{"id":713,"date":"2021-05-09T22:47:42","date_gmt":"2021-05-09T20:47:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=713"},"modified":"2025-01-03T07:05:45","modified_gmt":"2025-01-03T06:05:45","slug":"arrignon2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/arrignon2021\/","title":{"rendered":"Les transitions socio-\u00e9cologiques peuvent-elles changer l\u2019agriculture?"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis 2012, le Minist\u00e8re de l\u2019agriculture fran\u00e7ais a fait sien le lexique de \u00ab\u00a0l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb. Un plan de \u00ab\u00a0transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 en une soixantaine d\u2019actions. Ce plan pourrait para\u00eetre comme une nouvelle tentative de r\u00e9concilier les trois dimensions que le d\u00e9veloppement durable veillait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 associer traditionnellement\u00a0: \u00e9conomique, social, environnemental (Lascoumes, 2012). Qu\u2019est-ce que ce plan dit de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb\u00a0apporte-t-il de neuf? A-t-il provoqu\u00e9 un changement de r\u00e9f\u00e9rentiel (Muller, 2000a) des politiques agricoles? S\u2019il s\u2019agit d\u2019une politique comme les autres, alors on peut en analyser les partis pris th\u00e9oriques, les r\u00e9f\u00e9rentiels (Muller, 2005) et <em>in fine<\/em> en \u00e9valuer les perdants et les b\u00e9n\u00e9ficiaires. Enfin, quel r\u00f4le les circulations internationales de normes en mati\u00e8re d\u2019agro\u00e9cologie\u00a0ont jou\u00e9 dans le processus de r\u00e9forme? Nous verrons que des transferts, des appropriations s\u00e9lectives et des r\u00e9tro-actions ont eu lieu entre pays du Nord et du Sud depuis les premi\u00e8res exp\u00e9riences latino-am\u00e9ricaines et les premi\u00e8res th\u00e9orisations sur l\u2019agro\u00e9cologie. Au cours du processus des conceptions vari\u00e9es et parfois conflictuelles, voire contradictoires, se sont oppos\u00e9es au regard des changements agricoles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les transitions socio-\u00e9cologiques peuvent-elles donc changer l\u2019agriculture? Pour proposer quelques enseignements autour du plan fran\u00e7ais de transition et de la circulation internationale des mod\u00e8les en mati\u00e8re d\u2019agro\u00e9cologie, nous nous appuierons sur un bilan issu d\u2019un travail collectif\u00a0sur le \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 et appliqu\u00e9 en France (Arrignon et Bosc, 2020). Nous utiliserons le terme de \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb de mani\u00e8re critique en soulignant les importations, les traductions et les risques associ\u00e9s au transfert international des solutions d\u2019action publique. En particulier, nous soulignerons en quoi le plan de transition agro\u00e9cologique fran\u00e7ais a pu r\u00e9utiliser des savoirs issus originellement de pays du Sud, originellement critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mod\u00e8le agro-productiviste dominant, pour n\u2019en tirer que des enseignements marginaux. Dans la premi\u00e8re partie, nous pr\u00e9senterons le plan fran\u00e7ais, ses partis pris et influences, avant de souligner dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article les \u00e9changes Nord-Sud et certaines r\u00e9interpr\u00e9tations dont l\u2019agro\u00e9cologie a pu faire l\u2019objet depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">France, le tournant tardif de l\u2019agro\u00e9cologie<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le secteur agricole n\u2019a \u00e9t\u00e9 impact\u00e9 que tr\u00e8s tardivement par les demandes sociales d\u2019\u00e9cologisation comme nous allons le voir dans cette partie.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La modernisation de l\u2019agriculture en France\u00a0: un chemin de d\u00e9pendance historique et une prise en compte tardive des enjeux \u00e9cologiques<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le secteur agricole n\u2019a \u00e9t\u00e9 impact\u00e9 que tr\u00e8s tardivement par les demandes sociales d\u2019\u00e9cologisation. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle en effet, la politique agricole fran\u00e7aise se caract\u00e9risait d\u2019abord par une volont\u00e9 politique de pr\u00e9sence dans les campagnes comme l\u2019atteste la cr\u00e9ation du Minist\u00e8re de l\u2019agriculture en 1881 (Muller, 2000b). D\u00e8s lors que, dans le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement adopt\u00e9, l\u2019agriculture n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9bouch\u00e9 industriel ou un r\u00e9servoir de main d\u2019\u0153uvre, une politique visant \u00e0 maintenir les \u00e9quilibres ruraux s\u2019imposait. En coh\u00e9rence avec cette matrice normative, la politique agricole allait se structurer autour d\u2019un premier r\u00e9f\u00e9rentiel visant \u00e0 maintenir le maximum de paysans et paysannes \u00e0 la terre, m\u00eame si le prix \u00e0 payer \u00e9tait celui d\u2019une moindre modernisation de l\u2019agriculture. Ces formes agricoles s\u2019accompagnaient toutefois d\u2019une grande difficult\u00e9 physique consid\u00e9rable et d\u2019un niveau de vie tr\u00e8s bas; les conflits pour certains biens, notamment la terre, ont pu \u00eatre forts comme l\u2019illustrent les t\u00e9moignages rapport\u00e9s par Dumont (1946) et Weber (1983). C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut comprendre pourquoi le mod\u00e8le productiviste et la modernisation men\u00e9e apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale ont rencontr\u00e9 un \u00e9cho si important dans le monde agricole par la suite \u2013 en porte-\u00e0-faux avec les demandes plus r\u00e9centes d\u2019\u00e9cologisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de p\u00e9nurie alimentaire, de d\u00e9valorisation de l\u2019image du paysan et de la paysanne et de reconstruction impos\u00e9e entre autres par le plan Marshall, l\u2019agriculture fran\u00e7aise a connu une modernisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e (Alphand\u00e9ry, Bitoun et Dupont, 1989). Les autorit\u00e9s ont abandonn\u00e9 la recherche de l\u2019\u00e9quilibre et le malthusianisme en faveur de l\u2019expansion et de la modernisation. L\u2019emploi d\u2019intrants d\u2019origine industrielle devait augmenter la production, le rendement de la terre, diminuer les co\u00fbts unitaires. Des experts tels R.\u00a0Dumont (1946) pr\u00e9conisaient alors un certain niveau d\u2019exode agricole et une am\u00e9lioration de la productivit\u00e9. Des apports ext\u00e9rieurs (\u00e9nergie, engrais, nouvelles vari\u00e9t\u00e9s et techniques) ont compl\u00e9t\u00e9 ou remplac\u00e9 les ressources locales. Une forme de sp\u00e9cialisation et de division accrue du travail s\u2019imposait. Le m\u00e9tier d\u2019agriculteur et d\u2019agricultrice se transformait profond\u00e9ment, l\u2019exploitant\u00b7e familial\u00b7e en polyculture-\u00e9levage peu intensif c\u00e9dant progressivement la place \u00e0 l\u2019exploitant\u00b7e sp\u00e9cialis\u00e9\u00b7e, am\u00e9liorant et intensifiant ses m\u00e9thodes dans un nouveau rapport au m\u00e9tier fond\u00e9 moins sur le rapport au territoire et davantage sur la comp\u00e9tence technique (Bonny, 2020). La modernisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du secteur a conduit \u00e0 la baisse des prix agricoles et \u00e0 la chute du nombre d\u2019exploitations et d\u2019agriculteurs et agricultrices, d\u2019o\u00f9 un fort changement social \u2013 le \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentiel modernisateur\u00a0\u00bb s\u2019imposant autant en agriculture que dans les autres secteurs de l\u2019\u00e9conomie (Muller, 2014).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les effets n\u00e9gatifs de l\u2019intensification ne commenceront \u00e0 \u00eatre d\u00e9cri\u00e9s publiquement que dans les ann\u00e9es 1970. Ils le furent dans le rapport Noirfalise de 1974 command\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne et le rapport de Jacques Poly en 1978 (Bonneuil et Frioux, 2013). Dans les ann\u00e9es 1980-1990, sous l\u2019effet de la globalisation des probl\u00e8mes environnementaux, une nouvelle prise de conscience des cons\u00e9quences \u00e9cologiques et sociales de la modernisation de l\u2019agriculture a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du concept de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb qui s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 la Conf\u00e9rence de Rio de juin 1992. C\u2019est \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que se multiplient en France les initiatives visant la mise en \u0153uvre d\u2019agricultures alternatives au mod\u00e8le productiviste\u00a0: agriculture durable, biologique, paysanne (Del\u00e9age, 2011). Ces derni\u00e8res constituent une potentielle remise en cause de la logique industrielle et s\u2019appuient sur un projet qui vise la promotion d\u2019une relation plus p\u00e9renne entre les soci\u00e9t\u00e9s et les \u00e9cosyst\u00e8mes. Or, l\u2019agrandissement des exploitations agricoles (1\u00a0263\u00a0000 exploitations agricoles lors du recensement fran\u00e7ais de 1979, 1\u00a0017\u00a0000 lors du recensement de 1988) et l\u2019\u00e9rosion d\u00e9mographique qui lui est associ\u00e9e ne permettent pas d\u2019assurer cette relation. On voit alors \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union europ\u00e9enne se multiplier les projets de reconversion de l\u2019agriculture dans le cadre des r\u00e9formes successives de la Politique agricole commune (PAC), et notamment l\u2019adoption de mesures agro-environnementales \u00e0 partir de 1985. L\u2019article 19 du r\u00e8glement 795 de la PAC ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019accorder des primes aux agriculteurs et agricultrices mettant en \u0153uvre des pratiques respectueuses de l\u2019environnement (Delorme, 2004).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais le second pilier de la PAC, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la politique de d\u00e9veloppement rural et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration environnementale, reste sous-dot\u00e9 financi\u00e8rement[footnote]En 2013, le second pilier ne repr\u00e9sentait par exemple que 23,4\u00a0% du budget de la PAC, le pilier 1 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019organisation des march\u00e9s et aux paiements directs aux agriculteurs et agricultrices accaparant le reste, soit 76,6\u00a0% des cr\u00e9dits d\u2019engagement de l\u2019UE. Source\u00a0: https:\/\/www.consilium.europa.eu\/fr\/policies\/cap-reform\/cap-financing\/.[\/footnote], et les tenant\u00b7e\u00b7s de l\u2019agriculture productiviste r\u00e9sistent. L\u2019appareil de d\u00e9veloppement agricole \u00ab\u00a0conventionnel\u00a0\u00bb invente ainsi en 1993 la notion \u00ab\u00a0d\u2019agriculture raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb contre le principe d\u2019agriculture biologique (Amant <em>et al.<\/em>, 2015). Les partisan\u00b7e\u00b7s de cette \u00ab\u00a0agriculture raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb se mobilisent au sein du Forum pour une agriculture raisonn\u00e9e et respectueuse de l\u2019environnement qui regroupe des agriculteurs, agricultrices et acteurs \u00e9conomiques (Chambres d\u2019agriculture, Cr\u00e9dit agricole) valorisant toujours la logique technicienne, l\u2019agrandissement des exploitations et l\u2019accumulation croissante du capital productif (machines, outils, intrants\u00a0: F\u00e9ret et Douguet, 2001). \u00c0 la suite de la publication d\u2019un rapport r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 par le pr\u00e9sident de l\u2019Institut national de la recherche agronomique (INRA) de l\u2019\u00e9poque, \u00ab\u00a0l\u2019agriculture raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb est consid\u00e9r\u00e9e comme le nouveau standard de l\u2019agriculture et elle devient pour l\u2019essentiel \u00ab\u00a0la nouvelle d\u00e9nomination de l\u2019agriculture intensive\u00a0\u00bb (Amand <em>et al.<\/em>, 2015, en ligne). L\u2019agrandissement des exploitations agricoles se poursuit au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000\u00a0: 664\u00a0000 exploitations agricoles \u00e9taient comptabilis\u00e9es en France lors du recensement agricole de 2000, et seulement 490\u00a0000 lors du recensement de 2010.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le contexte europ\u00e9en joue de mani\u00e8re ambivalente sur les politiques fran\u00e7aises. En d\u00e9pit de \u00ab\u00a0verdissements\u00a0\u00bb successifs en effet (Berny, 2011; Ansaloni, 2016; Aznar <em>et al.<\/em>, 2016), la Politique agricole commune continue jusqu\u2019en 2003 de distribuer des aides compensatoires qui encouragent les agriculteurs et agricultrices \u00e0 intensifier les modes de production du fait du fort d\u00e9s\u00e9quilibre qui profite aux grandes cultures (Le Goffe et Mah\u00e9, 2001; Chatellier <em>et al.<\/em>, 2003). Des Mesures agro-environnementales (MAE) sont mises en place, mais elles \u00ab\u00a0vont avoir pour seul objectif de r\u00e9mun\u00e9rer les \u201cservices environnementaux\u201d fournis par les agriculteurs\u00a0\u00bb et agricultrices (Ansaloni, 2015, p.\u00a011). Le \u00ab\u00a0paiement vert\u00a0\u00bb introduit en 2013 par l\u2019Union europ\u00e9enne repr\u00e9sente certes en moyenne 80 euros par hectare et par an vers\u00e9s \u00e0 chaque agriculteur ou agricultrice en \u00e9change de pratiques b\u00e9n\u00e9fiques pour l\u2019environnement. Mais parall\u00e8lement au verdissement de la PAC, les politiques des \u00c9tats membres \u00e9voluent tr\u00e8s lentement (Ansaloni, 2015), parfois dans un sens oppos\u00e9 aux pressions adaptatives de l\u2019Union europ\u00e9enne (Caporaso, Cowles et Risse, 2000), ce qui contribue \u00e0 compenser l\u2019effet des paiements verts (Mesnel, 2020). L\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sultats environnementaux des instruments verts s\u2019av\u00e8re d\u00e9cevante au point que la Commission europ\u00e9enne reconna\u00eet en 2018 avec euph\u00e9misme que le paiement vert\u00a0\u00ab\u00a0n\u2019a pas pleinement atteint ses ambitions en mati\u00e8re d\u2019environnement et de climat\u00a0\u00bb (Commission europ\u00e9enne, 2018, p.\u00a02). Au-del\u00e0 des enjeux de politique publique, c\u2019est bien le r\u00e9f\u00e9rentiel technique et social de l\u2019agriculture qui semble difficile \u00e0 faire bouger en profondeur (Ansaloni et Fouilleux, 2006).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais en 2012, le ministre fran\u00e7ais de l\u2019agriculture St\u00e9phane Le Foll a annonc\u00e9 un tournant agro\u00e9cologique majeur. \u00ab\u00a02012 aura \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e de la prise de conscience\u00a0\u00bb, annonce-t-il le 18 d\u00e9cembre 2012 lors d\u2019une grande conf\u00e9rence nationale, \u00ab\u00a0Agricultures, produisons autrement\u00a0\u00bb. Il ajoute \u00e0 cette occasion vouloir faire de la France un \u00ab\u00a0mod\u00e8le de l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb. L\u2019usage de ce terme est particuli\u00e8rement \u00e9tonnant dans la mesure o\u00f9 les premi\u00e8res exp\u00e9riences \u00ab\u00a0agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9taient fait conna\u00eetre, en Am\u00e9rique Latine et aux \u00c9tats-Unis notamment (Arrignon, 1987; Conway, 1987), comme des oppositions franches au mod\u00e8le productiviste et conventionnel \u2013 comme nous allons le d\u00e9tailler par la suite. Comment expliquer le changement du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture en 2012? Implique-t-il une requalification des politiques agricoles fran\u00e7aises, une prise d\u2019inspiration in\u00e9dite chez les pays du Sud, un tournant \u00e9cologique longtemps annonc\u00e9, et repouss\u00e9, dans l\u2019histoire de l\u2019agriculture? \u00c9tudier ce tournant agro\u00e9cologique annonc\u00e9e en 2012, et la mani\u00e8re dont il associe enjeux environnementaux et \u00e9conomiques, sera l\u2019objet de notre deuxi\u00e8me sous-partie.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement durable\u00a0mis en \u0153uvre\u00a0: le secteur agricole et le cas de l\u2019agro\u00e9cologie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La \u00ab\u00a0transition agro-\u00e9cologique\u00a0\u00bb lanc\u00e9e en 2012\u00a0: des choix de termes significatifs?<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comment comprendre le tournant pris par le ministre fran\u00e7ais\u00a0de l\u2019agriculture? Le \u00ab\u00a0plan agro\u00e9cologique pour la France\u00a0\u00bb lanc\u00e9 en 2012 peut para\u00eetre \u00e0 premi\u00e8re vue comme une tentative de r\u00e9concilier des int\u00e9r\u00eats sociaux, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques <em>a priori<\/em> contradictoires. L\u2019article L.1 du code rural et de la p\u00eache maritime pr\u00e9cise en effet que l\u2019agro\u00e9cologie doit favoriser \u00ab\u00a0l\u2019autonomie\u00a0des exploitations agricoles\u00a0\u00bb, permettre la combinaison entre la \u00ab\u00a0rentabilit\u00e9 \u00e9conomique\u00a0\u00bb, la r\u00e9duction de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique et des intrants, garantir aussi une meilleure utilisation des potentialit\u00e9s offertes par les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels. Le mot d\u2019ordre agro-\u00e9cologique n\u2019est certes pas tout \u00e0 fait nouveau\u00a0en France\u00a0: quelques mois avant l\u2019annonce du plan gouvernemental, l\u2019Institut national de la recherche agronomique (INRA) avait rendu un rapport sur le sujet pr\u00e9par\u00e9 en 2010-2012. D\u2019apr\u00e8s Michel Griffon, c\u2019est en 2007, lors du Grenelle de l\u2019Environnement, qu\u2019ont particuli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 mises en avant l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0double performance\u00a0\u00bb et la volont\u00e9 d\u2019utiliser les principes de l\u2019\u00e9cologie pour produire beaucoup tout en limitant les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux (Griffon, 2014). Les entretiens au minist\u00e8re confirment l\u2019historicit\u00e9 de la r\u00e9flexion\u00a0: pour un chef de service rencontr\u00e9 pendant l\u2019enqu\u00eate[footnote]Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, 22 avril 2015.[\/footnote], la tentative de coupler \u00ab\u00a0efficacit\u00e9 \u00e9conomique et efficacit\u00e9 environnementale\u00a0\u00bb est ancienne et ne suit pas forc\u00e9ment les variations \u00e9lectorales. Les assises de l\u2019agriculture en 2007-2008 ou encore le rapport Chevassus-au-Louis pour le Centre d\u2019analyse strat\u00e9gique en 2009, commandit\u00e9 par le Premier ministre d\u2019alors, ont annonc\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es la volont\u00e9 de r\u00e9concilier les enjeux agricoles et environnementaux. Mais d\u2019o\u00f9 vient l\u2019id\u00e9e pr\u00e9cise d\u2019\u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb? Car entre le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb port\u00e9 par le minist\u00e8re du m\u00eame nom et l\u2019\u00ab\u00a0agriculture \u00e9cologiquement intensive\u00a0\u00bb d\u00e9fendue par des chercheurs tels Michel Griffon, il y a des diff\u00e9rences potentielles; pour quelles raisons ce dernier concept a-t-il pu \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par St\u00e9phane Le Foll?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Un changement qui met tout le monde d\u2019accord?<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La loi d\u2019avenir pour l\u2019agriculture, pr\u00e9sent\u00e9e en Conseil des ministres le 30 octobre 2013, a provoqu\u00e9 de vifs d\u00e9bats \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, autour pr\u00e9cis\u00e9ment de la d\u00e9finition de l\u2019agro\u00e9cologie inscrite dans le texte\u00a0: \u00ab\u00a0syst\u00e8me de production privil\u00e9giant l\u2019autonomie des exploitations agricoles et l\u2019am\u00e9lioration de leur comp\u00e9titivit\u00e9 en diminuant la consommation d\u2019\u00e9nergie, d\u2019eau, d\u2019engrais, de produits phytopharmaceutiques et de m\u00e9dicaments v\u00e9t\u00e9rinaires\u00a0\u00bb. Selon le ministre, il s\u2019agissait \u00ab\u00a0d\u2019int\u00e9grer la dimension \u00e9cologique comme un \u00e9l\u00e9ment de comp\u00e9titivit\u00e9\u00a0\u00bb. La FNSEA, syndicat majoritaire, \u00e9tait pourtant plut\u00f4t r\u00e9tive <em>a priori<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9gard du plan[footnote]Le Figaro \u00ab\u00a0Agriculture : la FNSEA prend une nouvelle fois pour cible St\u00e9phane Le Foll\u00a0\u00bb, 25\/03\/2014.[\/footnote]\u00a0: \u00ab\u00a0Le sujet du moment n\u2019est pas l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb indiquait le pr\u00e9sident de la FNSEA en 2013, Xavier Beullin[footnote]La France agricole, \u00ab Xavier Beulin\u00a0: \u2018\u2018Le sujet du moment n\u2019est pas l\u2019agro-\u00e9cologie\u2019\u2019 \u00bb, 28 mars 2013, disponible en ligne sur\u00a0:&lt;lafranceagricole.fr&gt;.[\/footnote]. Pour le minist\u00e8re, l\u2019usage du terme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb aurait m\u00eame rencontr\u00e9 aupr\u00e8s de la FNSEA l\u2019inverse, dans un premier temps, de la r\u00e9action souhait\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on parle de double performance, l\u00e0 \u00e7a fait plus sens, il y a moins de friction pour la FNSEA. Produire plus et mieux, avec moins, c\u2019est bien pour eux. Mais c\u2019est vrai que le terme \u2018\u2018\u00e9cologie\u2019\u2019 pose souci\u2026[footnote]Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For\u00eat, 22 avril 2015.[\/footnote]\u00a0\u00bb. La prise en compte pr\u00e9cautionneuse des attentes de la FNSEA peut s\u2019expliquer au regard de la tradition historique de \u00ab\u00a0cogestion\u00a0\u00bb agricole (Muller, 2000b), et aussi du contexte syndical imm\u00e9diat dans lequel s\u2019inscrit St\u00e9phane Le Foll. L\u2019histoire du syndicalisme agricole en France a en effet toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9e en effet \u00e0 l\u2019histoire politique, et l\u2019ancrage \u00e0 droite du monde agricole n\u2019est pas sans importance quant aux rapports avec les pouvoirs publics (Dubois, Facchini et Foucault, 2009). D\u00e8s la loi du 21 mars 1884 autorisant les syndicats professionnels, la strat\u00e9gie du gouvernement Gambetta \u00e9tait de rendre la R\u00e9publique populaire dans un monde rural o\u00f9 les monarchistes et les grands propri\u00e9taires de la Soci\u00e9t\u00e9 des Agriculteurs de France dominaient. Le monopole de la FNSEA s\u2019est impos\u00e9 progressivement et il s\u2019est confirm\u00e9 avec la cr\u00e9ation en 1947 de l\u2019autre grande organisation syndicale fran\u00e7aise issue de la FNSEA\u00a0: le Centre national des jeunes agriculteurs, qui s\u2019est donn\u00e9 comme objectif de moderniser les exploitations agricoles. Il faut noter que jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le couple FNSEA-CNJA reste majoritaire et tient la majorit\u00e9 des chambres d\u2019agriculture (Le Guen et Cordellier, 2009). Apr\u00e8s les ann\u00e9es 1980 et 1990 o\u00f9 la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne en particulier a sembl\u00e9 grignoter le monopole de la FNSEA dans un contexte de mont\u00e9e des mouvements altermondialistes (Bruneau, 2004), les \u00e9lections de 2007 ont permis aux listes FNSEA-JA non seulement d\u2019enrayer l\u2019\u00e9rosion de leurs r\u00e9sultats (qui \u00e9taient pass\u00e9es d\u2019environ 60,8\u00a0% en 1983 \u00e0 52,8\u00a0% en 201[footnote]Sans les listes dissidentes class\u00e9es comme \u00ab apparent\u00e9es \u00bb par le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture[\/footnote]), mais de progresser de nouveau. La FNSEA maintient sa majorit\u00e9 absolue et c\u2019est la Coordination rurale qui progresse en 2013, un syndicat plac\u00e9 plus \u00e0 droite que la FNSEA et qui d\u00e9passe les 20,49\u00a0% en 2013[footnote]La Coordination rurale s\u2019est faite entendre par des p\u00e9titions contre des mesures environnementales \u2013 notamment contre les Zones de Non Traitement \u00e0 proximit\u00e9 des riverains.[\/footnote]. C\u2019est dans ce contexte syndical et politique que St\u00e9phane Le Foll pr\u00e9sente donc son projet au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, et on peut comprendre la justification de la \u00ab\u00a0double performance\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb comme une volont\u00e9 de maintenir le dialogue avec les courants syndicaux, FNSEA majoritaire et Coordination rurale en croissance, qui se disent toutes deux hostiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard de contraintes environnementales trop pesantes. Comme le confirme un enqu\u00eat\u00e9 au minist\u00e8re, \u00ab\u00a0il y a un an, les chambres d\u2019agriculture ne voulaient entendre parler que de double performance, et aujourd\u2019hui, elles parlent d\u2019agro\u00e9cologie\u00a0! [\u2026] Notre premi\u00e8re \u00e9tape, c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00e9viter la cristallisation des jeux d\u2019acteurs, de discuter de mani\u00e8re tranquille \u00bb[footnote]<em>idem.<\/em>[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A contrario<\/em>, des associations oppos\u00e9es \u00e0 l\u2019intensification appr\u00e9cient la nouvelle r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9cologie dans les mots du ministre, mais d\u00e9plorent l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0double performance\u00a0\u00bb et d\u2019intensification \u00e9cologique\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intensification durable n\u2019est pas la solution\u00a0\u00bb[footnote]Les amis de la Terre, \u00ab Le loup dans la bergerie. Analyse de l\u2019intensification durable de l\u2019agriculture \u00bb, octobre 2012.[\/footnote]. L\u2019association Terre et Humanisme se montre prudente\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s bien si le minist\u00e8re parle d\u2019agro-\u00e9cologie, c\u2019est tr\u00e8s bien... Mais je ne suis pas s\u00fbr que \u00e7a recouvre la m\u00eame chose que nous\u00a0\u00bb[footnote]Source\u00a0: Entretien avec un administrateur de l\u2019association Terre et Humanisme, 27 avril 2015.[\/footnote]. Le militant \u00e9cologiste Fabrice Nicolino s\u2019emporte, lui, en voyant le ministre tenter de r\u00e9concilier et consid\u00e9rer<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[qu\u2019]il ne s\u2019agit plus de contester ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9. [Le minist\u00e8re] ne dit \u00e9videmment pas un mot sur le syst\u00e8me \u00e0 l\u2019origine du gigantesque merdier. Rien sur l\u2019agro-industrie, ses pesticides, ses coop\u00e9ratives, ses chambres d\u2019agriculture inf\u00e9od\u00e9es, ses c\u00e9r\u00e9aliers gorg\u00e9s de subventions. Rien bien s\u00fbr \u00e0 propos des centaines de milliers de kilom\u00e8tres de haies arrach\u00e9es, ou du remembrement au sabre d\u2019abordage. Le ministre veut faire croire que, par la magie du verbe, les profiteurs d\u2019hier seront les vertueux de demain[footnote]F. Nicolino, \u00ab\u00a0Le Foll invente \u00ab l\u2019agriculture \u00e9cologiquement intensive \u00bb, <em>Charlie Hebdo<\/em>, 21 ao\u00fbt 2013.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si le terme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb tente une synth\u00e8se des int\u00e9r\u00eats dans une logique habituelle de d\u00e9veloppement durable (performance \u00e9conomique, durabilit\u00e9 environnementale, bien-\u00eatre social), le probl\u00e8me soulev\u00e9 par le d\u00e9saccord syndical est celui de la conciliation entre des injonctions potentiellement contradictoires (2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Circulation des normes entre le Nord et le Sud\u00a0: des rapprochements qui s\u2019intensifient ou de nouvelles divergences?<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019utilisation par le minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture du vocable \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb est \u00e9tonnante dans la mesure o\u00f9 le concept a longtemps \u00e9t\u00e9 connot\u00e9 comme engag\u00e9, anti-\u00e9tatique, voire anti-imp\u00e9rialiste. D\u2019apr\u00e8s Abramovay \u00ab\u00a0l\u2019agro-\u00e9cologie ne peut pas \u00eatre la doctrine officielle au niveau d\u2019un \u00c9tat\u00a0\u00bb (Abramovay, 2007, p.\u00a08). C\u2019est toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un terme \u00e0 la fois pens\u00e9 comme un concept scientifique, militant et au service de l\u2019action. Plusieurs publications de recherche (Wezel <em>et al.<\/em>, 2009; Stassart <em>et al.<\/em>, 2012) retrouvent l\u2019origine du terme dans les \u00e9crits d\u2019un agronome russe, Bensin (1928). De la fin des ann\u00e9es 1920 jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960, Klages (1928), Friederichs (1930) puis H\u00e9nin (1967) utiliseront le terme pour appliquer les principes de l\u2019\u00e9cologie \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019organisation et des productions agricoles. En 1965, le terme sera repris par un \u00e9cologue et zootechnicien allemand (Tischler, 1965) avant de susciter, depuis les ann\u00e9es 1970, un int\u00e9r\u00eat croissant au sein des sciences de la vie (zoologie, agronomie, physiologie des plantes, \u00e9cologie\u2026)[footnote]Voir l\u2019historique dans\u00a0: Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013.[\/footnote]. Mais c\u2019est surtout face \u00e0 l\u2019essor d'une mobilisation collective d\u00e9non\u00e7ant les m\u00e9faits de l\u2019intensification agricole (la \u00ab\u00a0R\u00e9volution verte\u00a0\u00bb) que la notion a trouv\u00e9 son \u00e9cho le plus fort dans les pays en d\u00e9veloppement.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019agro\u00e9cologie, une conception alternative de l\u2019agriculture issue des pays en d\u00e9veloppement<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les ann\u00e9es 1980, des agronomes et \u00e9cologues en liens \u00e9troits avec divers r\u00e9seaux d\u2019acteurs investis dans une forme alternative de production et de d\u00e9veloppement local (Altieri, 1983; Gliessman, 1981; Francis, 1976; Vandermeer <em>et al.<\/em>, 1990), en particulier en Am\u00e9rique du Sud (paysan\u00b7ne\u00b7s et groupements d\u2019agriculteurs et agricultrices, collectifs et ONG), d\u00e9noncent la modernisation \u00e0 marche forc\u00e9e de l\u2019agriculture. Ils proposent de r\u00e9viser les politiques agricoles et alimentaires dans un double objectif\u00a0: pr\u00e9server l\u2019environnement, mais aussi repenser le d\u00e9veloppement rural en garantissant aux populations une autonomie alimentaire et une valorisation des ressources locales (Van Dam <em>et al.<\/em>, 2012).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comment l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0se d\u00e9finit-elle dans ce contexte[footnote]Voir\u00a0: C. David, A. Wezel, S. Bellon, T Dor\u00e9, E. Mal\u00e9zieux, \u00ab\u00a0Agro-\u00e9cologie\u00a0\u00bb, <em>Les mots d\u2019agronomie<\/em>\u00a0[Disponible en ligne sur\u00a0: <em>mots-agronomie.inra.fr<\/em>].[\/footnote]? Au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990, M.\u00a0Altieri (1987), biologiste des \u00e9cosyst\u00e8mes et S.\u00a0Gliessman (1990), \u00e9cologue du v\u00e9g\u00e9tal, proposent des textes pour en pr\u00e9ciser les fondements scientifiques. L\u2019agro\u00e9cologie est d\u2019abord d\u00e9finie comme un ensemble de m\u00e9thodes et de pratiques, le socle d\u2019une r\u00e9vision des liens entre agriculture et \u00e9cosyst\u00e8mes dont le but serait de garantir la pr\u00e9servation des ressources naturelles. L\u2019agro\u00e9cologie, \u00e9voqu\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but du 20e si\u00e8cle par les disciplines agronomiques et biologiques, peut \u00eatre d\u00e9finie alors comme un ensemble disciplinaire aliment\u00e9 par le croisement des sciences agronomiques (agronomie, zootechnie), de l\u2019\u00e9cologie appliqu\u00e9e et des sciences humaines et sociales telles que la sociologie, l\u2019\u00e9conomie, la g\u00e9ographie\u00a0(Tomich <em>et al.<\/em>, 2011). Des effets d\u2019optimisation sont postul\u00e9s (en quantit\u00e9 et\/ou qualit\u00e9) par la prise en compte des interactions entre \u00e9cosyst\u00e8mes naturels et action culturale\u00a0: on mise sur le renforcement de la diversit\u00e9 et des interactions biologiques entre tous les segments du syst\u00e8me pour renforcer la production, mais aussi pour g\u00e9rer autrement les risques sanitaires tout en limitant les dommages sur l\u2019environnement \u2013 consid\u00e9r\u00e9 non plus comme une contrainte externe, mais comme une ressource \u00e0 part enti\u00e8re (Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie va ainsi de pair avec l\u2019extension de l\u2019\u00e9chelle d\u2019analyse\u00a0: au-del\u00e0 du champ cultiv\u00e9, l\u2019agro\u00e9cologie consid\u00e8re l\u2019agro\u00e9cosyst\u00e8me. Ainsi, l\u2019agro\u00e9cologie est d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0l\u2019application des concepts et principes de l\u2019\u00e9cologie \u00e0 la conception et \u00e0 la gestion d\u2019agro\u00e9cosyst\u00e8mes durables\u00a0\u00bb (Thomas et Kevan, 1993, p.\u00a01). Plusieurs concepts utilis\u00e9s en \u00e9cologie (r\u00e9silience, association, diversit\u00e9, services \u00e9cosyst\u00e9miques) apparaissent \u00e0 cet effet dans les travaux d\u2019agronomes dont la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie se renforce au cours des ann\u00e9es 2000 (Bellon et Ollivier, 2011). Plus qu\u2019une discipline, Eric Marshall (2011) conclut que l\u2019agro\u00e9cologie se situe au carrefour des disciplines scientifiques qui \u00e9tudient de larges th\u00e9matiques relatives \u00e0 l\u2019agro-\u00e9cosyst\u00e8me \u2013 portant soit sur les relations des syst\u00e8mes de culture avec les ressources (eau, sol, paysage, biodiversit\u00e9) au sein des agro-\u00e9cosyst\u00e8mes, soit sur la conception de nouveaux syst\u00e8mes de culture.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pr\u00e9sentation scientifique tend pourtant \u00e0 masquer le lien consubstantiel de la recherche scientifique avec des exp\u00e9riences pratiques locales et des mouvements militants dans les pays du Sud en particulier. En effet, l\u2019agro\u00e9cologie ne peut pas \u00eatre comprise sans faire la jonction avec les pratiques qui la portent et l\u2019engagement des acteurs, des actrices et des militant\u00b7e\u00b7s qui la promeuvent. Pour Wezel <em>et al.<\/em> (2009), l\u2019agro\u00e9cologie puise d\u2019abord ses fondements dans l\u2019analyse des savoirs traditionnels, issus des exploitations familiales valorisant les ressources naturelles locales au sein des pays tropicaux et subtropicaux (Arrignon, 1987). Warner (2007) pr\u00e9conise une combinaison de savoirs empiriques port\u00e9s directement par les agriculteurs et agricultrices des pays en d\u00e9veloppement. La pratique donne son unit\u00e9 \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0: les diff\u00e9rentes exp\u00e9riences dans les pays pauvres auraient toutes en commun de s\u2019appuyer sur une nouvelle utilisation des fonctionnalit\u00e9s naturelles pour r\u00e9duire le recours \u00e0 l\u2019\u00e9nergie fossile et \u00e0 la chimie de synth\u00e8se. Si bien que dans les ann\u00e9es 1990 se d\u00e9veloppe l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00ab\u00a0R\u00e9volution doublement verte\u00a0\u00bb, en opposition \u00e0 la R\u00e9volution verte n\u00e9e en Inde sur des principes productivistes (Conway, 1987). C\u2019est une posture doublement critique qui irrigue l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0: au plan scientifique, en tant qu\u2019approche interdisciplinaire, elle bouscule les cloisonnements acad\u00e9miques; au plan social, parce qu\u2019elle contredit la vision occidentale de l\u2019agriculture moderne fond\u00e9e sur l\u2019uniformisation des pratiques, la sp\u00e9cialisation des productions, le recours intensif aux intrants.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les figures id\u00e9ales typiques de l\u2019imbrication entre pratique et engagement circulent de l\u2019Am\u00e9rique latine (Stassart <em>et al.<\/em>, 2012) aux autres continents par le biais notamment des forums altermondialistes au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. En France, l\u2019agro\u00e9cologie a \u00e9t\u00e9 fortement port\u00e9e et import\u00e9e par des associations lors du colloque international qui s\u2019est tenu \u00e0 Albi en 2008 \u00e0 l\u2019initiative de Nature et Progr\u00e8s, des Amis de la terre et de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne. On assiste alors \u00e0 une int\u00e9gration forte entre exposition des pratiques agricoles alternatives, exp\u00e9riences de terrain et engagement social et politique dans le contexte des mouvements altermondialistes. Le personnage le plus m\u00e9diatique li\u00e9 \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie en France, Pierre Rabhi, incarne lui aussi ce lien fort aux pratiques, \u00e0 l\u2019engagement et au rapport r\u00e9flexif aux pays du Sud. Son cas est int\u00e9ressant parce qu\u2019il est \u00e0 la fois un militant et un acteur ayant \u00e9prouv\u00e9 personnellement la circulation internationale. En voyage au Sahel en 1981, Rhabi y a rencontr\u00e9 Maurice Freund, propri\u00e9taire d\u2019un h\u00f4tel dans le nord du Burkina et voyagiste engag\u00e9. Freund a propos\u00e9 alors \u00e0 Rabhi de donner une dimension \u00e9thique \u00e0 son club de vacances, en y associant un centre de formation \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie financ\u00e9 par les revenus touristiques[footnote]Benjamin Roger, \u00ab\u00a0Burkina Faso : Sankara, Rabhi et l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb, <em>Jeune Afrique<\/em>, 15 mai 2015.[\/footnote]. En d\u00e9pit des doutes quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des techniques utilis\u00e9es par Rhabi (Dumont et Paquet, 1988) la formule fut lanc\u00e9e en 1983\u00a0: chaque hiver, de d\u00e9cembre \u00e0 f\u00e9vrier, Pierre Rabhi formerait une trentaine de paysan\u00b7ne\u00b7s par semaine au mara\u00eechage, \u00e0 l\u2019\u00e9levage et au reboisement. Le pr\u00e9sident Thomas Sankara est inform\u00e9 de l\u2019initiative et fait venir Rabhi \u00e0 Ouagadougou en novembre 1986 pour lui proposer de jouer un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement agricole du Burkina. \u00ab\u00a0Sankara avait beaucoup d\u2019estime pour Rabhi, il disait que c\u2019\u00e9tait un proph\u00e8te et un visionnaire\u00a0\u00bb, confie Jean Ziegler, ancien rapporteur sp\u00e9cial de l\u2019ONU pour le droit \u00e0 l\u2019alimentation dans le monde[footnote]<em>idem.<\/em>[\/footnote]. Mais l\u2019exp\u00e9rience s\u2019arr\u00eata pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 la suite de l\u2019assassinat de Sankara. Rhabi rentra en France, fonda en 1994 l\u2019association \u00ab\u00a0Les Amis de Pierre Rhabi\u00a0\u00bb (qui deviendra \u00ab\u00a0Terre et Humanisme\u00a0\u00bb en 1991), et se pr\u00e9senta m\u00eame \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2002 \u2013 o\u00f9 il obtint 184 parrainages d\u2019\u00e9lu\u00b7e\u00b7s. Consid\u00e9r\u00e9 comme artisan de l\u2019altermondialisme, il fut invit\u00e9 au Forum social europ\u00e9en o\u00f9 il exposa son histoire, son enfance alg\u00e9rienne et la place que son souvenir de l\u2019agriculture oasienne a pu jouer dans son approche de l\u2019agro\u00e9cologie. La mani\u00e8re dont il envisageait son r\u00f4le de \u00ab\u00a0passeur\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de plusieurs ouvrages (Rhabi, 1996, 2002, 2015).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re public, militant, associant des conseils techniques \u00e0 une remont\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 politique \u2013 du mode de production agricole aux types d\u2019\u00e9changes \u00e9conomiques et au partage des richesses \u2013 n\u2019est pas fortuit chez Rhabi dans la mesure o\u00f9 le rapport entre pratique, science et engagement est \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de la r\u00e9flexion agro\u00e9cologique. Dans leurs premiers \u00e9crits, Altieri, comme Gliessman et Madison, s\u2019appuyait d\u00e9j\u00e0 sur une d\u00e9nonciation des impacts de la R\u00e9volution verte et mobilisait l\u2019agro\u00e9cologie comme critique socioenvironnementale et comme mod\u00e8le alternatif de d\u00e9veloppement. \u00ab En tant qu\u2019approche scientifique interdisciplinaire, \u00e9crivent Stassart <em>et al.<\/em>, l\u2019agro-\u00e9cologie a une fonction critique : elle proc\u00e9derait d\u2019une remise en question du mod\u00e8le agronomique dominant \u00bb (Stassart <em>et al<\/em>., 2012, p. 5) . D\u2019apr\u00e8s Stassart <em>et al<\/em>. (2012), le concept d\u2019agro\u00e9cologie se constitue donc comme un r\u00e9f\u00e9rent alternatif oppos\u00e9 au mod\u00e8le biotechnologique qui constituerait l\u2019aboutissement du processus d\u2019industrialisation de l\u2019agriculture. Le mouvement bouscule \u00e9galement par l\u2019appel \u00e0 une solidarit\u00e9 agricole renouvel\u00e9e\u00a0: par la constitution de nouveaux collectifs d\u2019agriculteurs et agricultrices pour exp\u00e9rimenter de nouvelles pratiques, mais aussi par un meilleur dialogue avec firmes et fili\u00e8res de commercialisation \u2013 ce qui implique une logique de d\u00e9sectorisation, de re-diversification (Allaire, 2002) et de re-territorialisation de l\u2019agriculture.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La question g\u00e9n\u00e9rale de cet article\u00a0n\u2019en ressort que plus troublante\u00a0: pourquoi ce mouvement favorable au d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie, d\u2019abord issu de la critique environnementaliste et oppos\u00e9 au mod\u00e8le \u00e9conomique et agricole dominant; pourquoi ce savoir scientifique \u00e9mergent et d\u2019abord minoritaire au sein du champ scientifique a-t-il \u00e9t\u00e9 repris, du moins formellement, par le minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture\u00a0en 2012? Certes, un certain consensus dans certaines fractions du champ scientifique et du secteur agricole au plan national et international est en cours de construction\u00a0: agronomes, zootechnicien\u00b7ne\u00b7s, \u00e9cologues, mais aussi militant\u00b7e\u00b7s d\u2019agriculture alternative d\u00e9plorent ensemble l\u2019essoufflement du \u00ab\u00a0mod\u00e8le agro-industriel\u00a0\u00bb (Centre d\u2019\u00c9tudes et de Prospectives, 2013) ou \u00ab\u00a0biotechnologique\u00a0\u00bb[footnote]Le terme est employ\u00e9 par Goodman, Sorj et Wilkinson (1987)\u00a0et est repris par Pierre Stassart dans Van Dam <em>et al.<\/em>, 2012, p.\u00a026.[\/footnote] qui aurait entra\u00een\u00e9 de nombreuses \u00ab\u00a0externalit\u00e9s n\u00e9gatives\u00a0\u00bb pour l\u2019environnement (d\u00e9clin de la biodiversit\u00e9, de la qualit\u00e9 de l\u2019eau, d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles, production accrue des gaz \u00e0 effet de serre, etc.) \u2013 sans compter les impasses techniques et productives (r\u00e9sistances aux traitements, course \u00e0 la m\u00e9canisation et \u00e0 l\u2019endettement qui freine les possibilit\u00e9s de transmission des exploitations\u00a0(Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, ce concept d\u2019agro\u00e9cologie, \u00e0 la fois discut\u00e9 dans le champ scientifique, port\u00e9 par des figures militantes engag\u00e9es, voire pol\u00e9miques dans l\u2019espace public[footnote]Sur les critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Rhabi, par exemple, voir Kindo \u00ab\u00a0Contre Pierre Rabhi\u00a0\u00bb, <em>M\u00e9diapart<\/em>, 12 juillet 2014.[\/footnote], n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment le plus f\u00e9d\u00e9rateur\u00a0: pourquoi le ministre s\u2019y est-il donc ralli\u00e9, et au prix de quels usages, r\u00e9appropriations, sur la base de quelles d\u00e9finitions\u00a0concr\u00e8tes? C\u2019est le point de perplexit\u00e9 sur lequel nous proposons de porter le regard \u2013 en avan\u00e7ant quelques hypoth\u00e8ses sur les usages de l\u2019agro\u00e9cologie par le minist\u00e8re fran\u00e7ais et ses effets ambivalents sur les politiques agricoles.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019agro\u00e9cologie d\u00e9voy\u00e9e?<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le poids des mots, on le sait, n\u2019est pas anodin, particuli\u00e8rement en politique o\u00f9 les dynamiques contemporaines de forte m\u00e9diatisation et personnalisation du discours conf\u00e8rent au langage une performativit\u00e9 bien connue qu\u2019elle proc\u00e8de du pouvoir \u00e9vocateur de la s\u00e9mantique en tant que telle (Austin, 1962; Cassin, 2018) ou de la position sociale du locuteur qui lui conf\u00e8re la \u00ab\u00a0garantie de d\u00e9l\u00e9gation dont il est investi\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1982, p.\u00a0105). Chercher \u00e0 d\u00e9finir et saisir les sp\u00e9cificit\u00e9s des \u00ab\u00a0transitions agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb, appr\u00e9hender leurs contours et leur port\u00e9e oblige donc \u00e0 s\u2019interroger sur le sens des mots, leur origine, leurs usages sociaux comme politiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le pi\u00e8ge de la transition? <\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 maints \u00e9gards, parler en politique de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb fait figure de commodit\u00e9 de langage. Assigner d\u2019embl\u00e9e aux politiques agricoles un \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb agro\u00e9cologique pourrait sembler en effet pr\u00e9somptueux, trop optimiste et normatif. Parler de \u00ab\u00a0conversion\u00a0\u00bb rappellerait trop les pr\u00e9ceptes de l\u2019agriculture biologique en supposant, au sens litt\u00e9ral, un engagement reposant sur des croyances. \u00c9voquer par ailleurs une <em>r\u00e9volution<\/em> agro\u00e9cologique pourrait pr\u00eater \u00e0 des rappels historiques pas forc\u00e9ment opportuns (la politique de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la R\u00e9volution verte productiviste des pays en d\u00e9veloppement) par contraste avec le terme moins connot\u00e9 de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb (Tassel, 2018). Raisonner en termes de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb permet donc d\u2019\u00e9voquer un ensemble d\u2019\u00e9volutions en cours, non pas une rupture, mais plut\u00f4t un moment charni\u00e8re dont, \u00e0 l\u2019instar des d\u00e9mographes qui observent les transitions g\u00e9n\u00e9rationnelles (Keyfitz, 1995), l\u2019on ne mesure ni ne contr\u00f4le encore la port\u00e9e ou les effets. On pourrait aussi, pour poursuivre la comparaison s\u00e9mantique, songer aux \u00ab\u00a0transitions d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb \u00e9tudi\u00e9es en Europe de l\u2019Est depuis la chute en 1989 du mur de Berlin et qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des analyses ax\u00e9es surtout sur la conversion au lib\u00e9ralisme politique ou \u00e9conomique (Andreff, 2002).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si la notion de transition fournit donc une occasion de revisiter l\u2019imp\u00e9ratif de changement tout en fournissant \u00e0 l\u2019agriculture une \u00ab\u00a0nouvelle alliance \u00e0 l\u2019environnement\u00a0\u00bb (Tassel, 2018), elle s\u2019av\u00e8re aussi r\u00e9cemment popularis\u00e9e par divers mouvements sociaux attach\u00e9s \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019une prise de conscience \u00e9cologique et de formes autonomes d\u2019action et d\u2019engagement citoyens. Depuis moins de dix ans se multiplient en effet diverses initiatives et exp\u00e9rimentations locales qui se r\u00e9clament appartenir \u00e0 un processus social et mondial de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb, suscitant l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant des m\u00e9dias et universitaires pour un ph\u00e9nom\u00e8ne encore mal circonscrit\u00a0: une n\u00e9buleuse de projets et d\u2019initiatives citoyennes en faveur d\u2019un appel \u00e0 la \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb qui r\u00e9unit p\u00eale-m\u00eale des adeptes de la d\u00e9croissance soutenable, des groupes de Slow Food et Slow Cities ou encore des d\u00e9fenseurs du Buenvivir en Am\u00e9rique latine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces coalitions \u00e0 la fois agricoles et environnementales (Cottin-Marx, 2013) puisent en partie leurs racines et leur inspiration dans le mouvement originel des \u00ab\u00a0villes en transition\u00a0\u00bb (<em>transition towns<\/em>) initi\u00e9e en 2006, en Grande-Bretagne, par Rob Hobkins. Pour cet enseignant agronome, f\u00e9ru de permaculture, il s\u2019agissait d\u2019abord d\u2019exp\u00e9rimenter avec ses \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s, et \u00e0 la demande de petites municipalit\u00e9s (Kinsale, Totnes), divers sc\u00e9narios de \u00ab\u00a0descente \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb (Hopkins, 2006). Autrement dit, il s\u2019agissait d\u2019envisager les options permettant d\u2019anticiper la p\u00e9nurie pr\u00e9visible d\u2019\u00e9nergie fossile, mais tout en \u00e9vitant toute forme de catastrophisme d\u00e9cliniste. \u00c0 la diff\u00e9rence de la charte d\u2019Aalborg qui avait promu, d\u00e8s 1994, le concept de \u00ab\u00a0villes durables\u00a0\u00bb, le mouvement des \u00ab\u00a0villes en transition\u00a0\u00bb s\u2019apparente \u00e0 une mobilisation l\u00e0 aussi internationale, mais \u00e0 port\u00e9e citoyenne parce qu\u2019elle concerne les citoyens et citoyennes eux-m\u00eames et elles-m\u00eames. Les pr\u00e9ceptes d\u2019action sont pourtant proches\u00a0: faciliter la qualit\u00e9 de vie, d\u00e9velopper des transports sobres et peu \u00e9nergivores, trouver une autonomie \u00e9nerg\u00e9tique et alimentaire, favoriser la d\u00e9mocratie participative. Il y aurait d\u00e9sormais environ 2000 d\u00e9marches officielles de transition recens\u00e9es dans une cinquantaine de pays et f\u00e9d\u00e9r\u00e9es sous la banni\u00e8re du r\u00e9seau International Transition Network.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La transition agro\u00e9cologique s\u2019inscrit ainsi dans un contexte d\u2019effervescence autour des enjeux de transition (Bourg <em>et al.<\/em>, 2016). L\u2019appel \u00e0 la \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb prendrait-il \u00e0 pr\u00e9sent le relais de l\u2019imp\u00e9ratif d\u00e9sormais \u00e9cul\u00e9 de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb, ce \u00ab\u00a0lieu commun gestionnaire\u00a0\u00bb (Barone <em>et al.<\/em>, 2018) qui \u00ab\u00a0apr\u00e8s plus de 30 ans d\u2019existence\u00a0\u00bb ne serait plus \u00ab\u00a0a\u0300 la hauteur de la crise a\u0300 laquelle il fait face\u00a0\u00bb (Kraus, 2014, paragr.\u00a01? Force est de constater que le terme a d\u00e9bord\u00e9 largement l\u2019espace des mobilisations citoyennes pour faire aujourd\u2019hui l\u2019objet d\u2019un intense recyclage institutionnel. Sans pr\u00e9tendre \u00e0 une analyse en r\u00e8gle des occurrences politiques de ce mot, on peut juste constater les r\u00e9f\u00e9rences politiques croissantes \u00e0 la notion de transition. Ainsi, parall\u00e8lement \u00e0 la \u00ab\u00a0transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb qui nous int\u00e9resse ici, s\u2019op\u00e9rait aussi, du c\u00f4t\u00e9 du minist\u00e8re de fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9cologie, une \u00ab\u00a0transition \u00e9cologique\u00a0\u00bb qui rappelait en miroir l\u2019objectif interminist\u00e9riel de conciliation entre agriculture et environnement. On peut noter aussi l\u2019adoption en 2015 de la loi sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019\u00e9laboration par l\u2019Ademe de sc\u00e9narios pour 2050 o\u00f9 figure l\u2019enjeu de \u00ab\u00a0transition post-carbone\u00a0\u00bb, la parution d\u2019un rapport du CESE sur la \u00ab\u00a0transition \u00e9cologique et solidaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local\u00a0\u00bb (Duchemin, 2017, p.\u00a05), la cr\u00e9ation d\u2019une plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire (Tassel, 2018) ou encore l\u2019apparition d\u2019un minist\u00e8re \u00e9ponyme de la \u00ab\u00a0transition \u00e9cologique et solidaire\u00a0\u00bb \u00e0 la place du pr\u00e9c\u00e9dent minist\u00e8re de l\u2019environnement[footnote]Sous Emmanuel Macron, le terme \u00ab\u00a0solidarit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 pour faire place \u00e0 un simple \u00ab\u00a0Minist\u00e8re de la transition \u00e9cologique\u00a0\u00bb.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Loin de nous l\u2019intention d\u2019inf\u00e9rer \u00e0 tout prix un mim\u00e9tisme artificiel entre action publique et mobilisations citoyennes; nous pouvons juste nous borner \u00e0 constater certaines formes de porosit\u00e9 entre espace public et priv\u00e9. D\u2019autant que l\u2019analyse du r\u00e9pertoire d\u2019action des militant\u00b7e\u00b7s \u00ab\u00a0transitionneurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0transitionneuses\u00a0\u00bb appara\u00eet plut\u00f4t atypique, loin des formes traditionnelles de mobilisation syndicale ou partisane. Ces collectifs citoyens cherchent en effet \u00e0 promouvoir de nouvelles formes d\u2019activisme \u00e9cologique, sans violence ni conflit, mais en recourant plut\u00f4t \u00e0 une strat\u00e9gie assum\u00e9e de \u00ab\u00a0pollinisation\u00a0\u00bb des politiques publiques (Jonet et Servigne, 2013) qui ne r\u00e9fute pas les pouvoirs en place ni ne pr\u00e9tend participer aux institutions existantes. Faire \u00e9clore en quelque sorte de nouvelles pratiques, essaimer par effet domino, en misant sur l\u2019exemplarit\u00e9 des projets.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces mouvements de \u00ab\u00a0transitionneurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0transitionneuses\u00a0\u00bb suscitent tout autant l\u2019int\u00e9r\u00eat que la controverse. Comme le rappelle Fabrice Flipo (2013), un certain nombre de sp\u00e9cialistes des mouvements alternatifs soulignent les limites potentielles de telles mobilisations\u00a0: trop petits pour peser significativement dans les rapports de force, les \u00ab\u00a0transitionneurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0transitionneuses\u00a0\u00bb perdraient leur temps \u00e0 r\u00e9inventer chacun dans leur coin ce que d\u2019autres auraient d\u00e9j\u00e0 accompli ailleurs; ils devraient s\u2019organiser et se f\u00e9d\u00e9rer pour trouver un vrai \u00ab\u00a0d\u00e9bouch\u00e9 politique\u00a0\u00bb au lieu de s\u2019\u00e9mietter de fa\u00e7on trop locale. On leur reproche, en somme, leur fa\u00e7on d\u2019\u00e9luder la question politique\u00a0: en r\u00e9pugnant aux conflits, en ne clarifiant pas suffisamment leur conception de la d\u00e9mocratie, leur rapport au capitalisme, \u00e0 la mondialisation et au commerce international. Les mouvements de transition fonderaient ainsi leur action sur un pari consensualiste (Jonet et Servigne, <em>ibid<\/em>.) qui ressemble \u00e0 la ligne de conduite impuls\u00e9e par S.\u00a0Le Foll en France\u00a0: rassembler en \u00e9vitant la conflictualit\u00e9; d\u00e9fendre une vision positive et inclusive; ne pas critiquer, mais construire ensemble, car le manque de p\u00e9trole et les catastrophes climatiques concernent l\u2019ensemble de la population \u2013 les partis et syndicats se chargeant d\u00e9j\u00e0 de la critique sociale et des revendications de justice et d\u2019\u00e9galit\u00e9. Une posture des \u00ab\u00a0petits pas\u00a0\u00bb que d\u00e9noncent certain\u00b7e\u00b7s partisan\u00b7e\u00b7s de l\u2019agro\u00e9cologie (Baret et L\u00e9ger, 2008). Ces dernier\u00b7e\u00b7s regrettent en effet chez Hopkins le \u00ab\u00a0d\u00e9ficit d\u2019horizon politique et de planification \u00e0 large \u00e9chelle\u00a0\u00bb par opposition au mod\u00e8le d\u00e9fendu par F.\u00a0W.\u00a0Geels (2002), lequel entra\u00eenerait, gr\u00e2ce aux innovations et ruptures induites, une n\u00e9cessaire \u00ab\u00a0reconfiguration du syst\u00e8me dominant\u00a0\u00bb de croissance et de production.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Dans le Nord, une conception de l\u2019agro\u00e9cologie finalement tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de la rupture annonc\u00e9e avec le mod\u00e8le productiviste<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur un plan th\u00e9orique, une approche de soutenabilit\u00e9 dite \u00ab\u00a0faible\u00a0\u00bb consid\u00e8re que toute production n\u00e9cessite un stock de diff\u00e9rents capitaux \u00e9ventuellement substituables\u00a0(Hartwick, 1977)\u00a0: capital technique, capital naturel renouvelable, capital naturel non renouvelable, capital humain. Un m\u00eame niveau de production peut \u00eatre atteint par la substitution de deux facteurs\u00a0: une diminution du capital naturel peut-\u00eatre compens\u00e9e par une augmentation d\u2019un des autres facteurs (Solow, 1993). Mais l\u2019approche de soutenabilit\u00e9 dite \u00ab\u00a0forte\u00a0\u00bb (Daly, 1990) consid\u00e8re \u00e0 l\u2019inverse que les capitaux ne sont pas tous substituables, que les am\u00e9liorations techniques ne compenseront pas l\u2019\u00e9puisement des ressources fossiles et que la seule m\u00e9thode \u00e0 suivre pour \u00e9pargner l\u2019environnement est de limiter l\u2019usage des ressources naturelles et ralentir la course productive.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne le d\u00e9bat sur la croissance ou la sobri\u00e9t\u00e9 productive, le minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture est clair en ceci qu\u2019il ne promeut pas du tout une d\u00e9crue\u00a0de la production agricole. Pour le ministre, m\u00eame avec l\u2019agro\u00e9cologie, il faut bien mettre l\u2019\u00ab\u00a0accent sur la production et la comp\u00e9titivit\u00e9\u00a0\u00bb. Pour l\u2019un des agents du minist\u00e8re, \u00ab\u00a0Nous ce qu\u2019on recherche vraiment c\u2019est l\u2019am\u00e9lioration de la performance des exploitations. On n\u2019est pas dans une d\u00e9croissance. On est dans une approche pragmatique. Les besoins alimentaires vont augmenter. Donc il faut bien produire plus\u00a0\u00bb[footnote]Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For\u00eat, 22 avril 2015.[\/footnote]. <em>Idem<\/em> pour un autre enqu\u00eat\u00e9 au minist\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0On ne confond pas agro-\u00e9cologie et d\u00e9croissance\u00a0\u00bb[footnote]Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, de l\u2019agroalimentaire et de la for\u00eat, 13 avril 2015.[\/footnote]. Ce positionnement recueille l\u2019assentiment du syndicat majoritaire en France, dont l\u2019un des repr\u00e9sentants ne manque pas de rappeler\u00a0: \u00ab\u00a0Les agriculteurs, qu\u2019est-ce qu\u2019ils veulent? Ils veulent vivre du fruit de leur travail. Il faut rester raisonnable et pragmatique\u00a0\u00bb[footnote]Entretien avec le pr\u00e9sident d'une section d\u00e9partementale UDSEA\/FNSEA, 5 mai 2015.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des militant\u00b7e\u00b7s, pourtant de plus en plus moins nombreux, conc\u00e8dent le fait qu\u2019\u00eatre agriculteur ou agricultrice c\u2019est avant tout chercher \u00e0 produire\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9videmment, quand on fait de l\u2019agriculture on met le processus naturel \u00e0 notre service\u00a0\u00bb[footnote]Entretien avec un formateur militant au sein de l\u2019association Terre et Humanisme, 13 avril 2015.[\/footnote]. Mais au-del\u00e0 de ce point d\u2019accord, le d\u00e9bat se durcit et se cristallise d\u00e8s qu\u2019il est question du <em>niveau<\/em> de production souhaitable et de sa <em>diminution<\/em> potentielle. Le point de clivage concerne pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013 ce qui nous int\u00e9resse au premier chef pour cet article \u2013 le commerce international et la \u00ab\u00a0vocation exportatrice de la France\u00a0\u00bb[footnote]Vandewalle, \u00ab\u00a0Bl\u00e9\u00a0: la France devrait maintenir sa vocation exportatrice\u00a0\u00bb, <em>La France Agricole<\/em>, n\u00b03428, 23 mars 2012.[\/footnote]\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 des militant\u00b7e\u00b7s altermondialistes promeuvent la sobri\u00e9t\u00e9 heureuse[footnote]Rabhi, \u00ab\u00a0Vers la sobri\u00e9t\u00e9 heureuse\u00a0\u00bb, <em>Actes Sud<\/em>, 2010.[\/footnote], la d\u00e9fense exclusive des fili\u00e8res courtes et par-l\u00e0 la limitation du commerce mondial et la baisse des exportations[footnote]\u00ab\u00a0Tout miser sur l\u2019export acc\u00e9l\u00e9rera la disparition des paysans\u00a0\u00bb (Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne), <em>La France agricole<\/em>, 18 avril 2014; \u00ab\u00a0La Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne pointe les risques de l\u2019export de produits agricoles\u00a0\u00bb, <em>Terre Dauphinoise<\/em>, 16\/04\/2014.[\/footnote], la FNSEA \u00e0 l\u2019inverse d\u00e9nonce le recul de la France dans le classement des pays exportateurs et soutient les apports de l\u2019agriculture fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019alimentation mondiale[footnote]Plassart, \u00ab\u00a0Xavier Beulin, pr\u00e9sident de la FNSEA : \u2018\u2018L\u2019agriculture fran\u00e7aise est en train de d\u00e9crocher et c\u2019est aberrant\u2019\u2019\u00a0\u00bb, <em>Le Nouvel <\/em><em>\u00c9<\/em><em>conomiste<\/em>, 20\/02\/2015.[\/footnote]. Dans ce d\u00e9bat, le ministre fran\u00e7ais maintient clairement le cap productiviste et exportateur, faisant de l\u2019inscription dans le commerce international une pr\u00e9occupation centrale\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre agriculture a vu sa pr\u00e9sence reculer sur les march\u00e9s europ\u00e9ens, voire internationaux, et ce en m\u00eame temps que l\u2019ensemble de notre industrie. Nous devons faire ce constat et nous persuader que l\u2019enjeu du redressement pour notre pays passe autant par l\u2019industrie que par l\u2019agriculture, laquelle doit avoir les m\u00eames objectifs et b\u00e9n\u00e9ficier des m\u00eames mesures que celles qui valent pour le reste de l\u2019\u00e9conomie\u00a0[footnote]S.\u00a0Le Foll, <em>D\u00e9claration au S\u00e9nat sur les enjeux du projet de loi d<\/em><em>\u2019<\/em><em>avenir pour l'agriculture, l<\/em><em>\u2019<\/em><em>alimentation et la for\u00eat<\/em>, S\u00e9nat, 9 avril 2014.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le conseil que le ministre \u2013 \u00e9conomiste de formation \u2013 envoyait aux agriculteurs et agricultrices \u00e9tait donc de comparer les co\u00fbts de la production conventionnelle (externalit\u00e9s) et tous les b\u00e9n\u00e9fices des productions agro\u00e9cologiques (meilleur rendement par une approche globale) pour estimer les gains qu\u2019apporterait le passage \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019id\u00e9e est simple, et chacun doit pouvoir faire l\u2019effort de la comprendre\u00a0: si l\u2019on baisse les consommations interm\u00e9diaires gr\u00e2ce auxquelles s\u2019est construite l\u2019agriculture depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, c\u2019est-\u00e0-dire si l\u2019on consomme moins d\u2019\u00e9nergies fossiles, moins de phytosanitaires, moins d\u2019antibiotiques, le r\u00e9sultat est bon non seulement pour l\u2019environnement, mais \u00e9galement pour l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique des exploitations[footnote]<em>idem.<\/em>[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment deux concepts \u00e9conomiques, la productivit\u00e9 et la comp\u00e9titivit\u00e9, qui permettent au minist\u00e8re de pr\u00e9senter les enjeux environnementaux et \u00e9conomiques de mani\u00e8re li\u00e9e\u00a0: si pour une entreprise, quelle qu\u2019elle soit, l\u2019enjeu est de produire davantage en diminuant les co\u00fbts, cela s\u2019appelle de la productivit\u00e9 et, \u00e0 l\u2019international, cela implique des gains de comp\u00e9titivit\u00e9. Dans l\u2019agriculture, si les ressources naturelles sont int\u00e9gr\u00e9es par les agriculteurs et agricultrices comme des co\u00fbts, alors il est dans leur int\u00e9r\u00eat de diminuer l\u2019usage de ces ressources co\u00fbteuses pour am\u00e9liorer l\u2019efficience de leur exploitation\u00a0: \u00ab\u00a0On essaye de dire aux agriculteurs que quand on pollue, on gaspille des facteurs de production\u00a0! \u00c7a fait des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires pour l\u2019agriculteur\u00a0\u00bb[footnote]Extrait du discours de S. Le Foll lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse organis\u00e9e pour la remise du rapport de M. Guillou, 11 juin 2013 (retranscription personnelle).[\/footnote]. La pr\u00e9sentation de l\u2019agro\u00e9cologie se fait alors d\u00e9politis\u00e9e, int\u00e9grative, non id\u00e9ologique, au service de la seule performance[footnote]On notera la mobilisation significative du lexique de la productivit\u00e9\u00a0dans le discours du ministre : \u00ab\u00a0C\u2019est un principe qui n\u2019est pas forc\u00e9ment celui de demander combien il a produit, mais comment il a fait pour produire cela avec si peu. Voil\u00e0 l\u2019enjeu. En faisant cela, nous entrons dans un autre processus qui est celui de la marge nette, la marge brute. Ce n\u2019est plus seulement celui de la quantit\u00e9 produite, mais aussi celui de ce \u00e0 quoi j\u2019ai d\u00fb recourir pour produire\u00a0\u00bb. Voici donc la conclusion \u00e0 laquelle arrivait le ministre qui entendait \u00ab\u00a0concilier cet engagement sur la performance \u00e9conomique et la performance \u00e9cologique \u00bb gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019argument f\u00e9d\u00e9rateur de la diminution des co\u00fbts (co\u00fbts pour le producteur et m\u00e9faits sur l\u2019environnement \u00e9tant sym\u00e9triques). Source\u00a0: xonclusion de la conf\u00e9rence nationale \u00ab\u00a0Agriculture\u00a0: Produisons autrement, 18 d\u00e9cembre 2012.[\/footnote]. \u00ab\u00a0Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u00a0\u00bb[footnote]Le Figaro, \u00ab\u00a0St\u00e9phane Le Foll: \u2018\u2018Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u2019\u2019\u00a0\u00bb, 17\/02\/2015.[\/footnote]. Avec l\u2019agro\u00e9cologie, les pays du Nord continueront bien de vouloir r\u00e9duire les co\u00fbts et produire plus \u2013 ce qui n\u2019augure en rien une d\u00e9sintensification de la guerre commerciale dans la mondialisation (Pouch, 2012; Abis et Brun, 2020).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un bilan qui peut encourager les pays du Sud \u00e0 suivre leur propre voie de d\u00e9veloppement agro\u00e9cologique?<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La th\u00e9orie des transferts et des circulations\u00a0: s\u2019inspirer de quoi exactement?<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est normal qu\u2019un concept de politique publique comme l\u2019agro\u00e9cologie subisse une modification lors des \u00e9changes internationaux. C\u2019est toute la litt\u00e9rature sur les transferts et les circulations internationales de normes qui nous en informe. Pour Dolowitz et Marsh, le transfert de politique publique peut \u00eatre d\u00e9fini ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Policy transfer is initiated by jurisdictions, international organisations, agencies, etc. in order to develop policy that adresses a particular policy issue\/problem\u00a0\u00bb (Dolowitz et Marsh, 2012, p.\u00a0339). Cette approche a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e, car elle comporterait le risque de pr\u00e9senter les logiques de diffusion selon une vision trop descendante et trop uniforme\u00a0: peut-on isoler un acteur\u00a0unique qui serait \u00e0 l\u2019origine des transferts (Bulmer, 2007)? Le mod\u00e8le propos\u00e9 par Dolowitz et Marsh a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 \u00e9galement pour la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir ce qu\u2019est un transfert \u00ab\u00a0r\u00e9ussi\u00a0\u00bb de politique publique (<em>a succesfull policy<\/em>) sans tomber dans une \u00e9valuation normative de la politique en question[footnote]Marsh et McConnell ont propos\u00e9 d\u2019\u00e9valuer trois types de succ\u00e8s\u00a0: le \u00ab\u00a0process success\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0programmatic success\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0political success\u00a0\u00bb, mais cette distinction reste difficile \u00e0 op\u00e9rationnaliser (McCann, Ward, 2012).[\/footnote]. Le mod\u00e8le a aussi \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de discussions parce qu\u2019il ne prendrait pas assez en compte les asym\u00e9tries et les logiques de pouvoir entre les acteurs[footnote]Sur cette controverse, voir les \u00e9changes entre Benson et Andrew (2001) et Dussauge-Laguna (2012).[\/footnote] \u2013 m\u00eame si Dolowitz et Marsh rappellent qu\u2019ils envisagent la possibilit\u00e9 de transferts contraints (Dolowitz et Marsh, <em>ibid<\/em>., p.\u00a0340; Dolowitz, 2010, p.\u00a010).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ainsi que l\u2019approche par la \u00ab\u00a0circulation internationale des normes\u00a0et des id\u00e9es\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e pour compl\u00e9ter la litt\u00e9rature sur les transferts (Kaluzsinski Payre, 2013). Qu\u2019ils soient sur le transfert ou sur la circulation internationale des id\u00e9es, ces travaux ont tous en commun de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la dimension exog\u00e8ne de la fabrique de l\u2019action publique et \u00e0 la place qu\u2019y occupent des sources ext\u00e9rieures. Ils montrent que les processus de construction, de diffusion et d\u2019institutionnalisation de r\u00e8gles formelles et informelles, de proc\u00e9dures, de croyances et de normes, entre une institution mod\u00e8le et des importateurs, sont une logique de diffusion interinstitutionnelle tr\u00e8s fr\u00e9quente. Or, comme Delpeuch l\u2019\u00e9voque, \u00ab\u00a0le transfert d\u2019une solution d\u2019action publique d\u2019un contexte \u00e0 un autre implique toujours une transformation plus ou moins importante du mod\u00e8le d\u2019origine\u00a0\u00bb (Delpeuch, 2009, p.\u00a0162). En effet, la finalit\u00e9 de l\u2019emprunt est rarement la reproduction fid\u00e8le du mod\u00e8le, mais le souci d\u2019apporter une r\u00e9ponse \u00e0 un probl\u00e8me politique. L\u2019op\u00e9ration de transplantation engage des processus de traduction et d\u2019emprunt s\u00e9lectif qui entra\u00eenent immanquablement une mutation du mod\u00e8le. Par ailleurs, la solution import\u00e9e, une fois mise en \u0153uvre, a g\u00e9n\u00e9ralement des effets impr\u00e9vus\u00a0: les probl\u00e8mes qu\u2019elle fait surgir dans le contexte de r\u00e9ception ne sont pas les m\u00eames que ceux qu\u2019elle suscite dans le contexte d\u2019origine (Deeg, 1995).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le mot d\u2019ordre agro\u00e9cologique peut-il d\u00e8s lors modifier un syst\u00e8me et en laisser un autre inchang\u00e9? Les <em>Policy Transfer Studies<\/em> ont essay\u00e9 d\u2019expliquer pour quelles raisons tel emprunt affecte les caract\u00e9ristiques fondamentales du receveur tandis que tel autre ne provoque que des mutations superficielles. Il en ressort que le fait d\u2019importer un instrument de politique publique depuis un contexte o\u00f9 pr\u00e9domine une certaine matrice cognitive et normative pour l\u2019introduire dans un contexte o\u00f9 pr\u00e9vaut une autre configuration de normes, croyances et repr\u00e9sentations, peut avoir pour effet de saper la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019ensemble des cadres et des modalit\u00e9s d\u2019action publique en vigueur dans le contexte de r\u00e9ception (Muller et Surel, 2000). Un effet fr\u00e9quemment relev\u00e9 dans la litt\u00e9rature est la complexification du contexte de r\u00e9ception\u00a0: l\u2019insertion d\u2019apports exog\u00e8nes y suscite des ph\u00e9nom\u00e8nes tels que la cristallisation spontan\u00e9e ou la cr\u00e9ation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019acteurs nouveaux, l\u2019\u00e9mergence d\u2019attentes sociales nouvelles, l\u2019apparition de nouveaux clivages et conflits (Westney, 1997). C\u2019est ainsi que quelques pr\u00e9cautions devraient \u00eatre formul\u00e9es si des pays voulaient s\u2019inspirer de l\u2019exp\u00e9rience fran\u00e7aise en mati\u00e8re agro\u00e9cologique et pr\u00e9tendre transf\u00e9rer certains points d\u2019un \u00e9ventuel \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb fran\u00e7ais.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9clatement des mesures <\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour \u00e9viter certains effets de la \u00ab\u00a0puissance de conformation des politiques environnementales import\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb (Renou, Ba et Diallo, ici m\u00eame), nous soulignerons dans cette partie comment les politiques environnementales promues dans les pays du Nord ont pu, en mati\u00e8re agro\u00e9cologique, obtenir des r\u00e9sultats parfois tout \u00e0 fait oppos\u00e9s aux attentes. En France, le premier probl\u00e8me du projet agro\u00e9cologique pr\u00e9sent\u00e9 plus haut a \u00e9t\u00e9 celui de l\u2019\u00e9clatement des mesures. Si l\u2019on d\u00e9taille davantage le plan d\u2019action gouvernemental, on peut lister en effet une foule de mesures, concernant \u00e0 la fois l\u2019enseignement agricole (r\u00e9vision des dipl\u00f4mes, formation des enseignant\u00b7e\u00b7s des lyc\u00e9es agricoles), la recherche et le d\u00e9veloppement, l\u2019accompagnement technique des agriculteurs et agricultrices et la sensibilisation des agents du minist\u00e8re. Un chantier visant la mobilisation des fili\u00e8res de distribution et de commercialisation des produits agricoles a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 ainsi que certaines aides aux agriculteurs et agricultrices\u00a0(majoration des aides \u00e0 l\u2019installation pour les projets en agro\u00e9cologie). Les dotations financi\u00e8res pour les jeunes agriculteurs et agricultrices ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9es lorsqu\u2019ils et elles s\u2019ins\u00e8rent dans les circuits courts; des aides \u00e0 l\u2019investissement en cas de recherche de double performance ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9es. Le plan fran\u00e7ais a soutenu la cr\u00e9ation des \u00ab\u00a0groupements d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique et environnemental\u00a0\u00bb (GIEE) \u2013 un label qui devrait permettre \u00e0 des collectifs d\u2019agriculteurs et agricultrices de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019aides de mani\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rentielle. Ces GIEE ne sont n\u00e9anmoins bas\u00e9s que sur le volontariat\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat mise surtout sur eux pour impulser le changement\u00a0\u00bb[footnote]Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie dans l\u2019Ain, 3 avril 2015.[\/footnote]. Au sein des collectifs d\u2019agriculteurs et d\u2019agricultrices r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9s, qu\u2019il s\u2019agisse de GIEE ou de simples associations, se c\u00f4toient en effet producteurs et productrices \u00ab\u00a0biologiques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0conventionnel\u00b7le\u00b7s\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je travaille avec des conventionnels; j\u2019ai une exploitation en c\u00e9r\u00e9ales diversifi\u00e9es qui est bio, mais je connais les produits, les doses\u00a0\u00bb[footnote]Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie (AE) dans l\u2019Ain, 3 avril 2015.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, depuis 2015, des MAEC (mesures agro-environnementales et climatiques) ont \u00e9t\u00e9 mises en place dans le cadre de la nouvelle Politique agricole commune; les r\u00e9gions pourront introduire, si elles le souhaitent, des crit\u00e8res agro\u00e9cologiques. Mais pour certain\u00b7e\u00b7s militant\u00b7e\u00b7s, cette nouvelle politique ne favoriserait pas v\u00e9ritablement la transition agro\u00e9cologique en tant que telle\u00a0: \u00ab\u00a0personne ne sera exclue [\u2026]. En fait, on maintient encore les pratiques existantes sans vraiment faire de l\u2019\u00e9co-conditionnalit\u00e9\u00a0\u00bb[footnote]Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019AE dans l\u2019Ain, 3 avril 2015.[\/footnote]. La volont\u00e9 minist\u00e9rielle de ne pas stigmatiser les agriculteurs et agricultrices \u00e0 partir de leurs pratiques se retrouve dans la pr\u00e9tention \u00e0 ne pas cliver agriculture et environnement, et donc \u00e0 \u00e9viter de choisir, au sein du minist\u00e8re, un portage de la r\u00e9forme qui serait interpr\u00e9t\u00e9 comme un signal trop direct en faveur de l\u2019environnement ou de l\u2019\u00e9conomie. Le choix de nommer <em>intuitu personae <\/em>un\u00b7e chef de projet \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie et d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture\u00a0\u00bb au sein de l\u2019inattendue Direction des affaires europ\u00e9ennes proc\u00e8de d\u2019un tel calcul \u2013 comme le reconna\u00eet fort bien l\u2019int\u00e9ress\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0il fallait trouver une mission pas trop connot\u00e9e, ni sur l\u2019environnement, ni sur les fili\u00e8res\u00a0\u00bb. En parlant de performance \u00e9conomique et environnementale, le ministre tente de f\u00e9d\u00e9rer; \u00ab\u00a0quand on dit \u2018\u2018produire plus, produire mieux\u2019\u2019, globalement tout le monde peut partager \u00e7a\u00a0\u00bb indique-t-on au minist\u00e8re[footnote]Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, de l\u2019agroalimentaire et de la for\u00eat, 22 avril 2015.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le probl\u00e8me du caract\u00e8re exag\u00e9r\u00e9ment int\u00e9grateur du programme fran\u00e7ais est de ne pas distinguer clairement les projets suffisamment \u00e9cologiques et les autres. Une \u00e9tude men\u00e9e par Barbier, Derbez et Lamine (2020) au sein du projet \u00ab\u00a0Observatoire des Transitions Agro\u00c9cologiques\u00a0\u00bb s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la diversit\u00e9 des projets pouvant \u00eatre valid\u00e9s comme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb par le minist\u00e8re fran\u00e7ais. Ils ont analys\u00e9 \u00e0 la fois l\u2019appel \u00e0 projet \u00ab\u00a0Mobilisation Collective pour l\u2019Agro-\u00c9cologie\u00a0\u00bb (MCAE) lanc\u00e9 en 2013 par le minist\u00e8re de l\u2019agriculture, r\u00e9alis\u00e9 le suivi ethnographique de 16 projets laur\u00e9ats et observ\u00e9 les processus r\u00e9gionaux de labellisation. Ils soulignent que\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la construction de l\u2019AAP [appel \u00e0 projet minist\u00e9riel] est recherch\u00e9e une vision syst\u00e9mique et multi-acteurs de l\u2019agro\u00e9cologie, et une vision elle aussi ouverte de la transition agro\u00e9cologique, les collectifs \u00e9tant invit\u00e9s \u00e0 construire leurs propres chemins et indicateurs. Au niveau des projets MCAE, on observe de fait une diversit\u00e9 de visions de l\u2019agro\u00e9cologie et de trajectoires [\u2026]. Des collectifs s\u2019inscrivant dans des mod\u00e8les agricoles \u00ab\u00a0en recherche de l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb, comme par exemple l\u2019agriculture de conservation des sols, se saisissent de ces instruments pour appuyer leurs transitions. En ce sens, le caract\u00e8re volontairement englobant de cette nouvelle cat\u00e9gorie d\u2019action publique g\u00e9n\u00e8re des effets paradoxaux de [\u2026] l\u00e9gitimation de mod\u00e8les agricoles dont le caract\u00e8re \u00e9cologique est objet de controverses (ce qui est le cas, dans l\u2019agriculture de conservation, pour certains mod\u00e8les de sans-labour reposant sur un usage important du glyphosate) [\u2026] (Barbier, Derbez et Lamine, 2020, p.\u00a049).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Leurs auteurs concluent leur \u00e9tude en soulignant la grande diversit\u00e9 des projets r\u00e9unis sous le label englobant d\u2019agro\u00e9cologie (y compris des pratiques utilisant de tr\u00e8s controvers\u00e9s herbicides chimiques non s\u00e9lectifs), en parlant m\u00eame d\u2019\u00ab\u00a0ind\u00e9termination\u00a0\u00bb des instruments d\u2019action publique mis en place pour la transition agro\u00e9cologique en France (titre de leur chapitre).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le risque d\u2019un \u00ab\u00a0colonialisme vert\u00a0\u00bb avec de nouvelles d\u00e9finitions de l\u2019agro\u00e9cologie impos\u00e9es par les institutions internationales?<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La diversit\u00e9 des politiques men\u00e9es en France au nom de l\u2019agro\u00e9cologie peut laisser songeur ou songeuse. Et la diff\u00e9rence entre la flexibilit\u00e9 du terme dans le contexte des pays d\u00e9velopp\u00e9s, et au contraire un risque de mod\u00e8le unique impos\u00e9 aux pays du Sud, peut amener \u00e0 avancer avec pr\u00e9caution. Car pour les pays en d\u00e9veloppement, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, les injonctions \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie sont l\u00e9gion \u2013 au point de parler d\u2019une forme de \u00ab\u00a0nouveau colonialisme vert\u00a0\u00bb (Blanc, 2020). On peut noter en tout cas que les pressions au changement sur l\u2019agro\u00e9cologie se sont fait sentir de mani\u00e8re pressante au niveau mondial depuis la fin des ann\u00e9es 2000. En 2011 Olivier de Schutter a fourni un rapport sur le sujet \u00e0 l\u2019Organisation des Nations unies. Les 18 et 19 septembre 2014 \u00e0 Rome s\u2019est tenu le premier symposium international de la FAO sur l\u2019agro\u00e9cologie, r\u00e9unissant une trentaine de pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Promue par des institutions internationales, la notion de transition agricole risque, comme le rappelle Manon Tassel (2018), d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0galvaud\u00e9e\u00a0\u00bb en figurant d\u00e9sormais en bonne place dans les pr\u00e9ceptes n\u00e9o-lib\u00e9raux du <em>New Public Management<\/em> (Barone <em>et al.<\/em>, 2018). C\u2019est ainsi que Marie Habranski (2020) a montr\u00e9 comment le secteur agricole avait \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 par les institutions internationales dans les r\u00e9flexions sur la gouvernance globale du climat. Jusqu\u2019\u00e0 la Conf\u00e9rence des Parties (COP) de Durban en\u00a02011, l\u2019agriculture \u00e9tait pourtant quasiment absente des n\u00e9gociations sur le climat. Mais \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a02000 une fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9 s\u2019est ouverte en faveur de la mise \u00e0 l\u2019agenda des enjeux agricoles dans la gouvernance du climat. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019a \u00e9merg\u00e9 la notion de\u00a0<em>climat smart agriculture<\/em>\u00a0(CSA), traduite en fran\u00e7ais par l\u2019expression \u00ab\u00a0agriculture climato-intelligente\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb. Depuis l\u2019agriculture est progressivement devenue l\u2019un des enjeux majeurs des COP de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La FAO\u00a0notamment n\u2019a eu de cesse de montrer que l\u2019adaptation de l\u2019agriculture \u00e9tait un levier privil\u00e9gi\u00e9 pour r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. Une s\u00e9rie d\u2019initiatives politiques a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e dans les pays en d\u00e9veloppement, notamment \u00e0 Hano\u00ef en\u00a02012, puis \u00e0 Johannesburg en\u00a02013, \u00e0 l\u2019initiative de la FAO. L\u2019ouverture au secteur agro-industriel priv\u00e9 a pourtant conduit un certain nombre d\u2019organisations paysannes, de d\u00e9veloppement et des organisations proches de l\u2019altermondialisme \u00e0 pointer les responsabilit\u00e9s de la FAO dans une approche trop large des questions agro\u00e9cologiques et des solutions au changement climatique, faisant la part belle \u00e0 des multinationales r\u00e9put\u00e9es comme d\u2019immenses pollueurs. En septembre\u00a02014, lors du Symposium d\u2019agro\u00e9cologie, un r\u00e9seau d\u2019expert\u00b7e\u00b7s scientifiques a envoy\u00e9 une lettre sign\u00e9e \u00e0 la FAO pour lui signifier son opposition. Le document soulignait \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9vincement de la justice sociale et environnementale\u00a0\u00bb. Peu de temps apr\u00e8s, \u00e0 l\u2019approche de la COP21\u00a0de Paris en\u00a02015, 355\u00a0ONG ont r\u00e9dig\u00e9 une \u00ab\u00a0Lettre ouverte de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 propos de l\u2019Alliance Globale pour une agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e9lant notamment\u00a0que \u00ab\u00a060\u00a0% des membres du secteur priv\u00e9 de la Gacsa[footnote]\u00ab\u00a0Global Alliance for Climate-Smart Agriculture\u00a0\u00bb (GACSA) ou, en fran\u00e7ais, Alliance Globale pour une agriculture intelligente face au climat.[\/footnote] op\u00e8rent dans le secteur des engrais. Certaines multinationales dont les impacts sociaux et environnementaux sont questionnables, telles que Monsanto, Walmart et McDonalds, ont m\u00eame lanc\u00e9 leurs propres programmes\u00a0\u00bb. Comme le conclut Hrabanski (2020, p.\u00a0206) \u00ab\u00a0en faisant \u00e0 la fois la promotion de la\u00a0<em>climat smart agriculture<\/em>\u00a0et de l\u2019agro\u00e9cologie, la FAO d\u00e9politise les d\u00e9bats et d\u00e9fend une posture consensuelle\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Or, \u00e0 faire la place aux grandes entreprises du secteur de la chimie et de l\u2019agroalimentaire, en adoptant des d\u00e9finitions tellement extensives de l\u2019agro\u00e9cologie qu\u2019elles en perdent leur charge contestataire et alternative, en soutenant une approche faible de la soutenabilit\u00e9 qui ne remet pas en cause les principes de la mondialisation lib\u00e9rale en mati\u00e8re alimentaire, les institutions internationales risquent de soumettre les pays en d\u00e9veloppement et leur secteur agricole \u00e0 des injonctions contradictoires. Comme le montre Bonny (2020), la modernisation de l\u2019agriculture encourag\u00e9e par les institutions internationales a conduit depuis soixante-dix ans \u00e0 la baisse des prix agricoles et \u00e0 la chute du nombre d\u2019exploitations dans les pays o\u00f9 l\u2019agriculture a une part importante. Si les appels \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie sont aujourd\u2019hui le reflet des nouvelles missions que beaucoup d\u2019acteurs et d\u2019actrices politiques, de citoyen\u00b7ne\u00b7s et d\u2019associations donnent \u00e0 l\u2019agriculture, les objectifs de baisse des co\u00fbts et d\u2019am\u00e9lioration de la productivit\u00e9 continuent de peser. D\u2019autant plus que la concurrence internationale est exacerb\u00e9e, car tradeurs et tradeuses, courtier\u00b7e\u00b7s, industries de transformation et centrales d\u2019achat de la grande distribution cherchent toujours \u00e0 s\u2019approvisionner \u00e0 moindre co\u00fbt sur le march\u00e9 mondial. Bonny rappelle utilement \u00e0 cet \u00e9gard que<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019am\u00e9lioration des rendements fut [\u2026] une des voies principales recherch\u00e9es pour accro\u00eetre les volumes produits, r\u00e9duire les co\u00fbts moyens unitaires de production des denr\u00e9es et am\u00e9liorer les revenus agricoles. Les agriculteurs ont cherch\u00e9 \u00e0 augmenter la production par actif, par <em>ha<\/em> et par animal, d\u2019o\u00f9 un accroissement des intrants utilis\u00e9s, un changement des vari\u00e9t\u00e9s et le recours \u00e0 des races animales plus efficientes en termes de production obtenue par unit\u00e9 d\u2019aliment consomm\u00e9 [\u2026]. L\u2019emploi d\u2019intrants est aussi d\u00fb aux crit\u00e8res de qualit\u00e9 de plus en plus exigeants d\u00e9finis par l\u2019aval. Organismes collecteurs, industries de transformation, grande distribution et consommateurs exigent tous des produits agricoles r\u00e9pondant \u00e0 des crit\u00e8res stricts d\u2019apparence, calibre, teneur en prot\u00e9ines et en contaminants tels les mycotoxines, etc., toutes demandes induisant souvent l\u2019emploi d\u2019engrais, pesticides et irrigation pour les satisfaire \u2013 et ce avec un volume suffisant. [\u2026] L\u2019intensification para\u00eet li\u00e9e notamment aux rapports de prix et aux demandes des secteurs en aval. De la sorte, en mati\u00e8re d\u2019\u00e9volution de l\u2019agriculture, on ne peut pas incriminer principalement les firmes d\u2019amont, les politiques agricoles ou les agriculteurs eux-m\u00eames. Ces derniers durent se moderniser, ou sinon dispara\u00eetre. Mais paradoxalement ils semblent \u00eatre pass\u00e9s d\u2019une forme de retard \u00e0 une autre. On jugeait nagu\u00e8re leurs pratiques trop traditionnelles, on d\u00e9plore aujourd\u2019hui leur modernisation (conventionnelle) excessive\u00a0(Bonny, 2020, p.\u00a0166).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En \u00e9tendant cette analyse \u00e0 l\u2019\u00e9tude des rapports Nord-Sud, on pourrait conclure que les agricultures des pays en d\u00e9veloppement, longtemps somm\u00e9es de se moderniser pour int\u00e9grer le march\u00e9 mondial et fournir au meilleur prix des produits alimentaires calibr\u00e9s pour satisfaire les crit\u00e8res sanitaires et de qualit\u00e9 des march\u00e9s du Nord (homog\u00e9n\u00e9isation des produits, des calibres, aspects, saveurs) ne risquent-elles pas de voir se retourner les injonctions aujourd\u2019hui \u2013 alors m\u00eame que la pression aux co\u00fbts et la concurrence internationale restent inchang\u00e9es?<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9tudiant le cas de la France dans un premier temps, nous avons montr\u00e9 que ses politiques publiques avaient \u00e9t\u00e9 longtemps r\u00e9tives au tournant environnemental en mati\u00e8re agricole. Le changement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l\u2019agriculture depuis la fin de la 2de Guerre mondiale s\u2019est d\u2019abord appuy\u00e9 sur un r\u00e9f\u00e9rentiel modernisateur (Muller, 2000b) insistant sur l\u2019intensification, la baisse des prix et l\u2019insertion r\u00e9solue des exploitant\u00b7e\u00b7s agricoles dans la comp\u00e9tition et les march\u00e9s internationaux. Le tournant pris en 2012 par le ministre fran\u00e7ais de l\u2019agriculture St\u00e9phane Le Foll qui annon\u00e7ait un \u00ab\u00a0changement majeur\u00a0\u00bb et un verdissement in\u00e9dit de l\u2019agriculture fran\u00e7aise (\u00ab\u00a02012 aura \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e de la prise de conscience\u00a0\u00bb, annon\u00e7ait le ministre) peut sembler \u00e0 cet \u00e9gard une rupture \u00e9tonnante. Comment expliquer l\u2019appel du minist\u00e8re fran\u00e7ais \u00e0 un tournant agro\u00e9cologique?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le changement du minist\u00e8re fran\u00e7ais pouvait sembler d\u2019autant plus surprenant que l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e comme un concept alternatif et militant contre les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement agricoles impos\u00e9s par les pays du Nord. Le concept d\u2019agro\u00e9cologie, \u00e0 la fois discut\u00e9 dans le champ scientifique, port\u00e9 par des figures engag\u00e9es, voire pol\u00e9miques, n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment le plus f\u00e9d\u00e9rateur\u00a0: pourquoi le ministre fran\u00e7ais s\u2019y est-il ralli\u00e9? Nous avons montr\u00e9 dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article que la notion de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie, a d\u2019abord permis de d\u00e9charger l\u2019agro\u00e9cologie d\u2019une partie de sa dimension radicale et contestataire. En effet, parler de transition sous-entend un mouvement progressif plut\u00f4t qu\u2019une r\u00e9volution, un ensemble d\u2019innovations graduelles plut\u00f4t qu\u2019une rupture potentiellement conflictuelle. Nous avons vu ensuite que les projets valid\u00e9s depuis 2014 comme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb par le minist\u00e8re fran\u00e7ais \u00e9taient tr\u00e8s vari\u00e9s, et qu\u2019une une conception de soutenabilit\u00e9 faible associ\u00e9e \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie risquait de retoiletter \u00e0 nouveaux frais, et ne faire que reproduire la vieille antienne des n\u00e9cessaires gains de productivit\u00e9 et de comp\u00e9titivit\u00e9 en mati\u00e8re agricole. Une approche faible de l\u2019agro\u00e9cologie autorise en effet le minist\u00e8re \u00e0 n\u2019y voir qu\u2019une mani\u00e8re d\u2019utiliser les ressources naturelles de mani\u00e8re plus efficiente, r\u00e9duire les co\u00fbts et continuer \u00e0 produire plus en d\u00e9pensant moins\u00a0: \u00ab\u00a0Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus\u00a0\u00bb, synth\u00e9tise le ministre [footnote]Le Figaro, \u00ab\u00a0St\u00e9phane Le Foll: \u2018Le concept de l'agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u2019\u00a0\u00bb, 17\/02\/2015.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on se place du point de vue des pays en d\u00e9veloppement, ce bilan critique du \u00ab\u00a0tournant agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise peut encourager \u00e0 se m\u00e9fier des injonctions contradictoires que des institutions internationales peuvent leur adresser sous couvert d\u2019agro\u00e9cologie. Si l\u2019agro\u00e9cologie peut effectivement \u00eatre un outil d\u2019\u00e9mancipation pour des travailleurs et travailleuses des pays du Sud en ceci qu\u2019elle promeut les fili\u00e8res courtes et le respect des pratiques locales, une approche faible et d\u00e9politis\u00e9e de l\u2019agro\u00e9cologie risque au contraire de laisser inchang\u00e9s les rapports de pouvoir entre agricultures des pays du Sud et march\u00e9s des pays du Nord, tant que ce sont ces derniers qui dictent les attentes, les calibres et les r\u00e9f\u00e9rentiels de production attendus sur le march\u00e9 agricole mondialis\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abis, S\u00e9bastien et Brun, Matthieu. 2020. G\u00e9opolitique de l\u2019agriculture europ\u00e9enne. <em>\u00c9tudes<\/em>, <em>2<\/em>, 17-28.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abramovay, Ricardo. 2007. Estrat\u00e9gias alternativas para a extens\u00e3o rural e suas conseq\u00fc\u00eancias para os processos de avalia\u00e7\u00e3o. <em>Communication au 45e congr\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 Br\u00e9silienne d\u2019Economie, Administration et Sociologie Rurale<\/em>, Londrina, 22\/07\/07.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Allaire, Gilles. 2002. L\u2019\u00e9conomie de la qualit\u00e9, en ses secteurs, ses territoires et ses mythes. <em>G\u00e9ographie, \u00c9conomie et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 4, 155-180\/<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alphandery Pierre, Bitoun Pierre, Dupont Yves. 1989. Les champs du d\u00e9part. Une France rurale sans paysans?. <em>\u00c9conomie rurale<\/em>, <em>194<\/em>, 49-51.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Altieri, Miguel. 1983. <em>Agroecology, the Scientific Basis of Alternative Agriculture<\/em>. U.C. Berkeley: Cl\u00e9o\u2019s Duplication Services.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amand Rudy, Corbin St\u00e9phane, Cordellier Maxime, Del\u00e9age Estelle. 2015. Les agriculteurs face \u00e0 la question \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0: mythe de la transition et inertie du changement. <em>SociologieS<\/em> [En ligne], mis en ligne le 26 mai 2015. Disponible sur\u00a0: &lt;https:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/5010&gt;<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Andreff, Wladimir (dir.). 2002. <em>Analyses \u00e9conomiques de la transition postsocialiste<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ansaloni Matthieu. 2015. <em>Le tournant environnemental de la Politique Agricole Commune<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ansaloni, Matthieu. 2016. Les politiques publiques comme ph\u00e9nom\u00e8nes h\u00e9g\u00e9moniques\u00a0: L\u2019exemple des politiques agro-environnementales en Europe. <em>Canadian Journal of Political Science<\/em>, <em>03<\/em>(49). Disponible sur\u00a0: &lt;https:\/\/www.cambridge.org\/core\/journals\/canadian-journal-of-political-science-revue-canadienne-de-science-politique\/article\/abs\/les-politiques-publiques-comme-phenomenes-hegemoniques-lexemple-des-politiques-agroenvironnementales-en-europe\/48A562B0B9A06C1B8417FED299C149C2&gt;<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ansaloni, Matthieur et Fouilleux, Eve. 2006. Changement de pratiques agricoles. Acteurs et modalit\u00e9s d\u2019hybridation technique des exploitations laiti\u00e8res bretonnes. <em>\u00c9conomie rurale<\/em>, <em>292<\/em>, 3-17.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Apoteker, Arnaud, Gay, Philippe, Riesel, Ren\u00e9, Marteau, Didier et Guillou, Marion. 1998. Les OGM\u00a0: les points de vue en pr\u00e9sence. Conf\u00e9rence de citoyens sur l\u2019utilisation des organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s. <em>\u00c9conomie rurale<\/em>, <em>248<\/em>, 45-51.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Arrignon, Jacques. 1987. <em>Agro-\u00e9cologie des zones arides et sub-humides<\/em>. Paris\u00a0: Maisonneuve &amp; Larose \/ ACCT.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Arrignon, Mehdi et Bosc, Christel. 2020. <em>Les Transitions agro\u00e9cologiques en France. Enjeux, conditions et modalit\u00e9s du changement<\/em>. Clermont-Ferrand\u00a0: Presses Universitaires Blaise Pascal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Austin, John. 1970. <em>Quand dire c\u2019est faire<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aznar, Olivier, Augusseau, Xavier et Bonin, Muriel. 2016. Mesures agro-environnementales et paiements pour services environnementaux. Dans M\u00e9ral (dir.). <em>Les services \u00e9cosyst\u00e9miques. Repenser les relations nature et soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Versailles\u00a0: Qu\u00e6.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barbier, Marx, Derbez, Floriane et Lamine, Claire. 2020. L\u2019ind\u00e9termination performative d\u2019instruments d\u2019action publique pour la transition \u00e9cologique. Dans Mehdi Arrignon et Christel Bosc (dir.), <em>Les transitions agro\u00e9cologiques en France. Enjeux, conditions et modalit\u00e9s du changement<\/em>. Clermont-Ferrand (37-52). Clermont-Ferrand\u00a0: Presses Universitaires Blaise Pascal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barone, Sylvain, Mayaux, Pierre-Lousi et Guerrin, Joana. 2018. Introduction. Que fait le\u00a0<em>New Public Management<\/em>\u00a0aux politiques environnementales?. <em>P\u00f4le Sud<\/em>, <em>48<\/em> (1), 5-25.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bellon, St\u00e9phane et Ollivier, Guillaume. 2011. L\u2019agro-\u00e9cologie en France\u00a0: une notion \u00e9mergente entre radicalit\u00e9 utopique et verdissement des institutions. Dans Albaladejo (dir), S\u00e9minaire <em>Actividad agropecuaria y desarrollo sustentable\u00a0: que nuevos paradigmas para una agricultura \u201cagroecologica\u201d?<\/em>. Disponible sur\u00a0: &lt;https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/215526520_L'agroecologie_en_France_une_notion_\u00e9mergente_entre_radicalite_utopique_et_verdissement_des_institutions&gt;<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benson, David et Andrew, Jordan. 2001. What Have We Learned from Policy Transfer Research?. <em>Political<\/em> <em>Studies Review<\/em>, <em>9<\/em>(3), 366-378.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Berny, Nathalie. 2011. Int\u00e9gration europ\u00e9enne et environnement\u00a0: vers une Union verte?.\u00a0<em>Politique europ\u00e9enne<\/em>, <em>1<\/em>, 7-36.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Blanc, Guillaume. 2020<em>. L\u2019invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l\u2019\u00c9den africain<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bonny, Sylvie. 2020. R\u00e9-\u00e9cologiser l\u2019agriculture, enjeux et d\u00e9fis de l\u2019agro\u00e9cologie. Dans Mehdi Arrignon et Christel Bosc (dir.) <em>Les transitions agro\u00e9cologiques en France. Enjeux, conditions et modalit\u00e9s du changement <\/em>(161-180)<em>. <\/em>Clermont-Ferrand\u00a0: Presses Universitaires Blaise Pascal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu Pierre. 1982. <em>Ce que parler veut dire<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourg, Dominique <em>et al<\/em>. 2016. <em>L\u2019\u00c2ge de la transition. En route pour la reconversion \u00e9cologique.<\/em> Paris\u00a0: Les Petits Matins.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bruneau, Ivan. 2004. La Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne et le mouvement altermondialisation. L\u2019international comme enjeu syndical. <em>Politix, Revue des sciences sociales du politique,<\/em> <em>17<\/em>(68), 111-134.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bulmer, Simon (dir.). 2007. <em>Policy transfer in European Union governance\u00a0: regulating the utilities<\/em>. Londres\u00a0: Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Buttel, Frederick. 2007. <em>Envisioning the future development of farming in the USA: agroecology between extinction and multifunctionality. <\/em>Disponible sur\u00a0: &lt;&lt;http:\/\/www.agroecology.wisc.edu\/downloads\/buttel.pdf&gt;<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Caporaso, James, Maria Green, Cowles et Thomasn Risse (dir.). 2000. <em>Transforming Europe\u00a0: Europeanization and Domestic Change<\/em>. 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Comprendre la circulation internationale des solutions d\u2019action publique\u00a0: panorama des policy transfer studies.\u00a0<em>Critique internationale<\/em>, <em>43<\/em>(2), 153-165.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dolowitz, David et Marsh, David. 2012. The Future of Policy Transfert Research. <em>Political<\/em> <em>Studies Review<\/em>, <em>10<\/em>, 339-345.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dubois, Eric, Facchini, Fra\u00e7ois, Foucault, Martial et Abel, Fran\u00e7ois. 2009. Un mod\u00e8le explicatif du vote FNSEA aux \u00e9lections des Chambres d\u2019agriculture d\u00e9partementales (1995-2001). <em>\u00c9conomie rurale<\/em>, 312, 32-50.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Duchemin, Bruno. 2017. <em>La Transition \u00e9cologique et solidaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local<\/em>. Paris\u00a0: Conseil \u00e9conomique, social et environnemental.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dumont, Ren\u00e9, 1988. <em>Un monde intol\u00e9rable\u00a0: Le Lib\u00e9ralisme en question<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dumont, R\u00e9n\u00e9. 1946. <em>Le Probl\u00e8me agricole fran\u00e7ais, esquisse d\u2019un plan d\u2019orientation et d\u2019\u00e9quipement<\/em>. Bruxelles\u00a0: Les \u00c9ditions Nouvelles.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dussauge-Laguna, Mauricio. 2012. On the Past and Future of Policy Transfer Research\u00a0: Benson and Jordan Revisited. <em>Political<\/em> <em>Studies Review<\/em>, <em>10<\/em>(3), 313-324.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">F\u00e9ret, Samuel et Douguet, Jean-Marc. 2001. Agriculture durable et agriculture raisonn\u00e9e. Quels principes et quelles pratiques pour la soutenabilit\u00e9 du d\u00e9veloppement en agriculture?. <em>Nature, sciences, soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, <em>9<\/em>(1), 58-64.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Flipo, Fabrice, Cottin-Marx, Simon et Lagneau, Antoine<em>. <\/em>2013<em>. <\/em>La transition, une utopie concr\u00e8te? <em>Revue Mouvements<\/em>, <em>75<\/em>, 7-12.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Francis, Charles <em>et al<\/em>. 1976. Adapting varieties for intercropped systems in the tropics. Multiple Cropping Symposium, <em>American Society of Agronomy<\/em>, Madison, Wisconsin. Disponible sur\u00a0: &lt;https:\/\/link.springer.com\/chapter\/10.1007\/978-981-10-4325-3_8&gt;<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Friederichs, Karl. 1930. <em>Die Grundfragen und Gesetzm\u00e4\u00dfigkeiten der landund forstwirtschaftlichen Zoologie<\/em>. Berlin\u00a0: Paul Parey.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Frioux,, St\u00e9phane et Bonneuil, Christophe, 2013. Les \u00ab\u00a0Trente Ravageuses\u00a0\u00bb? L\u2019impact environnemental et sanitaire des d\u00e9cennies de haute croissance. Dans Bonneuil <em>et al<\/em>. (dir.), <em>Une autre histoire des \u00ab\u00a0Trente Glorieuses\u00a0\u00bb. Modernisation, contestations et pollutions dans la France d\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em> (41-60). Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Geels, Frank. 2002. Technological transitions as evolutionary reconfiguration processes: A multi-level perspective and a case-study. <em>Research Policy<\/em>, <em>31<\/em>(8-9), 1257-1274.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gliessman Stephen (dir.). 1990. <em>Agroecology: researching the ecological basis for sustainable agriculture<\/em>. New York\u00a0: Springer.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Griffon, Michel. 2007. <em>Pour des agricultures \u00e9cologiquement intensives<\/em>. L\u2019Aube\u00a0: La Tour d\u2019Aigues.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Griffon, Michel. 2014. L\u2019agro-\u00e9cologie, un nouvel horizon pour l\u2019agriculture. <em>\u00c9tudes<\/em>, <em>12<\/em>, 31-39.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hartwick, John. 1977. Intergenerational Equity and the investing of rents from exhaustible resources. <em>American Economic Review<\/em>, <em>77<\/em>(5), 972-974.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">H\u00e9nin, St\u00e9phane. 1967. Les acquisitions techniques en production v\u00e9g\u00e9tale et leurs applications. <em>\u00c9conomie Rurale<\/em>, 74, 37-44.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hopkins, Rob. 2006. <em>Energy Descent Pathways\u00a0: evaluating potential responses to Peak Oil<\/em>. Plymouth, University of Plymouth.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hrabanski, Marie. 2020. Une climatisation des enjeux agricoles par la science? <em>Critique internationale<\/em>, <em>86<\/em>(1), 189-208.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jonet, Christian et Servigne, Pablo. 2013. La transition, une utopie concr\u00e8te?<em>. <\/em><em>Revue Mouvements<\/em>, <em>75<\/em>, 7-12.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kaluszynski Martine, Payre Renaud (dir.). 2013. <em>Savoirs de gouvernement<\/em>. Paris\u00a0: Economica.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Keyfitz, Nathan. 1995. Le remplacement des g\u00e9n\u00e9rations dans une p\u00e9riode de transition. <em>Population<\/em>, <em>6<\/em>, 1639-1657.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Klages. 1928. Crop ecology and ecological crop geography in the agronomic curriculum. <em>Journal of American Society of Agronomy<\/em>, <em>10<\/em>, 336-353.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kraus, Adrien. 2014. Les villes en transition, l\u2019ambition d\u2019une alternative urbaine. <em>M\u00e9tropolitiques.eu<\/em>, 1er d\u00e9c. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.metropolitiques.eu\/Les-villes-en-transition-l.html\">http:\/\/www.metropolitiques.eu\/Les-villes-en-transition-l.html<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lascoumes, Pierre. 2012. <em>L\u2019Action publique et l\u2019environnement<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Le Goffe, Phlippe et Mah\u00e9, Louis Pascal. 2001. Les CTE en Bretagne\u00a0: des principes \u00e9conomiques aux r\u00e9alit\u00e9s. <em>Ing\u00e9nieries<\/em>, n\u00b0sp\u00e9cial 2001, 85-96.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Marshall. 2011. Capitalisation en agro-\u00e9cologie. Pr\u00e9sentation au groupe de travail AFA sur capitalisation et transmission des savoirs agronomiques. Disponible sur\u00a0: https:\/\/agritrop.cirad.fr\/565657\/1\/document_565657.pdf<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">McCann, Eugene et Ward, Kevin. 2012. Policy Assemblages, Mobilities and Mutations\u00a0: Toward a Multidisciplinary Conversation. <em>Political Studies Review<\/em>, <em>10<\/em>(3), 325-332.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mesnel, Blandine. 2020. Impulser le changement depuis Bruxelles? La mise en \u0153uvre des Surfaces d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique en France et en Espagne. Dans Mehdi Arrignon et Christel Bosc (dir.) <em>Les transitions agro\u00e9cologiques en France. Enjeux, conditions et modalit\u00e9s du changement <\/em>(97-112). Clermont-Ferrand\u00a0: Presses Universitaires Blaise Pascal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muller, Pierre et Surel, Yves. 2000. <em>L\u2019Analyse des politiques publiques<\/em>. Paris\u00a0: Montchrestien.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muller, Pierre. 2000a. L\u2019analyse cognitive des politiques publiques\u00a0: vers une sociologie politique de l\u2019action publique. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, <em>50<\/em>(2),189-208.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muller, Pierre. 2000b.\u00a0La politique agricole fran\u00e7aise\u00a0: l\u2019\u00c9tat et les organisations professionnelles. <em>\u00c9conomie rurale<\/em>, 255-256, 33-39<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muller, Pierre. 2005. Esquisse d\u2019une th\u00e9orie du changement dans l\u2019action publique. <em>Revue Fran\u00e7aise de Science Politique<\/em>, vol. 55, n\u00b01, p.155-187.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muller, Pierre. 2014. <em>Le Technocrate et le paysan<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pouch, Thierry. 2012. La terre\u00a0: une marchandise? Agriculture et mondialisation capitaliste. <em>L\u2019Homme &amp; la Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, num\u00e9ro sp\u00e9cial, <em>183-184<\/em>(1), 9-13.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rhabi, Pierre. 1996. <em>Parole de Terre\u00a0: une initiation africaine<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rhabi, Pierre. 2002. <em>Du Sahara aux C\u00e9vennes\u00a0: itin\u00e9raire d\u2019un homme au service de la Terre-M\u00e8re<\/em>. Paris\u00a0: Albin Michel.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rhabi, Pierre. 2015. L\u2019Agro\u00e9cologie, une \u00e9thique de vie. Entretien avec Jacques Caplat<em>. <\/em>Acte Sud\u00a0: Arles.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Solow Robert. 1993. An almost practical step toward sustainability. <em>Resources Policy<\/em>, <em>19<\/em>(3), 162-172.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Stassart, Pierre. 2012. L\u2019agro-\u00e9cologie\u00a0: trajectoire et potentiel. Dans Van Dam, Streith, Nizet, Stassart (dir.), <em>Agro-\u00e9cologie\u00a0: entre pratiques et sciences sociales<\/em> (25-51). Dijon\u00a0: \u00c9ducagri \u00e9d.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tassel, Manon. 2018. D\u2019une r\u00e9volution agricole \u00e0 l\u2019autre\u00a0: red\u00e9finir des cadres conceptuels? <em>Revue Pour<\/em>, <em>234-235<\/em>(2), 37-43.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thomas, Vernon et Kevan, Peter. 1993. Basic principles of agroecology and sustainable agriculture. <em>Journal of Agricultural and Environmental Ethics<\/em>, <em>6<\/em>, 1-19.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tilman David <em>et al. <\/em>2002. Agricultural sustainability and intensive production practices. <em>Nature<\/em>, <em>418<\/em>, 671-677.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tischler Wolfgang. 1965. <em>Agra\u00f6kologie<\/em>. Iena, G. Fischer Verlag.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tomich, Thomas <em>et al<\/em>. 2011. Agroecology: A Review from a Global-Change Perspective. <em>Annual Review of Environment and Resources<\/em>, <em>36<\/em>, 193-222.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Warner Keith, Douglas. 2007. <em>Agroecology in Action: Social Networks Extending Alternative Agriculture<\/em>. Cambridge\u00a0: MIT Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Eugen. 1983. <em>La Fin des terroirs. La modernisation de la France rurale, 1870-1914<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Westney, Eleanor. 1987. <em>Imitation and Innovation\u00a0: The Transfer of Western Organizational Patterns to Meiji Japan<\/em>. Cambridge: Harvard University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wezel, Alexander <em>et al.<\/em>. 2009. Agro-\u00e9cologie, Les mots d\u2019agronomie. Disponible en ligne sur : mots-agronomie.inra.fr<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify;\">Les transitions peuvent-elles changer l\u2019agriculture? L\u2019article se propose d&rsquo;analyser le \u00ab\u00a0plan fran\u00e7ais de transition agro\u00e9cologique \u00bb lanc\u00e9 en 2012 et la circulation internationale des mod\u00e8les en mati\u00e8re d\u2019agro\u00e9cologie. Il souligne en particulier en quoi le plan de transition agro\u00e9cologique fran\u00e7ais a pu r\u00e9utiliser des savoirs issus originellement de pays du Sud, originellement critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mod\u00e8le agro-productiviste dominant, pour en tirer certains enseignements. Dans la premi\u00e8re partie, nous pr\u00e9sentons le plan fran\u00e7ais, ses partis pris et influences, avant de souligner dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article les \u00e9changes Nord-Sud et certaines r\u00e9interpr\u00e9tations dont l\u2019agro\u00e9cologie a pu faire l\u2019objet depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/action-publique\/\">action publique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/agroecologie\/\">agro\u00e9cologie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/circulation-internationale-des-normes\/\">circulation internationale des normes<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/developpement-durable\/\">d\u00e9veloppement durable<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/politiques-agricoles\/\">politiques agricoles<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/transition\/\">transition<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify;\">Can transitions change agriculture? The article proposes some lessons around the \u00ab\u00a0French agro-ecological transition plan\u00a0\u00bb launched in 2012 and the international circulation of agro-ecological models. In particular, it highlights how the French agro-ecological transition plan has been able to reuse knowledge originally from Southern countries, originally critical of the dominant agro-productivist model. In the first part we present the French plan, its biases and influences. In the second part we highlight North-South exchanges about agroecology.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/agriculture\/\">Agriculture<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/agroecology\/\">Agroecology<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/sustainable-development\/\">Sustainable Development<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/transition\/\">Transition<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (swahili)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify;\">Ekolojia inaweza kubadilisha kilimo? Nakala hii inatoa mafunzo kadhaa juu ya \u00ab\u00a0plan fran\u00e7ais de transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb uliozinduliwa mnamo 2012 na mzunguko wa kimataifa wa mifano katika agroecology. Inaangazia haswa jinsi mpango wa mpito wa Kilimo cha Kifaransa ulivyoweza kutumia tena maarifa asili kutoka nchi za kusini, hapo awali ilikuwa muhimu sana kwa kuzingatia mtindo maarufu wa uzalishaji wa mazao ya kilimo, kuteka masomo kadhaa. Katika wa kwanza tunawasilisha mpango wa Ufaransa, upendeleo wake na ushawishi, kabla ya kuonyesha katika sehemu ya pili ya kifungu mabadilishano ya Kaskazini-Kusini na tafsiri zingine ambazo agroecology imekuwa ikishughulikiwa tangu miaka ya mapema ya 2000.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (swahili)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/kilimo\/\">kilimo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/mabadiliko-katika-sera-za-umma\/\">mabadiliko katika sera za umma<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/maendeleo-endelevu\/\">maendeleo endelevu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>20 septembre 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>27 novembre 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>4 juin 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis 2012, le Minist\u00e8re de l\u2019agriculture fran\u00e7ais a fait sien le lexique de \u00ab\u00a0l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb. Un plan de \u00ab\u00a0transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 en une soixantaine d\u2019actions. Ce plan pourrait para\u00eetre comme une nouvelle tentative de r\u00e9concilier les trois dimensions que le d\u00e9veloppement durable veillait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 associer traditionnellement\u00a0: \u00e9conomique, social, environnemental (Lascoumes, 2012). Qu\u2019est-ce que ce plan dit de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb\u00a0apporte-t-il de neuf? A-t-il provoqu\u00e9 un changement de r\u00e9f\u00e9rentiel (Muller, 2000a) des politiques agricoles? S\u2019il s\u2019agit d\u2019une politique comme les autres, alors on peut en analyser les partis pris th\u00e9oriques, les r\u00e9f\u00e9rentiels (Muller, 2005) et <em>in fine<\/em> en \u00e9valuer les perdants et les b\u00e9n\u00e9ficiaires. Enfin, quel r\u00f4le les circulations internationales de normes en mati\u00e8re d\u2019agro\u00e9cologie\u00a0ont jou\u00e9 dans le processus de r\u00e9forme? Nous verrons que des transferts, des appropriations s\u00e9lectives et des r\u00e9tro-actions ont eu lieu entre pays du Nord et du Sud depuis les premi\u00e8res exp\u00e9riences latino-am\u00e9ricaines et les premi\u00e8res th\u00e9orisations sur l\u2019agro\u00e9cologie. Au cours du processus des conceptions vari\u00e9es et parfois conflictuelles, voire contradictoires, se sont oppos\u00e9es au regard des changements agricoles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les transitions socio-\u00e9cologiques peuvent-elles donc changer l\u2019agriculture? Pour proposer quelques enseignements autour du plan fran\u00e7ais de transition et de la circulation internationale des mod\u00e8les en mati\u00e8re d\u2019agro\u00e9cologie, nous nous appuierons sur un bilan issu d\u2019un travail collectif\u00a0sur le \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 et appliqu\u00e9 en France (Arrignon et Bosc, 2020). Nous utiliserons le terme de \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb de mani\u00e8re critique en soulignant les importations, les traductions et les risques associ\u00e9s au transfert international des solutions d\u2019action publique. En particulier, nous soulignerons en quoi le plan de transition agro\u00e9cologique fran\u00e7ais a pu r\u00e9utiliser des savoirs issus originellement de pays du Sud, originellement critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mod\u00e8le agro-productiviste dominant, pour n\u2019en tirer que des enseignements marginaux. Dans la premi\u00e8re partie, nous pr\u00e9senterons le plan fran\u00e7ais, ses partis pris et influences, avant de souligner dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article les \u00e9changes Nord-Sud et certaines r\u00e9interpr\u00e9tations dont l\u2019agro\u00e9cologie a pu faire l\u2019objet depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">France, le tournant tardif de l\u2019agro\u00e9cologie<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le secteur agricole n\u2019a \u00e9t\u00e9 impact\u00e9 que tr\u00e8s tardivement par les demandes sociales d\u2019\u00e9cologisation comme nous allons le voir dans cette partie.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La modernisation de l\u2019agriculture en France\u00a0: un chemin de d\u00e9pendance historique et une prise en compte tardive des enjeux \u00e9cologiques<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le secteur agricole n\u2019a \u00e9t\u00e9 impact\u00e9 que tr\u00e8s tardivement par les demandes sociales d\u2019\u00e9cologisation. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle en effet, la politique agricole fran\u00e7aise se caract\u00e9risait d\u2019abord par une volont\u00e9 politique de pr\u00e9sence dans les campagnes comme l\u2019atteste la cr\u00e9ation du Minist\u00e8re de l\u2019agriculture en 1881 (Muller, 2000b). D\u00e8s lors que, dans le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement adopt\u00e9, l\u2019agriculture n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9bouch\u00e9 industriel ou un r\u00e9servoir de main d\u2019\u0153uvre, une politique visant \u00e0 maintenir les \u00e9quilibres ruraux s\u2019imposait. En coh\u00e9rence avec cette matrice normative, la politique agricole allait se structurer autour d\u2019un premier r\u00e9f\u00e9rentiel visant \u00e0 maintenir le maximum de paysans et paysannes \u00e0 la terre, m\u00eame si le prix \u00e0 payer \u00e9tait celui d\u2019une moindre modernisation de l\u2019agriculture. Ces formes agricoles s\u2019accompagnaient toutefois d\u2019une grande difficult\u00e9 physique consid\u00e9rable et d\u2019un niveau de vie tr\u00e8s bas; les conflits pour certains biens, notamment la terre, ont pu \u00eatre forts comme l\u2019illustrent les t\u00e9moignages rapport\u00e9s par Dumont (1946) et Weber (1983). C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut comprendre pourquoi le mod\u00e8le productiviste et la modernisation men\u00e9e apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale ont rencontr\u00e9 un \u00e9cho si important dans le monde agricole par la suite \u2013 en porte-\u00e0-faux avec les demandes plus r\u00e9centes d\u2019\u00e9cologisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de p\u00e9nurie alimentaire, de d\u00e9valorisation de l\u2019image du paysan et de la paysanne et de reconstruction impos\u00e9e entre autres par le plan Marshall, l\u2019agriculture fran\u00e7aise a connu une modernisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e (Alphand\u00e9ry, Bitoun et Dupont, 1989). Les autorit\u00e9s ont abandonn\u00e9 la recherche de l\u2019\u00e9quilibre et le malthusianisme en faveur de l\u2019expansion et de la modernisation. L\u2019emploi d\u2019intrants d\u2019origine industrielle devait augmenter la production, le rendement de la terre, diminuer les co\u00fbts unitaires. Des experts tels R.\u00a0Dumont (1946) pr\u00e9conisaient alors un certain niveau d\u2019exode agricole et une am\u00e9lioration de la productivit\u00e9. Des apports ext\u00e9rieurs (\u00e9nergie, engrais, nouvelles vari\u00e9t\u00e9s et techniques) ont compl\u00e9t\u00e9 ou remplac\u00e9 les ressources locales. Une forme de sp\u00e9cialisation et de division accrue du travail s\u2019imposait. Le m\u00e9tier d\u2019agriculteur et d\u2019agricultrice se transformait profond\u00e9ment, l\u2019exploitant\u00b7e familial\u00b7e en polyculture-\u00e9levage peu intensif c\u00e9dant progressivement la place \u00e0 l\u2019exploitant\u00b7e sp\u00e9cialis\u00e9\u00b7e, am\u00e9liorant et intensifiant ses m\u00e9thodes dans un nouveau rapport au m\u00e9tier fond\u00e9 moins sur le rapport au territoire et davantage sur la comp\u00e9tence technique (Bonny, 2020). La modernisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du secteur a conduit \u00e0 la baisse des prix agricoles et \u00e0 la chute du nombre d\u2019exploitations et d\u2019agriculteurs et agricultrices, d\u2019o\u00f9 un fort changement social \u2013 le \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentiel modernisateur\u00a0\u00bb s\u2019imposant autant en agriculture que dans les autres secteurs de l\u2019\u00e9conomie (Muller, 2014).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les effets n\u00e9gatifs de l\u2019intensification ne commenceront \u00e0 \u00eatre d\u00e9cri\u00e9s publiquement que dans les ann\u00e9es 1970. Ils le furent dans le rapport Noirfalise de 1974 command\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne et le rapport de Jacques Poly en 1978 (Bonneuil et Frioux, 2013). Dans les ann\u00e9es 1980-1990, sous l\u2019effet de la globalisation des probl\u00e8mes environnementaux, une nouvelle prise de conscience des cons\u00e9quences \u00e9cologiques et sociales de la modernisation de l\u2019agriculture a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du concept de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb qui s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 la Conf\u00e9rence de Rio de juin 1992. C\u2019est \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que se multiplient en France les initiatives visant la mise en \u0153uvre d\u2019agricultures alternatives au mod\u00e8le productiviste\u00a0: agriculture durable, biologique, paysanne (Del\u00e9age, 2011). Ces derni\u00e8res constituent une potentielle remise en cause de la logique industrielle et s\u2019appuient sur un projet qui vise la promotion d\u2019une relation plus p\u00e9renne entre les soci\u00e9t\u00e9s et les \u00e9cosyst\u00e8mes. Or, l\u2019agrandissement des exploitations agricoles (1\u00a0263\u00a0000 exploitations agricoles lors du recensement fran\u00e7ais de 1979, 1\u00a0017\u00a0000 lors du recensement de 1988) et l\u2019\u00e9rosion d\u00e9mographique qui lui est associ\u00e9e ne permettent pas d\u2019assurer cette relation. On voit alors \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union europ\u00e9enne se multiplier les projets de reconversion de l\u2019agriculture dans le cadre des r\u00e9formes successives de la Politique agricole commune (PAC), et notamment l\u2019adoption de mesures agro-environnementales \u00e0 partir de 1985. L\u2019article 19 du r\u00e8glement 795 de la PAC ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019accorder des primes aux agriculteurs et agricultrices mettant en \u0153uvre des pratiques respectueuses de l\u2019environnement (Delorme, 2004).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais le second pilier de la PAC, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la politique de d\u00e9veloppement rural et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration environnementale, reste sous-dot\u00e9 financi\u00e8rement<a class=\"footnote\" title=\"En 2013, le second pilier ne repr\u00e9sentait par exemple que 23,4\u00a0% du budget de la PAC, le pilier 1 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019organisation des march\u00e9s et aux paiements directs aux agriculteurs et agricultrices accaparant le reste, soit 76,6\u00a0% des cr\u00e9dits d\u2019engagement de l\u2019UE. Source\u00a0: https:\/\/www.consilium.europa.eu\/fr\/policies\/cap-reform\/cap-financing\/.\" id=\"return-footnote-713-1\" href=\"#footnote-713-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, et les tenant\u00b7e\u00b7s de l\u2019agriculture productiviste r\u00e9sistent. L\u2019appareil de d\u00e9veloppement agricole \u00ab\u00a0conventionnel\u00a0\u00bb invente ainsi en 1993 la notion \u00ab\u00a0d\u2019agriculture raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb contre le principe d\u2019agriculture biologique (Amant <em>et al.<\/em>, 2015). Les partisan\u00b7e\u00b7s de cette \u00ab\u00a0agriculture raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb se mobilisent au sein du Forum pour une agriculture raisonn\u00e9e et respectueuse de l\u2019environnement qui regroupe des agriculteurs, agricultrices et acteurs \u00e9conomiques (Chambres d\u2019agriculture, Cr\u00e9dit agricole) valorisant toujours la logique technicienne, l\u2019agrandissement des exploitations et l\u2019accumulation croissante du capital productif (machines, outils, intrants\u00a0: F\u00e9ret et Douguet, 2001). \u00c0 la suite de la publication d\u2019un rapport r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 par le pr\u00e9sident de l\u2019Institut national de la recherche agronomique (INRA) de l\u2019\u00e9poque, \u00ab\u00a0l\u2019agriculture raisonn\u00e9e\u00a0\u00bb est consid\u00e9r\u00e9e comme le nouveau standard de l\u2019agriculture et elle devient pour l\u2019essentiel \u00ab\u00a0la nouvelle d\u00e9nomination de l\u2019agriculture intensive\u00a0\u00bb (Amand <em>et al.<\/em>, 2015, en ligne). L\u2019agrandissement des exploitations agricoles se poursuit au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000\u00a0: 664\u00a0000 exploitations agricoles \u00e9taient comptabilis\u00e9es en France lors du recensement agricole de 2000, et seulement 490\u00a0000 lors du recensement de 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le contexte europ\u00e9en joue de mani\u00e8re ambivalente sur les politiques fran\u00e7aises. En d\u00e9pit de \u00ab\u00a0verdissements\u00a0\u00bb successifs en effet (Berny, 2011; Ansaloni, 2016; Aznar <em>et al.<\/em>, 2016), la Politique agricole commune continue jusqu\u2019en 2003 de distribuer des aides compensatoires qui encouragent les agriculteurs et agricultrices \u00e0 intensifier les modes de production du fait du fort d\u00e9s\u00e9quilibre qui profite aux grandes cultures (Le Goffe et Mah\u00e9, 2001; Chatellier <em>et al.<\/em>, 2003). Des Mesures agro-environnementales (MAE) sont mises en place, mais elles \u00ab\u00a0vont avoir pour seul objectif de r\u00e9mun\u00e9rer les \u201cservices environnementaux\u201d fournis par les agriculteurs\u00a0\u00bb et agricultrices (Ansaloni, 2015, p.\u00a011). Le \u00ab\u00a0paiement vert\u00a0\u00bb introduit en 2013 par l\u2019Union europ\u00e9enne repr\u00e9sente certes en moyenne 80 euros par hectare et par an vers\u00e9s \u00e0 chaque agriculteur ou agricultrice en \u00e9change de pratiques b\u00e9n\u00e9fiques pour l\u2019environnement. Mais parall\u00e8lement au verdissement de la PAC, les politiques des \u00c9tats membres \u00e9voluent tr\u00e8s lentement (Ansaloni, 2015), parfois dans un sens oppos\u00e9 aux pressions adaptatives de l\u2019Union europ\u00e9enne (Caporaso, Cowles et Risse, 2000), ce qui contribue \u00e0 compenser l\u2019effet des paiements verts (Mesnel, 2020). L\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sultats environnementaux des instruments verts s\u2019av\u00e8re d\u00e9cevante au point que la Commission europ\u00e9enne reconna\u00eet en 2018 avec euph\u00e9misme que le paiement vert\u00a0\u00ab\u00a0n\u2019a pas pleinement atteint ses ambitions en mati\u00e8re d\u2019environnement et de climat\u00a0\u00bb (Commission europ\u00e9enne, 2018, p.\u00a02). Au-del\u00e0 des enjeux de politique publique, c\u2019est bien le r\u00e9f\u00e9rentiel technique et social de l\u2019agriculture qui semble difficile \u00e0 faire bouger en profondeur (Ansaloni et Fouilleux, 2006).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais en 2012, le ministre fran\u00e7ais de l\u2019agriculture St\u00e9phane Le Foll a annonc\u00e9 un tournant agro\u00e9cologique majeur. \u00ab\u00a02012 aura \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e de la prise de conscience\u00a0\u00bb, annonce-t-il le 18 d\u00e9cembre 2012 lors d\u2019une grande conf\u00e9rence nationale, \u00ab\u00a0Agricultures, produisons autrement\u00a0\u00bb. Il ajoute \u00e0 cette occasion vouloir faire de la France un \u00ab\u00a0mod\u00e8le de l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb. L\u2019usage de ce terme est particuli\u00e8rement \u00e9tonnant dans la mesure o\u00f9 les premi\u00e8res exp\u00e9riences \u00ab\u00a0agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9taient fait conna\u00eetre, en Am\u00e9rique Latine et aux \u00c9tats-Unis notamment (Arrignon, 1987; Conway, 1987), comme des oppositions franches au mod\u00e8le productiviste et conventionnel \u2013 comme nous allons le d\u00e9tailler par la suite. Comment expliquer le changement du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture en 2012? Implique-t-il une requalification des politiques agricoles fran\u00e7aises, une prise d\u2019inspiration in\u00e9dite chez les pays du Sud, un tournant \u00e9cologique longtemps annonc\u00e9, et repouss\u00e9, dans l\u2019histoire de l\u2019agriculture? \u00c9tudier ce tournant agro\u00e9cologique annonc\u00e9e en 2012, et la mani\u00e8re dont il associe enjeux environnementaux et \u00e9conomiques, sera l\u2019objet de notre deuxi\u00e8me sous-partie.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement durable\u00a0mis en \u0153uvre\u00a0: le secteur agricole et le cas de l\u2019agro\u00e9cologie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La \u00ab\u00a0transition agro-\u00e9cologique\u00a0\u00bb lanc\u00e9e en 2012\u00a0: des choix de termes significatifs?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comment comprendre le tournant pris par le ministre fran\u00e7ais\u00a0de l\u2019agriculture? Le \u00ab\u00a0plan agro\u00e9cologique pour la France\u00a0\u00bb lanc\u00e9 en 2012 peut para\u00eetre \u00e0 premi\u00e8re vue comme une tentative de r\u00e9concilier des int\u00e9r\u00eats sociaux, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques <em>a priori<\/em> contradictoires. L\u2019article L.1 du code rural et de la p\u00eache maritime pr\u00e9cise en effet que l\u2019agro\u00e9cologie doit favoriser \u00ab\u00a0l\u2019autonomie\u00a0des exploitations agricoles\u00a0\u00bb, permettre la combinaison entre la \u00ab\u00a0rentabilit\u00e9 \u00e9conomique\u00a0\u00bb, la r\u00e9duction de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique et des intrants, garantir aussi une meilleure utilisation des potentialit\u00e9s offertes par les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels. Le mot d\u2019ordre agro-\u00e9cologique n\u2019est certes pas tout \u00e0 fait nouveau\u00a0en France\u00a0: quelques mois avant l\u2019annonce du plan gouvernemental, l\u2019Institut national de la recherche agronomique (INRA) avait rendu un rapport sur le sujet pr\u00e9par\u00e9 en 2010-2012. D\u2019apr\u00e8s Michel Griffon, c\u2019est en 2007, lors du Grenelle de l\u2019Environnement, qu\u2019ont particuli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 mises en avant l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0double performance\u00a0\u00bb et la volont\u00e9 d\u2019utiliser les principes de l\u2019\u00e9cologie pour produire beaucoup tout en limitant les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux (Griffon, 2014). Les entretiens au minist\u00e8re confirment l\u2019historicit\u00e9 de la r\u00e9flexion\u00a0: pour un chef de service rencontr\u00e9 pendant l\u2019enqu\u00eate<a class=\"footnote\" title=\"Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, 22 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-2\" href=\"#footnote-713-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>, la tentative de coupler \u00ab\u00a0efficacit\u00e9 \u00e9conomique et efficacit\u00e9 environnementale\u00a0\u00bb est ancienne et ne suit pas forc\u00e9ment les variations \u00e9lectorales. Les assises de l\u2019agriculture en 2007-2008 ou encore le rapport Chevassus-au-Louis pour le Centre d\u2019analyse strat\u00e9gique en 2009, commandit\u00e9 par le Premier ministre d\u2019alors, ont annonc\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es la volont\u00e9 de r\u00e9concilier les enjeux agricoles et environnementaux. Mais d\u2019o\u00f9 vient l\u2019id\u00e9e pr\u00e9cise d\u2019\u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb? Car entre le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb port\u00e9 par le minist\u00e8re du m\u00eame nom et l\u2019\u00ab\u00a0agriculture \u00e9cologiquement intensive\u00a0\u00bb d\u00e9fendue par des chercheurs tels Michel Griffon, il y a des diff\u00e9rences potentielles; pour quelles raisons ce dernier concept a-t-il pu \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par St\u00e9phane Le Foll?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Un changement qui met tout le monde d\u2019accord?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La loi d\u2019avenir pour l\u2019agriculture, pr\u00e9sent\u00e9e en Conseil des ministres le 30 octobre 2013, a provoqu\u00e9 de vifs d\u00e9bats \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, autour pr\u00e9cis\u00e9ment de la d\u00e9finition de l\u2019agro\u00e9cologie inscrite dans le texte\u00a0: \u00ab\u00a0syst\u00e8me de production privil\u00e9giant l\u2019autonomie des exploitations agricoles et l\u2019am\u00e9lioration de leur comp\u00e9titivit\u00e9 en diminuant la consommation d\u2019\u00e9nergie, d\u2019eau, d\u2019engrais, de produits phytopharmaceutiques et de m\u00e9dicaments v\u00e9t\u00e9rinaires\u00a0\u00bb. Selon le ministre, il s\u2019agissait \u00ab\u00a0d\u2019int\u00e9grer la dimension \u00e9cologique comme un \u00e9l\u00e9ment de comp\u00e9titivit\u00e9\u00a0\u00bb. La FNSEA, syndicat majoritaire, \u00e9tait pourtant plut\u00f4t r\u00e9tive <em>a priori<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9gard du plan<a class=\"footnote\" title=\"Le Figaro \u00ab\u00a0Agriculture : la FNSEA prend une nouvelle fois pour cible St\u00e9phane Le Foll\u00a0\u00bb, 25\/03\/2014.\" id=\"return-footnote-713-3\" href=\"#footnote-713-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Le sujet du moment n\u2019est pas l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb indiquait le pr\u00e9sident de la FNSEA en 2013, Xavier Beullin<a class=\"footnote\" title=\"La France agricole, \u00ab Xavier Beulin\u00a0: \u2018\u2018Le sujet du moment n\u2019est pas l\u2019agro-\u00e9cologie\u2019\u2019 \u00bb, 28 mars 2013, disponible en ligne sur\u00a0:&lt;lafranceagricole.fr&gt;.\" id=\"return-footnote-713-4\" href=\"#footnote-713-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>. Pour le minist\u00e8re, l\u2019usage du terme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb aurait m\u00eame rencontr\u00e9 aupr\u00e8s de la FNSEA l\u2019inverse, dans un premier temps, de la r\u00e9action souhait\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on parle de double performance, l\u00e0 \u00e7a fait plus sens, il y a moins de friction pour la FNSEA. Produire plus et mieux, avec moins, c\u2019est bien pour eux. Mais c\u2019est vrai que le terme \u2018\u2018\u00e9cologie\u2019\u2019 pose souci\u2026<a class=\"footnote\" title=\"Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For\u00eat, 22 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-5\" href=\"#footnote-713-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. La prise en compte pr\u00e9cautionneuse des attentes de la FNSEA peut s\u2019expliquer au regard de la tradition historique de \u00ab\u00a0cogestion\u00a0\u00bb agricole (Muller, 2000b), et aussi du contexte syndical imm\u00e9diat dans lequel s\u2019inscrit St\u00e9phane Le Foll. L\u2019histoire du syndicalisme agricole en France a en effet toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9e en effet \u00e0 l\u2019histoire politique, et l\u2019ancrage \u00e0 droite du monde agricole n\u2019est pas sans importance quant aux rapports avec les pouvoirs publics (Dubois, Facchini et Foucault, 2009). D\u00e8s la loi du 21 mars 1884 autorisant les syndicats professionnels, la strat\u00e9gie du gouvernement Gambetta \u00e9tait de rendre la R\u00e9publique populaire dans un monde rural o\u00f9 les monarchistes et les grands propri\u00e9taires de la Soci\u00e9t\u00e9 des Agriculteurs de France dominaient. Le monopole de la FNSEA s\u2019est impos\u00e9 progressivement et il s\u2019est confirm\u00e9 avec la cr\u00e9ation en 1947 de l\u2019autre grande organisation syndicale fran\u00e7aise issue de la FNSEA\u00a0: le Centre national des jeunes agriculteurs, qui s\u2019est donn\u00e9 comme objectif de moderniser les exploitations agricoles. Il faut noter que jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le couple FNSEA-CNJA reste majoritaire et tient la majorit\u00e9 des chambres d\u2019agriculture (Le Guen et Cordellier, 2009). Apr\u00e8s les ann\u00e9es 1980 et 1990 o\u00f9 la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne en particulier a sembl\u00e9 grignoter le monopole de la FNSEA dans un contexte de mont\u00e9e des mouvements altermondialistes (Bruneau, 2004), les \u00e9lections de 2007 ont permis aux listes FNSEA-JA non seulement d\u2019enrayer l\u2019\u00e9rosion de leurs r\u00e9sultats (qui \u00e9taient pass\u00e9es d\u2019environ 60,8\u00a0% en 1983 \u00e0 52,8\u00a0% en 201<a class=\"footnote\" title=\"Sans les listes dissidentes class\u00e9es comme \u00ab apparent\u00e9es \u00bb par le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture\" id=\"return-footnote-713-6\" href=\"#footnote-713-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>), mais de progresser de nouveau. La FNSEA maintient sa majorit\u00e9 absolue et c\u2019est la Coordination rurale qui progresse en 2013, un syndicat plac\u00e9 plus \u00e0 droite que la FNSEA et qui d\u00e9passe les 20,49\u00a0% en 2013<a class=\"footnote\" title=\"La Coordination rurale s\u2019est faite entendre par des p\u00e9titions contre des mesures environnementales \u2013 notamment contre les Zones de Non Traitement \u00e0 proximit\u00e9 des riverains.\" id=\"return-footnote-713-7\" href=\"#footnote-713-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>. C\u2019est dans ce contexte syndical et politique que St\u00e9phane Le Foll pr\u00e9sente donc son projet au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, et on peut comprendre la justification de la \u00ab\u00a0double performance\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb comme une volont\u00e9 de maintenir le dialogue avec les courants syndicaux, FNSEA majoritaire et Coordination rurale en croissance, qui se disent toutes deux hostiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard de contraintes environnementales trop pesantes. Comme le confirme un enqu\u00eat\u00e9 au minist\u00e8re, \u00ab\u00a0il y a un an, les chambres d\u2019agriculture ne voulaient entendre parler que de double performance, et aujourd\u2019hui, elles parlent d\u2019agro\u00e9cologie\u00a0! [\u2026] Notre premi\u00e8re \u00e9tape, c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00e9viter la cristallisation des jeux d\u2019acteurs, de discuter de mani\u00e8re tranquille \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"idem.\" id=\"return-footnote-713-8\" href=\"#footnote-713-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A contrario<\/em>, des associations oppos\u00e9es \u00e0 l\u2019intensification appr\u00e9cient la nouvelle r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9cologie dans les mots du ministre, mais d\u00e9plorent l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0double performance\u00a0\u00bb et d\u2019intensification \u00e9cologique\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019intensification durable n\u2019est pas la solution\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Les amis de la Terre, \u00ab Le loup dans la bergerie. Analyse de l\u2019intensification durable de l\u2019agriculture \u00bb, octobre 2012.\" id=\"return-footnote-713-9\" href=\"#footnote-713-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>. L\u2019association Terre et Humanisme se montre prudente\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s bien si le minist\u00e8re parle d\u2019agro-\u00e9cologie, c\u2019est tr\u00e8s bien&#8230; Mais je ne suis pas s\u00fbr que \u00e7a recouvre la m\u00eame chose que nous\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Source\u00a0: Entretien avec un administrateur de l\u2019association Terre et Humanisme, 27 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-10\" href=\"#footnote-713-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>. Le militant \u00e9cologiste Fabrice Nicolino s\u2019emporte, lui, en voyant le ministre tenter de r\u00e9concilier et consid\u00e9rer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[qu\u2019]il ne s\u2019agit plus de contester ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9. [Le minist\u00e8re] ne dit \u00e9videmment pas un mot sur le syst\u00e8me \u00e0 l\u2019origine du gigantesque merdier. Rien sur l\u2019agro-industrie, ses pesticides, ses coop\u00e9ratives, ses chambres d\u2019agriculture inf\u00e9od\u00e9es, ses c\u00e9r\u00e9aliers gorg\u00e9s de subventions. Rien bien s\u00fbr \u00e0 propos des centaines de milliers de kilom\u00e8tres de haies arrach\u00e9es, ou du remembrement au sabre d\u2019abordage. Le ministre veut faire croire que, par la magie du verbe, les profiteurs d\u2019hier seront les vertueux de demain<a class=\"footnote\" title=\"F. Nicolino, \u00ab\u00a0Le Foll invente \u00ab l\u2019agriculture \u00e9cologiquement intensive \u00bb, Charlie Hebdo, 21 ao\u00fbt 2013.\" id=\"return-footnote-713-11\" href=\"#footnote-713-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si le terme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb tente une synth\u00e8se des int\u00e9r\u00eats dans une logique habituelle de d\u00e9veloppement durable (performance \u00e9conomique, durabilit\u00e9 environnementale, bien-\u00eatre social), le probl\u00e8me soulev\u00e9 par le d\u00e9saccord syndical est celui de la conciliation entre des injonctions potentiellement contradictoires (2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Circulation des normes entre le Nord et le Sud\u00a0: des rapprochements qui s\u2019intensifient ou de nouvelles divergences?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019utilisation par le minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture du vocable \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb est \u00e9tonnante dans la mesure o\u00f9 le concept a longtemps \u00e9t\u00e9 connot\u00e9 comme engag\u00e9, anti-\u00e9tatique, voire anti-imp\u00e9rialiste. D\u2019apr\u00e8s Abramovay \u00ab\u00a0l\u2019agro-\u00e9cologie ne peut pas \u00eatre la doctrine officielle au niveau d\u2019un \u00c9tat\u00a0\u00bb (Abramovay, 2007, p.\u00a08). C\u2019est toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un terme \u00e0 la fois pens\u00e9 comme un concept scientifique, militant et au service de l\u2019action. Plusieurs publications de recherche (Wezel <em>et al.<\/em>, 2009; Stassart <em>et al.<\/em>, 2012) retrouvent l\u2019origine du terme dans les \u00e9crits d\u2019un agronome russe, Bensin (1928). De la fin des ann\u00e9es 1920 jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960, Klages (1928), Friederichs (1930) puis H\u00e9nin (1967) utiliseront le terme pour appliquer les principes de l\u2019\u00e9cologie \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019organisation et des productions agricoles. En 1965, le terme sera repris par un \u00e9cologue et zootechnicien allemand (Tischler, 1965) avant de susciter, depuis les ann\u00e9es 1970, un int\u00e9r\u00eat croissant au sein des sciences de la vie (zoologie, agronomie, physiologie des plantes, \u00e9cologie\u2026)<a class=\"footnote\" title=\"Voir l\u2019historique dans\u00a0: Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013.\" id=\"return-footnote-713-12\" href=\"#footnote-713-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>. Mais c\u2019est surtout face \u00e0 l\u2019essor d&rsquo;une mobilisation collective d\u00e9non\u00e7ant les m\u00e9faits de l\u2019intensification agricole (la \u00ab\u00a0R\u00e9volution verte\u00a0\u00bb) que la notion a trouv\u00e9 son \u00e9cho le plus fort dans les pays en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019agro\u00e9cologie, une conception alternative de l\u2019agriculture issue des pays en d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les ann\u00e9es 1980, des agronomes et \u00e9cologues en liens \u00e9troits avec divers r\u00e9seaux d\u2019acteurs investis dans une forme alternative de production et de d\u00e9veloppement local (Altieri, 1983; Gliessman, 1981; Francis, 1976; Vandermeer <em>et al.<\/em>, 1990), en particulier en Am\u00e9rique du Sud (paysan\u00b7ne\u00b7s et groupements d\u2019agriculteurs et agricultrices, collectifs et ONG), d\u00e9noncent la modernisation \u00e0 marche forc\u00e9e de l\u2019agriculture. Ils proposent de r\u00e9viser les politiques agricoles et alimentaires dans un double objectif\u00a0: pr\u00e9server l\u2019environnement, mais aussi repenser le d\u00e9veloppement rural en garantissant aux populations une autonomie alimentaire et une valorisation des ressources locales (Van Dam <em>et al.<\/em>, 2012).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comment l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0se d\u00e9finit-elle dans ce contexte<a class=\"footnote\" title=\"Voir\u00a0: C. David, A. Wezel, S. Bellon, T Dor\u00e9, E. Mal\u00e9zieux, \u00ab\u00a0Agro-\u00e9cologie\u00a0\u00bb, Les mots d\u2019agronomie\u00a0[Disponible en ligne sur\u00a0: mots-agronomie.inra.fr].\" id=\"return-footnote-713-13\" href=\"#footnote-713-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a>? Au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990, M.\u00a0Altieri (1987), biologiste des \u00e9cosyst\u00e8mes et S.\u00a0Gliessman (1990), \u00e9cologue du v\u00e9g\u00e9tal, proposent des textes pour en pr\u00e9ciser les fondements scientifiques. L\u2019agro\u00e9cologie est d\u2019abord d\u00e9finie comme un ensemble de m\u00e9thodes et de pratiques, le socle d\u2019une r\u00e9vision des liens entre agriculture et \u00e9cosyst\u00e8mes dont le but serait de garantir la pr\u00e9servation des ressources naturelles. L\u2019agro\u00e9cologie, \u00e9voqu\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but du 20e si\u00e8cle par les disciplines agronomiques et biologiques, peut \u00eatre d\u00e9finie alors comme un ensemble disciplinaire aliment\u00e9 par le croisement des sciences agronomiques (agronomie, zootechnie), de l\u2019\u00e9cologie appliqu\u00e9e et des sciences humaines et sociales telles que la sociologie, l\u2019\u00e9conomie, la g\u00e9ographie\u00a0(Tomich <em>et al.<\/em>, 2011). Des effets d\u2019optimisation sont postul\u00e9s (en quantit\u00e9 et\/ou qualit\u00e9) par la prise en compte des interactions entre \u00e9cosyst\u00e8mes naturels et action culturale\u00a0: on mise sur le renforcement de la diversit\u00e9 et des interactions biologiques entre tous les segments du syst\u00e8me pour renforcer la production, mais aussi pour g\u00e9rer autrement les risques sanitaires tout en limitant les dommages sur l\u2019environnement \u2013 consid\u00e9r\u00e9 non plus comme une contrainte externe, mais comme une ressource \u00e0 part enti\u00e8re (Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie va ainsi de pair avec l\u2019extension de l\u2019\u00e9chelle d\u2019analyse\u00a0: au-del\u00e0 du champ cultiv\u00e9, l\u2019agro\u00e9cologie consid\u00e8re l\u2019agro\u00e9cosyst\u00e8me. Ainsi, l\u2019agro\u00e9cologie est d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0l\u2019application des concepts et principes de l\u2019\u00e9cologie \u00e0 la conception et \u00e0 la gestion d\u2019agro\u00e9cosyst\u00e8mes durables\u00a0\u00bb (Thomas et Kevan, 1993, p.\u00a01). Plusieurs concepts utilis\u00e9s en \u00e9cologie (r\u00e9silience, association, diversit\u00e9, services \u00e9cosyst\u00e9miques) apparaissent \u00e0 cet effet dans les travaux d\u2019agronomes dont la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie se renforce au cours des ann\u00e9es 2000 (Bellon et Ollivier, 2011). Plus qu\u2019une discipline, Eric Marshall (2011) conclut que l\u2019agro\u00e9cologie se situe au carrefour des disciplines scientifiques qui \u00e9tudient de larges th\u00e9matiques relatives \u00e0 l\u2019agro-\u00e9cosyst\u00e8me \u2013 portant soit sur les relations des syst\u00e8mes de culture avec les ressources (eau, sol, paysage, biodiversit\u00e9) au sein des agro-\u00e9cosyst\u00e8mes, soit sur la conception de nouveaux syst\u00e8mes de culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pr\u00e9sentation scientifique tend pourtant \u00e0 masquer le lien consubstantiel de la recherche scientifique avec des exp\u00e9riences pratiques locales et des mouvements militants dans les pays du Sud en particulier. En effet, l\u2019agro\u00e9cologie ne peut pas \u00eatre comprise sans faire la jonction avec les pratiques qui la portent et l\u2019engagement des acteurs, des actrices et des militant\u00b7e\u00b7s qui la promeuvent. Pour Wezel <em>et al.<\/em> (2009), l\u2019agro\u00e9cologie puise d\u2019abord ses fondements dans l\u2019analyse des savoirs traditionnels, issus des exploitations familiales valorisant les ressources naturelles locales au sein des pays tropicaux et subtropicaux (Arrignon, 1987). Warner (2007) pr\u00e9conise une combinaison de savoirs empiriques port\u00e9s directement par les agriculteurs et agricultrices des pays en d\u00e9veloppement. La pratique donne son unit\u00e9 \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0: les diff\u00e9rentes exp\u00e9riences dans les pays pauvres auraient toutes en commun de s\u2019appuyer sur une nouvelle utilisation des fonctionnalit\u00e9s naturelles pour r\u00e9duire le recours \u00e0 l\u2019\u00e9nergie fossile et \u00e0 la chimie de synth\u00e8se. Si bien que dans les ann\u00e9es 1990 se d\u00e9veloppe l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00ab\u00a0R\u00e9volution doublement verte\u00a0\u00bb, en opposition \u00e0 la R\u00e9volution verte n\u00e9e en Inde sur des principes productivistes (Conway, 1987). C\u2019est une posture doublement critique qui irrigue l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0: au plan scientifique, en tant qu\u2019approche interdisciplinaire, elle bouscule les cloisonnements acad\u00e9miques; au plan social, parce qu\u2019elle contredit la vision occidentale de l\u2019agriculture moderne fond\u00e9e sur l\u2019uniformisation des pratiques, la sp\u00e9cialisation des productions, le recours intensif aux intrants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les figures id\u00e9ales typiques de l\u2019imbrication entre pratique et engagement circulent de l\u2019Am\u00e9rique latine (Stassart <em>et al.<\/em>, 2012) aux autres continents par le biais notamment des forums altermondialistes au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. En France, l\u2019agro\u00e9cologie a \u00e9t\u00e9 fortement port\u00e9e et import\u00e9e par des associations lors du colloque international qui s\u2019est tenu \u00e0 Albi en 2008 \u00e0 l\u2019initiative de Nature et Progr\u00e8s, des Amis de la terre et de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne. On assiste alors \u00e0 une int\u00e9gration forte entre exposition des pratiques agricoles alternatives, exp\u00e9riences de terrain et engagement social et politique dans le contexte des mouvements altermondialistes. Le personnage le plus m\u00e9diatique li\u00e9 \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie en France, Pierre Rabhi, incarne lui aussi ce lien fort aux pratiques, \u00e0 l\u2019engagement et au rapport r\u00e9flexif aux pays du Sud. Son cas est int\u00e9ressant parce qu\u2019il est \u00e0 la fois un militant et un acteur ayant \u00e9prouv\u00e9 personnellement la circulation internationale. En voyage au Sahel en 1981, Rhabi y a rencontr\u00e9 Maurice Freund, propri\u00e9taire d\u2019un h\u00f4tel dans le nord du Burkina et voyagiste engag\u00e9. Freund a propos\u00e9 alors \u00e0 Rabhi de donner une dimension \u00e9thique \u00e0 son club de vacances, en y associant un centre de formation \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie financ\u00e9 par les revenus touristiques<a class=\"footnote\" title=\"Benjamin Roger, \u00ab\u00a0Burkina Faso : Sankara, Rabhi et l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb, Jeune Afrique, 15 mai 2015.\" id=\"return-footnote-713-14\" href=\"#footnote-713-14\" aria-label=\"Footnote 14\"><sup class=\"footnote\">[14]<\/sup><\/a>. En d\u00e9pit des doutes quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des techniques utilis\u00e9es par Rhabi (Dumont et Paquet, 1988) la formule fut lanc\u00e9e en 1983\u00a0: chaque hiver, de d\u00e9cembre \u00e0 f\u00e9vrier, Pierre Rabhi formerait une trentaine de paysan\u00b7ne\u00b7s par semaine au mara\u00eechage, \u00e0 l\u2019\u00e9levage et au reboisement. Le pr\u00e9sident Thomas Sankara est inform\u00e9 de l\u2019initiative et fait venir Rabhi \u00e0 Ouagadougou en novembre 1986 pour lui proposer de jouer un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement agricole du Burkina. \u00ab\u00a0Sankara avait beaucoup d\u2019estime pour Rabhi, il disait que c\u2019\u00e9tait un proph\u00e8te et un visionnaire\u00a0\u00bb, confie Jean Ziegler, ancien rapporteur sp\u00e9cial de l\u2019ONU pour le droit \u00e0 l\u2019alimentation dans le monde<a class=\"footnote\" title=\"idem.\" id=\"return-footnote-713-15\" href=\"#footnote-713-15\" aria-label=\"Footnote 15\"><sup class=\"footnote\">[15]<\/sup><\/a>. Mais l\u2019exp\u00e9rience s\u2019arr\u00eata pr\u00e9matur\u00e9ment \u00e0 la suite de l\u2019assassinat de Sankara. Rhabi rentra en France, fonda en 1994 l\u2019association \u00ab\u00a0Les Amis de Pierre Rhabi\u00a0\u00bb (qui deviendra \u00ab\u00a0Terre et Humanisme\u00a0\u00bb en 1991), et se pr\u00e9senta m\u00eame \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2002 \u2013 o\u00f9 il obtint 184 parrainages d\u2019\u00e9lu\u00b7e\u00b7s. Consid\u00e9r\u00e9 comme artisan de l\u2019altermondialisme, il fut invit\u00e9 au Forum social europ\u00e9en o\u00f9 il exposa son histoire, son enfance alg\u00e9rienne et la place que son souvenir de l\u2019agriculture oasienne a pu jouer dans son approche de l\u2019agro\u00e9cologie. La mani\u00e8re dont il envisageait son r\u00f4le de \u00ab\u00a0passeur\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de plusieurs ouvrages (Rhabi, 1996, 2002, 2015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re public, militant, associant des conseils techniques \u00e0 une remont\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 politique \u2013 du mode de production agricole aux types d\u2019\u00e9changes \u00e9conomiques et au partage des richesses \u2013 n\u2019est pas fortuit chez Rhabi dans la mesure o\u00f9 le rapport entre pratique, science et engagement est \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de la r\u00e9flexion agro\u00e9cologique. Dans leurs premiers \u00e9crits, Altieri, comme Gliessman et Madison, s\u2019appuyait d\u00e9j\u00e0 sur une d\u00e9nonciation des impacts de la R\u00e9volution verte et mobilisait l\u2019agro\u00e9cologie comme critique socioenvironnementale et comme mod\u00e8le alternatif de d\u00e9veloppement. \u00ab En tant qu\u2019approche scientifique interdisciplinaire, \u00e9crivent Stassart <em>et al.<\/em>, l\u2019agro-\u00e9cologie a une fonction critique : elle proc\u00e9derait d\u2019une remise en question du mod\u00e8le agronomique dominant \u00bb (Stassart <em>et al<\/em>., 2012, p. 5) . D\u2019apr\u00e8s Stassart <em>et al<\/em>. (2012), le concept d\u2019agro\u00e9cologie se constitue donc comme un r\u00e9f\u00e9rent alternatif oppos\u00e9 au mod\u00e8le biotechnologique qui constituerait l\u2019aboutissement du processus d\u2019industrialisation de l\u2019agriculture. Le mouvement bouscule \u00e9galement par l\u2019appel \u00e0 une solidarit\u00e9 agricole renouvel\u00e9e\u00a0: par la constitution de nouveaux collectifs d\u2019agriculteurs et agricultrices pour exp\u00e9rimenter de nouvelles pratiques, mais aussi par un meilleur dialogue avec firmes et fili\u00e8res de commercialisation \u2013 ce qui implique une logique de d\u00e9sectorisation, de re-diversification (Allaire, 2002) et de re-territorialisation de l\u2019agriculture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La question g\u00e9n\u00e9rale de cet article\u00a0n\u2019en ressort que plus troublante\u00a0: pourquoi ce mouvement favorable au d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie, d\u2019abord issu de la critique environnementaliste et oppos\u00e9 au mod\u00e8le \u00e9conomique et agricole dominant; pourquoi ce savoir scientifique \u00e9mergent et d\u2019abord minoritaire au sein du champ scientifique a-t-il \u00e9t\u00e9 repris, du moins formellement, par le minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture\u00a0en 2012? Certes, un certain consensus dans certaines fractions du champ scientifique et du secteur agricole au plan national et international est en cours de construction\u00a0: agronomes, zootechnicien\u00b7ne\u00b7s, \u00e9cologues, mais aussi militant\u00b7e\u00b7s d\u2019agriculture alternative d\u00e9plorent ensemble l\u2019essoufflement du \u00ab\u00a0mod\u00e8le agro-industriel\u00a0\u00bb (Centre d\u2019\u00c9tudes et de Prospectives, 2013) ou \u00ab\u00a0biotechnologique\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Le terme est employ\u00e9 par Goodman, Sorj et Wilkinson (1987)\u00a0et est repris par Pierre Stassart dans Van Dam et al., 2012, p.\u00a026.\" id=\"return-footnote-713-16\" href=\"#footnote-713-16\" aria-label=\"Footnote 16\"><sup class=\"footnote\">[16]<\/sup><\/a> qui aurait entra\u00een\u00e9 de nombreuses \u00ab\u00a0externalit\u00e9s n\u00e9gatives\u00a0\u00bb pour l\u2019environnement (d\u00e9clin de la biodiversit\u00e9, de la qualit\u00e9 de l\u2019eau, d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles, production accrue des gaz \u00e0 effet de serre, etc.) \u2013 sans compter les impasses techniques et productives (r\u00e9sistances aux traitements, course \u00e0 la m\u00e9canisation et \u00e0 l\u2019endettement qui freine les possibilit\u00e9s de transmission des exploitations\u00a0(Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, ce concept d\u2019agro\u00e9cologie, \u00e0 la fois discut\u00e9 dans le champ scientifique, port\u00e9 par des figures militantes engag\u00e9es, voire pol\u00e9miques dans l\u2019espace public<a class=\"footnote\" title=\"Sur les critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Rhabi, par exemple, voir Kindo \u00ab\u00a0Contre Pierre Rabhi\u00a0\u00bb, M\u00e9diapart, 12 juillet 2014.\" id=\"return-footnote-713-17\" href=\"#footnote-713-17\" aria-label=\"Footnote 17\"><sup class=\"footnote\">[17]<\/sup><\/a>, n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment le plus f\u00e9d\u00e9rateur\u00a0: pourquoi le ministre s\u2019y est-il donc ralli\u00e9, et au prix de quels usages, r\u00e9appropriations, sur la base de quelles d\u00e9finitions\u00a0concr\u00e8tes? C\u2019est le point de perplexit\u00e9 sur lequel nous proposons de porter le regard \u2013 en avan\u00e7ant quelques hypoth\u00e8ses sur les usages de l\u2019agro\u00e9cologie par le minist\u00e8re fran\u00e7ais et ses effets ambivalents sur les politiques agricoles.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019agro\u00e9cologie d\u00e9voy\u00e9e?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le poids des mots, on le sait, n\u2019est pas anodin, particuli\u00e8rement en politique o\u00f9 les dynamiques contemporaines de forte m\u00e9diatisation et personnalisation du discours conf\u00e8rent au langage une performativit\u00e9 bien connue qu\u2019elle proc\u00e8de du pouvoir \u00e9vocateur de la s\u00e9mantique en tant que telle (Austin, 1962; Cassin, 2018) ou de la position sociale du locuteur qui lui conf\u00e8re la \u00ab\u00a0garantie de d\u00e9l\u00e9gation dont il est investi\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1982, p.\u00a0105). Chercher \u00e0 d\u00e9finir et saisir les sp\u00e9cificit\u00e9s des \u00ab\u00a0transitions agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb, appr\u00e9hender leurs contours et leur port\u00e9e oblige donc \u00e0 s\u2019interroger sur le sens des mots, leur origine, leurs usages sociaux comme politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le pi\u00e8ge de la transition? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 maints \u00e9gards, parler en politique de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb fait figure de commodit\u00e9 de langage. Assigner d\u2019embl\u00e9e aux politiques agricoles un \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb agro\u00e9cologique pourrait sembler en effet pr\u00e9somptueux, trop optimiste et normatif. Parler de \u00ab\u00a0conversion\u00a0\u00bb rappellerait trop les pr\u00e9ceptes de l\u2019agriculture biologique en supposant, au sens litt\u00e9ral, un engagement reposant sur des croyances. \u00c9voquer par ailleurs une <em>r\u00e9volution<\/em> agro\u00e9cologique pourrait pr\u00eater \u00e0 des rappels historiques pas forc\u00e9ment opportuns (la politique de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la R\u00e9volution verte productiviste des pays en d\u00e9veloppement) par contraste avec le terme moins connot\u00e9 de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb (Tassel, 2018). Raisonner en termes de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb permet donc d\u2019\u00e9voquer un ensemble d\u2019\u00e9volutions en cours, non pas une rupture, mais plut\u00f4t un moment charni\u00e8re dont, \u00e0 l\u2019instar des d\u00e9mographes qui observent les transitions g\u00e9n\u00e9rationnelles (Keyfitz, 1995), l\u2019on ne mesure ni ne contr\u00f4le encore la port\u00e9e ou les effets. On pourrait aussi, pour poursuivre la comparaison s\u00e9mantique, songer aux \u00ab\u00a0transitions d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb \u00e9tudi\u00e9es en Europe de l\u2019Est depuis la chute en 1989 du mur de Berlin et qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des analyses ax\u00e9es surtout sur la conversion au lib\u00e9ralisme politique ou \u00e9conomique (Andreff, 2002).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la notion de transition fournit donc une occasion de revisiter l\u2019imp\u00e9ratif de changement tout en fournissant \u00e0 l\u2019agriculture une \u00ab\u00a0nouvelle alliance \u00e0 l\u2019environnement\u00a0\u00bb (Tassel, 2018), elle s\u2019av\u00e8re aussi r\u00e9cemment popularis\u00e9e par divers mouvements sociaux attach\u00e9s \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019une prise de conscience \u00e9cologique et de formes autonomes d\u2019action et d\u2019engagement citoyens. Depuis moins de dix ans se multiplient en effet diverses initiatives et exp\u00e9rimentations locales qui se r\u00e9clament appartenir \u00e0 un processus social et mondial de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb, suscitant l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant des m\u00e9dias et universitaires pour un ph\u00e9nom\u00e8ne encore mal circonscrit\u00a0: une n\u00e9buleuse de projets et d\u2019initiatives citoyennes en faveur d\u2019un appel \u00e0 la \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb qui r\u00e9unit p\u00eale-m\u00eale des adeptes de la d\u00e9croissance soutenable, des groupes de Slow Food et Slow Cities ou encore des d\u00e9fenseurs du Buenvivir en Am\u00e9rique latine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces coalitions \u00e0 la fois agricoles et environnementales (Cottin-Marx, 2013) puisent en partie leurs racines et leur inspiration dans le mouvement originel des \u00ab\u00a0villes en transition\u00a0\u00bb (<em>transition towns<\/em>) initi\u00e9e en 2006, en Grande-Bretagne, par Rob Hobkins. Pour cet enseignant agronome, f\u00e9ru de permaculture, il s\u2019agissait d\u2019abord d\u2019exp\u00e9rimenter avec ses \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s, et \u00e0 la demande de petites municipalit\u00e9s (Kinsale, Totnes), divers sc\u00e9narios de \u00ab\u00a0descente \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb (Hopkins, 2006). Autrement dit, il s\u2019agissait d\u2019envisager les options permettant d\u2019anticiper la p\u00e9nurie pr\u00e9visible d\u2019\u00e9nergie fossile, mais tout en \u00e9vitant toute forme de catastrophisme d\u00e9cliniste. \u00c0 la diff\u00e9rence de la charte d\u2019Aalborg qui avait promu, d\u00e8s 1994, le concept de \u00ab\u00a0villes durables\u00a0\u00bb, le mouvement des \u00ab\u00a0villes en transition\u00a0\u00bb s\u2019apparente \u00e0 une mobilisation l\u00e0 aussi internationale, mais \u00e0 port\u00e9e citoyenne parce qu\u2019elle concerne les citoyens et citoyennes eux-m\u00eames et elles-m\u00eames. Les pr\u00e9ceptes d\u2019action sont pourtant proches\u00a0: faciliter la qualit\u00e9 de vie, d\u00e9velopper des transports sobres et peu \u00e9nergivores, trouver une autonomie \u00e9nerg\u00e9tique et alimentaire, favoriser la d\u00e9mocratie participative. Il y aurait d\u00e9sormais environ 2000 d\u00e9marches officielles de transition recens\u00e9es dans une cinquantaine de pays et f\u00e9d\u00e9r\u00e9es sous la banni\u00e8re du r\u00e9seau International Transition Network.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La transition agro\u00e9cologique s\u2019inscrit ainsi dans un contexte d\u2019effervescence autour des enjeux de transition (Bourg <em>et al.<\/em>, 2016). L\u2019appel \u00e0 la \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb prendrait-il \u00e0 pr\u00e9sent le relais de l\u2019imp\u00e9ratif d\u00e9sormais \u00e9cul\u00e9 de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb, ce \u00ab\u00a0lieu commun gestionnaire\u00a0\u00bb (Barone <em>et al.<\/em>, 2018) qui \u00ab\u00a0apr\u00e8s plus de 30 ans d\u2019existence\u00a0\u00bb ne serait plus \u00ab\u00a0a\u0300 la hauteur de la crise a\u0300 laquelle il fait face\u00a0\u00bb (Kraus, 2014, paragr.\u00a01? Force est de constater que le terme a d\u00e9bord\u00e9 largement l\u2019espace des mobilisations citoyennes pour faire aujourd\u2019hui l\u2019objet d\u2019un intense recyclage institutionnel. Sans pr\u00e9tendre \u00e0 une analyse en r\u00e8gle des occurrences politiques de ce mot, on peut juste constater les r\u00e9f\u00e9rences politiques croissantes \u00e0 la notion de transition. Ainsi, parall\u00e8lement \u00e0 la \u00ab\u00a0transition agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb qui nous int\u00e9resse ici, s\u2019op\u00e9rait aussi, du c\u00f4t\u00e9 du minist\u00e8re de fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9cologie, une \u00ab\u00a0transition \u00e9cologique\u00a0\u00bb qui rappelait en miroir l\u2019objectif interminist\u00e9riel de conciliation entre agriculture et environnement. On peut noter aussi l\u2019adoption en 2015 de la loi sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019\u00e9laboration par l\u2019Ademe de sc\u00e9narios pour 2050 o\u00f9 figure l\u2019enjeu de \u00ab\u00a0transition post-carbone\u00a0\u00bb, la parution d\u2019un rapport du CESE sur la \u00ab\u00a0transition \u00e9cologique et solidaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local\u00a0\u00bb (Duchemin, 2017, p.\u00a05), la cr\u00e9ation d\u2019une plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire (Tassel, 2018) ou encore l\u2019apparition d\u2019un minist\u00e8re \u00e9ponyme de la \u00ab\u00a0transition \u00e9cologique et solidaire\u00a0\u00bb \u00e0 la place du pr\u00e9c\u00e9dent minist\u00e8re de l\u2019environnement<a class=\"footnote\" title=\"Sous Emmanuel Macron, le terme \u00ab\u00a0solidarit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 pour faire place \u00e0 un simple \u00ab\u00a0Minist\u00e8re de la transition \u00e9cologique\u00a0\u00bb.\" id=\"return-footnote-713-18\" href=\"#footnote-713-18\" aria-label=\"Footnote 18\"><sup class=\"footnote\">[18]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Loin de nous l\u2019intention d\u2019inf\u00e9rer \u00e0 tout prix un mim\u00e9tisme artificiel entre action publique et mobilisations citoyennes; nous pouvons juste nous borner \u00e0 constater certaines formes de porosit\u00e9 entre espace public et priv\u00e9. D\u2019autant que l\u2019analyse du r\u00e9pertoire d\u2019action des militant\u00b7e\u00b7s \u00ab\u00a0transitionneurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0transitionneuses\u00a0\u00bb appara\u00eet plut\u00f4t atypique, loin des formes traditionnelles de mobilisation syndicale ou partisane. Ces collectifs citoyens cherchent en effet \u00e0 promouvoir de nouvelles formes d\u2019activisme \u00e9cologique, sans violence ni conflit, mais en recourant plut\u00f4t \u00e0 une strat\u00e9gie assum\u00e9e de \u00ab\u00a0pollinisation\u00a0\u00bb des politiques publiques (Jonet et Servigne, 2013) qui ne r\u00e9fute pas les pouvoirs en place ni ne pr\u00e9tend participer aux institutions existantes. Faire \u00e9clore en quelque sorte de nouvelles pratiques, essaimer par effet domino, en misant sur l\u2019exemplarit\u00e9 des projets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces mouvements de \u00ab\u00a0transitionneurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0transitionneuses\u00a0\u00bb suscitent tout autant l\u2019int\u00e9r\u00eat que la controverse. Comme le rappelle Fabrice Flipo (2013), un certain nombre de sp\u00e9cialistes des mouvements alternatifs soulignent les limites potentielles de telles mobilisations\u00a0: trop petits pour peser significativement dans les rapports de force, les \u00ab\u00a0transitionneurs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0transitionneuses\u00a0\u00bb perdraient leur temps \u00e0 r\u00e9inventer chacun dans leur coin ce que d\u2019autres auraient d\u00e9j\u00e0 accompli ailleurs; ils devraient s\u2019organiser et se f\u00e9d\u00e9rer pour trouver un vrai \u00ab\u00a0d\u00e9bouch\u00e9 politique\u00a0\u00bb au lieu de s\u2019\u00e9mietter de fa\u00e7on trop locale. On leur reproche, en somme, leur fa\u00e7on d\u2019\u00e9luder la question politique\u00a0: en r\u00e9pugnant aux conflits, en ne clarifiant pas suffisamment leur conception de la d\u00e9mocratie, leur rapport au capitalisme, \u00e0 la mondialisation et au commerce international. Les mouvements de transition fonderaient ainsi leur action sur un pari consensualiste (Jonet et Servigne, <em>ibid<\/em>.) qui ressemble \u00e0 la ligne de conduite impuls\u00e9e par S.\u00a0Le Foll en France\u00a0: rassembler en \u00e9vitant la conflictualit\u00e9; d\u00e9fendre une vision positive et inclusive; ne pas critiquer, mais construire ensemble, car le manque de p\u00e9trole et les catastrophes climatiques concernent l\u2019ensemble de la population \u2013 les partis et syndicats se chargeant d\u00e9j\u00e0 de la critique sociale et des revendications de justice et d\u2019\u00e9galit\u00e9. Une posture des \u00ab\u00a0petits pas\u00a0\u00bb que d\u00e9noncent certain\u00b7e\u00b7s partisan\u00b7e\u00b7s de l\u2019agro\u00e9cologie (Baret et L\u00e9ger, 2008). Ces dernier\u00b7e\u00b7s regrettent en effet chez Hopkins le \u00ab\u00a0d\u00e9ficit d\u2019horizon politique et de planification \u00e0 large \u00e9chelle\u00a0\u00bb par opposition au mod\u00e8le d\u00e9fendu par F.\u00a0W.\u00a0Geels (2002), lequel entra\u00eenerait, gr\u00e2ce aux innovations et ruptures induites, une n\u00e9cessaire \u00ab\u00a0reconfiguration du syst\u00e8me dominant\u00a0\u00bb de croissance et de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Dans le Nord, une conception de l\u2019agro\u00e9cologie finalement tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de la rupture annonc\u00e9e avec le mod\u00e8le productiviste<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur un plan th\u00e9orique, une approche de soutenabilit\u00e9 dite \u00ab\u00a0faible\u00a0\u00bb consid\u00e8re que toute production n\u00e9cessite un stock de diff\u00e9rents capitaux \u00e9ventuellement substituables\u00a0(Hartwick, 1977)\u00a0: capital technique, capital naturel renouvelable, capital naturel non renouvelable, capital humain. Un m\u00eame niveau de production peut \u00eatre atteint par la substitution de deux facteurs\u00a0: une diminution du capital naturel peut-\u00eatre compens\u00e9e par une augmentation d\u2019un des autres facteurs (Solow, 1993). Mais l\u2019approche de soutenabilit\u00e9 dite \u00ab\u00a0forte\u00a0\u00bb (Daly, 1990) consid\u00e8re \u00e0 l\u2019inverse que les capitaux ne sont pas tous substituables, que les am\u00e9liorations techniques ne compenseront pas l\u2019\u00e9puisement des ressources fossiles et que la seule m\u00e9thode \u00e0 suivre pour \u00e9pargner l\u2019environnement est de limiter l\u2019usage des ressources naturelles et ralentir la course productive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne le d\u00e9bat sur la croissance ou la sobri\u00e9t\u00e9 productive, le minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019agriculture est clair en ceci qu\u2019il ne promeut pas du tout une d\u00e9crue\u00a0de la production agricole. Pour le ministre, m\u00eame avec l\u2019agro\u00e9cologie, il faut bien mettre l\u2019\u00ab\u00a0accent sur la production et la comp\u00e9titivit\u00e9\u00a0\u00bb. Pour l\u2019un des agents du minist\u00e8re, \u00ab\u00a0Nous ce qu\u2019on recherche vraiment c\u2019est l\u2019am\u00e9lioration de la performance des exploitations. On n\u2019est pas dans une d\u00e9croissance. On est dans une approche pragmatique. Les besoins alimentaires vont augmenter. Donc il faut bien produire plus\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For\u00eat, 22 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-19\" href=\"#footnote-713-19\" aria-label=\"Footnote 19\"><sup class=\"footnote\">[19]<\/sup><\/a>. <em>Idem<\/em> pour un autre enqu\u00eat\u00e9 au minist\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0On ne confond pas agro-\u00e9cologie et d\u00e9croissance\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, de l\u2019agroalimentaire et de la for\u00eat, 13 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-20\" href=\"#footnote-713-20\" aria-label=\"Footnote 20\"><sup class=\"footnote\">[20]<\/sup><\/a>. Ce positionnement recueille l\u2019assentiment du syndicat majoritaire en France, dont l\u2019un des repr\u00e9sentants ne manque pas de rappeler\u00a0: \u00ab\u00a0Les agriculteurs, qu\u2019est-ce qu\u2019ils veulent? Ils veulent vivre du fruit de leur travail. Il faut rester raisonnable et pragmatique\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien avec le pr\u00e9sident d'une section d\u00e9partementale UDSEA\/FNSEA, 5 mai 2015.\" id=\"return-footnote-713-21\" href=\"#footnote-713-21\" aria-label=\"Footnote 21\"><sup class=\"footnote\">[21]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des militant\u00b7e\u00b7s, pourtant de plus en plus moins nombreux, conc\u00e8dent le fait qu\u2019\u00eatre agriculteur ou agricultrice c\u2019est avant tout chercher \u00e0 produire\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9videmment, quand on fait de l\u2019agriculture on met le processus naturel \u00e0 notre service\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien avec un formateur militant au sein de l\u2019association Terre et Humanisme, 13 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-22\" href=\"#footnote-713-22\" aria-label=\"Footnote 22\"><sup class=\"footnote\">[22]<\/sup><\/a>. Mais au-del\u00e0 de ce point d\u2019accord, le d\u00e9bat se durcit et se cristallise d\u00e8s qu\u2019il est question du <em>niveau<\/em> de production souhaitable et de sa <em>diminution<\/em> potentielle. Le point de clivage concerne pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013 ce qui nous int\u00e9resse au premier chef pour cet article \u2013 le commerce international et la \u00ab\u00a0vocation exportatrice de la France\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Vandewalle, \u00ab\u00a0Bl\u00e9\u00a0: la France devrait maintenir sa vocation exportatrice\u00a0\u00bb, La France Agricole, n\u00b03428, 23 mars 2012.\" id=\"return-footnote-713-23\" href=\"#footnote-713-23\" aria-label=\"Footnote 23\"><sup class=\"footnote\">[23]<\/sup><\/a>\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 des militant\u00b7e\u00b7s altermondialistes promeuvent la sobri\u00e9t\u00e9 heureuse<a class=\"footnote\" title=\"Rabhi, \u00ab\u00a0Vers la sobri\u00e9t\u00e9 heureuse\u00a0\u00bb, Actes Sud, 2010.\" id=\"return-footnote-713-24\" href=\"#footnote-713-24\" aria-label=\"Footnote 24\"><sup class=\"footnote\">[24]<\/sup><\/a>, la d\u00e9fense exclusive des fili\u00e8res courtes et par-l\u00e0 la limitation du commerce mondial et la baisse des exportations<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Tout miser sur l\u2019export acc\u00e9l\u00e9rera la disparition des paysans\u00a0\u00bb (Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne), La France agricole, 18 avril 2014; \u00ab\u00a0La Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne pointe les risques de l\u2019export de produits agricoles\u00a0\u00bb, Terre Dauphinoise, 16\/04\/2014.\" id=\"return-footnote-713-25\" href=\"#footnote-713-25\" aria-label=\"Footnote 25\"><sup class=\"footnote\">[25]<\/sup><\/a>, la FNSEA \u00e0 l\u2019inverse d\u00e9nonce le recul de la France dans le classement des pays exportateurs et soutient les apports de l\u2019agriculture fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019alimentation mondiale<a class=\"footnote\" title=\"Plassart, \u00ab\u00a0Xavier Beulin, pr\u00e9sident de la FNSEA : \u2018\u2018L\u2019agriculture fran\u00e7aise est en train de d\u00e9crocher et c\u2019est aberrant\u2019\u2019\u00a0\u00bb, Le Nouvel \u00c9conomiste, 20\/02\/2015.\" id=\"return-footnote-713-26\" href=\"#footnote-713-26\" aria-label=\"Footnote 26\"><sup class=\"footnote\">[26]<\/sup><\/a>. Dans ce d\u00e9bat, le ministre fran\u00e7ais maintient clairement le cap productiviste et exportateur, faisant de l\u2019inscription dans le commerce international une pr\u00e9occupation centrale\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre agriculture a vu sa pr\u00e9sence reculer sur les march\u00e9s europ\u00e9ens, voire internationaux, et ce en m\u00eame temps que l\u2019ensemble de notre industrie. Nous devons faire ce constat et nous persuader que l\u2019enjeu du redressement pour notre pays passe autant par l\u2019industrie que par l\u2019agriculture, laquelle doit avoir les m\u00eames objectifs et b\u00e9n\u00e9ficier des m\u00eames mesures que celles qui valent pour le reste de l\u2019\u00e9conomie\u00a0<a class=\"footnote\" title=\"S.\u00a0Le Foll, D\u00e9claration au S\u00e9nat sur les enjeux du projet de loi d\u2019avenir pour l'agriculture, l\u2019alimentation et la for\u00eat, S\u00e9nat, 9 avril 2014.\" id=\"return-footnote-713-27\" href=\"#footnote-713-27\" aria-label=\"Footnote 27\"><sup class=\"footnote\">[27]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le conseil que le ministre \u2013 \u00e9conomiste de formation \u2013 envoyait aux agriculteurs et agricultrices \u00e9tait donc de comparer les co\u00fbts de la production conventionnelle (externalit\u00e9s) et tous les b\u00e9n\u00e9fices des productions agro\u00e9cologiques (meilleur rendement par une approche globale) pour estimer les gains qu\u2019apporterait le passage \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019id\u00e9e est simple, et chacun doit pouvoir faire l\u2019effort de la comprendre\u00a0: si l\u2019on baisse les consommations interm\u00e9diaires gr\u00e2ce auxquelles s\u2019est construite l\u2019agriculture depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, c\u2019est-\u00e0-dire si l\u2019on consomme moins d\u2019\u00e9nergies fossiles, moins de phytosanitaires, moins d\u2019antibiotiques, le r\u00e9sultat est bon non seulement pour l\u2019environnement, mais \u00e9galement pour l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique des exploitations<a class=\"footnote\" title=\"idem.\" id=\"return-footnote-713-28\" href=\"#footnote-713-28\" aria-label=\"Footnote 28\"><sup class=\"footnote\">[28]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment deux concepts \u00e9conomiques, la productivit\u00e9 et la comp\u00e9titivit\u00e9, qui permettent au minist\u00e8re de pr\u00e9senter les enjeux environnementaux et \u00e9conomiques de mani\u00e8re li\u00e9e\u00a0: si pour une entreprise, quelle qu\u2019elle soit, l\u2019enjeu est de produire davantage en diminuant les co\u00fbts, cela s\u2019appelle de la productivit\u00e9 et, \u00e0 l\u2019international, cela implique des gains de comp\u00e9titivit\u00e9. Dans l\u2019agriculture, si les ressources naturelles sont int\u00e9gr\u00e9es par les agriculteurs et agricultrices comme des co\u00fbts, alors il est dans leur int\u00e9r\u00eat de diminuer l\u2019usage de ces ressources co\u00fbteuses pour am\u00e9liorer l\u2019efficience de leur exploitation\u00a0: \u00ab\u00a0On essaye de dire aux agriculteurs que quand on pollue, on gaspille des facteurs de production\u00a0! \u00c7a fait des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires pour l\u2019agriculteur\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Extrait du discours de S. Le Foll lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse organis\u00e9e pour la remise du rapport de M. Guillou, 11 juin 2013 (retranscription personnelle).\" id=\"return-footnote-713-29\" href=\"#footnote-713-29\" aria-label=\"Footnote 29\"><sup class=\"footnote\">[29]<\/sup><\/a>. La pr\u00e9sentation de l\u2019agro\u00e9cologie se fait alors d\u00e9politis\u00e9e, int\u00e9grative, non id\u00e9ologique, au service de la seule performance<a class=\"footnote\" title=\"On notera la mobilisation significative du lexique de la productivit\u00e9\u00a0dans le discours du ministre : \u00ab\u00a0C\u2019est un principe qui n\u2019est pas forc\u00e9ment celui de demander combien il a produit, mais comment il a fait pour produire cela avec si peu. Voil\u00e0 l\u2019enjeu. En faisant cela, nous entrons dans un autre processus qui est celui de la marge nette, la marge brute. Ce n\u2019est plus seulement celui de la quantit\u00e9 produite, mais aussi celui de ce \u00e0 quoi j\u2019ai d\u00fb recourir pour produire\u00a0\u00bb. Voici donc la conclusion \u00e0 laquelle arrivait le ministre qui entendait \u00ab\u00a0concilier cet engagement sur la performance \u00e9conomique et la performance \u00e9cologique \u00bb gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019argument f\u00e9d\u00e9rateur de la diminution des co\u00fbts (co\u00fbts pour le producteur et m\u00e9faits sur l\u2019environnement \u00e9tant sym\u00e9triques). Source\u00a0: xonclusion de la conf\u00e9rence nationale \u00ab\u00a0Agriculture\u00a0: Produisons autrement, 18 d\u00e9cembre 2012.\" id=\"return-footnote-713-30\" href=\"#footnote-713-30\" aria-label=\"Footnote 30\"><sup class=\"footnote\">[30]<\/sup><\/a>. \u00ab\u00a0Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Le Figaro, \u00ab\u00a0St\u00e9phane Le Foll: \u2018\u2018Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u2019\u2019\u00a0\u00bb, 17\/02\/2015.\" id=\"return-footnote-713-31\" href=\"#footnote-713-31\" aria-label=\"Footnote 31\"><sup class=\"footnote\">[31]<\/sup><\/a>. Avec l\u2019agro\u00e9cologie, les pays du Nord continueront bien de vouloir r\u00e9duire les co\u00fbts et produire plus \u2013 ce qui n\u2019augure en rien une d\u00e9sintensification de la guerre commerciale dans la mondialisation (Pouch, 2012; Abis et Brun, 2020).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un bilan qui peut encourager les pays du Sud \u00e0 suivre leur propre voie de d\u00e9veloppement agro\u00e9cologique?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La th\u00e9orie des transferts et des circulations\u00a0: s\u2019inspirer de quoi exactement?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est normal qu\u2019un concept de politique publique comme l\u2019agro\u00e9cologie subisse une modification lors des \u00e9changes internationaux. C\u2019est toute la litt\u00e9rature sur les transferts et les circulations internationales de normes qui nous en informe. Pour Dolowitz et Marsh, le transfert de politique publique peut \u00eatre d\u00e9fini ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Policy transfer is initiated by jurisdictions, international organisations, agencies, etc. in order to develop policy that adresses a particular policy issue\/problem\u00a0\u00bb (Dolowitz et Marsh, 2012, p.\u00a0339). Cette approche a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e, car elle comporterait le risque de pr\u00e9senter les logiques de diffusion selon une vision trop descendante et trop uniforme\u00a0: peut-on isoler un acteur\u00a0unique qui serait \u00e0 l\u2019origine des transferts (Bulmer, 2007)? Le mod\u00e8le propos\u00e9 par Dolowitz et Marsh a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 \u00e9galement pour la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir ce qu\u2019est un transfert \u00ab\u00a0r\u00e9ussi\u00a0\u00bb de politique publique (<em>a succesfull policy<\/em>) sans tomber dans une \u00e9valuation normative de la politique en question<a class=\"footnote\" title=\"Marsh et McConnell ont propos\u00e9 d\u2019\u00e9valuer trois types de succ\u00e8s\u00a0: le \u00ab\u00a0process success\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0programmatic success\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0political success\u00a0\u00bb, mais cette distinction reste difficile \u00e0 op\u00e9rationnaliser (McCann, Ward, 2012).\" id=\"return-footnote-713-32\" href=\"#footnote-713-32\" aria-label=\"Footnote 32\"><sup class=\"footnote\">[32]<\/sup><\/a>. Le mod\u00e8le a aussi \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de discussions parce qu\u2019il ne prendrait pas assez en compte les asym\u00e9tries et les logiques de pouvoir entre les acteurs<a class=\"footnote\" title=\"Sur cette controverse, voir les \u00e9changes entre Benson et Andrew (2001) et Dussauge-Laguna (2012).\" id=\"return-footnote-713-33\" href=\"#footnote-713-33\" aria-label=\"Footnote 33\"><sup class=\"footnote\">[33]<\/sup><\/a> \u2013 m\u00eame si Dolowitz et Marsh rappellent qu\u2019ils envisagent la possibilit\u00e9 de transferts contraints (Dolowitz et Marsh, <em>ibid<\/em>., p.\u00a0340; Dolowitz, 2010, p.\u00a010).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ainsi que l\u2019approche par la \u00ab\u00a0circulation internationale des normes\u00a0et des id\u00e9es\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e pour compl\u00e9ter la litt\u00e9rature sur les transferts (Kaluzsinski Payre, 2013). Qu\u2019ils soient sur le transfert ou sur la circulation internationale des id\u00e9es, ces travaux ont tous en commun de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la dimension exog\u00e8ne de la fabrique de l\u2019action publique et \u00e0 la place qu\u2019y occupent des sources ext\u00e9rieures. Ils montrent que les processus de construction, de diffusion et d\u2019institutionnalisation de r\u00e8gles formelles et informelles, de proc\u00e9dures, de croyances et de normes, entre une institution mod\u00e8le et des importateurs, sont une logique de diffusion interinstitutionnelle tr\u00e8s fr\u00e9quente. Or, comme Delpeuch l\u2019\u00e9voque, \u00ab\u00a0le transfert d\u2019une solution d\u2019action publique d\u2019un contexte \u00e0 un autre implique toujours une transformation plus ou moins importante du mod\u00e8le d\u2019origine\u00a0\u00bb (Delpeuch, 2009, p.\u00a0162). En effet, la finalit\u00e9 de l\u2019emprunt est rarement la reproduction fid\u00e8le du mod\u00e8le, mais le souci d\u2019apporter une r\u00e9ponse \u00e0 un probl\u00e8me politique. L\u2019op\u00e9ration de transplantation engage des processus de traduction et d\u2019emprunt s\u00e9lectif qui entra\u00eenent immanquablement une mutation du mod\u00e8le. Par ailleurs, la solution import\u00e9e, une fois mise en \u0153uvre, a g\u00e9n\u00e9ralement des effets impr\u00e9vus\u00a0: les probl\u00e8mes qu\u2019elle fait surgir dans le contexte de r\u00e9ception ne sont pas les m\u00eames que ceux qu\u2019elle suscite dans le contexte d\u2019origine (Deeg, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le mot d\u2019ordre agro\u00e9cologique peut-il d\u00e8s lors modifier un syst\u00e8me et en laisser un autre inchang\u00e9? Les <em>Policy Transfer Studies<\/em> ont essay\u00e9 d\u2019expliquer pour quelles raisons tel emprunt affecte les caract\u00e9ristiques fondamentales du receveur tandis que tel autre ne provoque que des mutations superficielles. Il en ressort que le fait d\u2019importer un instrument de politique publique depuis un contexte o\u00f9 pr\u00e9domine une certaine matrice cognitive et normative pour l\u2019introduire dans un contexte o\u00f9 pr\u00e9vaut une autre configuration de normes, croyances et repr\u00e9sentations, peut avoir pour effet de saper la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019ensemble des cadres et des modalit\u00e9s d\u2019action publique en vigueur dans le contexte de r\u00e9ception (Muller et Surel, 2000). Un effet fr\u00e9quemment relev\u00e9 dans la litt\u00e9rature est la complexification du contexte de r\u00e9ception\u00a0: l\u2019insertion d\u2019apports exog\u00e8nes y suscite des ph\u00e9nom\u00e8nes tels que la cristallisation spontan\u00e9e ou la cr\u00e9ation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019acteurs nouveaux, l\u2019\u00e9mergence d\u2019attentes sociales nouvelles, l\u2019apparition de nouveaux clivages et conflits (Westney, 1997). C\u2019est ainsi que quelques pr\u00e9cautions devraient \u00eatre formul\u00e9es si des pays voulaient s\u2019inspirer de l\u2019exp\u00e9rience fran\u00e7aise en mati\u00e8re agro\u00e9cologique et pr\u00e9tendre transf\u00e9rer certains points d\u2019un \u00e9ventuel \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9clatement des mesures <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour \u00e9viter certains effets de la \u00ab\u00a0puissance de conformation des politiques environnementales import\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb (Renou, Ba et Diallo, ici m\u00eame), nous soulignerons dans cette partie comment les politiques environnementales promues dans les pays du Nord ont pu, en mati\u00e8re agro\u00e9cologique, obtenir des r\u00e9sultats parfois tout \u00e0 fait oppos\u00e9s aux attentes. En France, le premier probl\u00e8me du projet agro\u00e9cologique pr\u00e9sent\u00e9 plus haut a \u00e9t\u00e9 celui de l\u2019\u00e9clatement des mesures. Si l\u2019on d\u00e9taille davantage le plan d\u2019action gouvernemental, on peut lister en effet une foule de mesures, concernant \u00e0 la fois l\u2019enseignement agricole (r\u00e9vision des dipl\u00f4mes, formation des enseignant\u00b7e\u00b7s des lyc\u00e9es agricoles), la recherche et le d\u00e9veloppement, l\u2019accompagnement technique des agriculteurs et agricultrices et la sensibilisation des agents du minist\u00e8re. Un chantier visant la mobilisation des fili\u00e8res de distribution et de commercialisation des produits agricoles a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 ainsi que certaines aides aux agriculteurs et agricultrices\u00a0(majoration des aides \u00e0 l\u2019installation pour les projets en agro\u00e9cologie). Les dotations financi\u00e8res pour les jeunes agriculteurs et agricultrices ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9es lorsqu\u2019ils et elles s\u2019ins\u00e8rent dans les circuits courts; des aides \u00e0 l\u2019investissement en cas de recherche de double performance ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9es. Le plan fran\u00e7ais a soutenu la cr\u00e9ation des \u00ab\u00a0groupements d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique et environnemental\u00a0\u00bb (GIEE) \u2013 un label qui devrait permettre \u00e0 des collectifs d\u2019agriculteurs et agricultrices de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019aides de mani\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rentielle. Ces GIEE ne sont n\u00e9anmoins bas\u00e9s que sur le volontariat\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat mise surtout sur eux pour impulser le changement\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie dans l\u2019Ain, 3 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-34\" href=\"#footnote-713-34\" aria-label=\"Footnote 34\"><sup class=\"footnote\">[34]<\/sup><\/a>. Au sein des collectifs d\u2019agriculteurs et d\u2019agricultrices r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9s, qu\u2019il s\u2019agisse de GIEE ou de simples associations, se c\u00f4toient en effet producteurs et productrices \u00ab\u00a0biologiques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0conventionnel\u00b7le\u00b7s\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je travaille avec des conventionnels; j\u2019ai une exploitation en c\u00e9r\u00e9ales diversifi\u00e9es qui est bio, mais je connais les produits, les doses\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie (AE) dans l\u2019Ain, 3 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-35\" href=\"#footnote-713-35\" aria-label=\"Footnote 35\"><sup class=\"footnote\">[35]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, depuis 2015, des MAEC (mesures agro-environnementales et climatiques) ont \u00e9t\u00e9 mises en place dans le cadre de la nouvelle Politique agricole commune; les r\u00e9gions pourront introduire, si elles le souhaitent, des crit\u00e8res agro\u00e9cologiques. Mais pour certain\u00b7e\u00b7s militant\u00b7e\u00b7s, cette nouvelle politique ne favoriserait pas v\u00e9ritablement la transition agro\u00e9cologique en tant que telle\u00a0: \u00ab\u00a0personne ne sera exclue [\u2026]. En fait, on maintient encore les pratiques existantes sans vraiment faire de l\u2019\u00e9co-conditionnalit\u00e9\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019AE dans l\u2019Ain, 3 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-36\" href=\"#footnote-713-36\" aria-label=\"Footnote 36\"><sup class=\"footnote\">[36]<\/sup><\/a>. La volont\u00e9 minist\u00e9rielle de ne pas stigmatiser les agriculteurs et agricultrices \u00e0 partir de leurs pratiques se retrouve dans la pr\u00e9tention \u00e0 ne pas cliver agriculture et environnement, et donc \u00e0 \u00e9viter de choisir, au sein du minist\u00e8re, un portage de la r\u00e9forme qui serait interpr\u00e9t\u00e9 comme un signal trop direct en faveur de l\u2019environnement ou de l\u2019\u00e9conomie. Le choix de nommer <em>intuitu personae <\/em>un\u00b7e chef de projet \u00ab\u00a0agro\u00e9cologie et d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture\u00a0\u00bb au sein de l\u2019inattendue Direction des affaires europ\u00e9ennes proc\u00e8de d\u2019un tel calcul \u2013 comme le reconna\u00eet fort bien l\u2019int\u00e9ress\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0il fallait trouver une mission pas trop connot\u00e9e, ni sur l\u2019environnement, ni sur les fili\u00e8res\u00a0\u00bb. En parlant de performance \u00e9conomique et environnementale, le ministre tente de f\u00e9d\u00e9rer; \u00ab\u00a0quand on dit \u2018\u2018produire plus, produire mieux\u2019\u2019, globalement tout le monde peut partager \u00e7a\u00a0\u00bb indique-t-on au minist\u00e8re<a class=\"footnote\" title=\"Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, de l\u2019agroalimentaire et de la for\u00eat, 22 avril 2015.\" id=\"return-footnote-713-37\" href=\"#footnote-713-37\" aria-label=\"Footnote 37\"><sup class=\"footnote\">[37]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le probl\u00e8me du caract\u00e8re exag\u00e9r\u00e9ment int\u00e9grateur du programme fran\u00e7ais est de ne pas distinguer clairement les projets suffisamment \u00e9cologiques et les autres. Une \u00e9tude men\u00e9e par Barbier, Derbez et Lamine (2020) au sein du projet \u00ab\u00a0Observatoire des Transitions Agro\u00c9cologiques\u00a0\u00bb s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la diversit\u00e9 des projets pouvant \u00eatre valid\u00e9s comme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb par le minist\u00e8re fran\u00e7ais. Ils ont analys\u00e9 \u00e0 la fois l\u2019appel \u00e0 projet \u00ab\u00a0Mobilisation Collective pour l\u2019Agro-\u00c9cologie\u00a0\u00bb (MCAE) lanc\u00e9 en 2013 par le minist\u00e8re de l\u2019agriculture, r\u00e9alis\u00e9 le suivi ethnographique de 16 projets laur\u00e9ats et observ\u00e9 les processus r\u00e9gionaux de labellisation. Ils soulignent que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la construction de l\u2019AAP [appel \u00e0 projet minist\u00e9riel] est recherch\u00e9e une vision syst\u00e9mique et multi-acteurs de l\u2019agro\u00e9cologie, et une vision elle aussi ouverte de la transition agro\u00e9cologique, les collectifs \u00e9tant invit\u00e9s \u00e0 construire leurs propres chemins et indicateurs. Au niveau des projets MCAE, on observe de fait une diversit\u00e9 de visions de l\u2019agro\u00e9cologie et de trajectoires [\u2026]. Des collectifs s\u2019inscrivant dans des mod\u00e8les agricoles \u00ab\u00a0en recherche de l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb, comme par exemple l\u2019agriculture de conservation des sols, se saisissent de ces instruments pour appuyer leurs transitions. En ce sens, le caract\u00e8re volontairement englobant de cette nouvelle cat\u00e9gorie d\u2019action publique g\u00e9n\u00e8re des effets paradoxaux de [\u2026] l\u00e9gitimation de mod\u00e8les agricoles dont le caract\u00e8re \u00e9cologique est objet de controverses (ce qui est le cas, dans l\u2019agriculture de conservation, pour certains mod\u00e8les de sans-labour reposant sur un usage important du glyphosate) [\u2026] (Barbier, Derbez et Lamine, 2020, p.\u00a049).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Leurs auteurs concluent leur \u00e9tude en soulignant la grande diversit\u00e9 des projets r\u00e9unis sous le label englobant d\u2019agro\u00e9cologie (y compris des pratiques utilisant de tr\u00e8s controvers\u00e9s herbicides chimiques non s\u00e9lectifs), en parlant m\u00eame d\u2019\u00ab\u00a0ind\u00e9termination\u00a0\u00bb des instruments d\u2019action publique mis en place pour la transition agro\u00e9cologique en France (titre de leur chapitre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le risque d\u2019un \u00ab\u00a0colonialisme vert\u00a0\u00bb avec de nouvelles d\u00e9finitions de l\u2019agro\u00e9cologie impos\u00e9es par les institutions internationales?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La diversit\u00e9 des politiques men\u00e9es en France au nom de l\u2019agro\u00e9cologie peut laisser songeur ou songeuse. Et la diff\u00e9rence entre la flexibilit\u00e9 du terme dans le contexte des pays d\u00e9velopp\u00e9s, et au contraire un risque de mod\u00e8le unique impos\u00e9 aux pays du Sud, peut amener \u00e0 avancer avec pr\u00e9caution. Car pour les pays en d\u00e9veloppement, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, les injonctions \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie sont l\u00e9gion \u2013 au point de parler d\u2019une forme de \u00ab\u00a0nouveau colonialisme vert\u00a0\u00bb (Blanc, 2020). On peut noter en tout cas que les pressions au changement sur l\u2019agro\u00e9cologie se sont fait sentir de mani\u00e8re pressante au niveau mondial depuis la fin des ann\u00e9es 2000. En 2011 Olivier de Schutter a fourni un rapport sur le sujet \u00e0 l\u2019Organisation des Nations unies. Les 18 et 19 septembre 2014 \u00e0 Rome s\u2019est tenu le premier symposium international de la FAO sur l\u2019agro\u00e9cologie, r\u00e9unissant une trentaine de pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Promue par des institutions internationales, la notion de transition agricole risque, comme le rappelle Manon Tassel (2018), d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0galvaud\u00e9e\u00a0\u00bb en figurant d\u00e9sormais en bonne place dans les pr\u00e9ceptes n\u00e9o-lib\u00e9raux du <em>New Public Management<\/em> (Barone <em>et al.<\/em>, 2018). C\u2019est ainsi que Marie Habranski (2020) a montr\u00e9 comment le secteur agricole avait \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 par les institutions internationales dans les r\u00e9flexions sur la gouvernance globale du climat. Jusqu\u2019\u00e0 la Conf\u00e9rence des Parties (COP) de Durban en\u00a02011, l\u2019agriculture \u00e9tait pourtant quasiment absente des n\u00e9gociations sur le climat. Mais \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a02000 une fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9 s\u2019est ouverte en faveur de la mise \u00e0 l\u2019agenda des enjeux agricoles dans la gouvernance du climat. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019a \u00e9merg\u00e9 la notion de\u00a0<em>climat smart agriculture<\/em>\u00a0(CSA), traduite en fran\u00e7ais par l\u2019expression \u00ab\u00a0agriculture climato-intelligente\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb. Depuis l\u2019agriculture est progressivement devenue l\u2019un des enjeux majeurs des COP de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La FAO\u00a0notamment n\u2019a eu de cesse de montrer que l\u2019adaptation de l\u2019agriculture \u00e9tait un levier privil\u00e9gi\u00e9 pour r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. Une s\u00e9rie d\u2019initiatives politiques a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e dans les pays en d\u00e9veloppement, notamment \u00e0 Hano\u00ef en\u00a02012, puis \u00e0 Johannesburg en\u00a02013, \u00e0 l\u2019initiative de la FAO. L\u2019ouverture au secteur agro-industriel priv\u00e9 a pourtant conduit un certain nombre d\u2019organisations paysannes, de d\u00e9veloppement et des organisations proches de l\u2019altermondialisme \u00e0 pointer les responsabilit\u00e9s de la FAO dans une approche trop large des questions agro\u00e9cologiques et des solutions au changement climatique, faisant la part belle \u00e0 des multinationales r\u00e9put\u00e9es comme d\u2019immenses pollueurs. En septembre\u00a02014, lors du Symposium d\u2019agro\u00e9cologie, un r\u00e9seau d\u2019expert\u00b7e\u00b7s scientifiques a envoy\u00e9 une lettre sign\u00e9e \u00e0 la FAO pour lui signifier son opposition. Le document soulignait \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9vincement de la justice sociale et environnementale\u00a0\u00bb. Peu de temps apr\u00e8s, \u00e0 l\u2019approche de la COP21\u00a0de Paris en\u00a02015, 355\u00a0ONG ont r\u00e9dig\u00e9 une \u00ab\u00a0Lettre ouverte de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 propos de l\u2019Alliance Globale pour une agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e9lant notamment\u00a0que \u00ab\u00a060\u00a0% des membres du secteur priv\u00e9 de la Gacsa<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Global Alliance for Climate-Smart Agriculture\u00a0\u00bb (GACSA) ou, en fran\u00e7ais, Alliance Globale pour une agriculture intelligente face au climat.\" id=\"return-footnote-713-38\" href=\"#footnote-713-38\" aria-label=\"Footnote 38\"><sup class=\"footnote\">[38]<\/sup><\/a> op\u00e8rent dans le secteur des engrais. Certaines multinationales dont les impacts sociaux et environnementaux sont questionnables, telles que Monsanto, Walmart et McDonalds, ont m\u00eame lanc\u00e9 leurs propres programmes\u00a0\u00bb. Comme le conclut Hrabanski (2020, p.\u00a0206) \u00ab\u00a0en faisant \u00e0 la fois la promotion de la\u00a0<em>climat smart agriculture<\/em>\u00a0et de l\u2019agro\u00e9cologie, la FAO d\u00e9politise les d\u00e9bats et d\u00e9fend une posture consensuelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, \u00e0 faire la place aux grandes entreprises du secteur de la chimie et de l\u2019agroalimentaire, en adoptant des d\u00e9finitions tellement extensives de l\u2019agro\u00e9cologie qu\u2019elles en perdent leur charge contestataire et alternative, en soutenant une approche faible de la soutenabilit\u00e9 qui ne remet pas en cause les principes de la mondialisation lib\u00e9rale en mati\u00e8re alimentaire, les institutions internationales risquent de soumettre les pays en d\u00e9veloppement et leur secteur agricole \u00e0 des injonctions contradictoires. Comme le montre Bonny (2020), la modernisation de l\u2019agriculture encourag\u00e9e par les institutions internationales a conduit depuis soixante-dix ans \u00e0 la baisse des prix agricoles et \u00e0 la chute du nombre d\u2019exploitations dans les pays o\u00f9 l\u2019agriculture a une part importante. Si les appels \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie sont aujourd\u2019hui le reflet des nouvelles missions que beaucoup d\u2019acteurs et d\u2019actrices politiques, de citoyen\u00b7ne\u00b7s et d\u2019associations donnent \u00e0 l\u2019agriculture, les objectifs de baisse des co\u00fbts et d\u2019am\u00e9lioration de la productivit\u00e9 continuent de peser. D\u2019autant plus que la concurrence internationale est exacerb\u00e9e, car tradeurs et tradeuses, courtier\u00b7e\u00b7s, industries de transformation et centrales d\u2019achat de la grande distribution cherchent toujours \u00e0 s\u2019approvisionner \u00e0 moindre co\u00fbt sur le march\u00e9 mondial. Bonny rappelle utilement \u00e0 cet \u00e9gard que<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019am\u00e9lioration des rendements fut [\u2026] une des voies principales recherch\u00e9es pour accro\u00eetre les volumes produits, r\u00e9duire les co\u00fbts moyens unitaires de production des denr\u00e9es et am\u00e9liorer les revenus agricoles. Les agriculteurs ont cherch\u00e9 \u00e0 augmenter la production par actif, par <em>ha<\/em> et par animal, d\u2019o\u00f9 un accroissement des intrants utilis\u00e9s, un changement des vari\u00e9t\u00e9s et le recours \u00e0 des races animales plus efficientes en termes de production obtenue par unit\u00e9 d\u2019aliment consomm\u00e9 [\u2026]. L\u2019emploi d\u2019intrants est aussi d\u00fb aux crit\u00e8res de qualit\u00e9 de plus en plus exigeants d\u00e9finis par l\u2019aval. Organismes collecteurs, industries de transformation, grande distribution et consommateurs exigent tous des produits agricoles r\u00e9pondant \u00e0 des crit\u00e8res stricts d\u2019apparence, calibre, teneur en prot\u00e9ines et en contaminants tels les mycotoxines, etc., toutes demandes induisant souvent l\u2019emploi d\u2019engrais, pesticides et irrigation pour les satisfaire \u2013 et ce avec un volume suffisant. [\u2026] L\u2019intensification para\u00eet li\u00e9e notamment aux rapports de prix et aux demandes des secteurs en aval. De la sorte, en mati\u00e8re d\u2019\u00e9volution de l\u2019agriculture, on ne peut pas incriminer principalement les firmes d\u2019amont, les politiques agricoles ou les agriculteurs eux-m\u00eames. Ces derniers durent se moderniser, ou sinon dispara\u00eetre. Mais paradoxalement ils semblent \u00eatre pass\u00e9s d\u2019une forme de retard \u00e0 une autre. On jugeait nagu\u00e8re leurs pratiques trop traditionnelles, on d\u00e9plore aujourd\u2019hui leur modernisation (conventionnelle) excessive\u00a0(Bonny, 2020, p.\u00a0166).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En \u00e9tendant cette analyse \u00e0 l\u2019\u00e9tude des rapports Nord-Sud, on pourrait conclure que les agricultures des pays en d\u00e9veloppement, longtemps somm\u00e9es de se moderniser pour int\u00e9grer le march\u00e9 mondial et fournir au meilleur prix des produits alimentaires calibr\u00e9s pour satisfaire les crit\u00e8res sanitaires et de qualit\u00e9 des march\u00e9s du Nord (homog\u00e9n\u00e9isation des produits, des calibres, aspects, saveurs) ne risquent-elles pas de voir se retourner les injonctions aujourd\u2019hui \u2013 alors m\u00eame que la pression aux co\u00fbts et la concurrence internationale restent inchang\u00e9es?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9tudiant le cas de la France dans un premier temps, nous avons montr\u00e9 que ses politiques publiques avaient \u00e9t\u00e9 longtemps r\u00e9tives au tournant environnemental en mati\u00e8re agricole. Le changement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l\u2019agriculture depuis la fin de la 2de Guerre mondiale s\u2019est d\u2019abord appuy\u00e9 sur un r\u00e9f\u00e9rentiel modernisateur (Muller, 2000b) insistant sur l\u2019intensification, la baisse des prix et l\u2019insertion r\u00e9solue des exploitant\u00b7e\u00b7s agricoles dans la comp\u00e9tition et les march\u00e9s internationaux. Le tournant pris en 2012 par le ministre fran\u00e7ais de l\u2019agriculture St\u00e9phane Le Foll qui annon\u00e7ait un \u00ab\u00a0changement majeur\u00a0\u00bb et un verdissement in\u00e9dit de l\u2019agriculture fran\u00e7aise (\u00ab\u00a02012 aura \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e de la prise de conscience\u00a0\u00bb, annon\u00e7ait le ministre) peut sembler \u00e0 cet \u00e9gard une rupture \u00e9tonnante. Comment expliquer l\u2019appel du minist\u00e8re fran\u00e7ais \u00e0 un tournant agro\u00e9cologique?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le changement du minist\u00e8re fran\u00e7ais pouvait sembler d\u2019autant plus surprenant que l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e comme un concept alternatif et militant contre les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement agricoles impos\u00e9s par les pays du Nord. Le concept d\u2019agro\u00e9cologie, \u00e0 la fois discut\u00e9 dans le champ scientifique, port\u00e9 par des figures engag\u00e9es, voire pol\u00e9miques, n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment le plus f\u00e9d\u00e9rateur\u00a0: pourquoi le ministre fran\u00e7ais s\u2019y est-il ralli\u00e9? Nous avons montr\u00e9 dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article que la notion de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie, a d\u2019abord permis de d\u00e9charger l\u2019agro\u00e9cologie d\u2019une partie de sa dimension radicale et contestataire. En effet, parler de transition sous-entend un mouvement progressif plut\u00f4t qu\u2019une r\u00e9volution, un ensemble d\u2019innovations graduelles plut\u00f4t qu\u2019une rupture potentiellement conflictuelle. Nous avons vu ensuite que les projets valid\u00e9s depuis 2014 comme \u00ab\u00a0agro\u00e9cologiques\u00a0\u00bb par le minist\u00e8re fran\u00e7ais \u00e9taient tr\u00e8s vari\u00e9s, et qu\u2019une une conception de soutenabilit\u00e9 faible associ\u00e9e \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie risquait de retoiletter \u00e0 nouveaux frais, et ne faire que reproduire la vieille antienne des n\u00e9cessaires gains de productivit\u00e9 et de comp\u00e9titivit\u00e9 en mati\u00e8re agricole. Une approche faible de l\u2019agro\u00e9cologie autorise en effet le minist\u00e8re \u00e0 n\u2019y voir qu\u2019une mani\u00e8re d\u2019utiliser les ressources naturelles de mani\u00e8re plus efficiente, r\u00e9duire les co\u00fbts et continuer \u00e0 produire plus en d\u00e9pensant moins\u00a0: \u00ab\u00a0Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus\u00a0\u00bb, synth\u00e9tise le ministre <a class=\"footnote\" title=\"Le Figaro, \u00ab\u00a0St\u00e9phane Le Foll: \u2018Le concept de l'agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u2019\u00a0\u00bb, 17\/02\/2015.\" id=\"return-footnote-713-39\" href=\"#footnote-713-39\" aria-label=\"Footnote 39\"><sup class=\"footnote\">[39]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on se place du point de vue des pays en d\u00e9veloppement, ce bilan critique du \u00ab\u00a0tournant agro\u00e9cologique\u00a0\u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise peut encourager \u00e0 se m\u00e9fier des injonctions contradictoires que des institutions internationales peuvent leur adresser sous couvert d\u2019agro\u00e9cologie. Si l\u2019agro\u00e9cologie peut effectivement \u00eatre un outil d\u2019\u00e9mancipation pour des travailleurs et travailleuses des pays du Sud en ceci qu\u2019elle promeut les fili\u00e8res courtes et le respect des pratiques locales, une approche faible et d\u00e9politis\u00e9e de l\u2019agro\u00e9cologie risque au contraire de laisser inchang\u00e9s les rapports de pouvoir entre agricultures des pays du Sud et march\u00e9s des pays du Nord, tant que ce sont ces derniers qui dictent les attentes, les calibres et les r\u00e9f\u00e9rentiels de production attendus sur le march\u00e9 agricole mondialis\u00e9.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abis, S\u00e9bastien et Brun, Matthieu. 2020. G\u00e9opolitique de l\u2019agriculture europ\u00e9enne. <em>\u00c9tudes<\/em>, <em>2<\/em>, 17-28.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abramovay, Ricardo. 2007. 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Il a publi\u00e9 en 2016 son premier ouvrage \u00ab\u00a0Gouverner par les incitations\u00a0\u00bb. Il a ensuite publi\u00e9 le livre \u00ab\u00a0Justice et injustices sociales\u00a0\u00bb en 2019, puis \u00ab\u00a0Sociologie et politiques urbaines\u00a0\u00bb en 2020. Apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 \u00e0 AgroParisTech, Clermont-Ferrand et Nancy, Mehdi Arrignon dispense actuellement des cours de politiques publiques compar\u00e9es dans diff\u00e9rents contextes, notamment \u00e0 la facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie de Grenoble, \u00e0 Sciences Po Grenoble et Sciences Po Lyon et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Internationale de Rabat.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-713-1\">En 2013, le second pilier ne repr\u00e9sentait par exemple que 23,4\u00a0% du budget de la PAC, le pilier 1 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019organisation des march\u00e9s et aux paiements directs aux agriculteurs et agricultrices accaparant le reste, soit 76,6\u00a0% des cr\u00e9dits d\u2019engagement de l\u2019UE. Source\u00a0: https:\/\/www.consilium.europa.eu\/fr\/policies\/cap-reform\/cap-financing\/. <a href=\"#return-footnote-713-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-2\">Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, 22 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-3\">Le Figaro \u00ab\u00a0Agriculture : la FNSEA prend une nouvelle fois pour cible St\u00e9phane Le Foll\u00a0\u00bb, 25\/03\/2014. <a href=\"#return-footnote-713-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-4\">La France agricole, \u00ab Xavier Beulin\u00a0: \u2018\u2018Le sujet du moment n\u2019est pas l\u2019agro-\u00e9cologie\u2019\u2019 \u00bb, 28 mars 2013, disponible en ligne sur\u00a0:&lt;lafranceagricole.fr&gt;. <a href=\"#return-footnote-713-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-5\">Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For\u00eat, 22 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-6\">Sans les listes dissidentes class\u00e9es comme \u00ab apparent\u00e9es \u00bb par le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture <a href=\"#return-footnote-713-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-7\">La Coordination rurale s\u2019est faite entendre par des p\u00e9titions contre des mesures environnementales \u2013 notamment contre les Zones de Non Traitement \u00e0 proximit\u00e9 des riverains. <a href=\"#return-footnote-713-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-8\"><em>idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-713-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-9\">Les amis de la Terre, \u00ab Le loup dans la bergerie. Analyse de l\u2019intensification durable de l\u2019agriculture \u00bb, octobre 2012. <a href=\"#return-footnote-713-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-10\">Source\u00a0: Entretien avec un administrateur de l\u2019association Terre et Humanisme, 27 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-11\">F. Nicolino, \u00ab\u00a0Le Foll invente \u00ab l\u2019agriculture \u00e9cologiquement intensive \u00bb, <em>Charlie Hebdo<\/em>, 21 ao\u00fbt 2013. <a href=\"#return-footnote-713-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-12\">Voir l\u2019historique dans\u00a0: Centre d\u2019\u00e9tudes et de prospective, 2013. <a href=\"#return-footnote-713-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-13\">Voir\u00a0: C. David, A. Wezel, S. Bellon, T Dor\u00e9, E. Mal\u00e9zieux, \u00ab\u00a0Agro-\u00e9cologie\u00a0\u00bb, <em>Les mots d\u2019agronomie<\/em>\u00a0[Disponible en ligne sur\u00a0: <em>mots-agronomie.inra.fr<\/em>]. <a href=\"#return-footnote-713-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-14\">Benjamin Roger, \u00ab\u00a0Burkina Faso : Sankara, Rabhi et l\u2019agro\u00e9cologie\u00a0\u00bb, <em>Jeune Afrique<\/em>, 15 mai 2015. <a href=\"#return-footnote-713-14\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 14\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-15\"><em>idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-713-15\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 15\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-16\">Le terme est employ\u00e9 par Goodman, Sorj et Wilkinson (1987)\u00a0et est repris par Pierre Stassart dans Van Dam <em>et al.<\/em>, 2012, p.\u00a026. <a href=\"#return-footnote-713-16\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 16\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-17\">Sur les critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Rhabi, par exemple, voir Kindo \u00ab\u00a0Contre Pierre Rabhi\u00a0\u00bb, <em>M\u00e9diapart<\/em>, 12 juillet 2014. <a href=\"#return-footnote-713-17\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 17\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-18\">Sous Emmanuel Macron, le terme \u00ab\u00a0solidarit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 pour faire place \u00e0 un simple \u00ab\u00a0Minist\u00e8re de la transition \u00e9cologique\u00a0\u00bb. <a href=\"#return-footnote-713-18\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 18\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-19\">Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For\u00eat, 22 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-19\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 19\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-20\">Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, de l\u2019agroalimentaire et de la for\u00eat, 13 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-20\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 20\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-21\">Entretien avec le pr\u00e9sident d'une section d\u00e9partementale UDSEA\/FNSEA, 5 mai 2015. <a href=\"#return-footnote-713-21\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 21\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-22\">Entretien avec un formateur militant au sein de l\u2019association Terre et Humanisme, 13 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-22\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 22\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-23\">Vandewalle, \u00ab\u00a0Bl\u00e9\u00a0: la France devrait maintenir sa vocation exportatrice\u00a0\u00bb, <em>La France Agricole<\/em>, n\u00b03428, 23 mars 2012. <a href=\"#return-footnote-713-23\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 23\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-24\">Rabhi, \u00ab\u00a0Vers la sobri\u00e9t\u00e9 heureuse\u00a0\u00bb, <em>Actes Sud<\/em>, 2010. <a href=\"#return-footnote-713-24\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 24\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-25\">\u00ab\u00a0Tout miser sur l\u2019export acc\u00e9l\u00e9rera la disparition des paysans\u00a0\u00bb (Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne), <em>La France agricole<\/em>, 18 avril 2014; \u00ab\u00a0La Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne pointe les risques de l\u2019export de produits agricoles\u00a0\u00bb, <em>Terre Dauphinoise<\/em>, 16\/04\/2014. <a href=\"#return-footnote-713-25\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 25\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-26\">Plassart, \u00ab\u00a0Xavier Beulin, pr\u00e9sident de la FNSEA : \u2018\u2018L\u2019agriculture fran\u00e7aise est en train de d\u00e9crocher et c\u2019est aberrant\u2019\u2019\u00a0\u00bb, <em>Le Nouvel <\/em><em>\u00c9<\/em><em>conomiste<\/em>, 20\/02\/2015. <a href=\"#return-footnote-713-26\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 26\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-27\">S.\u00a0Le Foll, <em>D\u00e9claration au S\u00e9nat sur les enjeux du projet de loi d<\/em><em>\u2019<\/em><em>avenir pour l'agriculture, l<\/em><em>\u2019<\/em><em>alimentation et la for\u00eat<\/em>, S\u00e9nat, 9 avril 2014. <a href=\"#return-footnote-713-27\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 27\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-28\"><em>idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-713-28\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 28\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-29\">Extrait du discours de S. Le Foll lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse organis\u00e9e pour la remise du rapport de M. Guillou, 11 juin 2013 (retranscription personnelle). <a href=\"#return-footnote-713-29\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 29\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-30\">On notera la mobilisation significative du lexique de la productivit\u00e9\u00a0dans le discours du ministre : \u00ab\u00a0C\u2019est un principe qui n\u2019est pas forc\u00e9ment celui de demander combien il a produit, mais comment il a fait pour produire cela avec si peu. Voil\u00e0 l\u2019enjeu. En faisant cela, nous entrons dans un autre processus qui est celui de la marge nette, la marge brute. Ce n\u2019est plus seulement celui de la quantit\u00e9 produite, mais aussi celui de ce \u00e0 quoi j\u2019ai d\u00fb recourir pour produire\u00a0\u00bb. Voici donc la conclusion \u00e0 laquelle arrivait le ministre qui entendait \u00ab\u00a0concilier cet engagement sur la performance \u00e9conomique et la performance \u00e9cologique \u00bb gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019argument f\u00e9d\u00e9rateur de la diminution des co\u00fbts (co\u00fbts pour le producteur et m\u00e9faits sur l\u2019environnement \u00e9tant sym\u00e9triques). Source\u00a0: xonclusion de la conf\u00e9rence nationale \u00ab\u00a0Agriculture\u00a0: Produisons autrement, 18 d\u00e9cembre 2012. <a href=\"#return-footnote-713-30\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 30\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-31\">Le Figaro, \u00ab\u00a0St\u00e9phane Le Foll: \u2018\u2018Le concept de l\u2019agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u2019\u2019\u00a0\u00bb, 17\/02\/2015. <a href=\"#return-footnote-713-31\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 31\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-32\">Marsh et McConnell ont propos\u00e9 d\u2019\u00e9valuer trois types de succ\u00e8s\u00a0: le \u00ab\u00a0process success\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0programmatic success\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0political success\u00a0\u00bb, mais cette distinction reste difficile \u00e0 op\u00e9rationnaliser (McCann, Ward, 2012). <a href=\"#return-footnote-713-32\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 32\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-33\">Sur cette controverse, voir les \u00e9changes entre Benson et Andrew (2001) et Dussauge-Laguna (2012). <a href=\"#return-footnote-713-33\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 33\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-34\">Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie dans l\u2019Ain, 3 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-34\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 34\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-35\">Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019agro\u00e9cologie (AE) dans l\u2019Ain, 3 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-35\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 35\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-36\">Entretien aupr\u00e8s du Collectif pour le d\u00e9veloppement de l\u2019AE dans l\u2019Ain, 3 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-36\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 36\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-37\">Entretien \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, de l\u2019agroalimentaire et de la for\u00eat, 22 avril 2015. <a href=\"#return-footnote-713-37\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 37\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-38\">\u00ab\u00a0Global Alliance for Climate-Smart Agriculture\u00a0\u00bb (GACSA) ou, en fran\u00e7ais, Alliance Globale pour une agriculture intelligente face au climat. <a href=\"#return-footnote-713-38\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 38\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-713-39\">Le Figaro, \u00ab\u00a0St\u00e9phane Le Foll: \u2018Le concept de l'agro-\u00e9cologie est compatible avec une agriculture plus comp\u00e9titive\u2019\u00a0\u00bb, 17\/02\/2015. <a href=\"#return-footnote-713-39\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 39\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"Quelques enseignements de la circulation internationale des normes en mati\u00e8re 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