e9\u0301 totale depuis 2017 et a connu une hausse de 108,8 % entre 2013 et 2019<a class=\"footnote\" title=\"Garphe 1 : Bilan 2020 de l\u2019ODD n\u00b07. Division statistique des Nations Unies. https:\/\/unstats.un.org\/sdgs\/report\/2019\/goal-07\/ consult\u00e9 le 01\/09\/20\" id=\"return-footnote-687-5\" href=\"#footnote-687-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_690\" aria-describedby=\"caption-attachment-690\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-690\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert.png\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"404\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert.png 604w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert-300x221.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert-65x48.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert-225x165.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-1_Robert-350x257.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-690\" class=\"wp-caption-text\">Graphe 1. Engagements financiers internationaux pour les \u00e9nergies propres et renouvelables (millions de $, prix constants 2016)<\/figcaption><\/figure>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un nouveau paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La transition \u00e9nerg\u00e9tique est donc devenue un nouvel axe central de l\u2019aide internationale au d\u00e9veloppement. Nous faisons ainsi le constat de l\u2019\u00e9mergence et de la consolidation d\u2019un nouveau paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement qui consacre l\u2019id\u00e9e que fournir\u00a0un meilleur acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie est source de d\u00e9veloppement, voire que l\u2019\u00e9nergie serait le principal facteur de d\u00e9veloppement (Robert, 2016). Pr\u00e9cisons que cette vision ne consid\u00e8re pas n\u2019importe quel type d\u2019\u00e9nergie\u00a0: c\u2019est, d\u2019une part, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie dite \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb et, d\u2019autre part, une transition vers un mix \u00e9nerg\u00e9tique plus sobre et moins \u00e9metteur en CO2 qui sont jug\u00e9s n\u00e9cessaires (ONU, 2013, p.\u00a02). Sont ainsi regroup\u00e9s pour la premi\u00e8re fois, derri\u00e8re cette id\u00e9e de l\u2019\u00e9nergie moderne et soutenable en faveur du d\u00e9veloppement, des objectifs d\u2019\u00e9lectrification, de fourniture de service \u00e9nerg\u00e9tique, d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de diffusion des sources d\u2019\u00e9nergies renouvelables. Les probl\u00e9matiques d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et de transformation \u00e9cologique des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques se voient donc li\u00e9es dans un m\u00eame sch\u00e9ma directeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de d\u00e9veloppement est cens\u00e9 apporter une r\u00e9ponse aux multiples enjeux \u00e9nerg\u00e9tiques auxquels sont confront\u00e9s les pays du Sud et plus particuli\u00e8rement les pays africains\u00a0(Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie<a class=\"footnote\" title=\"D\u00e9sormais AIE.\" id=\"return-footnote-687-6\" href=\"#footnote-687-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>, 2019)\u00a0: croissance de la demande, d\u00e9pendance aux ressources fossiles ou aux \u00e9nergies dites \u00ab\u00a0traditionnelles\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Principalement le \u00ab\u00a0bois de feu\u00a0\u00bb, le charbon de bois mais \u00e9galement les r\u00e9sidus de cultures et animaliers.\" id=\"return-footnote-687-7\" href=\"#footnote-687-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, pauvret\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, vuln\u00e9rabilit\u00e9 et inefficience des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques, probl\u00e8mes environnementaux et urbanisation. C\u2019est notamment le manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie s\u00fbre et abordable dans ces pays qui rendrait l\u2019objectif d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique \u00e0 la fois si particulier et si imp\u00e9rieux. Dans les PED, entre 800 millions et 1,2 milliard d\u2019individus ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et entre 2,7 et 3 milliards d\u00e9pendent des sources de biomasse-\u00e9nergie. Ce constat est d\u2019autant plus pr\u00e9occupant que la situation devrait se d\u00e9t\u00e9riorer entre 2010 et 2030 avec la croissance d\u00e9mographique (AIE, 2011). Ainsi au Sud, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et la transition sont deux processus qui doivent \u00eatre pens\u00e9s et impl\u00e9ment\u00e9s ensemble\u00a0: le manque d\u2019acc\u00e8s contraint les m\u00e9nages \u00e0 la consommation d\u2019\u00e9nergies peu efficaces et impactant sur l\u2019environnement et leur sant\u00e9 tandis que la transition vers des sources \u00e9nerg\u00e9tiques plus propres ou plus fiables leur donne acc\u00e8s \u00e0 de nouveaux services indispensables pour satisfaire leurs besoins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019initiative <em>Sustainable Energy for All<\/em> est sans doute l\u2019exemple le plus r\u00e9v\u00e9lateur de cette vision. En septembre 2011, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies Ban Ki-Moon lance SE4ALL int\u00e9grant trois objectifs prioritaires \u00e0 atteindre pour 2030\u00a0: l\u2019acc\u00e8s universel \u00e0 des services \u00e9nerg\u00e9tiques modernes, le doublement du taux d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique ainsi que celui des \u00e9nergies renouvelables (ENR) dans le bouquet \u00e9nerg\u00e9tique mondial (SE4ALL, 2013). SEALL fournit un cadre pour la mise en \u0153uvre de l\u2019ODD n\u00b07 qui consacre trois cibles \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00ab\u00a0soutenable\u00a0\u00bb\u00a0: cible 7.1 sur l\u2019acc\u00e8s aux formes \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb, cible 7.2 pour la diffusion des \u00e9nergies renouvelables (cible 7.2) cible et d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique (cible 7.3). Il nous semble int\u00e9ressant d\u2019approfondir et de questionner les fondements th\u00e9oriques de cette vision \u00e0 travers l\u2019\u00e9tude des acteurs et des grands programmes internationaux qui la portent et s\u2019y rattachent.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les fondements th\u00e9oriques du paradigme \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb du d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie est l\u2019une des premi\u00e8res grandes organisations \u00e0 s\u2019\u00eatre concentr\u00e9e sur les probl\u00e9matiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud. L&rsquo;AIE, cr\u00e9\u00e9e initialement sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques \u00e0 la suite du choc p\u00e9trolier afin d\u2019administrer les r\u00e9serves strat\u00e9giques, a vu ses missions \u00e9volu\u00e9es. L\u2019AIE coordonne un rapport annuel \u2013 le <em>World Energy Outlook<\/em> \u2013 consacr\u00e9 aux enjeux \u00e9nerg\u00e9tiques mondiaux ou qui se concentrent parfois sur certaines grandes r\u00e9gions comme l\u2019<em>Africa Energy Outlook<\/em>. Elle y analyse les secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques et leurs \u00e9volutions. L\u2019\u00e9tude de plusieurs de ces rapports r\u00e9v\u00e8le que les mod\u00e8les d\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (EE) ou d\u2019\u00e9chelle accumulation \u00e9nerg\u00e9tique (EAE) apparaissent comme les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques centrales de l\u2019agence et des axes prospectifs ou des sc\u00e9narios de transition qu\u2019elle propose. D\u00e8s 2002, l\u2019agence mobilise l\u2019EAE pour repr\u00e9senter les transitions \u00e9nerg\u00e9tiques dans les pays du Sud et mobilise les travaux de Davis (1998) et de Masera <em>et al. <\/em>(2000) qui ont initi\u00e9 le d\u00e9veloppement de ce mod\u00e8le (cf. graphe 2; Heuraux, 2010). Il permet \u00e0 l\u2019agence de construire des projections d\u2019un sc\u00e9nario d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui estime alors qu\u20191,4 milliard de personnes n\u2019auront toujours pas l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en 2030, soit environ 17 % de la population mondiale (AIE, 2002, p. 377).<\/p>\n<figure id=\"attachment_691\" aria-describedby=\"caption-attachment-691\" style=\"width: 554px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-691\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert.png\" alt=\"\" width=\"554\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert.png 682w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert-300x234.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert-65x51.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert-225x176.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-2_Robert-350x274.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 554px) 100vw, 554px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-691\" class=\"wp-caption-text\">Graphe 2. La transition \u00e9nerg\u00e9tique par combinaison individuelle de sources et de services \u00e9nerg\u00e9tiques (AIE, 2002, p. 370)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le rapport de 2011 \u2013 \u00ab\u00a0Energy for all\u00a0: Financing access for the poor\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019AIE propose pour la premi\u00e8re fois une d\u00e9finition de l\u2019objectif d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb<em> s<\/em>ur des crit\u00e8res universels\u00a0: pour satisfaire cet objectif, les populations doivent disposer de \u00ab<em>\u00a0clean cooking facilities<\/em>\u00a0\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9quipements de cuisine n\u2019impactant pas la sant\u00e9, \u00e9cologiquement soutenable et \u00e9conomes en \u00e9nergie. Elles doivent \u00e9galement consommer au moins 250 kilowatts-heures (kWh) par an en zone rurale (usage d\u2019un plafonnier, d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable et de deux lampes fluocompactes cinq heures par jour) et de 500\u00a0kWh\/an en ville (un r\u00e9frig\u00e9rateur efficace, un deuxi\u00e8me t\u00e9l\u00e9phone et une t\u00e9l\u00e9vision). Sur cette base, le rapport estime qu\u2019il faut augmenter de 20\u00a0milliards de dollars par an les financements pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud (AIE, 2004, p.\u00a03). Cette d\u00e9finition de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie moderne, et notamment l\u2019\u00e9tablissement des seuils de consommation \u00e9lectrique, est \u00e9tablie en r\u00e9f\u00e9rence aux mod\u00e8les d\u2019EE \u2013 \u00ab\u00a0energy ladder\u00a0\u00bb \u2013 d\u2019Hosier et Dowd (1987) et d\u2019EAE \u2013 \u00ab<em>\u00a0fuel stacking\u00a0<\/em>\u00bb (Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000). Elle va ensuite faire consensus au niveau international d\u2019autant plus que l\u2019AIE va pousser \u00e0 la promotion de l\u2019objectif 7 des ODD. On la retrouve \u00e9galement dans d\u2019autres travaux de l\u2019agence (AIE, 2012, 2014, 2017). Ces mod\u00e8les servent aussi de base th\u00e9orique \u00e0 l\u2019indice de d\u00e9veloppement \u00e9nerg\u00e9tique (IDE) propos\u00e9 par l\u2019agence \u00e0 partir de 2004 (AIE, 2004) afin de mesurer \u00ab\u00a0les progr\u00e8s d\u2019un pays ou d\u2019une r\u00e9gion dans sa transition vers les combustibles modernes\u00a0\u00bb (cf. \u00e9galement AIE, 2014, p.\u00a0541) et d\u2019aider \u00e0 la prise de d\u00e9cision sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud (AIE, 2004, p.\u00a0342).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019AIE est \u00e9galement impliqu\u00e9e dans le programme SE4ALL (AIE, 2012). Elle a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de son cadre d\u2019intervention \u2013 SE4ALL Global Tracking Framework (GTF) \u2013 avec la Banque mondiale et son Programme d\u2019assistance \u00e0 la gestion du secteur \u00e9nerg\u00e9tique (ESMAP)<a class=\"footnote\" title=\"Le Programme d'assistance \u00e0 la gestion du secteur \u00e9nerg\u00e9tique (ESMAP) est une organisation g\u00e9r\u00e9e par la Banque Mondiale dont le but est d'aider techniquement les pays en d\u00e9veloppement \u00e0 accro\u00eetre leurs connaissances et capacit\u00e9 institutionnelle pour mettre en \u0153uvre des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques soutenables.\" id=\"return-footnote-687-8\" href=\"#footnote-687-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a> (SE4ALL, 2017). SE4ALL fournit ainsi un cadre d\u2019intervention multilat\u00e9rale, d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles, qui a pour objectif de guider et coordonner les efforts entrepris par les acteurs internationaux en vue d\u2019atteindre les trois objectifs prioritaires de l\u2019initiative pour 2030 dans les PED. Le GTF retient les mod\u00e8les EE et EAE comme fondement th\u00e9orique. Ceux-ci sont aussi mobilis\u00e9s dans les rapports SE4ALL \u00e0 travers des r\u00e9f\u00e9rences aux travaux de Barnes (2007), Davis (1998), Heltberg (2004) ou encore Masera (2000) (cf. SE4ALL, 2013, p.\u00a080-82).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019EE demeure le support th\u00e9orique de l\u2019approche \u00ab Multi-Tier\u00a0Framework \u00bb (MTF) (ESMAP, 2015, p. 7). Cette approche a vocation op\u00e9rationnelle est d\u00e9velopp\u00e9e dans le cadre de SE4ALL pour guider les actions et \u00e9valuer leurs impacts (SE4ALL, 2014). Elle est d\u00e9crite dans le rapport \u00ab<em>\u00a0Beyond Connections\u00a0: Energy Access Redefined\u00a0<\/em>\u00bb (cf. graphe 3). Il s\u2019agit d\u2019un mod\u00e8le de mesure de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u00ab moderne \u00bb selon un syst\u00e8me d\u2019\u00e9chelonnement dit \u00ab Multi-tier \u00bb. Le MTF induit des niveaux progressifs, cens\u00e9s d\u00e9passer les limites d\u2019une \u00e9valuation binaire de l\u2019objectif d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Cet acc\u00e8s ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une connexion domestique au r\u00e9seau \u00e9lectrique, mais s\u2019envisage selon un continuum de niveaux de service ou paliers \u00e9valu\u00e9s selon une se\u0301rie d\u2019indicateurs comme la capacit\u00e9 de production ou de charge, la dure\u0301e et la fiabilit\u00e9 de fourniture, la qualite\u0301 de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 distribu\u00e9e ou encore son co\u00fbt (ESMAP, 2015). Ce mod\u00e8le MTF est repris par l\u2019ensemble des organisations et des programmes actuels de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud (p. ex. Boie <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2018; ECREEE, 2019). Elle sert pour l\u2019\u00e9valuation de situation <em>ex-ante<\/em> \u00e0 des march\u00e9s locaux de l\u2019\u00e9nergie ou pour l\u2019\u00e9valuation d\u2019impact <em>ex-post<\/em> de projet. ESMAP, qui a r\u00e9alis\u00e9 de nombreuses \u00e9tudes de march\u00e9s et de secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques dans les pays du Sud depuis sa cr\u00e9ation en 1983, mobilise d\u00e9sormais ce mod\u00e8le pour ses interventions ou ses analyses.<\/p>\n<figure id=\"attachment_692\" aria-describedby=\"caption-attachment-692\" style=\"width: 588px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-692\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert.png\" alt=\"\" width=\"588\" height=\"560\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert.png 749w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert-300x286.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert-65x62.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert-225x214.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-3_Robert-350x333.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 588px) 100vw, 588px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-692\" class=\"wp-caption-text\">Graphe 3. Le mod\u00e8le MTF par la Banque Mondiale (Bathia et Angelu, 2014; ESMAP, 2015)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette approche par paliers de niveaux de service \u00e9lectrique reprend les termes de l\u2019EE. Ce que rappellent Grimm <em>et<\/em> <em>al.<\/em> (2014) qui \u00e9tudient l\u2019impact des syst\u00e8mes photovolta\u00efques Pico diffus\u00e9s dans les zones rurales du Rwanda dans le cadre de SE4ALL. Ce kit photovolta\u00efque est un dispositif technique promue par l\u2019initiative comme solution pour les zones rurales des pays du Sud, car son co\u00fbt est minime (Grimm <em>et<\/em> <em>al., <\/em>2014, p.\u00a041). Son fonctionnement se fonde sur l\u2019EE\u00a0: la technologie Pico permet d\u2019atteindre le premier palier d\u2019acc\u00e8s (Tier 1 energy access) qui constitue une \u00e9tape de l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (<em>ibid<\/em>., p.\u00a05-10)<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les exemples que nous venons d\u2019\u00e9voquer mettent en exergue l\u2019importance de la r\u00e9f\u00e9rence aux mod\u00e8les d\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019Hosier et Dowd (1987) et d\u2019\u00e9chelle d\u2019accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques de Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em> (2000). Ces mod\u00e8les th\u00e9oriques impr\u00e8gnent et structurent un ensemble vaste d\u2019initiatives, de programme, d\u2019\u00e9tudes d\u2019impact ou d\u2019approches sectorielles (par exemple Barnes <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2010; Ekouevi et Tuntivate, 2012; Grimm <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2014, 2016; Halff <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2014; Heuraux, 2010; <em>Ramani<\/em> et <em>Heijndermans<\/em>, 2003; Reddy, 2000; Rehfuess, 2006; Shrestha et Acharya, 2015; Paunio, 2018). Ils sont \u00e9galement deux r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques majeures de la litt\u00e9rature en \u00e9conomie sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les mod\u00e8les d\u2019EE et d\u2019EAE\u00a0: une approche micro\u00e9conomique standard de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Sud<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette deuxi\u00e8me partie, l\u2019EE et l\u2019EAE sont d\u00e9taill\u00e9es afin d\u2019en proposer une analyse critique. Celle-ci vient insister sur le point de vue micro\u00e9conomique adopt\u00e9 pour penser la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud, laquelle aboutit \u00e0 un manque de prise en compte des usages \u00e9nerg\u00e9tiques locaux.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La structuration du champ scientifique en \u00e9conomie autour de l\u2019EE et de l\u2019EAE<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Au milieu des ann\u00e9es 1980, le champ en \u00e9conomie sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les PED se structure autour du mod\u00e8le d\u2019<em>energy ladder <\/em>(cf. graphe 4). Il est formalis\u00e9 par R. Hosier et J. Dowd (1987) \u00e0 partir d\u2019une corr\u00e9lation observ\u00e9e au niveau macro entre la consommation d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le PIB. Ils admettent que cette corr\u00e9lation existe au niveau micro afin de th\u00e9oriser les comportements de consommation \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages (Reddy, 2000; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013). Ils font alors appel \u00e0 la th\u00e9orie standard de la consommation, ce qui aboutit \u00e0 consid\u00e9rer que les individus ou les m\u00e9nages effectuent un choix de consommation pour un type de source d\u2019\u00e9nergie parmi un bouquet accessible. Ce choix maximise leur utilit\u00e9 sous contrainte de revenu en fonction des caract\u00e9ristiques physiques \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb de diff\u00e9rentes sources d\u2019\u00e9nergie (propret\u00e9, exposition individuelle aux polluants, facilit\u00e9 d\u2019emploi, efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique) (Reddy, 2000; Clancy, 2006; Hiemstra von der Horst <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2008). Il en r\u00e9sulte une hi\u00e9rarchisation en \u00e9chelle de ces sources o\u00f9 \u00e0 chaque niveau de revenu correspond un type d\u2019\u00e9nergie dominante qui, sans \u00eatre la seule accessible, maximise l\u2019utilit\u00e9 des m\u00e9nages (Hosier and Dowd, 1987; Reddy et Reddy, 1994). Si les dotations mon\u00e9taires sont faibles, les m\u00e9nages s\u2019en tiennent aux \u00e9nergies \u00ab\u00a0traditionnelles\u00a0\u00bb qui induisent un grand nombre de contraintes d\u2019usage. Leurs revenus augmentant, les populations effectuent une transition \u00e9nerg\u00e9tique par commutation \u2013 \u00ab<em>\u00a0fuel switching<\/em>\u00a0\u00bb (Smith <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 1994) \u2013 vers un \u00e9chelon sup\u00e9rieur. Le processus de substitution prend fin lorsque les m\u00e9nages atteignent un niveau de revenu leur permettant d\u2019utiliser les formes \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb<em>\u00a0<\/em>d\u2019\u00e9nergie\u00a0que sont l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le GPL<a class=\"footnote\" title=\"Gaz P\u00e9trole de liqu\u00e9fi\u00e9.\" id=\"return-footnote-687-9\" href=\"#footnote-687-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a> (Leach, 1992; Clancy, 2006). Plus efficaces et utiles, elles sont n\u00e9anmoins plus ch\u00e8res \u00e0 l\u2019achat.<\/p>\n<figure id=\"attachment_693\" aria-describedby=\"caption-attachment-693\" style=\"width: 605px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-693\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert.png\" alt=\"\" width=\"605\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert.png 626w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert-300x154.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert-65x33.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert-225x116.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Fig.-4_Robert-350x180.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-693\" class=\"wp-caption-text\">Graphe 4. Repr\u00e9sentation sch\u00e9matique de l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (Smith et al., 1994)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Jusqu\u2019aux ann\u00e9es 2000, les \u00e9tudes en \u00e9conomie vont se concentrer sur la v\u00e9rification empirique de l\u2019EE (p. ex. Barnes et Qian, 1992; Leach, 1992; Smith <em>et<\/em> al., 1994; Reddy, 1995). Elles vont apporter des \u00e9l\u00e9ments confirmant ce mod\u00e8le, ainsi qu\u2019en proposer de nouvelles variantes, \u2013 \u00ab\u00a0<em>rural energy ladder<\/em>\u00a0\u00bb (Barnes et Qian, 1992), \u00ab<em>\u00a0ladder of energy demand<\/em>\u00a0\u00bb (Foley, 1995). Finalement, elles vont aboutir \u00e0 sa remise en cause en mettant en exergue un mode de consommation par \u00ab<em>\u00a0multiple fuel<\/em>\u00a0\u00bb (Davis, 1998)<em>. <\/em>Celui-ci fait l\u2019objet de plusieurs tentatives de construction th\u00e9orique sur la d\u00e9cennie 1995-2005. La transition propos\u00e9e par l\u2019EE ne serait pas aussi lin\u00e9aire et unidirectionnelle que ne le laisse entendre le concept de \u00ab\u00a0<em>fuel switch<\/em>\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 une augmentation des revenus, les m\u00e9nages peuvent d\u00e9cider de continuer \u00e0 consommer ou de revenir aux \u00e9nergies \u00ab\u00a0traditionnelles\u00a0\u00bb (Leach, 1992), ou encore d\u2019adopter un mix \u00e9nerg\u00e9tique compos\u00e9 de diff\u00e9rentes sources (Masera et Navia, 1997). Le concept de \u00ab<em>\u00a0fuel stacking<\/em>\u00a0\u00bb (Masera <em>et al.<\/em>, 2000; p.\u00a02084) appara\u00eet alors plus appropri\u00e9 pour qualifier \u00e0 la fois un mode de consommation \u00e9nerg\u00e9tique par \u00ab<em>\u00a0multiple fuel<\/em>\u00a0\u00bb (Davis, 1998) ainsi qu\u2019une dynamique de transition individuelle plus complexe par \u00ab<em>\u00a0inter-fuel substitution<\/em>\u00a0\u00bb (Masera et Navia, 1997, p.\u00a0348). Les m\u00e9nages b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019avantage procur\u00e9 par l\u2019usage de plusieurs sources, certaines \u00e9tant adapt\u00e9es \u00e0 leurs pr\u00e9f\u00e9rences multiples, notamment pour la cuisson. En agissant ainsi, les populations maximisent \u00e9galement leur s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques sert alors d\u2019assurance ou de s\u00e9curit\u00e9 lorsque l\u2019offre devient erratique ou que les fluctuations de prix sont trop importantes (Masera <em>et<\/em> <em>al.,<\/em> 2000; p. 2094).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des \u00e9tudes vont prendre appui sur les concepts de \u00ab\u00a0<em>multiple fuel use<\/em>\u00a0\u00bb et de \u00ab<em>\u00a0fuel stacking<\/em> \u00bb pour les confronter \u00e0 l\u2019empirie. Confrontation qui aboutit \u00e0 la formalisation du mod\u00e8le d\u2019EAE qui va ensuite occuper une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la litt\u00e9rature (Kowsari et Zerriffi, 2011). Quoique constamment remis en cause, le mod\u00e8le d\u2019EE est rappel\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement comme r\u00e9f\u00e9rence essentielle de la litt\u00e9rature (Heltberg, 2004; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008; Mekonnen et Kohlin 2009). La p\u00e9riode r\u00e9cente voit ce mod\u00e8le r\u00e9actualis\u00e9 et remis sur le devant de la sc\u00e8ne (Ahmad et De Oliveira, 2015), l\u2019EAE supportant difficilement l\u2019\u00e9preuve de test \u00e9conom\u00e9trique sur un panel important. Aujourd\u2019hui ces deux mod\u00e8les occupent par cons\u00e9quent une place importante dans la litt\u00e9rature. Ils demeurent les deux r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques structurantes du champ en \u00e9conomie.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Des th\u00e9ories micro\u00e9conomiques de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fait que les deux approches \u00e9voqu\u00e9es ici soient incontournables s\u2019explique par le manque de th\u00e9ories \u00e9conomiques qui int\u00e8grent une approche sp\u00e9cifique des usages \u00e9nerg\u00e9tiques au Sud tout en permettant d\u2019appr\u00e9hender les ph\u00e9nom\u00e8nes dynamiques\u00a0de transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ces mod\u00e8les se pr\u00e9sentent comme des th\u00e9ories micro\u00e9conomiques de la transition \u00e9nerg\u00e9tique (Hiemstra-van der Horst et Hovorka, 2008)\u00a0: ils fournissent un cadre pour analyser la consommation d\u2019une ou plusieurs sources d\u2019\u00e9nergie par un individu ou un m\u00e9nage en formalisant un chemin de transition \u00e9nerg\u00e9tique individuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cas de l\u2019EE, la transition d\u2019une forme d\u2019\u00e9nergie \u00e0 une autre se fait par phases distinctes. Entre chaque phase, les m\u00e9nages effectuent un \u00ab<em>\u00a0fuel switch<\/em>\u00a0\u00bb (Smith <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 1994, p.\u00a0598.), \u00ab<em>\u00a0fuel shifts<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>carriers shift<\/em>\u00a0\u00bb (Reddy, 1995, p.929); un concept au centre du processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9crit par l\u2019\u00e9chelle et qui qualifie la substitution \u2013 donc l\u2019abandon \u2013 d\u2019une source contraignante pour une autre plus efficace. Lorsque le statut \u00e9conomique des m\u00e9nages \u00ab<em>\u00a0switch<\/em>\u00a0\u00bb s\u2019am\u00e9liore, ils pr\u00e9f\u00e8rent alors utiliser des sources \u00e9nerg\u00e9tiques plus \u00e9lev\u00e9es dans l\u2019\u00e9chelle, car elles sont plus commodes, propres, polyvalentes et d\u2019une plus grande efficience (Leach et Mearns, 1988, p.\u00a0190). Par exemple, pour un service de cuisson, le k\u00e9ros\u00e8ne est sup\u00e9rieur \u00e0 la biomasse-\u00e9nergie en termes de propret\u00e9, mais reste moins int\u00e9ressant que le GPL quasiment non polluant (Goldemberg, 2000); une transition entre ces trois types de sources \u00e9nerg\u00e9tiques entra\u00eene une r\u00e9duction des \u00e9missions de dioxyde de carbone, de dioxyde de soufre et de particules. Par ailleurs, plus on grimpe dans l\u2019\u00e9chelle, plus on disposerait d\u2019\u00e9nergies stockables et contr\u00f4lables (Goldemberg, 2000) et donc d\u2019\u00e9nergies utiles, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9nergies requises ou dont dispose l\u2019utilisateur ou l\u2019utilisatrice pour r\u00e9aliser une t\u00e2che sp\u00e9cifique, une fois la derni\u00e8re conversion r\u00e9alis\u00e9e (Kowsari et Zerriffi, 2011). Les meilleurs combustibles fournissent des usages diversifi\u00e9s et \u00ab<em>\u00a0modernes<\/em>\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Le sommet de l\u2019\u00e9chelle correspond aux \u00ab\u00a0finalit\u00e9s id\u00e9ales\u00a0\u00bb (Leach et Mearns, 1988; Clancy, 2006, p.\u00a013)\u00a0: une source \u00e9nerg\u00e9tique propre \u00e0 l\u2019usage, livr\u00e9e directement aux consommateurs et consommatrices et ayant un rendement \u00e9lev\u00e9 avec un co\u00fbt moyen assez faible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de l\u2019EAE, les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique sont d\u00e9crits comme un \u00ab\u00a0processus en deux \u00e9tapes\u00a0\u00bb (Masera <em>et al.<\/em>, 2000, p.\u00a0359) par exemple entre le bois de feu et le GPL qui est fonction des pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9nerg\u00e9tiques pour les plats cuisin\u00e9s et d\u00e9bouche g\u00e9n\u00e9ralement sur un mode de consommation par multiples sources de cuisson. La transition se fait alors par \u00ab\u00a0accumulation d\u2019options \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab<em>\u00a0fuel stacking\u00a0<\/em>\u00bb \u2013 en consommant en m\u00eame temps une combinaison de diff\u00e9rents carburants (<em>ibid.<\/em>, 2000). Avec ce mouvement de transition par accumulation plut\u00f4t que par substitution, l\u2019int\u00e9r\u00eat du mod\u00e8le est de montrer que le GPL n\u2019est pas un bon substitut au bois-\u00e9nergie. Il permet d\u2019expliquer pourquoi la demande de bois de feu ne diminue pas forc\u00e9ment avec le revenu comme le sugg\u00e8re l\u2019EE. Les m\u00e9nages poursuivent des \u00ab<em>\u00a0multiple-fuel<\/em> <em>strategy\u00a0<\/em>\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0348) pour maximiser leur utilit\u00e9. Ils peuvent par exemple opter pour une forme d\u2019\u00e9nergie assez \u00e9lev\u00e9e dans l\u2019\u00e9chelle, tout en gardant le bois de feu et les techniques d\u2019usages associ\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces deux cadres adoptent un point de vue micro\u00e9conomique pour d\u00e9crire les usages \u00e9nerg\u00e9tiques et leurs \u00e9volutions. Ils admettent que les d\u00e9terminants d\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9pendent des choix individuels pour des consommations d\u2019\u00e9nergie particuli\u00e8res. Les dynamiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique sont envisag\u00e9es selon une corr\u00e9lation classique entre consommation d\u2019\u00e9nergie et revenu qui permet en d\u00e9finitive d\u2019expliquer le choix pour des \u00e9nergies plus sophistiqu\u00e9es lorsque le statut \u00e9conomique s\u2019am\u00e9liore. La seule diff\u00e9rence notable entre ces deux mod\u00e8les est le mouvement d\u2019adoption. On a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une <em>transition susbstituante <\/em>ou<em> cumulative <\/em>avec un choix unique pour une seule source et de l\u2019autre une <em>transition accumulative<\/em> avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour un mix\u00a0d\u2019\u00e9nergies. Mais dans les deux cas, le chemin de transition \u00e9nerg\u00e9tique individuelle que suivront les m\u00e9nages est unique, toujours le m\u00eame, bas\u00e9 sur des \u00e9tapes que l\u2019on atteint en fonction des seuils de revenu que l\u2019on d\u00e9passe. Le revenu demeure alors le principal facteur aiguillant la d\u00e9cision de consommation des m\u00e9nages.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019accent mis sur le revenu mon\u00e9taire et le manque de compr\u00e9hension des usages \u00e9nerg\u00e9tiques<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Du fait que le revenu est le principal d\u00e9terminant des usages \u00e9nerg\u00e9tiques, l\u2019EE et l\u2019EAE contribuent \u00e0 un d\u00e9ficit de compr\u00e9hension des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0(Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004, 2006; Kowsari et Zerriffi, 2011; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013) et s\u2019av\u00e8rent finalement peu adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019analyse de la transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud. C\u2019est d\u2019autant plus le cas lorsqu\u2019on prend le point de vue des zones rurales non \u00e9lectrifi\u00e9es. Dans ces contextes, l\u2019\u00e9nergie consomm\u00e9e est principalement collect\u00e9e, elle n\u2019engage aucune d\u00e9pense mon\u00e9taire. Lorsqu\u2019il existe, l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s des \u00e9nergies commerciales est difficile. Les prix ne refl\u00e8tent pas la vraie valeur du combustible, car l\u2019offre est erratique et le co\u00fbt d\u2019entr\u00e9e reste important pour des m\u00e9nages dont le revenu est incertain et dont les conditions d\u2019existence reposent peu sur des actifs mon\u00e9taires (Hiemstra-van der Horst et Hovorka, 2008). Les deux mod\u00e8les assument que tous les types d\u2019\u00e9nergie sont disponibles (Kowsari et Zerriffi, 2011, p.\u00a07508), faisant abstraction des effets potentiels d\u2019une offre limit\u00e9e ou d\u00e9faillante. Pourtant, Cheng et Uperlainen (2014, p.\u00a09) estiment que le facteur revenu a un r\u00f4le secondaire dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique et que c\u2019est plut\u00f4t la disponibilit\u00e9 d\u2019une offre fiable et ininterrompue qui a le plus d\u2019impact sur les changements d\u2019usage. Le manque d\u2019infrastructure ainsi que les p\u00e9nuries augmentent le co\u00fbt mon\u00e9taire et le co\u00fbt de transaction, associ\u00e9s aux sources d\u2019\u00e9nergie, et conduisent \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019acc\u00e8s. Par ailleurs, les m\u00e9nages ruraux d\u00e9tiennent peu de capital financier, d\u2019autres types de dotation (social, physique, naturel) sont plus essentiels \u00e0 leur subsistance (DFID<a class=\"footnote\" title=\"Department for International Development.\" id=\"return-footnote-687-10\" href=\"#footnote-687-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>, 2000). Mobiliser une contrainte budg\u00e9taire ou des classes de revenus pour analyser leurs pratiques face \u00e0 l\u2019\u00e9nergie appara\u00eet alors peu r\u00e9aliste, d\u2019autant plus que m\u00eame les bas revenus utilisent parfois les \u00e9nergies les plus \u00e9lev\u00e9es dans l\u2019EE (Brouwer et Falcao, 2004).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 un niveau micro, la relation revenu-consommation \u00e9nerg\u00e9tique est donc rarement aussi forte que ce qu\u2019assument les deux mod\u00e8les (Hiemstra-van der Horst and Hovorka, 2008; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013). D\u2019autres dimensions entrent en jeu, elles interagissent et influencent les d\u00e9cisions \u00e9nerg\u00e9tiques, complexifiant, en cela, l\u2019analyse des usages \u00e9nerg\u00e9tiques \u00ab\u00a0r\u00e9els\u00a0\u00bb (Clancy, 2006). Pour s\u2019en approcher, il faut accorder de l\u2019importance \u00e0 tout un panel de facteurs qui les orientent ou les contraignent<a class=\"footnote\" title=\"Pour un recensement exhaustif ou typologique de ces facteurs, se r\u00e9f\u00e9rer aux m\u00e9ta-analyses de J.\u00a0Lewis et S.\u00a0K.\u00a0Pattanayak (2012), B.\u00a0Van der Kroon et al., (2013) ainsi que S.\u00a0Tsephel (2008) et H.\u00a0Kowsari et R.\u00a0Zerrifi (2011).\" id=\"return-footnote-687-11\" href=\"#footnote-687-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. La litt\u00e9rature empirique en fournit un large \u00e9ventail que ce soit les facteurs \u00e9conomiques (revenus, d\u00e9penses, prix des combustibles et des techniques) (Reddy, 1995; Cheng et Uperlainen, 2014), mais aussi sociaux comme les in\u00e9galit\u00e9s de genre, les institutions locales, les traditions, les habitudes culturelles, le mode de vie et les pr\u00e9f\u00e9rences, notamment pour certaines pratiques \u00e9nerg\u00e9tiques (Leach, 1988; Masera et Navia, 1997; Heltberg, 2005; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008) ou environnementales et g\u00e9ographiques comme l\u2019acc\u00e8s aux ressources naturelles, les saisons, l\u2019altitude, le climat (Leach, 1992; Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000; Heltberg, 2005). La diversit\u00e9 des situations \u00e9nerg\u00e9tiques et les diff\u00e9rences de choix d\u00e9pendent essentiellement de facteurs non \u00e9conomiques (Takama <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2012) comme la fr\u00e9quence des repas, les habitudes de consommation, les pr\u00e9f\u00e9rences pour le go\u00fbt des aliments (Leach, 1988) l\u2019ethnie d\u2019appartenance (Heltberg, 2005), les traditions locales et les institutions (Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008). Par ailleurs, Takama <em>et<\/em> <em>al. <\/em>(2012) d\u00e9montrent l\u2019interd\u00e9pendance des diff\u00e9rents facteurs. Il est du coup tr\u00e8s difficile d\u2019isoler l\u2019effet d\u2019un seul d\u2019entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux mod\u00e8les n\u00e9gligent ainsi la multidimensionnalit\u00e9 des facteurs influen\u00e7ant les usages. En s\u2019inscrivant dans une analyse statique, ils font \u00e9galement abstraction de la pluralit\u00e9 des effets de consommation \u00e9nerg\u00e9tique sur les processus socio-\u00e9conomiques. Pour observer les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique par la dynamique des consommations \u2013 <em>switch<\/em> ou <em>stack<\/em> \u2013 il faudrait r\u00e9ussir \u00e0 suivre temporellement l\u2019indicateur de\u00a0revenu ou de d\u00e9pense, ce qui est empiriquement contraignant vu l\u2019absence de donn\u00e9es statistiques fiables sur des s\u00e9ries longues dans les zones rurales des pays du Sud. Il s\u2019ensuit des arbitrages m\u00e9thodologiques parfois contestables (Elias et Victor, 2005; Robert, 2016) et peu d\u2019\u00e9tudes sont effectu\u00e9es dans le temps, permettant d\u2019analyser des processus de transition. Dans tous les cas, nous observons un manque de prise en compte des interactions dynamiques entre les diff\u00e9rents ph\u00e9nom\u00e8nes (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004, 2006; Kowsari et Zerriffi, 2011).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le probl\u00e8me du paradigme d\u2019ancrage\u00a0en \u00e9conomie<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette troisi\u00e8me partie se recentre sur l\u2019analyse critique des fondements m\u00e9ta-th\u00e9oriques des mod\u00e8les EE et EAE. Les postulats retenus aboutissent \u00e0 une vision naturaliste de la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui ne tient pas compte des besoins en services \u00e9nerg\u00e9tiques des populations.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les postulats de la th\u00e9orie micro\u00e9conomique standard de la consommation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, ces \u00e9cueils th\u00e9oriques r\u00e9sultent de l\u2019ancrage m\u00e9ta-th\u00e9orique de ces mod\u00e8les. L\u2019EE et l\u2019EAE sont la traduction \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de la th\u00e9orie micro\u00e9conomique de la consommation du paradigme n\u00e9oclassique ou standard en \u00e9conomie. Ils reposent ainsi sur deux postulats g\u00e9n\u00e9raux, d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule l\u2019ensemble de ces \u00e9cueils. De ce point de vue, les deux mod\u00e8les sont tr\u00e8s proches et leurs diff\u00e9rences th\u00e9oriques minimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier est l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale pour les choix de consommation \u00e9nerg\u00e9tique qui impliquent que le consommateur ou la consommatrice cherche, par ses choix, \u00e0 maximiser son utilit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb sous contrainte budg\u00e9taire. Cette contrainte fait pr\u00e9valoir le revenu dans la prise de d\u00e9cision et minimise les autres facteurs cantonn\u00e9s au r\u00f4le de variables subsidiaires. En raison de leur ancrage dans le paradigme standard en \u00e9conomie, l\u2019ensemble des travaux empiriques ne peut qu\u2019aboutir, directement ou indirectement, \u00e0 la d\u00e9monstration que le revenu est le d\u00e9terminant principal des choix \u00e9nerg\u00e9tiques des m\u00e9nages et partant, de la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ce qui explique pourquoi aucun effort de conceptualisation n\u2019est engag\u00e9, visant \u00e0 int\u00e9grer l\u2019ensemble des d\u00e9terminants. L\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale pour les choix de consommation \u00e9nerg\u00e9tique omet les interactions avec le contexte m\u00e9so-macro. Ce qui revient \u00e0 n\u00e9gliger les r\u00e9ponses actives, les arbitrages ou encore les strat\u00e9gies men\u00e9es en r\u00e9action aux facteurs institutionnels (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004, 2006; Kowsari et Zerriffi, 2011). L\u2019aspect dynamique des choix de consommation est d\u00e8s lors mal pris en compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Consid\u00e9r\u00e9 sur un m\u00eame niveau th\u00e9orique, l\u2019ensemble des d\u00e9terminants agissant sur les usages \u00e9nerg\u00e9tiques reviendrait \u00e0 abandonner le second postulat sur lequel se fondent les deux mod\u00e8les\u00a0: l\u2019universalit\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences de consommation \u00e9nerg\u00e9tique. Certains facteurs socio-\u00e9conomiques, culturels, institutionnels ou politiques peuvent en effet modifier l\u2019horizon vers lequel devraient tendre, normalement, toutes ces consommations \u00e9nerg\u00e9tiques selon l\u2019EE et l\u2019EAE, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le GPL. On parle ainsi de \u00ab<em>\u00a0ladder of fuel preferences<\/em>\u00a0\u00bb (Davis, 1998, p.\u00a0207) ou de \u00ab<em>\u00a0fuel preference-ladder<\/em>\u00a0\u00bb (Leach, 1992, p.\u00a0118; Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000, p.\u00a02088). Ces pr\u00e9f\u00e9rences sont assum\u00e9es et universelles, car elles sont fonction des caract\u00e9ristiques physiques \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb des sources ou des vecteurs d\u2019\u00e9nergie\u00a0(<em>supra<\/em>)<em>.<\/em> Celles-ci permettent de mesurer l\u2019utilit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb que le m\u00e9nage cherche \u00e0 maximiser pour un niveau de service donn\u00e9. Dans cette optique, tous les m\u00e9nages sont cens\u00e9s d\u00e9sirer que ces param\u00e8tres s\u2019am\u00e9liorent. Ils orientent donc leurs choix en ce sens et la transition s\u2019op\u00e8re en fonction de l\u2019\u00ab\u00a0utilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb pour un niveau de revenu. Dans ce cadre, ces mod\u00e8les se fondent sur une conception d\u00e9terministe et lin\u00e9aire des besoins en \u00e9nergie (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2004; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008; Van Der Kroon <em>et al<\/em>., 2013). Ces derniers sont essentialis\u00e9s\u00a0: ils sont pris pour acquis et d\u00e9pendent uniquement du niveau de revenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, cette objectivit\u00e9 est largement discutable. D\u2019une part, ces mod\u00e8les comparent les \u00e9nergies primaires (disponibles dans la nature \u00e0 l\u2019\u00e9tat de ressources naturelles) avec les \u00e9nergies secondaires (\u00e9nergies transform\u00e9es, obtenues \u00e0 partir des \u00e9nergies primaires) comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et ne tiennent pas compte de l\u2019amont de la fili\u00e8re, lors de la production ou du transport des \u00e9nergies secondaires. Or, l\u2019incidence de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en termes de pollution n\u2019est pas la m\u00eame selon qu\u2019elle soit produite par le charbon ou les \u00e9nergies renouvelables. Par ailleurs, l\u2019EE et l\u2019EAE sont \u00e9galement fond\u00e9es sur la croyance que les \u00e9nergies \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb sont plus attractives (Clancy, 2006), car \u00e9tant plus ch\u00e8res, elles offriraient un sentiment de prestige et de progr\u00e8s (Chipeta et Durst, 1997; Masera <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2000). <em>A contrario<\/em>, la biomasse-\u00e9nergie\u00a0est vue comme une marchandise symboliquement inf\u00e9rieure; le bois de feu est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nergie du pauvre\u00a0\u00bb (Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008, p.\u00a03334; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013 p.\u00a0505). Enfin, le processus de transition vers des sources plus performantes implique d\u2019investir dans des techniques \u00e9nerg\u00e9tiques adapt\u00e9es et plus efficaces. D\u00e8s lors, grimper le long de l\u2019\u00e9chelle suppose une augmentation des co\u00fbts d\u2019investissement et une d\u00e9pendance accrue aux infrastructures centralis\u00e9es, ce qui joue sur l\u2019utilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, les mod\u00e8les EE et EAE assument cette uniformisation des pr\u00e9f\u00e9rences des individus ou des m\u00e9nages. Diff\u00e9rentes sources d\u2019approvisionnement s\u2019offrent \u00e0 eux, mais l\u2019EE se dessine, car pour un niveau de revenu donn\u00e9, chaque m\u00e9nage effectuant un arbitrage co\u00fbt-efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique sous l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 instrumentale, va choisir une source particuli\u00e8re parmi le bouquet \u00e9nerg\u00e9tique accessible, dans le but de maximiser son utilit\u00e9 sur la base de ses pr\u00e9f\u00e9rences individuelles; pr\u00e9f\u00e9rences assum\u00e9es comme \u00e9tant parfaitement connues, ordonn\u00e9es, d\u00e9finies et invariables. C\u2019est ainsi que l\u2019\u00e9chelle se forme de mani\u00e8re lin\u00e9aire, car \u00e0 chaque niveau correspond une source \u00e9nerg\u00e9tique dominante\u00a0: celle qui, sans \u00eatre la seule accessible, maximise l\u2019utilit\u00e9 des m\u00e9nages pour un usage et pour un niveau de revenu donn\u00e9 (Hosier et Dowd, 1987; Reddy et Reddy, 1994). Le mod\u00e8le EAE cherchant \u00e0 int\u00e9grer des pr\u00e9f\u00e9rences vari\u00e9es, mais toujours universelles, tout en conservant le calcul co\u00fbt-efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, conduit toujours \u00e0 un choix unique pour un m\u00eame mix, par groupe de revenu. Ce mix offre plus d\u2019avantages que la consommation d\u2019une seule source. Il permet d\u2019utiliser plusieurs appareils et de satisfaire davantage de services. Par cons\u00e9quent, les deux mod\u00e8les aboutissent implicitement \u00e0 un manque d&rsquo;effectivit\u00e9 du choix qui se limite \u00e0 une seule d\u00e9cision optimale parmi les options disponibles (Hiemstra-van der Horst et Hovorka, 2008).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tapes \u00ab\u00a0naturelles\u00a0\u00bb de la transition \u00e9nerg\u00e9tique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ordonnancement des sources dans les deux mod\u00e8les est donc la cons\u00e9quence des hypoth\u00e8ses de rationalit\u00e9 parfaite et de pr\u00e9f\u00e9rences universelles. Ces postulats d\u00e9bouchent sur la conceptualisation d\u2019une hi\u00e9rarchisation \u00e9volutionniste des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques individuels (Kowsari et Zerrifi, 2011) dans les pays industrialis\u00e9s (PI) comme dans les PED. Cela aboutit \u00e0 ce que les mod\u00e8les EE et EAE admettent un point de vue naturaliste sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui repose int\u00e9gralement sur des \u00e9tapes universelles de d\u00e9veloppement. Ces \u00e9tapes sont les m\u00eames que celles qu\u2019auraient suivies en th\u00e9orie les PI et le chemin trac\u00e9 repr\u00e9senterait la voie que suivront naturellement\u00a0les PED. Ces mod\u00e8les promeuvent ainsi une vision normative id\u00e9alis\u00e9e et hors sol des processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique, lesquels n\u00e9gligent les sp\u00e9cificit\u00e9s contextuelles qu\u2019ils rev\u00eatent selon les territoires dans lesquels ils s\u2019inscrivent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce propos, ce qui distingue et ordonne les diff\u00e9rents types de vecteur \u00e9nerg\u00e9tique dans ces mod\u00e8les, c\u2019est \u00e9galement le degr\u00e9 de sophistication technique du processus de production mis en \u0153uvre pour les obtenir. Une analogie est ainsi r\u00e9alis\u00e9e entre d\u00e9veloppement technique et transition \u00e9nerg\u00e9tique vers les \u00e9nergies modernes. La transition sur l\u2019\u00e9chelle technique n\u00e9cessite une transition \u00e9nerg\u00e9tique qui sera le moteur du processus de d\u00e9veloppement. Pour gagner en technicit\u00e9, il faut pouvoir mobiliser de nouvelles sources \u00e9nerg\u00e9tiques, r\u00e9orienter son mix \u00e9nerg\u00e9tique ou le mobiliser de fa\u00e7on plus efficiente. On identifie ici une version \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb de la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement de Rostow (1959). Celui-ci d\u00e9finit cinq \u00e9tapes in\u00e9luctables du d\u00e9veloppement, \u00e9voluant du passage de la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle \u00ab\u00a0arri\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb et stationnaire \u00e0 celle de la consommation de masse. Ces \u00e9tapes engagent un processus de d\u00e9veloppement technique qui devrait se r\u00e9percuter sur les \u00e9nergies utilis\u00e9es. La traduction \u00e9nerg\u00e9tique de la th\u00e9orie rostowienne est le reflet exact de l\u2019\u00e9volutionnisme essentialiste des sch\u00e9mas de transition prescrits par l\u2019EE et l\u2019EAE.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les recherches sur ces mod\u00e8les consid\u00e8rent d\u2019ailleurs que grimper dans l\u2019EE permet de s\u2019\u00e9lever sur d\u2019autres \u00e9chelles symboliques du d\u00e9veloppement (Chipeta et Durst, 1997). Le processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique devient alors un mouvement naturel d\u2019\u00e9mancipation des soci\u00e9t\u00e9s des PED. Qu\u2019il soit lin\u00e9aire pour l\u2019EE ou cumulatif pour l\u2019EAE, il contribue toujours \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de pays subissant un retard \u00ab\u00a0\u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb qui les maintient dans une situation de sous-d\u00e9veloppement global. En cela, ces mod\u00e8les fournissent moins d\u2019explications sur les changements de consommation et d\u2019usage qu\u2019ils ne proposent un sc\u00e9nario de d\u00e9veloppement par la transition \u00e9nerg\u00e9tique calqu\u00e9 sur le mod\u00e8le des PI; sc\u00e9nario que les PED doivent suivre pour passer d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle vers une \u00e9conomie moderne. En conservant l\u2019id\u00e9e d\u2019une hi\u00e9rarchisation \u00e9nerg\u00e9tique des pays ou des individus, ces mod\u00e8les s\u00e9parent les soci\u00e9t\u00e9s <em>d\u00e9velopp\u00e9es <\/em>des soci\u00e9t\u00e9s <em>sous-d\u00e9velopp\u00e9es <\/em>\u00e9nerg\u00e9tiquement et v\u00e9hiculent ainsi des pr\u00e9jug\u00e9s sur les usages \u00e9nerg\u00e9tiques, les modes de vie et les cultures. Ils supposent \u00e0 la fois d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser les particularit\u00e9s de chaque soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019inclure une dimension d\u00e9terministe sur le plan historique. Le d\u00e9veloppement \u00e9nerg\u00e9tique dont il est question reste un processus id\u00e9al typique calqu\u00e9 sur les pays industrialis\u00e9s et que la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud doit faire advenir. Nous pouvons alors interroger les recommandations de ces mod\u00e8les en mati\u00e8re de programmes internationaux de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une position normative privil\u00e9giant l\u2019offre au d\u00e9triment des besoins \u00e9nerg\u00e9tiques des populations<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019EE et l\u2019EAE se sont construites d\u2019embl\u00e9e avec un point de vue normatif assum\u00e9. L\u2019objectif est de l\u00e9gitimer l\u2019action en faveur de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des PED ainsi que des prescriptions de politiques \u00e9nerg\u00e9tiques et de programmes de d\u00e9veloppement pour les policymakers (Hosier et Dowd, 1987; Reddy, 1995, 2000; Goldemberg, 2000). Pourtant, si on suit pr\u00e9cis\u00e9ment la logique de ces cadres th\u00e9oriques, les politiques les plus efficaces consistent \u00e0 augmenter le revenu mon\u00e9taire des populations, puisque les consommations \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e9voluent avec cette variable. Pourquoi promouvoir alors des programmes de transition \u00e9nerg\u00e9tique qui agissent directement sur les usages plut\u00f4t que sur le niveau de vie mon\u00e9taire? La question est l\u00e9gitime, car Reddy (1995) admet que l\u2019EE dispara\u00eetrait d\u2019elle-m\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 devenait plus \u00e9galitaire. Hosier et Dowd (1987) estiment que peu de politiques sont capables d\u2019agir sur la transition puisque la hausse du revenu en est le principal d\u00e9terminant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Reddy (2000) \u00e9nonce cependant que des politiques d\u2019intervention sont n\u00e9cessaires, car les m\u00e9nages pauvres d\u00e9pensent plus et consacrent plus de temps pour satisfaire leurs besoins \u00e9nerg\u00e9tiques que les plus riches. Ils n\u2019ont pas la capacit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir des techniques \u00e9nerg\u00e9tiques dont l\u2019investissement est \u00e9lev\u00e9, mais dont l\u2019investissement initial reste \u00e9lev\u00e9. Les combustibles qu\u2019ils utilisent engendrent des d\u00e9penses importantes pour les soins m\u00e9dicaux et d\u00e9gradent le capital humain. Par ailleurs, les prix du bois et du charbon de bois ont tendance \u00e0 augmenter, car la ressource se fait plus rare. Avec l\u2019usage du GPL et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les gains d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique accroissent la part de revenus disponible consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie dans le foyer (Reddy, 2000). En th\u00e9orie, la hausse des rendements \u00e9nerg\u00e9tiques contribue donc \u00e0 la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 dans toutes ses dimensions (alimentation, logement, sant\u00e9, \u00e9ducation). En r\u00e9alit\u00e9, ces arguments entrent en contradiction avec les r\u00e9sultats de Leach (1992), Davis (1998) ou Masera <em>et al. <\/em>(2000) sur le \u00ab <em>multiple fuel-use<\/em> \u00bb ou le \u00ab <em>fuel stacking<\/em> \u00bb. Par ailleurs, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 peut avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives comme des in\u00e9galit\u00e9s de revenus ou des risques techniques, sans oublier le paradoxe de Jevons (1865).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour compl\u00e9ter l\u2019argumentation th\u00e9orique en faveur d\u2019une action sur les modes de consommation \u00e9nerg\u00e9tique au Sud, le concept de \u00ab\u00a0leapfrog\u00a0\u00bb qualitatif ou technologique est mobilis\u00e9 (Goldemberg, 1998; Unruh, 2000; Gallagher, 2006). Il d\u00e9signe le fait d\u2019engager directement une transition vers les meilleures sources d\u2019\u00e9nergie plut\u00f4t que de suivre les \u00e9tapes usuelles. D\u00e8s lors, chaque intervention doit chercher \u00e0 diffuser le plus possible les sources d\u2019\u00e9nergie modernes et les techniques associ\u00e9es afin de faire b\u00e9n\u00e9ficier le plus rapidement les m\u00e9nages des \u00e9nergies et des techniques les plus avanc\u00e9es (Goldemberg, 2000). Cela vient justifier l\u2019objectif d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie\u00a0moderne\u00a0des acteurs internationaux. Avec ce saut qualitatif, le probl\u00e8me se pose surtout en termes de transfert de technologies et de m\u00e9canismes innovants de diffusion au Sud. Cependant, cela conduit \u00e0 des politiques et des interventions relativement restreintes. Elles demeurent centr\u00e9es sur l\u2019offre et ne tiennent pas compte des besoins des principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires. Le MTF de SE4ALL illustre cela\u00a0: pour ce cadre d\u2019intervention, le postulat de pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9nerg\u00e9tiques universelles aboutit \u00e0 sous-estimer ou \u00e0 n\u00e9gliger certains besoins des populations des PED. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u2019est plus d\u00e9fini ni mesur\u00e9 selon une logique binaire, mais par des classes de services. Les acteurs du d\u00e9veloppement peuvent donc choisir diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019intervention pour atteindre l\u2019ODD n\u00b0\u00a07 (SEALL, 2013; ESMAP, 2015) et notamment fournir un niveau de service moindre \u00e0 un co\u00fbt plus faible. L\u2019approche MTF r\u00e9duit les seuils d\u2019exigence qui sont donc moins difficiles \u00e0 r\u00e9aliser. Les investissements n\u00e9cessaires pour atteindre un acc\u00e8s universel de niveau Tier 1 (suffisant pour allumer quelques ampoules et charger un t\u00e9l\u00e9phone portable) sont \u00e9valu\u00e9s \u00e0 1,5M\/$\/an jusqu\u2019en 2030. Atteindre un niveau 5 (un r\u00e9seau \u00e9lectrique complet toute la journ\u00e9e, tous les jours) implique des investissements de 50M\/$\/an (ESMAP, 2017, p.\u00a05). Mais le choix du Tier 1 suppose implicitement de consid\u00e9rer que les populations concern\u00e9es par ce niveau ont des besoins moindres que ceux b\u00e9n\u00e9ficiant de la desserte du r\u00e9seau \u00e9lectrique. C\u2019est le cas des Kits Pico\u00a0: ils permettent de s\u2019\u00e9lever dans l\u2019\u00e9chelle \u00e9nerg\u00e9tique (Grimm <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2014), mais ne fournissent qu\u2019un acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Par cons\u00e9quent, les programmes de diffusion de ce type de solution technique se fondent sur l\u2019hypoth\u00e8se que les besoins en \u00e9lectricit\u00e9 sont universels, mais qu\u2019ils sont \u00e9galement limit\u00e9s pour les m\u00e9nages des PED, notamment ceux des zones rurales pourtant les principaux concern\u00e9s par ce type de projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On reproche aux indicateurs binaires de mal prendre en compte les demandes des populations, mais en r\u00e9alit\u00e9 ils sont surtout mal adapt\u00e9s aux besoins des acteurs internationaux du d\u00e9veloppement contrairement au MTF (Boie <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2018). Le MTF assume ainsi que les besoins des populations des PED sont moindres que ceux des populations des PI. Or, le d\u00e9veloppement est un processus qui a tendance \u00e0 engendrer une hausse des consommations \u00e9nerg\u00e9tiques. Les deux mod\u00e8les th\u00e9oriques servent ainsi \u00e0 justifier \u00e0 la fois l\u2019intervention des acteurs internationaux et la r\u00e9duction des co\u00fbts des investissements. La r\u00e9f\u00e9rence aux cadres th\u00e9oriques permet de hi\u00e9rarchiser les besoins en service \u00e9nerg\u00e9tique des populations en les pr\u00e9supposant. Par ailleurs, cette \u00e9valuation inad\u00e9quate des besoins en \u00e9nergie des populations des PED peut expliquer la pr\u00e9valence port\u00e9e \u00e0 l\u2019architecture des syst\u00e8mes d\u2019approvisionnement (Wilhite <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2001; Kowsari et Zerrifi, 2011). Les besoins sont universels, pr\u00eats \u00e0 \u00eatre rencontr\u00e9s et il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 adapter la r\u00e9ponse de l\u2019offre (Shove et Walker, 2014). Ces mod\u00e8les th\u00e9oriques impliquent donc des programmes unisectoriels. Or, en envisageant des politiques et interventions orient\u00e9es sur l\u2019offre, on gomme les enjeux en termes de r\u00e9partition des revenus et de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s mondiales. Les rapports \u00e9conomiques et politiques Nord-Sud et les logiques de d\u00e9pendances commerciales ne sont pas questionn\u00e9s alors qu\u2019ils freinent les transferts de technologiques et expliquent l\u2019\u00e9chec de nombreux projets de diffusion des techniques \u00e9nerg\u00e9tiques dans les PED.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion\u00a0: plaidoyer pour une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse critique nous am\u00e8ne \u00e0 conclure en faveur d\u2019une approche situ\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et \u00e0 proposer des pistes dans ce sens. D\u2019abord, nous ne pouvons envisager les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud qu\u2019en cherchant \u00e0 comprendre les usages \u00e9nerg\u00e9tiques des populations pour ce qu\u2019ils sont et non pas pour ce qu\u2019ils devraient \u00eatre. Une approche alternative de la transition \u00e9nerg\u00e9tique ne doit pas aboutir \u00e0 une th\u00e9orie \u00e9nerg\u00e9tique naturaliste comparable \u00e0 un sentier de d\u00e9veloppement. Pour cela, il ne faut pas rester enferm\u00e9 dans un positionnement naturaliste sur l\u2019\u00e9volution des syst\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques. Au Nord comme au Sud, la transition \u00e9nerg\u00e9tique rev\u00eat des sp\u00e9cificit\u00e9s contextuelles, selon les territoires dans lesquels elle s\u2019inscrit et les populations qu\u2019elle touche. Il est donc loin d\u2019exister un accord sur ce qu\u2019elle doit \u00eatre universellement. Par cons\u00e9quent, il faut s\u2019\u00e9manciper des visions normatives v\u00e9hicul\u00e9es par ces mod\u00e8les qui viennent compromettre \u00e0 la fois l\u2019analyse des transitions ainsi que la mise en \u0153uvre des interventions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les processus de transition \u00e9nerg\u00e9tique agissent sur les consommations d\u2019\u00e9nergie. La remise en cause du paradigme standard en \u00e9conomie nous met alors sur la voie d\u2019une d\u00e9marche d\u2019analyse des usages \u00e9nerg\u00e9tiques r\u00e9els. Elle doit recentrer l\u2019ambition analytique sur l\u2019empirie des pratiques de consommation situ\u00e9es des populations. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il est indispensable de s\u2019interroger sur les interactions dynamiques entre ces pratiques, les modes de vie et les conditions d\u2019existence. Ce qui revient \u00e0 rejeter la relation rigide et univoque entre consommation d\u2019\u00e9nergie et revenu (Clancy <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2004; Hiemstra-Van der Horst et Hovorka, 2008; Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013). Les usages \u00e9nerg\u00e9tiques sont li\u00e9s aux conditions d\u2019existence, mais celles-ci ne d\u00e9pendent pas uniquement du seul revenu mon\u00e9taire. D\u00e8s lors, adopter une conceptualisation de la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui tient bien compte des difficult\u00e9s inh\u00e9rentes aux situations de pauvret\u00e9 dans les pays du Sud aboutit \u00e0 une remise en cause des analyses standard de la pauvret\u00e9 bas\u00e9es sur un proxy mon\u00e9taire. Une approche alternative devra alors se soucier de ce qui fait r\u00e9ellement la subsistance des populations et la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9nergie y contribue. Cela revient \u00e0 s\u2019interroger sur les services \u00e9nerg\u00e9tiques que les populations ont besoin de satisfaire ou requi\u00e8rent dans un contexte particulier (Kowsari et Zerrifi, 2011). Il s\u2019agit ainsi de comprendre \u00e0 quoi sert ou peut servir un meilleur acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie (Wilihite et <em>al.,<\/em> 2000).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour s\u2019approcher des usages \u00e9nerg\u00e9tiques, il faut \u00e9galement accorder de l\u2019importance \u00e0 un panel de facteurs beaucoup plus larges qui les orientent ou les contraignent et interagissent entre eux, complexifiant en cela l\u2019analyse (Clancy, 2006). Une approche de la transition \u00e9nerg\u00e9tique ne peut que tenir compte de cette multidimensionnalit\u00e9 des d\u00e9terminants des consommations \u00e9nerg\u00e9tiques (pluri-factorialit\u00e9), mais \u00e9galement des effets auxquels celles-ci participent (pluri-sectorialit\u00e9). Si plusieurs variables agissent sur les consommations \u00e9nerg\u00e9tiques et si celles-ci ont une incidence \u00e9tendue, il faut appr\u00e9hender dans une perspective large l\u2019ensemble des interactions. La transition \u00e9nerg\u00e9tique reste un ph\u00e9nom\u00e8ne dynamique qui n\u2019est pas exsangue de causalit\u00e9s complexes et d\u2019effets rebonds. Un \u00e9largissement d\u2019autant plus indispensable que les dynamiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique dans les pays du Sud conduisent \u00e0 reconsid\u00e9rer les approches unidimensionnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">In\u00e9vitablement, consid\u00e9rer une gamme \u00e9largie de facteurs am\u00e8ne \u00e0 analyser le contexte plus macro ou m\u00e9s qui contraint le m\u00e9nage ou lui fournit des opportunit\u00e9s. Cela nous met sur la voie d\u2019une approche institutionnaliste qui cherche \u00e0 analyser les formes institutionnelles propres aux transitions \u00e9nerg\u00e9tiques des pays du Sud. Ces formes concernent les conditions institutionnelles de r\u00e9alisation des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques ainsi que les normes de consommation sous-jacentes et leurs \u00e9volutions (Shove et Walker, 2014). Une telle approche invite \u00e9galement \u00e0 identifier et analyser les logiques d\u2019acteurs impliqu\u00e9s sur les transitions \u00e9nerg\u00e9tiques et les rapports de d\u00e9pendance \u00e9conomique et politique entre pays du Nord et du Sud. Ce dernier volet est indispensable pour appr\u00e9cier les ph\u00e9nom\u00e8nes de transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud dans leur r\u00e9alisation concr\u00e8te et dans leurs implications normatives. L\u2019engouement actuel des agences internationales\u00a0de d\u00e9veloppement pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique plaide pour un tel axe de recherche qui nous am\u00e8ne \u00e0 questionner les modalit\u00e9s d\u2019intervention prescrites comme nous l\u2019avons fait ici.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Acharya, Jiwan et Ram, Shrestha. 2015. <em>Sustainable Energy Access Planning: A Framework<\/em>. Mandaluyong City: Asian Development Bank.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie. 2002. <em>World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie. 2004. <em>World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2011.<em> World Energy Outlook<\/em>. Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2012. <em>World Energy Outlook.<\/em> Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2014.\u00a0<em>Africa Energy Outlook.<\/em> Paris\u00a0: Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques\/AIE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agence Internationale de l\u2019Energie. 2017. <em>World Energy Outlook<\/em>. 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Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/unctad.org\/system\/files\/official-document\/ares68d198_fr.pdf\">https:\/\/unctad.org\/system\/files\/official-document\/ares68d198_fr.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paunio, Mikko. 2018. <em>Kicking Away the Energy Ladder: How Environmentalism Destroys Hope of the Poorest<\/em>. The Global Warming Policy Foundation Briefing 30. London.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramani, K. V. and Heijndermans Enno. 2003. <em>Energy, poverty and gender. A Synthesis<\/em>. <em>The International Bank for reconstruction and Development. The Word Bank<\/em><em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reddy, Amulya K. 2000. Energy and social issues. Dans Goldemberg, Jos\u00e9 (dir.), <em>World Energy Assessment: Energy and the Challenge of Sustainability<\/em>, United Nations Development Pogramme, New York, 39-60.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reddy, Amulya K. et Reddy, Sudhakara. 1994.\u00a0Substitution of energy carriers for cooking in Bangalore. <em>Energy<\/em>, 19, 561-571.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reddy, Sudhakara. 1995. A multilogit model for fuel shifts in the domestic sector. <em>Energy<\/em>, 20, 929-936.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rehfuess, Eva. 2006. <em>Fuel for life: household energy and health<\/em>. World Health Organization.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Robert, Pierre. 2016. <em>Une \u00c9conomie politique de la pauvret\u00e9\u0301 \u00e9nerg\u00e9tique. Le cas du S\u00e9n\u00e9gal. <\/em>Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Lille.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rostow, Walt W. 1959. The stages of economic growth. <em>The Economic History Review<\/em>.\u00a012, 1-16.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shove, Elizabeth. et Walker, Gordon. 2014. What is Energy For?: Social Practice and Energy Demand. <em>Theory, Culture\u00a0and Society.<\/em> 31, 41-58.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Smith, Kirk R., Apte, Michael G., Yuqing, Ma. Wongsekiarttirat, Wathana et Kulkarni, Ashwini. 1994. Air pollution and the energy ladder in Asian cities.\u00a0<em>Energy<\/em>, 19, 587-600.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sustainable energy for all. 2013. <em>SE4ALL-Global tracking Framework.<\/em> Washington DC: International Bank for Reconstruction and Development\/The World Bank and the International Energy Agency.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sustainable energy for all. 2014, <em>SE4ALL-Annual Report.<\/em> Washington DC: International Bank for Reconstruction and Development\/The World Bank and the International Energy Agency.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sustainable energy for all. 2017, <em>SE4ALL-Progress toward Sustainable Energy. <\/em>Washington DC: International Bank for Reconstruction and Development\/The World Bank and the International Energy Agency.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Takama, Takeshi, Tsephel, Stanzin et Johnson, Francis-Xavier 2012. Evaluating the relative strength of product-specific factors in fuel switching and stove choice decisions in Ethiopia. A discrete choice model of household preferences for clean cooking alternatives. <em>Energy Economics<\/em>, 34, 1763-1773.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Unruh, Gregory C. (2000),\u00a0Understanding carbon lock-in, <em>Energy policy<\/em>, 28, 817-830.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Van der Kroon, Bianca, Brouwer, Roy et Van Beukering, Pieter J.H. 2013. The energy ladder: Theoretical myth or empirical truth? Results from a meta-analysis. <em>Renewable and Sustainable Energy Reviews<\/em>, 20, 504-513.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wilhite, Harold, Shove, Elizabeth, Lutzenhiser, Loren et Kempton, Willett. 2001. The legacy of twenty years of energy demand management: we know more about individual behaviour but next to nothing about demand. In <em>Society, behaviour, and climate change mitigation<\/em> (109-126). Dordrecht : Kluwer Acad.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/pierre-robert\">Pierre ROBERT<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lille. Il enseigne \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques et sociales. Il est responsable du master 1 \u00c9conomie et Management Publics. Il est \u00e9galement membre du Centre lillois d\u2019\u00e9tudes et de recherches sociologiques et \u00e9conomiques (Clers\u00e9, UMR 8019).<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-687-1\">D\u00e9sormais SE4ALL. <a href=\"#return-footnote-687-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-2\">http:\/\/www.un.org\/french\/events\/rio92\/rio-fp.htm consult\u00e9 le 01\/09\/2020. <a href=\"#return-footnote-687-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-3\">http:\/\/www.un.org\/french\/events\/wssd\/ consult\u00e9 le 01\/09\/2020. <a href=\"#return-footnote-687-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-4\">ONU, les ODD, objectif n\u00b07 : http:\/\/www.un.org\/sustainabledevelopment\/fr\/energy\/ consult\u00e9 le 01\/09\/2020. <a href=\"#return-footnote-687-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-5\">Garphe 1 : Bilan 2020 de l\u2019ODD n\u00b07. Division statistique des Nations Unies. https:\/\/unstats.un.org\/sdgs\/report\/2019\/goal-07\/ consult\u00e9 le 01\/09\/20 <a href=\"#return-footnote-687-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-6\">D\u00e9sormais AIE. <a href=\"#return-footnote-687-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-7\">Principalement le \u00ab\u00a0bois de feu\u00a0\u00bb, le charbon de bois mais \u00e9galement les r\u00e9sidus de cultures et animaliers. <a href=\"#return-footnote-687-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-8\">Le Programme d'assistance \u00e0 la gestion du secteur \u00e9nerg\u00e9tique (ESMAP) est une organisation g\u00e9r\u00e9e par la Banque Mondiale dont le but est d'aider techniquement les pays en d\u00e9veloppement \u00e0 accro\u00eetre leurs connaissances et capacit\u00e9 institutionnelle pour mettre en \u0153uvre des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques soutenables. <a href=\"#return-footnote-687-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-9\">Gaz P\u00e9trole de liqu\u00e9fi\u00e9. <a href=\"#return-footnote-687-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-10\">Department for International Development. <a href=\"#return-footnote-687-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-687-11\">Pour un recensement exhaustif ou typologique de ces facteurs, se r\u00e9f\u00e9rer aux m\u00e9ta-analyses de J.\u00a0Lewis et S.\u00a0K.\u00a0Pattanayak (2012), B.\u00a0Van der Kroon <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, (2013) ainsi que S.\u00a0Tsephel (2008) et H.\u00a0Kowsari et R.\u00a0Zerrifi (2011). <a href=\"#return-footnote-687-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":6,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["pierre-robert"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[207],"license":[],"class_list":["post-687","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-echelle-energetique","motscles-modele-daccumulation-energetique","motscles-programmes-internationaux","motscles-transition-energetique","keywords-energy-ladder","keywords-energy-transition","keywords-fuel-stacking","keywords-international-programs","motscles-autre-akaba-agbara","motscles-autre-awon-eto-kariaye","motscles-autre-ikojopo-epo","motscles-autre-iyipada-agbara","contributor-pierre-robert"],"part":642,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/687","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/687\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":829,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/687\/revisions\/829"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/642"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/687\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=687"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=687"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=687"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=687"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}