{"id":187,"date":"2021-09-21T18:17:18","date_gmt":"2021-09-21T16:17:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/?post_type=chapter&#038;p=187"},"modified":"2022-05-21T18:08:30","modified_gmt":"2022-05-21T16:08:30","slug":"sanon-ouattara2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/texte\/sanon-ouattara2021\/","title":{"rendered":"La traduction et l&rsquo;interpr\u00e9tation au Burkina Faso : pratiques et enjeux"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La communication a toujours \u00e9t\u00e9 un besoin vital de l\u2019humain pour assurer sa vie en communaut\u00e9 (Tomasello, 2008). En Afrique, elle prend plusieurs formes et, selon le d\u00e9coupage de Jackobson (1959), elle est assimil\u00e9e \u00e0 la traduction (intralinguale, interlinguale et inters\u00e9miotique) et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des instruments de musique et \u00e0 la communication mystique. Entendue au sens large comme tout transfert, d\u2019une langue \u00e0 une autre, quelle que soit sa forme (Newmark, 1983), la pratique de la traduction est ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation en Afrique subsaharienne en g\u00e9n\u00e9ral et au Burkina Faso en particulier. Le nombre \u00e9lev\u00e9 de communaut\u00e9s linguistiques, une soixantaine au Burkina Faso, et la bonne entente qui existe entre elles montrent \u00e0 suffisance que les communaut\u00e9s se sont servies de la traduction pour leurs \u00e9changes. Sans communication, cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible. En outre, l\u2019Afrique est connue pour ses formes vari\u00e9es de communication qui permettaient \u00e0 des villages voisins de communiquer pour diffuser des messages sans difficult\u00e9 (Bandia, 1998). Ces diff\u00e9rents types de communication se pratiquaient alors dans un contexte culturel bien structur\u00e9 et des conditions bien d\u00e9finies.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019av\u00e8nement de la colonisation a touch\u00e9 \u00e0 tous les aspects de la vie, d\u00e9fini de nouveaux codes, de nouvelles terminologies et apport\u00e9 un nouveau paradigme. Ainsi, tout ce qui n\u2019entre pas dans un cadre administratif du nouveau pouvoir est consid\u00e9r\u00e9 comme informel. Les terminologies <em>formel<\/em> et <em>informel<\/em> ont eu une nouvelle connotation et de nouvelles d\u00e9finitions. La traduction qui se pratiquait jadis et qui se pratique toujours entre les communaut\u00e9s s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e avec l\u2019introduction des langues europ\u00e9ennes, principalement. Elle a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e comme une profession \u00e0 part enti\u00e8re dans certains services, ce qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme sa formalisation dans lesdits services. Elle est rest\u00e9e informelle ou absente dans d\u2019autres, malgr\u00e9 un contexte linguistique similaire et la sensibilit\u00e9 de ces services. D\u2019ailleurs, dans le cadre de la sensibilisation contre la pratique de l\u2019excision, Bougaire (2004, p.\u00a044) affirmait que \u00ab\u00a0Certains facteurs situationnels d\u2019ordre humain, organisationnel, mat\u00e9riel et linguistique (diff\u00e9rentes langues parl\u00e9es) g\u00e9n\u00e8rent \u00e9galement des difficult\u00e9s diverses\u00a0\u00bb. Ces difficult\u00e9s seraient aplanies par la traduction.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce contexte complexe nous am\u00e8ne \u00e0 explorer les questions de recherche suivantes\u00a0: quel est l\u2019\u00e9tat des lieux de la traduction formelle et informelle au Burkina Faso? Quels sont les enjeux de la traduction et les cons\u00e9quences de l\u2019absence de traduction formelle dans les administrations au Burkina Faso? Quelles sont les perspectives pour une meilleure communication entre l\u2019\u00c9tat et les administr\u00e9\u00b7e\u00b7s? Cette r\u00e9flexion sera men\u00e9e sur la base de la litt\u00e9rature existante dans le domaine de la traduction institutionnelle au Burkina Faso, notamment des donn\u00e9es collect\u00e9es sur la traduction dans les tribunaux (Sanon-Ouattara, 2017) et dans les h\u00f4pitaux (Sanon-Ouattara, 2016a). En outre, les conclusions d\u2019un atelier organis\u00e9 \u00e0 Ouagadougou en octobre 2018 et ayant regroup\u00e9 des m\u00e9decins, des journalistes, des responsables du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 du Burkina Faso, des promoteurs et promotrices d\u2019ONG et d\u2019associations travaillant dans le domaine de la sensibilisation sur les questions de sant\u00e9, des chercheurs et chercheuses, seront exploit\u00e9es ici. Par ailleurs, en tant que cheffe de d\u00e9partement de Traduction-interpr\u00e9tation de l\u2019Universit\u00e9 Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou de 2011 \u00e0 2018, nous avons \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019organisation des emplois des traducteurs, traductrices et des interpr\u00e8tes au niveau \u00e9tatique. D\u00e8s lors, nos acquis dans le cadre de ces travaux seront d\u2019un grand apport pour cette \u00e9tude qui se veut descriptive et analytique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Quelques pr\u00e9cisions terminologiques<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Newmark (2003, p.\u00a05) con\u00e7oit la traduction comme le fait de rendre le sens d\u2019un texte dans une autre langue en respectant l\u2019intention de l\u2019auteur ou de l\u2019autrice. Il s\u2019agit, en fait, de tout transfert d\u2019une langue \u00e0 une autre, que ce soit \u00e0 l\u2019oral ou \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Par contre, pour Delisle <em>et al.<\/em> (1999), la traduction diff\u00e8re de l\u2019interpr\u00e9tation qui, comme profession, se r\u00e9duit \u00e0 l\u2019aspect oral. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer, dans le cadre de cet article, la \u00ab\u00a0traduction\u00a0\u00bb dans son acception g\u00e9n\u00e9rale et \u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb comme une pratique orale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous suivrons la d\u00e9finition du terme <em>formel<\/em> du dictionnaire fran\u00e7ais en ligne pour qui il s\u2019agit d\u2019un anglicisme qui est synonyme d\u2019<em>officiel<\/em> qui, \u00e0 son tour, est d\u00e9fini comme ce qui vient d\u2019une autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Le terme <em>informel<\/em> est alors entendu comme l\u2019oppos\u00e9 de <em>formel<\/em>. Nous emploierons alors l\u2019expression <em>contexte formel<\/em> comme tout contexte organis\u00e9 ou reconnu par une autorit\u00e9 comp\u00e9tente et <em>contexte informel<\/em> comme le contraire. Il n\u2019est pas inutile de pr\u00e9ciser ici qu\u2019en plus de ces cat\u00e9gories <em>formel<\/em> et <em>informel<\/em>, on pourrait penser au statut de traducteurs et traductrices formel\u00b7le\u00b7s (professionnel\u00b7le\u00b7s dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s) dans le secteur formel et \u00e0 celui des traducteurs et traductrices non dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le secteur informel. Cette distinction permettra de rendre compte, dans l\u2019\u00e9tude, de la complexit\u00e9 de la profession de traducteur\/traductrice et de la n\u00e9cessit\u00e9 de la r\u00e9gir et de l\u2019encadrer et, dans une certaine mesure, de tracer des sillons pour d\u2019autres pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique d\u00e9signe \u00ab\u00a0l\u2019ensemble des choix conscients effectu\u00e9s dans le domaine des rapports entre langue et vie sociale, et plus particuli\u00e8rement entre langue et vie nationale\u00a0\u00bb (Calvet 1999, p.\u00a0154). La politique traductologique est entendue ici comme un ensemble de d\u00e9cisions ou d\u2019activit\u00e9s conscientes entreprises par des acteurs publics ou priv\u00e9s dans le but de r\u00e9soudre un probl\u00e8me collectif de traduction\u00a0: \u00ab\u00a0<em>a series of intentionally coherent decisions on translation or translation activities taken by public and sometimes private actors, in order to resolve a collective linguistic and translation problem\u00a0<\/em>\u00bb (Knoepf\u2019s, cit\u00e9 par Meylaerts, 2018, p.\u00a0222).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous prenons cette d\u00e9finition dans le contexte plus large d\u00e9fini par Delisle et Woodsworth pour qui la traduction est un ensemble plus vaste.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction n\u2019appara\u00eet jamais comme un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9. Elle s\u2019int\u00e8gre dans un projet nationaliste, id\u00e9ologique ou religieux d\u2019envergure, b\u00e9n\u00e9ficiant g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019appui des souverains, de la classe aristocratique ou des institutions en place. Lorsque les traducteurs peuvent compter sur des commanditaires influents et un contexte historique favorable, ils disposent alors de \u00ab\u00a0munitions\u00a0\u00bb pour faire reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur travail et laisser leur empreinte sur la langue et la culture de leur pays (Delisle et Woodsworth, 1995, p.\u00a039).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le pr\u00e9sent travail, les expressions <em>langue nationale<\/em> et <em>langue locale<\/em> sont synonymes.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Rappel historique sur la traduction en Afrique et au Burkina Faso<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette section propose un historique succinct de l\u2019activit\u00e9 de traduction en Afrique en g\u00e9n\u00e9ral et au Burkina Faso en particulier. Trois p\u00e9riodes seront index\u00e9es dans cette pr\u00e9sentation\u00a0: la pr\u00e9coloniale, la coloniale et la postcoloniale.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les p\u00e9riodes pr\u00e9coloniale et coloniale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avant la colonisation, vu le caract\u00e8re multilingue de l\u2019Afrique, la communication entre les peuples se faisait par la traduction. L\u2019histoire de l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 en grande partie transmise par la tradition orale et les premiers d\u00e9tenteurs et premi\u00e8res d\u00e9tentrices de ce savoir ancestral ont jou\u00e9 un r\u00f4le de traducteur\/traductrice\/interpr\u00e8te avant, pendant et apr\u00e8s la p\u00e9riode coloniale. Les interpr\u00e8tes \u00e9taient reconnu\u00b7e\u00b7s et d\u00e9sign\u00e9\u00b7e\u00b7s sous diff\u00e9rentes appellations comme <em>jeli<\/em> ou <em>griots<\/em> chez les Malink\u00e9 (Camara, 1976), <em>King\u2019s linguist<\/em> (Bandia, 1998 et Kouraogo, 2001), <em>serviteur du roi chez les Mossis <\/em>(Izard, 1985). L\u2019une de leurs principales attributions \u00e9tait de servir de relais entre les chefs d\u2019alors et leurs administr\u00e9\u00b7e\u00b7s. Bandia r\u00e9sumait leur r\u00f4le en ces termes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le langage hautement \u00e9sot\u00e9rique qu\u2019employaient les chefs traditionnels ou les sages dans l\u2019Afrique traditionnelle rendait souvent n\u00e9cessaire la m\u00e9diation d\u2019un interpr\u00e8te pour faciliter la communication entre le pouvoir et le peuple. Les interpr\u00e8tes \u00e9taient parfois requis pour simplifier le langage qu\u2019utilisaient les membres de soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes ou pour embellir les discours prononc\u00e9s lors d\u2019\u00e9v\u00e9nements publics tels que les sermons, les incantations religieuses ou les mariages. Le langage utilis\u00e9 lors de ces c\u00e9r\u00e9monies suivait des conventions de style rigides, et une phras\u00e9ologie pr\u00e9\u00e9tablie, incorporant proverbes et mots de sagesse inconnus des non-initi\u00e9s. Le r\u00f4le de m\u00e9diateur entre les classes dirigeantes et le peuple que jouaient les interpr\u00e8tes leur procurait beaucoup de respect dans ces soci\u00e9t\u00e9s hautement organis\u00e9es et hi\u00e9rarchis\u00e9es (Bandia, 2005, p.\u00a0959).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Afrique pr\u00e9coloniale a \u00e9galement connu d\u2019autres types de traduction. On peut citer le langage des instruments de musique utilis\u00e9 pour transmettre des messages en reproduisant le ton et le rythme de la parole. En effet, les langues africaines sont des langues \u00e0 tons et le langage des tambours s\u2019appuie sur la structure tonale des mots \u00e0 transmettre (Bandia, <em>ibid<\/em>., p.\u00a0960). Cette technique permettait de communiquer \u00e0 distance et de transmettre des messages sur une longue distance. L\u2019existence des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture avant l\u2019arriv\u00e9e des \u00e9trangers et \u00e9trang\u00e8res est aussi soutenue par certain\u00b7e\u00b7s auteurs et autrices. On parle \u00e9galement de pictogrammes traduits en alphabet arabe et romain pour reconstituer une bonne partie de l\u2019histoire de l\u2019Afrique (Bandia, 1998 et 2005). Les missionnaires ont en outre contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019essor de la traduction parce qu\u2019ayant vite compris son importance dans la communication pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant la colonisation, la traduction et l\u2019interpr\u00e9tation sont devenues incontournables dans le but de faire face aux besoins de communication entre les Africain\u00b7e\u00b7s, les Europ\u00e9en\u00b7ne\u00b7s et les Arabes (Bandia, 1998). Dans les nouvelles colonies, leur place et leur r\u00f4le ont \u00e9t\u00e9 en grande partie d\u00e9termin\u00e9s par les politiques coloniales. La question de la langue et de la culture a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans la politique d\u2019assimilation pr\u00f4n\u00e9e et mise en \u0153uvre par les colons, notamment les Fran\u00e7ais. Il \u00e9tait \u00e9vident que l\u2019implantation de la langue et de la culture du colon \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ancrage de la colonisation (Botwe-Asamoah, 2005 et Wa Thiong\u2019o, 1994). Ainsi, la langue du colonisateur \u00e9tait la seule qui servait de communication dans les anciennes colonies. Les p\u00e9riodes avant et apr\u00e8s les ind\u00e9pendances ont connu une croissance de l\u2019activit\u00e9 de traduction parce que les nouveaux gouvernements devaient communiquer avec leurs homologues africains et europ\u00e9ens afin de se conformer aux nouvelles r\u00e8gles de gouvernance (Bandia, 1998).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La p\u00e9riode postcoloniale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La nouvelle configuration politique des pays ayant nouvellement acquis leur ind\u00e9pendance a impos\u00e9 de nouvelles r\u00e8gles de gouvernance et de nouveaux rep\u00e8res dans tous les aspects de la vie. Le Burkina Faso, \u00e0 l\u2019instar des autres pays francophones, a choisi comme langue officielle le fran\u00e7ais. Malgr\u00e9 le taux \u00e9lev\u00e9 de non francophones dans ce pays, aucune mention n\u2019est explicitement faite de la communication entre francophones, locuteurs et locutrices de langues locales. La politique linguistique \u00e9nonc\u00e9e plus tard ne fait aucunement cas de politique de traduction.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au d\u00e9but des ind\u00e9pendances, les formes de traduction qui ont \u00e9merg\u00e9 dans la fonction publique sont de type religieux, litt\u00e9raire et administratif (Bandia, 2005, p.\u00a0964). La situation linguistique des \u00c9tats africains laissait pr\u00e9sager un volume important de traduction entre langues occidentales et africaines. Paradoxalement, comme le souligne Bandia, ce sont les langues europ\u00e9ennes qui ont \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9es dans la traduction officielle au d\u00e9triment des langues locales\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ironically, instead of flourishing translation activity between African languages as one might have expected, translation evolved in two directions: African into European and vice versa and European to European languages. It became necessary for African countries to communicate with other African nations, but also with their former masters. In this context, European to European language translation thrived in Africa in the field of foreign affairs as well as administrative, economic and cultural areas (Bandia, 1998, p.\u00a0301).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les langues africaines ont n\u00e9anmoins r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 cette situation cr\u00e9ant ainsi une coexistence dans la plupart des pays anciennement colonis\u00e9s. Les langues locales ont toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentes dans les administrations publiques, m\u00eame si les textes officiels n\u2019en ont fait cas que tr\u00e8s r\u00e9cemment. D\u2019ailleurs, ce n\u2019est qu\u2019en 2016 que l\u2019annuaire statistique du minist\u00e8re de la Justice comptait officiellement au sein de son personnel les premiers interpr\u00e8tes judiciaires en langues locales (annuaire statistique du minist\u00e8re de la Justice 2016).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tat des lieux de la traduction au Burkina Faso<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On peut identifier deux processus de traduction au Burkina Faso. Le premier se fait de mani\u00e8re officielle; il s\u2019agit de la traduction effectu\u00e9e dans certains services publics ou priv\u00e9s. Le second, qui se veut informel, se fait par l\u2019usage des langues locales et les transferts linguistiques se font par le recours \u00e0 l\u2019oral. De ce fait, ces cadres formel et informel peuvent masquer d\u2019autres types de disparit\u00e9s : les traducteurs et traductrices dans l\u2019un ou l\u2019autre cadre n\u2019ont pas toujours les comp\u00e9tences.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La traduction formelle dans les services publics et leurs d\u00e9membrements<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les services publics, le travail de traduction appara\u00eet au d\u00e9but des ind\u00e9pendances des pays africains. Au Burkina Faso, les traducteurs et traductrices recrut\u00e9\u00b7e\u00b7s et pay\u00e9\u00b7e\u00b7s par l\u2019\u00c9tat ont pour objectif de maintenir les liens avec le colonisateur, les autres \u00c9tats africains et le reste du monde (Bandia, 1998) . Les principales langues concern\u00e9es sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. L\u2019arabe, le portugais, l\u2019allemand sont utilis\u00e9s selon les circonstances. Les combinaisons linguistiques les plus courantes dans les traductions formelles sont par ordre d\u2019importance : fran\u00e7ais-anglais, fran\u00e7ais-arabe, fran\u00e7ais-portugais, fran\u00e7ais-allemand et enfin fran\u00e7ais-langues locales (Yawa, 2019, p. 47). D\u2019autres langues sont aussi sollicit\u00e9es : l\u2019italien, le russe, le roumain, le mandarin, le japonais, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res est le plus grand pourvoyeur de postes de traducteurs, traductrices et interpr\u00e8tes dans un contexte formel. En effet, c\u2019est le seul service qui recrute du personnel qualifi\u00e9 (pour la plupart) avec un plan de carri\u00e8re clair, \u00e0 l\u2019image de tous les autres agents de la fonction publique. Les langues de travail de ces agents sont toutes internationales. \u00c0 ce jour, le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res compte 21 agents au total, dont 12 de sexe f\u00e9minin et 9 de sexe masculin. Dix-huit de ces agents sont des interpr\u00e8tes traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s et trois sont des professeurs qualifi\u00e9s. Seulement seize de ces agents travaillent effectivement au minist\u00e8re actuellement, les autres \u00e9tant en d\u00e9tachement ou dans les ambassades du Burkina Faso \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (enqu\u00eate de terrain de juillet 2020). Le minist\u00e8re du Commerce, le Fespaco (festival panafricain du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9vision de Ouagadougou) et l\u2019Assembl\u00e9e nationale ont \u00e9galement en leur sein des services de traduction avec l\u2019anglais et le fran\u00e7ais comme principales langues de travail. Les langues nationales sont pr\u00e9sentes n\u00e9anmoins dans les administrations publiques \u00e0 travers la traduction de la constitution, de quelques textes de loi, des d\u00e9crets, des conventions. Ces traductions ont \u00e9t\u00e9 dans leur ensemble financ\u00e9es par des ONG et d\u2019autres partenaires. Il s\u2019agit notamment du gouvernement canadien, de la coop\u00e9ration suisse (Sanon-Ouattara, 2016c) et de la coop\u00e9ration n\u00e9erlandaise (Bougair\u00e9, 2004).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, les langues nationales se sont impos\u00e9es dans les services publics, principalement dans les tribunaux, avec l\u2019interpr\u00e9tation judiciaire. Initialement non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, c\u2019est seulement en 2015 que les \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de la justice du Burkina Faso ont insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de recrutement d\u2019interpr\u00e8tes judiciaires en langues nationales pour faciliter les jugements dans les juridictions. Cela apparaissait comme une tentative de formalisation d\u2019une activit\u00e9 longtemps men\u00e9e par des b\u00e9n\u00e9voles avec toutes les implications que cela entra\u00eene. Cette tentative de formalisation n\u2019a pas r\u00e9solu toutes les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 son organisation. En effet, malgr\u00e9 la r\u00e9gularisation salariale de certains interpr\u00e8tes judiciaires, l\u2019organisation et la formation dans ce secteur d\u2019activit\u00e9s demeurent des d\u00e9fis \u00e0 relever. Le Burkina Faso comptait en 2018, selon l\u2019annuaire statistique du minist\u00e8re de la Justice 2019, 33 interpr\u00e8tes judiciaires officiels pour toutes les juridictions du pays (environ 45) et pour 559 magistrat\u00b7e\u00b7s, un nombre qui est largement insuffisant, ce qui sugg\u00e8re que le b\u00e9n\u00e9volat continue les juridictions.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la sant\u00e9, malgr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 pressante exprim\u00e9e dans plusieurs formations sanitaires et structures \u00e9tatiques de sensibilisation, l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 n\u2019a entrepris aucune action officielle pour \u00e9radiquer le probl\u00e8me de communication. Face \u00e0 cette situation, les associations et les ONG se sont engag\u00e9es dans la traduction dans les langues locales (Batchelor <em>et al.<\/em>, 2018) \u00e0 travers la sensibilisation contre certaines maladies et pratiques.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La traduction formelle dans les services priv\u00e9s<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le boom minier que le Burkina Faso a connu dans les ann\u00e9es 2000 a entra\u00een\u00e9 sur son chemin un lot consid\u00e9rable de traductions. Le pays compte de nos jours dix-sept soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res fonctionnelles et une dizaine en exploration[footnote]www.minesburkina.bf[\/footnote]. L\u2019anglais est principalement utilis\u00e9 comme langue de travail, faisant du secteur minier celui qui emploie le plus de traducteurs et traductrices au Burkina Faso (Yawa, 2019, p.\u00a045). S\u2019il est vrai que l\u2019\u00c9tat ne poss\u00e8de aucune soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re, ces traductions dans le domaine minier rel\u00e8vent principalement du secteur priv\u00e9. Plus de cinquante pour cent des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s form\u00e9\u00b7e\u00b7s au d\u00e9partement de Traduction\/Interpr\u00e9tation et qui travaillent comme traducteurs\/traductrices\/interpr\u00e8tes r\u00e9mun\u00e9r\u00e9\u00b7e\u00b7s sont dans les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res de la place.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La diplomatie est le secteur qui occupe la deuxi\u00e8me position, suivi du d\u00e9veloppement, de la s\u00e9curit\u00e9, du droit et de la sant\u00e9. Le domaine de la diplomatie peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme public si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re au travail effectu\u00e9 essentiellement au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces traductions effectu\u00e9es par les services de l\u2019\u00c9tat, les Organisations non gouvernementales, les coop\u00e9rations \u00e9trang\u00e8res, les ambassades emploient \u00e9galement un nombre \u00e9lev\u00e9 de traducteurs\/traductrices-interpr\u00e8tes de nationalit\u00e9 burkinab\u00e9 et \u00e9trang\u00e8re. Cependant, le travail de traduction ex\u00e9cut\u00e9 dans les ambassades r\u00e9sidant au Burkina Faso peut \u00eatre comptabilis\u00e9 dans le secteur priv\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, un nombre important d\u2019organisations non gouvernementales et de la soci\u00e9t\u00e9 civile accompagnent le gouvernement burkinab\u00e9 dans le domaine de la sant\u00e9 pour la traduction des messages de sensibilisation contre le VIH, les maladies sexuellement transmissibles, l\u2019excision, etc. (Sanon-Ouattara <em>et al.<\/em>, 2019 et Bougair\u00e9, 2004). Les cabinets priv\u00e9s de traduction et d\u2019interpr\u00e9tation ont \u00e9galement prosp\u00e9r\u00e9 dans la traduction en langues occidentales. Il existe une multitude de cabinets de traduction, dont six environ sont bien cot\u00e9s, ceux anonymes et des centres de langues qui offrent des services de traduction vers l\u2019anglais, l\u2019allemand, le russe, l\u2019espagnol, l\u2019italien, le chinois, l\u2019arabe, le portugais, le polonais, le roumain et le japonais (Cabinet Mory Prestations, 2017).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, la gestion de ces cabinets pose de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s. En effet, l\u2019ouverture officielle d\u2019un cabinet de traduction peut faire penser a priori \u00e0 une activit\u00e9 formalis\u00e9e qui tente de s\u2019\u00e9tablir. Apr\u00e8s des enqu\u00eates, il appara\u00eet qu\u2019aucun document attestant d\u2019une quelconque comp\u00e9tence en traduction n\u2019est exig\u00e9 avant l\u2019octroi de l\u2019autorisation d\u2019ouverture du cabinet. Il en est de m\u00eame pour les centres de langues qui se d\u00e9guisent en pourvoyeurs de traduction. Aucune v\u00e9rification pr\u00e9alable n\u2019est effectu\u00e9e, ni pour la qualification ni pour les exp\u00e9riences capitalis\u00e9es. Les seules pr\u00e9cautions que prennent les services de l\u2019\u00c9tat sont celles li\u00e9es au registre du commerce (interview avec le promoteur de Mory Prestation, cabinet de traduction et d\u2019interpr\u00e9tation, juillet 2020).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autres initiatives priv\u00e9es qui m\u00e8nent des campagnes d\u2019alphab\u00e9tisation s\u2019exercent \u00e0 la traduction de certains documents cl\u00e9s en langues nationales. Pour ce faire, Sanon-Ouattara (2016c, p.\u00a03) fait mention des ONG confessionnelles et non confessionnelles ayant inscrit leurs actions dans l\u2019alphab\u00e9tisation et la promotion des langues locales dans un cadre plus ou moins formel. Il s\u2019agit entre autres de l\u2019association \u00ab\u00a0Tin tua\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Elan d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, l\u2019association \u00ab\u00a0Managdzanga\u00a0\u00bb, l\u2019association \u00ab\u00a0Keeni\u00a0\u00bb, l\u2019association \u00ab\u00a0Tiefo Amoro\u00a0\u00bb, ANTBA\/SIL et l\u2019association burkinab\u00e9 pour le bien-\u00eatre familial (ABBF).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La traduction informelle<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est important de pr\u00e9ciser que l\u2019int\u00e9r\u00eat sera port\u00e9 \u00e0 la traduction informelle effectu\u00e9e au sein d\u2019un cadre formel. Le domaine par excellence o\u00f9 a lieu ce type de traduction est celui de la sant\u00e9 aussi bien dans les services \u00e9tatiques que priv\u00e9s. Sanon-Ouattara (2016a) d\u00e9crit comment dans les centres de sant\u00e9, le personnel soignant est oblig\u00e9 de recourir \u00e0 des interpr\u00e8tes <em>ad hoc<\/em> pour comprendre les patients et fournir les soins. Ainsi, ce sont soit des gardiens, soit des accompagnants, soit d\u2019autres patient\u00b7e\u00b7s ou des coll\u00e8gues qui sont commis \u00e0 la t\u00e2che s\u00e9ance tenante selon les circonstances. Certain\u00b7e\u00b7s de ces volontaires n\u2019ont ni des aptitudes en \u00e9tudes m\u00e9dicales ni en traduction et interpr\u00e9tation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction informelle est toujours pr\u00e9sente dans les tribunaux. Elle se trouve m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle que l\u2019on pourrait caract\u00e9riser de formelle. En effet, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019aucune formation n\u2019est organis\u00e9e \u00e0 l\u2019intention des traducteurs\/traductrices-interpr\u00e8tes judiciaires, nul ne peut attester de la qualit\u00e9 des prestations qu\u2019ils offrent. La formation aurait permis \u00e0 l\u2019\u00c9tat de former et de s\u00e9lectionner le personnel en fonction de ses besoins. Le niveau de ces travailleurs est disparate. Certains n\u2019ont aucun dipl\u00f4me et d\u2019autres ont un niveau Master. Nous mentionnons ce domaine dans les cas d\u2019interpr\u00e9tation informelle, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019interpr\u00e8tes pay\u00e9\u00b7e\u00b7s par l\u2019\u00c9tat, parce qu\u2019il existe d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019organisation du travail d\u2019interpr\u00e9tation dans les tribunaux. En outre, lors des audiences publiques, il arrive que le juge fasse appel \u00e0 des interpr\u00e8tes <em>ad hoc<\/em> tir\u00e9s de l\u2019assembl\u00e9e pour pr\u00eater serment. C\u2019est la preuve que cet aspect du travail n\u2019est pas bien organis\u00e9 avant l\u2019audience et que la qualification de ceux qui font le travail d\u2019interpr\u00e9tation n\u2019est pas une pr\u00e9occupation pour les autorit\u00e9s judiciaires. La traduction informelle est aussi pr\u00e9sente dans le priv\u00e9. La poste, les banques, les assurances, les a\u00e9roports, les h\u00f4tels, les sites touristiques sont des espaces qui enregistrent un volume important de traduction informelle aux cons\u00e9quences diverses.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce qui est de la poste, des acteurs priv\u00e9s y m\u00e8nent une traduction informelle qui a \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9e. En effet, depuis des ann\u00e9es, des particuliers se sont \u00e9rig\u00e9s en service de communication et surtout de traduction aux abords des locaux de la poste centrale de Ouagadougou. Ces personnes offrent des prestations aux usagers et usag\u00e8res qui ont des difficult\u00e9s en fran\u00e7ais, que ce soit \u00e0 l\u2019oral qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9crit. Leurs services vont de la r\u00e9daction de courriers au remplissage des formulaires pour des prestations diverses. Ce secteur n\u2019est pas tr\u00e8s bien organis\u00e9, mais ses acteurs semblent satisfaits si on consid\u00e8re la dur\u00e9e de leurs activit\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des banques commerciales offrent \u00e9galement ce service. En effet, il n\u2019est pas rare de voir les vigiles ou le personnel d\u2019accueil des banques apporter leur aide aux usagers et usag\u00e8res dans le remplissage des formulaires. Il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de la traduction de l\u2019oral \u00e0 l\u2019\u00e9crit, des langues locales vers le fran\u00e7ais.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Enjeux de la traduction et cons\u00e9quences de la non-traduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse va se focaliser sur les contextes formels et informels au sein des services publics et priv\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Enjeux de la traduction<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En observant la nature des documents traduits, dans un cadre formel, les principaux enjeux que l\u2019on peut en d\u00e9duire pour ce qui est des langues internationales sont le maintien des relations internationales avec le reste du monde. En effet, l\u2019anglais \u00e9tant devenu une langue incontournable, toutes les diplomaties du monde s\u2019attellent \u00e0 avoir des comp\u00e9tences en traduction vers cette langue. C\u2019est un enjeu g\u00e9opolitique et la traduction vers les langues internationales appara\u00eet comme une porte ouvrant vers l\u2019ext\u00e9rieur. Toutes les batailles diplomatiques sur le plan politique, \u00e9conomique et culturel lui sont soumises. C\u2019est cette m\u00eame logique qui explique la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale de traducteurs et traductrices dans les langues europ\u00e9ennes et non dans les langues nationales. L\u2019objectif de ce service semble \u00eatre la promotion des \u00e9changes entre le parlement burkinab\u00e9 et les autres parlements \u00e0 travers le monde.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les traductions en langues nationales peuvent viser plusieurs enjeux, dont celui politique et identitaire. En effet, proposer une constitution en plusieurs langues locales peut constituer une preuve de prise en compte d\u2019une communaut\u00e9 donn\u00e9e, ce qui peut \u00eatre un facteur d\u2019inclusion dans la nation. De m\u00eame, l\u2019utilisation de langues locales dans certains contextes peut s\u2019inscrire dans un projet nationaliste ou id\u00e9ologique d\u2019envergure (Delisle et Woodsworth, 1995). Lors des campagnes \u00e9lectorales, les hommes politiques exploitent ce canal pour \u00eatre proches de la population et esp\u00e9rer \u00e9veiller un sentiment nationaliste. Un autre enjeu consisterait \u00e0 mettre \u00e0 la disposition des personnes en ins\u00e9curit\u00e9 linguistique avec le fran\u00e7ais les \u00ab\u00a0m\u00eames\u00a0\u00bb chances que celles qui parlent fran\u00e7ais dans des domaines pr\u00e9cis. La plupart des documents traduits en langues locales s\u2019adressent au monde rural. C\u2019est le cas des lois et d\u00e9crets traduits en moor\u00e9 et en gulmacema.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction de la constitution en langues locales constitue, selon les termes du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale de l\u2019\u00e9poque, \u00ab\u00a0une sorte d\u2019incubation \u00e0 la citoyennet\u00e9 dont l\u2019objectif vise \u00e0 corriger un tant soit peu l\u2019anomalie constat\u00e9e, et \u00e0 donner au plus grand nombre possible la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der au contenu et \u00e0 l\u2019esprit de la constitution\u00a0\u00bb[footnote]http:\/\/africatime.com\/burkina_faso\/articles\/constitution-burkinabe-dix-10-langues-nationales-pour-mieux-la-decrypter[\/footnote]. Quelles sont les fonctions de telles traductions dans la soci\u00e9t\u00e9? Autrement dit, \u00e0 quoi servent-elles? La pr\u00e9sence de textes ou d\u2019interpr\u00e9tation en langues europ\u00e9ennes participe du rayonnement du Burkina Faso au niveau international. Les retours attendus sont \u00e9normes. Ils peuvent s\u2019\u00e9valuer en termes de retomb\u00e9es \u00e9conomiques \u00e0 travers les partenariats que le pays peut tisser avec d\u2019autres ou en termes de facilit\u00e9s accord\u00e9es dans certains domaines. L\u2019on peut d\u00e8s lors comprendre pourquoi les langues europ\u00e9ennes sont privil\u00e9gi\u00e9es au d\u00e9triment des langues nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les traductions en langues nationales ont aussi plusieurs fonctions dans la soci\u00e9t\u00e9. Leur promotion est inscrite dans la constitution. Les actions ponctuelles de traduction vers les langues nationales participent de leur valorisation et pourront \u00eatre brandies comme preuve du respect des engagements du gouvernement. Les traductions effectu\u00e9es par les associations, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, les organisations non gouvernementales, les organisations confessionnelles, les cabinets priv\u00e9s de traduction, les centres de langues n\u2019ont pas les m\u00eames enjeux et les fonctions sont multiples. Elles peuvent \u00eatre soci\u00e9tales, en ce sens qu\u2019elles comblent un vide de service non rendu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Leur existence marque une consid\u00e9ration envers une cat\u00e9gorie de personnes et remplit toujours une fonction pour l\u2019institution qui rend le service, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019aucune traduction n\u2019est anodine. Le secteur priv\u00e9 est dans un r\u00f4le d\u2019accompagnateur de l\u2019\u00c9tat pour certaines t\u00e2ches. Les traductions produites constituent des outils utilisables dans plusieurs domaines.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cons\u00e9quences de la non-traduction<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une offre ad\u00e9quate de traduction dans les services publics aurait eu pour objectif premier la facilitation de la communication entre agents publics et administr\u00e9\u00b7e\u00b7s. Quelles sont les cons\u00e9quences de l\u2019absence d\u2019un tel service? Ce vide laisse entrevoir les priorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019offre de service. L\u2019expression <em>promotion des langues nationales<\/em> dans la plupart des discours tenus par les autorit\u00e9s, hommes et femmes politiques semble vaine. Les cons\u00e9quences cr\u00e9\u00e9es par ce vide sont, entre autres, la violation des droits des justiciables non francophones qui, contrairement \u00e0 la constitution, ont \u00e9t\u00e9 discrimin\u00e9s sur la base des langues qu\u2019ils parlent ou ne parlent pas (Sanon-Ouattara, 2012), l\u2019inad\u00e9quation des soins par manque de communication ad\u00e9quate entre soignant\u00b7e\u00b7s et personnes soign\u00e9es (Sanon-Ouattara, 2016a), le d\u00e9faut de participation de certain\u00b7e\u00b7s \u00e9lu\u00b7e\u00b7s au d\u00e9bat d\u00e9mocratique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale (Nikiema, 2005), l\u2019exclusion d\u2019une grande partie de la population du d\u00e9bat sur le d\u00e9veloppement du pays. Bougair\u00e9 r\u00e9sume les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les agents sensibilisateurs dans la lutte contre l\u2019excision en ces termes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des difficult\u00e9s linguistiques existent au niveau des agents de terrain. Par exemple \u00e0 Bogand\u00e9, sur 6 agents que nous avons rencontr\u00e9s, seule une femme est native de la r\u00e9gion. Les autres ne parlent pas le gourmantch\u00e9ma (la langue locale). Ils sont donc oblig\u00e9s de recourir \u00e0 des interpr\u00e8tes, et dans ces conditions l\u2019exactitude du message n\u2019est pas garantie (Bougair\u00e9, 2004, p.\u00a047).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exactitude du message est mise en cause parce qu\u2019il s\u2019agit essentiellement d\u2019une traduction informelle. Aucune traduction n\u2019est pr\u00e9vue ni offerte dans un cadre formel, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9sumer que ce sont les agents eux-m\u00eames qui doivent chercher leur interpr\u00e8te comme c\u2019est le cas dans la plupart des services de sant\u00e9 (Sanon-Ouattara <em>et al.<\/em>, 2019). La traduction comme moyen de communication est utilis\u00e9e dans les communaut\u00e9s multilingues. Dans les espaces publics, le transfert se fait g\u00e9n\u00e9ralement des langues locales vers les langues \u00e9trang\u00e8res (Newmark, 2003). Les langues \u00e9trang\u00e8res sont ainsi privil\u00e9gi\u00e9es au d\u00e9triment des langues nationales, ce qui est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la plupart des situations d\u00e9crites par Delisle et Woodsworth (1995) sur le sentiment nationaliste.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une absence de traduction ou une mauvaise traduction peut avoir des cons\u00e9quences dramatiques. L\u2019exemple le plus marquant est celui de la Seconde Guerre mondiale qui, selon Newmark, serait partie d\u2019une erreur de traduction\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Its importance is highlighted by the mistranslation of the Japanese telegram sent to Washington just before the bomb was dropped on Hiroshima, when mokasutu was allegedly translated as \u2018ignored\u2019 instead of \u2018considered\u2019, and by the ambiguity in UN Resolution 242, where \u2018the withdrawal from occupied territories\u2019 was translated as le retrait des territoires occup\u00e9s, and therefore as a reference to all of the occupied territory to be evacuated by the Israelis (Newmark, 2003, p.\u00a07).<\/blockquote>\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Analyse et commentaires<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019attitude de l\u2019\u00c9tat laisse transpara\u00eetre une incoh\u00e9rence entre les politiques d\u00e9clar\u00e9es (constitution) et les moyens utilis\u00e9s pour les atteindre. On assiste \u00e0 une absence\/manque de traduction qui abandonne les populations \u00e0 leur sort. En principe, toute politique linguistique dans un \u00c9tat multilingue \u00e0 majorit\u00e9 analphab\u00e8te implique une politique de la traduction. La traduction semble totalement avoir \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9e dans les politiques gouvernementales de mise en \u0153uvre des strat\u00e9gies de communication de masse, notamment dans le domaine de la sant\u00e9 (Sanon-Ouattara <em>et al.<\/em>, 2019). L\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 semble cr\u00e9er des structures sans leur donner les moyens de fonctionner. Nous avons cit\u00e9 plus haut les documents traduits avec l\u2019appui des partenaires financiers. L\u2019on peut d\u00e8s lors se demander pourquoi l\u2019\u00c9tat ne s\u2019implique pas personnellement en allouant par exemple une partie de son budget national aux activit\u00e9s de traduction ou de promotion des langues nationales. S\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un manque de volont\u00e9 politique, c\u2019est un aveu d\u2019impuissance de la part des autorit\u00e9s \u00e9tatiques. Cependant, le probl\u00e8me semble plus complexe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 semble conscient des dangers auxquels sont expos\u00e9es les populations par l\u2019absence de l\u2019offre de traduction. La directrice de la communication du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et ses agents l\u2019ont reconnu lors de l\u2019atelier de Ouagadougou en 2018. Les m\u00e9decins (deux au total) invit\u00e9s au m\u00eame atelier, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la prise en charge des patients du fait de la barri\u00e8re linguistique, n\u2019avaient pas la m\u00eame vision sur les solutions possibles. Ils avaient des appr\u00e9hensions sur l\u2019utilisation de traducteurs\/traductrices-interpr\u00e8tes. Les m\u00eames difficult\u00e9s et appr\u00e9hensions existent dans le domaine de la justice.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les interpr\u00e8tes en langues d\u00e9veloppent eux-m\u00eames peu de satisfaction vis-\u00e0-vis de leur profession par rapport aux traducteurs et traductrices en langues internationales (Sanon-Ouattara, 2017). Conscients du statut inf\u00e9rieur des langues qu\u2019ils utilisent, ils se sont organis\u00e9s en association pour tenter de faire formaliser leur profession, ce qui a valu l\u2019atelier de Koudougou d\u2019avril 2016 qui n\u2019a pas malheureusement eu de suite.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quant aux traducteurs et traductrices modernes, ils ou elles sont \u00e0 l\u2019image de l\u2019\u00e9lite intellectuelle d\u00e9crite par Fishman\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>There are contradictory attitudes towards the colonizer\u2019s language as shown in the following examples; the African new elites seem in search of new and effective ideological and behavioral systems\u2026. Acceptance of the West, rejection of the West, \u2026all these tend to be present and to displace each other with ambivalent rapidity (Fishman, 1971, p.\u00a038).<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les traducteurs et traductrices de l\u2019anglais au fran\u00e7ais du Burkina Faso illustrent bien cette situation. Le prestige que les traducteurs ou les traductrices s\u2019accordent \u00e0 eux-m\u00eames ou \u00e0 elles-m\u00eames et que la soci\u00e9t\u00e9 leur accorde est proportionnel au prestige des langues impliqu\u00e9es dans les combinaisons linguistiques dans lesquelles ils ou elles travaillent (Sanon-Ouattara, 2017). Les traducteurs et traductrices modernes vont jusqu\u2019\u00e0 refuser que le terme <em>interpr\u00e8te<\/em> soit employ\u00e9 dans l\u2019expression \u00ab interpr\u00e8te judiciaire \u00bb au motif que ceux ou celles qui pratiquent cette activit\u00e9 n\u2019ont pas fait de formation universitaire. C\u2019est ce qui en ressort de l\u2019atelier organis\u00e9 par le minist\u00e8re de la Justice et des droits humains en avril 2016 \u00e0 Koudougou.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le statut de l\u2019association des interpr\u00e8tes-traducteurs du Faso (AITF), le titre de traducteurs professionnels est accord\u00e9 \u00e0 tout traducteur amateur (sans formation universitaire) apr\u00e8s cinq ann\u00e9es d\u2019exercice de la profession, mais refus\u00e9 \u00e0 tout traducteur professionnel ayant une formation universitaire, mais ne justifiant pas des cinq ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience (Yawa, 2019). Les traducteurs et traductrices en langues nationales ne peuvent pas adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019association, malgr\u00e9 les ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience et de pratique. Les deux types de traduction (formelle et informelle) cohabitent depuis toujours au Burkina Faso. Avant l\u2019av\u00e8nement de la colonisation, les griots et autres linguistes du roi faisaient une traduction formelle et les autres traductions pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme informelles. L\u2019av\u00e8nement de la colonisation a renforc\u00e9 cet \u00e9tat de fait avec la politique d\u2019assimilation de la France qui tentait de cr\u00e9er de \u00ab\u00a0petits Fran\u00e7ais d\u2019outre-mer\u00a0\u00bb. Cette attitude a eu pour cons\u00e9quence le d\u00e9ni des autres langues africaines, exacerbant la cohabitation pas toujours pacifique entre les deux types de traduction. Les traductions dans les contextes formels sont inf\u00e9rieures en termes de volume \u00e0 celles dans les contextes informels.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette situation permet d\u2019avancer plusieurs hypoth\u00e8ses\u00a0: soit les Africain\u00b7e\u00b7s n\u2019\u00e9taient pas libres de leur mouvement et subissaient une pression de la part des institutions financi\u00e8res, soit ils ou elles avaient une attitude ambigu\u00eb vis-\u00e0-vis des langues occidentales. La premi\u00e8re hypoth\u00e8se est confirm\u00e9e par Mazrui (2003) lorsqu\u2019il explique comment la Banque mondiale soutient l\u2019utilisation de la langue occidentale pour promouvoir la stabilit\u00e9 politique et pour b\u00e2tir des nations prosp\u00e8res sur le plan \u00e9conomique. La deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se est aussi valide. Comme le souligne la plupart des auteurs de la n\u00e9gritude, les Africain\u00b7e\u00b7s sont habit\u00e9\u00b7e\u00b7s par un complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis des autres Africain\u00b7e\u00b7s non instruits et un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis de leurs ancien\u00b7ne\u00b7s ma\u00eetres\u00b7ses.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction formelle devrait \u00eatre syst\u00e9matique dans tous les services publics comme la sant\u00e9 et la justice. C\u2019est l\u2019informel qui envahit ces services sensibles au point de mettre en p\u00e9ril la sant\u00e9 de la population et la question des droits fondamentaux. La cohabitation entre traduction formelle et traduction informelle est r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019\u00e9tat r\u00e9el des relations entre l\u2019\u00e9lite intellectuelle et la majorit\u00e9 de la population. L\u2019\u00e9lite a une attitude ambigu\u00eb et souvent condescendante vis-\u00e0-vis de la population analphab\u00e8te. Les traducteurs et traductrices modernes de l\u2019\u00c9tat sont pay\u00e9\u00b7e\u00b7s pour rendre un service \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Cependant, de mani\u00e8re plus pratique, la majorit\u00e9 de la population est oblig\u00e9e de consommer des traductions informelles non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, donnant un sentiment d\u2019abandon de la part de l\u2019autorit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La cohabitation se fait \u00e0 plusieurs niveaux\u00a0: traductions formelles en langues internationales versus traductions en langues nationales; traductions formelles en langues internationales versus traductions informelles en langues nationales; traductions formelles quelles que soient les langues versus traductions informelles, quelles que soient les langues. Par analogie, les traductions informelles en langues locales ont le m\u00eame statut que les langues locales et re\u00e7oivent le m\u00eame traitement. En d\u00e9pit des moyens accord\u00e9s \u00e0 la traduction formelle, celle informelle continue de r\u00e9sister. Malgr\u00e9 le choix du fran\u00e7ais comme langue officielle du pays, les langues locales, surtout le dioula, le moor\u00e9 et le fulfulde, sont plus pr\u00e9sentes dans les administrations. Cela a \u00e9t\u00e9 corrobor\u00e9 par une enqu\u00eate effectu\u00e9e par trois chercheurs burkinab\u00e9 dans le cadre d\u2019une \u00e9tude\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour les langues utilis\u00e9es dans l\u2019administration, il ressort que 67,9\u00a0% des enqu\u00eat\u00e9s, ce sont les langues nationales tandis que 32,1\u00a0% d\u2019entre eux estiment que le fran\u00e7ais est la langue la plus usit\u00e9e dans l\u2019administration. Les langues locales utilis\u00e9es dans l\u2019administration sont le dioula (29,4\u00a0%), le moor\u00e9 (18,8\u00a0%) et le fulfuld\u00e9 (7,6\u00a0%) (Maiga, Napon et Sore, 2015, p.\u00a073).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe plus de traductions informelles que formelles dans les administrations publiques du Burkina Faso. Il serait souhaitable que l\u2019\u00c9tat prenne des dispositions utiles pour inverser cette tendance. Lors des campagnes politiques, paradoxalement, les autorit\u00e9s qui veulent s\u2019adresser aux populations locales se rappellent qu\u2019il y a un besoin de traduction et comblent le vide. C\u2019est la preuve qu\u2019avec un minimum de volont\u00e9 politique les lignes peuvent bouger. Une fois cette volont\u00e9 acquise, on peut passer \u00e0 une autre \u00e9tape qui est la formalisation de la profession d\u2019interpr\u00e8te dans les domaines o\u00f9 cela est n\u00e9cessaire. Le syst\u00e8me judiciaire du Ghana a r\u00e9ussi \u00e0 formaliser la profession d\u2019interpr\u00e8tes judiciaires en les recrutant avec des dipl\u00f4mes universitaires et en leur donnant un plan de carri\u00e8re[footnote]www.jtighana.org\/new\/links\/publications\/interpretershandbook.pdf[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette formalisation par le recrutement de sp\u00e9cialistes en langues locales a permis de revaloriser les professions en langues locales et \u00e0 sortir les professionnel\u00b7le\u00b7s de ces langues de la pr\u00e9carit\u00e9. Au Burkina Faso, on assiste \u00e0 un d\u00e9but de formalisation de la profession au niveau des tribunaux. Le simple fait de compter les interpr\u00e8tes judiciaires parmi les personnels de la justice est une victoire d\u2019\u00e9tape. Il reste \u00e0 formaliser les autres \u00e9tapes, \u00e0 savoir la formation, l\u2019organisation de tests de mani\u00e8re syst\u00e9matique selon les besoins et l\u2019\u00e9largissement de ces recrutements aux autres domaines o\u00f9 le besoin se fait sentir. Le grand obstacle demeure celui du complexe li\u00e9 aux langues de l\u2019Occident d\u00e9velopp\u00e9 par la plupart des intellectuel\u00b7le\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction et l\u2019interpr\u00e9tation sont des vieilles pratiques au Burkina Faso qui, depuis l\u2019av\u00e8nement de l\u2019ind\u00e9pendance, peinent \u00e0 se trouver un statut clair au sein de l\u2019administration. Devenues des professions auxquelles on acc\u00e8de par des qualifications dipl\u00f4mantes, elles sont \u00e9galement rest\u00e9es informelles avec une pr\u00e9sence accrue dans les administrations qui ne les reconnaissent pas comme un travail n\u00e9cessitant une r\u00e9mun\u00e9ration. Ainsi, plusieurs cas de figure ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9s\u00a0: des traducteurs et traductrices dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s et non dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s qui travaillent dans les secteurs public et priv\u00e9, des traducteurs et traductrices dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s et non dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s qui travaillent comme free-lance ou dans des cabinets priv\u00e9s sans aucune r\u00e9glementation. La cons\u00e9quence de l\u2019absence de traduction dans certains milieux sensibles ainsi que la non-r\u00e9glementation de la profession constituent des obstacles au d\u00e9veloppement du pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pratique de la traduction s\u2019est consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9e dans le monde avec l\u2019av\u00e8nement des ind\u00e9pendances et la reconnaissance des droits des minorit\u00e9s linguistiques dans le monde. La traduction a \u00e9t\u00e9 un instrument de transmission de la culture, a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des langues, mais a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e0 la base de nombreux dysfonctionnements (Newmark, 2003).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Burkina Faso, la traduction formelle et la traduction informelle cohabitent comme dans la plupart des \u00c9tats multilingues. Le volume de chaque type de traduction semble inversement proportionnel aux besoins de la population. Les enjeux de la traduction formelle se justifient par un besoin de rayonnement de la diplomatie burkinab\u00e9, une source d\u2019activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices et une poursuite du plan du colonisateur. La traduction informelle, consid\u00e9r\u00e9e comme la chasse gard\u00e9e du peuple, ne jouit pas du m\u00eame prestige que celle formelle. Les fonctions vis\u00e9es par ces traductions semblent \u00eatre celles de combler un vide laiss\u00e9 par l\u2019\u00c9tat. Les cons\u00e9quences d\u2019un tel vide sont \u00e9normes. La cohabitation entre ces deux types de traduction est pacifique en apparence, mais violente dans certaines situations. L\u2019attitude de l\u2019\u00c9tat est ambigu\u00eb. Elle traduit soit un manque de volont\u00e9 politique soit un aveu d\u2019impuissance ou les deux \u00e0 la fois. La volont\u00e9 politique et la fin du complexe de l\u2019intellectuel africain peuvent \u00eatre un d\u00e9but de solution.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Batchelor, Kathryn, Sambou, Aly, Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette et Yoda Lalbila, Aristide. 2018. <em>Traduction et Communication pour la Sant\u00e9 en Afrique de l\u2019<\/em><em>Ouest<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e l\u2019atelier sur la Traduction interlinguale et communication pour la sant\u00e9 au Burkina Faso\u00a0: identification des probl\u00e8mes et des bonnes pratiques, Universit\u00e9 Ouaga I Pr Joseph KI-ZERBO, 23 octobre.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bandia, Paul. 2005. Esquisse d\u2019une histoire de la traduction en Afrique. <em>Meta<\/em>, <em>50<\/em>(3), 957-971.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bandia, Paul. 1998. <em>African Tradition<\/em>. In M. BAKER (ed.), Rou<em>tledge Encyclopedia of <\/em><em>Translation Studies<\/em> (295 -305). London and New York: Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Botwe-Asamoah, Kwame. 2005. <em>Kwame Nkrumah\u2019s Politico-Cultural Thought and Policies\u00a0: An African - Centered Paradigm for the Second Phase of the African Revolution<\/em>. New-York and London, Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bougaire, Marie Danielle. 2004. <em>L\u2019Approche communicative des campagnes de sensibilisation en sant\u00e9 publique au Burkina Faso\u00a0: le cas de la planification familiale, du sida et de l\u2019excision, <\/em>Unpublished PhD Thesis, Groningen, Rijksuniversiteit Groningen.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cabinet Mory Prestations. 2017. Recommandation Strat\u00e9gique 2017. Ouagadougou, Cabinet Mory Prestations.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calvet, Jean-Louis. 1999. <em>La Guerre des langues et les politiques linguistiques<\/em>. Paris, Hachettes Litt\u00e9ratures.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Camara, Sory. 1976. <em>Gens de la parole\u00a0: Essai sur la condition et le r\u00f4le des griots dans la soci\u00e9t\u00e9 Malinke<\/em>. Paris, La Haye\u00a0: Mouton.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Delisle, Jean et Woodsworth, Judith (dir.) 1995. <em>Les Traducteurs dans l\u2019histoire<\/em>. Ottawa, Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Delisle Jean, Lee-Jahnke Hannelore et Cormier Monique C. 1999. <em>Terminologie de la traduction \/ Translation Terminology \/ Terminolog\u00ed<\/em><em>a de la traducci\u00f3<\/em><em>n \/ Terminologie der<\/em>. \u00dcbersetzung, Amsterdam, Philadelphia, John Benjamins Publishing Company.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fishman, Joshua. 1971. <em>National Languages and Languages of Wider Communication in the Developing Nations<\/em>. In WHITELEY, Wilfred H. (ed.)., <em>Language Use and Social Change: Problems of Multilingualism with Special Reference to Eastern Africa <\/em>(27-56). Studies Presented at the Ninth International Seminar at University College, Dar es Salaam, London, published for the International African Institute by Oxford University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Izard, Michel. 1985. <em>Gens du pouvoir, gens de la terre\u00a0: les institutions politiques de l\u2019ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche).<\/em> Cambridge, Paris, Cambridge\u00a0: University Press, \u00e9ditions de la maison des sciences de l\u2019homme.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kouraogo, Pierre. 2001. <em>The Rebirth of the King\u2019s Linguist<\/em>. In Mason, Ian (ed.), <em>Triadic Exchanges. <\/em><em>Studies in Dialogue Interpreting<\/em> (109-130)<em>.<\/em> Manchester: St Jerome.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maiga, Alkassoum, Napon, Abou et Sore, Zakaria. 2015. Pour un ancrage sociologique de l\u2019alphab\u00e9tisation. <em>Revue internationale d<\/em><em>\u2019\u00e9ducation de S\u00e8vres<\/em>, <em>70<\/em>, 65-75<strong>.<\/strong><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mazrui, Alamin. 2003. The World Bank, The language Question and the Future of African Education. In R. Harris and B. Rampton (eds.), <em>The Language, Ethnicity and Race <\/em><em>Reader <\/em>(85-96). London and New York: Routledge<strong>,<\/strong>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la Justice. 2016. <em>Annuaire statistique du minist\u00e8re de la justice<\/em>. Ouagadougou, Minist\u00e8re de la justice.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la Justice. 2019. <em>Annuaire statistique du minist\u00e8re de la justice<\/em>. Ouagadougou, Minist\u00e8re de la justice.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la Sant\u00e9. 2017. <em>Annuaire statistique du minist\u00e8re de la sant\u00e9<\/em>. Ouagadougou, Minist\u00e8re de la sant\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Meylaerts, Reine. 2018. The politics of Translation Multilingual States. In Evans, Jonathan and Fernandez, Fruela (eds), <em>The Routledge Handbook of Translation and Politics<\/em> (221-237). New-York: Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Newmark, Peter. 1983. Introductory Survey. In PICKEN, Catrinoma (ed.). T<em>he Translator\u2019s Handbook <\/em>(1-17). London: ASLIB.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Newmark, Peter. 2003. <em>A Textbook of Translation<\/em>. Harlow: Longman, Pearson Education.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nikiema, Norbert. 2005. Les Langues Nationales dans l\u2019Administration pour la Bonne Gouvernance et la Participation D\u00e9mocratique. <em>Cahiers du CERLESHS<\/em>, <em>5<\/em>(num\u00e9ro sp\u00e9cial), 45-69.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2012. Legal Translation and Court Interpreting in Burkina Faso: A Violation of Human Rights and Hindrance to Development. In Kuupole, Domwini Dabire et Kambou Kwadwo Moses (eds.), <em>National Development through Language Education<\/em> (huiti\u00e8me colloque, Winneba, 13-18 juin 2011), <em>Colloque inter <\/em><em>\u2013 universitaire sur la coexistence des langues en Afrique de l\u2019Ouest<\/em> (367-384)<em>. <\/em>Cape Coast: Cape Coast University Printing Press<em>.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara F\u00e9ridjou Emilie Georgette, Yoda Lalbila Aristide et Batchelor Kathryn. 2019. Aper\u00e7u de la pratique de l\u2019interpr\u00e9tation dans les centres de sant\u00e9 du Burkina Faso. <em>Revue internationale de linguistique, didactique des langues et traductologie<\/em>, <em>7<\/em>, 59-75.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2016a. Intercultural Communication and Community Interpreting in the Medical Setting in Burkina Faso. <em>Revue des Sciences du Langage et de la Communication<\/em>, <em>3<\/em>, 189-219.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2016b. Community Interpreting and Translation in Burkina Faso\u00a0: Overview and Challenge for Professionalization. <em>Revue des Langues, Lettres, et Sciences de l\u2019Homme et de la Soci\u00e9t\u00e9 Lo\u03b7GBOWU,<\/em> <em>002<\/em>, 309-332.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2016c. Apport de la Traduction \u00e0 la promotion des langues nationales au Burkina Faso\u00a0: leurres ou lueurs?. <em>Cahiers du Centre d\u2019\u00c9tudes et de Recherche en Lettres, Sciences Humaines et Sociales (CERLESHS)<\/em>,<em> XXXI<\/em>(52), 265-287.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2017<em>. Court Interpreting in Burkina Faso: on the Steps of a New Profession<\/em>, <em>2<\/em>, 131-144.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tomasello, Michael. 2008. <em>Origins of Human communication.<\/em> Cambridge, Massachusset, London: MIT Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wa Thiong\u2019o, Ngugi. 1994. <em>Decolonizing the Mind: the Politics of Language in African Literature<\/em>. Harare: Zimbabwe Publishing House.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yawa, Fahouzia. 2019. <em>Analyse du march\u00e9 de la traduction et de l\u2019interpr\u00e9tation au Burkina Faso\u00a0: quelles perspectives pour les traducteurs interpr\u00e8tes?<\/em>. M\u00e9moire de master, Ouagadougou, Universit\u00e9 Joseph KI-ZERBO.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Cet article fait l\u2019\u00e9tat des lieux de la traduction et de l\u2019interpr\u00e9tation au Burkina Faso en se fondant sur une observation personnelle, des interviews, des donn\u00e9es existantes dans la litt\u00e9rature, des enqu\u00eates de terrain et sur les conclusions d\u2019un atelier. L\u2019analyse r\u00e9v\u00e8le une cohabitation entre les pratiques formelle et informelle de la traduction et de l\u2019interpr\u00e9tation dans l\u2019administration publique comme priv\u00e9e, de m\u00eame que l\u2019absence de traduction aux cons\u00e9quences \u00e9normes dans des domaines sensibles. L\u2019article souligne n\u00e9anmoins la complexit\u00e9 de la distinction entre traduction formelle et informelle due \u00e0 l\u2019absence d\u2019une r\u00e9glementation cons\u00e9quente dans ce domaine. Il sugg\u00e8re, pour finir, que plus d\u2019attention soit accord\u00e9e \u00e0 la traduction qui doit faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9glementation plus rigoureuse.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/enjeux\/\">enjeux<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/interpretation\/\">interpr\u00e9tation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/pratiques\/\">pratiques<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/traduction\/\">traduction<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">This paper describes how translation and interpreting are practiced in Burkina Faso, relying on personal observation, interviews, existing literature, surveys and the output of a workshop. The analysis reveals a coexistence of formal and informal practices of translation and interpreting in public and private administrations, as well as the failure to provide translation in some sensitive fields thus leading to disastrous consequences. The paper underscores nevertheless the complexity to distinguish between formal and informal translation, due to the lack of regulation in the field. It suggests more attention and a rigorous regulation in the field.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/challenges\/\">challenges<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/interpreting\/\">interpreting<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/practices\/\">practices<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/translation\/\">translation<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (dioula)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Ni sebe ni be bayelema le kan Burkina Faso mara la. A b\u2019a yira ka fo ko kabini waati djan, mogow bi kanw bayelema wassa ka nyogon faamu. Tubabuw nana ka segui, ka kan bayelemani kow nya yelema. A kera dow ka baara ye, dow yere bi a keela gwansan, birow ni barakeyoro werew kono. Mogow maako b\u2019a ra yoromin na fana, a te o yoro la. Ni sebe ye nyiningaliw k\u00e8, ka sebew kalan, ka nyogon yew k\u00e8 wassa ka bayelema cogo faamu ni jamana ni kono. A yira la kaa f\u00f4 ko o baara cogo j\u00e8 len te, gouvernement ka kan ka djanto kow dow la ka yelemani do o y\u00f4r\u00f4 la.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (dioula)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/bayelemani\/\">bayelemani<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/cogoya\/\">cogoya<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/deguiw\/\">deguiw<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/kanyelemani\/\">kanyelemani<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>30 septembre 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>13 mars 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>1 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La communication a toujours \u00e9t\u00e9 un besoin vital de l\u2019humain pour assurer sa vie en communaut\u00e9 (Tomasello, 2008). En Afrique, elle prend plusieurs formes et, selon le d\u00e9coupage de Jackobson (1959), elle est assimil\u00e9e \u00e0 la traduction (intralinguale, interlinguale et inters\u00e9miotique) et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des instruments de musique et \u00e0 la communication mystique. Entendue au sens large comme tout transfert, d\u2019une langue \u00e0 une autre, quelle que soit sa forme (Newmark, 1983), la pratique de la traduction est ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation en Afrique subsaharienne en g\u00e9n\u00e9ral et au Burkina Faso en particulier. Le nombre \u00e9lev\u00e9 de communaut\u00e9s linguistiques, une soixantaine au Burkina Faso, et la bonne entente qui existe entre elles montrent \u00e0 suffisance que les communaut\u00e9s se sont servies de la traduction pour leurs \u00e9changes. Sans communication, cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible. En outre, l\u2019Afrique est connue pour ses formes vari\u00e9es de communication qui permettaient \u00e0 des villages voisins de communiquer pour diffuser des messages sans difficult\u00e9 (Bandia, 1998). Ces diff\u00e9rents types de communication se pratiquaient alors dans un contexte culturel bien structur\u00e9 et des conditions bien d\u00e9finies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019av\u00e8nement de la colonisation a touch\u00e9 \u00e0 tous les aspects de la vie, d\u00e9fini de nouveaux codes, de nouvelles terminologies et apport\u00e9 un nouveau paradigme. Ainsi, tout ce qui n\u2019entre pas dans un cadre administratif du nouveau pouvoir est consid\u00e9r\u00e9 comme informel. Les terminologies <em>formel<\/em> et <em>informel<\/em> ont eu une nouvelle connotation et de nouvelles d\u00e9finitions. La traduction qui se pratiquait jadis et qui se pratique toujours entre les communaut\u00e9s s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e avec l\u2019introduction des langues europ\u00e9ennes, principalement. Elle a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e comme une profession \u00e0 part enti\u00e8re dans certains services, ce qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme sa formalisation dans lesdits services. Elle est rest\u00e9e informelle ou absente dans d\u2019autres, malgr\u00e9 un contexte linguistique similaire et la sensibilit\u00e9 de ces services. D\u2019ailleurs, dans le cadre de la sensibilisation contre la pratique de l\u2019excision, Bougaire (2004, p.\u00a044) affirmait que \u00ab\u00a0Certains facteurs situationnels d\u2019ordre humain, organisationnel, mat\u00e9riel et linguistique (diff\u00e9rentes langues parl\u00e9es) g\u00e9n\u00e8rent \u00e9galement des difficult\u00e9s diverses\u00a0\u00bb. Ces difficult\u00e9s seraient aplanies par la traduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce contexte complexe nous am\u00e8ne \u00e0 explorer les questions de recherche suivantes\u00a0: quel est l\u2019\u00e9tat des lieux de la traduction formelle et informelle au Burkina Faso? Quels sont les enjeux de la traduction et les cons\u00e9quences de l\u2019absence de traduction formelle dans les administrations au Burkina Faso? Quelles sont les perspectives pour une meilleure communication entre l\u2019\u00c9tat et les administr\u00e9\u00b7e\u00b7s? Cette r\u00e9flexion sera men\u00e9e sur la base de la litt\u00e9rature existante dans le domaine de la traduction institutionnelle au Burkina Faso, notamment des donn\u00e9es collect\u00e9es sur la traduction dans les tribunaux (Sanon-Ouattara, 2017) et dans les h\u00f4pitaux (Sanon-Ouattara, 2016a). En outre, les conclusions d\u2019un atelier organis\u00e9 \u00e0 Ouagadougou en octobre 2018 et ayant regroup\u00e9 des m\u00e9decins, des journalistes, des responsables du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 du Burkina Faso, des promoteurs et promotrices d\u2019ONG et d\u2019associations travaillant dans le domaine de la sensibilisation sur les questions de sant\u00e9, des chercheurs et chercheuses, seront exploit\u00e9es ici. Par ailleurs, en tant que cheffe de d\u00e9partement de Traduction-interpr\u00e9tation de l\u2019Universit\u00e9 Joseph KI-ZERBO de Ouagadougou de 2011 \u00e0 2018, nous avons \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019organisation des emplois des traducteurs, traductrices et des interpr\u00e8tes au niveau \u00e9tatique. D\u00e8s lors, nos acquis dans le cadre de ces travaux seront d\u2019un grand apport pour cette \u00e9tude qui se veut descriptive et analytique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Quelques pr\u00e9cisions terminologiques<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Newmark (2003, p.\u00a05) con\u00e7oit la traduction comme le fait de rendre le sens d\u2019un texte dans une autre langue en respectant l\u2019intention de l\u2019auteur ou de l\u2019autrice. Il s\u2019agit, en fait, de tout transfert d\u2019une langue \u00e0 une autre, que ce soit \u00e0 l\u2019oral ou \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Par contre, pour Delisle <em>et al.<\/em> (1999), la traduction diff\u00e8re de l\u2019interpr\u00e9tation qui, comme profession, se r\u00e9duit \u00e0 l\u2019aspect oral. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer, dans le cadre de cet article, la \u00ab\u00a0traduction\u00a0\u00bb dans son acception g\u00e9n\u00e9rale et \u00ab\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb comme une pratique orale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous suivrons la d\u00e9finition du terme <em>formel<\/em> du dictionnaire fran\u00e7ais en ligne pour qui il s\u2019agit d\u2019un anglicisme qui est synonyme d\u2019<em>officiel<\/em> qui, \u00e0 son tour, est d\u00e9fini comme ce qui vient d\u2019une autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Le terme <em>informel<\/em> est alors entendu comme l\u2019oppos\u00e9 de <em>formel<\/em>. Nous emploierons alors l\u2019expression <em>contexte formel<\/em> comme tout contexte organis\u00e9 ou reconnu par une autorit\u00e9 comp\u00e9tente et <em>contexte informel<\/em> comme le contraire. Il n\u2019est pas inutile de pr\u00e9ciser ici qu\u2019en plus de ces cat\u00e9gories <em>formel<\/em> et <em>informel<\/em>, on pourrait penser au statut de traducteurs et traductrices formel\u00b7le\u00b7s (professionnel\u00b7le\u00b7s dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s) dans le secteur formel et \u00e0 celui des traducteurs et traductrices non dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le secteur informel. Cette distinction permettra de rendre compte, dans l\u2019\u00e9tude, de la complexit\u00e9 de la profession de traducteur\/traductrice et de la n\u00e9cessit\u00e9 de la r\u00e9gir et de l\u2019encadrer et, dans une certaine mesure, de tracer des sillons pour d\u2019autres pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique d\u00e9signe \u00ab\u00a0l\u2019ensemble des choix conscients effectu\u00e9s dans le domaine des rapports entre langue et vie sociale, et plus particuli\u00e8rement entre langue et vie nationale\u00a0\u00bb (Calvet 1999, p.\u00a0154). La politique traductologique est entendue ici comme un ensemble de d\u00e9cisions ou d\u2019activit\u00e9s conscientes entreprises par des acteurs publics ou priv\u00e9s dans le but de r\u00e9soudre un probl\u00e8me collectif de traduction\u00a0: \u00ab\u00a0<em>a series of intentionally coherent decisions on translation or translation activities taken by public and sometimes private actors, in order to resolve a collective linguistic and translation problem\u00a0<\/em>\u00bb (Knoepf\u2019s, cit\u00e9 par Meylaerts, 2018, p.\u00a0222).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous prenons cette d\u00e9finition dans le contexte plus large d\u00e9fini par Delisle et Woodsworth pour qui la traduction est un ensemble plus vaste.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction n\u2019appara\u00eet jamais comme un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9. Elle s\u2019int\u00e8gre dans un projet nationaliste, id\u00e9ologique ou religieux d\u2019envergure, b\u00e9n\u00e9ficiant g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019appui des souverains, de la classe aristocratique ou des institutions en place. Lorsque les traducteurs peuvent compter sur des commanditaires influents et un contexte historique favorable, ils disposent alors de \u00ab\u00a0munitions\u00a0\u00bb pour faire reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur travail et laisser leur empreinte sur la langue et la culture de leur pays (Delisle et Woodsworth, 1995, p.\u00a039).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le pr\u00e9sent travail, les expressions <em>langue nationale<\/em> et <em>langue locale<\/em> sont synonymes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Rappel historique sur la traduction en Afrique et au Burkina Faso<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette section propose un historique succinct de l\u2019activit\u00e9 de traduction en Afrique en g\u00e9n\u00e9ral et au Burkina Faso en particulier. Trois p\u00e9riodes seront index\u00e9es dans cette pr\u00e9sentation\u00a0: la pr\u00e9coloniale, la coloniale et la postcoloniale.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les p\u00e9riodes pr\u00e9coloniale et coloniale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant la colonisation, vu le caract\u00e8re multilingue de l\u2019Afrique, la communication entre les peuples se faisait par la traduction. L\u2019histoire de l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 en grande partie transmise par la tradition orale et les premiers d\u00e9tenteurs et premi\u00e8res d\u00e9tentrices de ce savoir ancestral ont jou\u00e9 un r\u00f4le de traducteur\/traductrice\/interpr\u00e8te avant, pendant et apr\u00e8s la p\u00e9riode coloniale. Les interpr\u00e8tes \u00e9taient reconnu\u00b7e\u00b7s et d\u00e9sign\u00e9\u00b7e\u00b7s sous diff\u00e9rentes appellations comme <em>jeli<\/em> ou <em>griots<\/em> chez les Malink\u00e9 (Camara, 1976), <em>King\u2019s linguist<\/em> (Bandia, 1998 et Kouraogo, 2001), <em>serviteur du roi chez les Mossis <\/em>(Izard, 1985). L\u2019une de leurs principales attributions \u00e9tait de servir de relais entre les chefs d\u2019alors et leurs administr\u00e9\u00b7e\u00b7s. Bandia r\u00e9sumait leur r\u00f4le en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le langage hautement \u00e9sot\u00e9rique qu\u2019employaient les chefs traditionnels ou les sages dans l\u2019Afrique traditionnelle rendait souvent n\u00e9cessaire la m\u00e9diation d\u2019un interpr\u00e8te pour faciliter la communication entre le pouvoir et le peuple. Les interpr\u00e8tes \u00e9taient parfois requis pour simplifier le langage qu\u2019utilisaient les membres de soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes ou pour embellir les discours prononc\u00e9s lors d\u2019\u00e9v\u00e9nements publics tels que les sermons, les incantations religieuses ou les mariages. Le langage utilis\u00e9 lors de ces c\u00e9r\u00e9monies suivait des conventions de style rigides, et une phras\u00e9ologie pr\u00e9\u00e9tablie, incorporant proverbes et mots de sagesse inconnus des non-initi\u00e9s. Le r\u00f4le de m\u00e9diateur entre les classes dirigeantes et le peuple que jouaient les interpr\u00e8tes leur procurait beaucoup de respect dans ces soci\u00e9t\u00e9s hautement organis\u00e9es et hi\u00e9rarchis\u00e9es (Bandia, 2005, p.\u00a0959).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Afrique pr\u00e9coloniale a \u00e9galement connu d\u2019autres types de traduction. On peut citer le langage des instruments de musique utilis\u00e9 pour transmettre des messages en reproduisant le ton et le rythme de la parole. En effet, les langues africaines sont des langues \u00e0 tons et le langage des tambours s\u2019appuie sur la structure tonale des mots \u00e0 transmettre (Bandia, <em>ibid<\/em>., p.\u00a0960). Cette technique permettait de communiquer \u00e0 distance et de transmettre des messages sur une longue distance. L\u2019existence des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture avant l\u2019arriv\u00e9e des \u00e9trangers et \u00e9trang\u00e8res est aussi soutenue par certain\u00b7e\u00b7s auteurs et autrices. On parle \u00e9galement de pictogrammes traduits en alphabet arabe et romain pour reconstituer une bonne partie de l\u2019histoire de l\u2019Afrique (Bandia, 1998 et 2005). Les missionnaires ont en outre contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019essor de la traduction parce qu\u2019ayant vite compris son importance dans la communication pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant la colonisation, la traduction et l\u2019interpr\u00e9tation sont devenues incontournables dans le but de faire face aux besoins de communication entre les Africain\u00b7e\u00b7s, les Europ\u00e9en\u00b7ne\u00b7s et les Arabes (Bandia, 1998). Dans les nouvelles colonies, leur place et leur r\u00f4le ont \u00e9t\u00e9 en grande partie d\u00e9termin\u00e9s par les politiques coloniales. La question de la langue et de la culture a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans la politique d\u2019assimilation pr\u00f4n\u00e9e et mise en \u0153uvre par les colons, notamment les Fran\u00e7ais. Il \u00e9tait \u00e9vident que l\u2019implantation de la langue et de la culture du colon \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ancrage de la colonisation (Botwe-Asamoah, 2005 et Wa Thiong\u2019o, 1994). Ainsi, la langue du colonisateur \u00e9tait la seule qui servait de communication dans les anciennes colonies. Les p\u00e9riodes avant et apr\u00e8s les ind\u00e9pendances ont connu une croissance de l\u2019activit\u00e9 de traduction parce que les nouveaux gouvernements devaient communiquer avec leurs homologues africains et europ\u00e9ens afin de se conformer aux nouvelles r\u00e8gles de gouvernance (Bandia, 1998).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La p\u00e9riode postcoloniale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La nouvelle configuration politique des pays ayant nouvellement acquis leur ind\u00e9pendance a impos\u00e9 de nouvelles r\u00e8gles de gouvernance et de nouveaux rep\u00e8res dans tous les aspects de la vie. Le Burkina Faso, \u00e0 l\u2019instar des autres pays francophones, a choisi comme langue officielle le fran\u00e7ais. Malgr\u00e9 le taux \u00e9lev\u00e9 de non francophones dans ce pays, aucune mention n\u2019est explicitement faite de la communication entre francophones, locuteurs et locutrices de langues locales. La politique linguistique \u00e9nonc\u00e9e plus tard ne fait aucunement cas de politique de traduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au d\u00e9but des ind\u00e9pendances, les formes de traduction qui ont \u00e9merg\u00e9 dans la fonction publique sont de type religieux, litt\u00e9raire et administratif (Bandia, 2005, p.\u00a0964). La situation linguistique des \u00c9tats africains laissait pr\u00e9sager un volume important de traduction entre langues occidentales et africaines. Paradoxalement, comme le souligne Bandia, ce sont les langues europ\u00e9ennes qui ont \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9es dans la traduction officielle au d\u00e9triment des langues locales\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ironically, instead of flourishing translation activity between African languages as one might have expected, translation evolved in two directions: African into European and vice versa and European to European languages. It became necessary for African countries to communicate with other African nations, but also with their former masters. In this context, European to European language translation thrived in Africa in the field of foreign affairs as well as administrative, economic and cultural areas (Bandia, 1998, p.\u00a0301).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les langues africaines ont n\u00e9anmoins r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 cette situation cr\u00e9ant ainsi une coexistence dans la plupart des pays anciennement colonis\u00e9s. Les langues locales ont toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentes dans les administrations publiques, m\u00eame si les textes officiels n\u2019en ont fait cas que tr\u00e8s r\u00e9cemment. D\u2019ailleurs, ce n\u2019est qu\u2019en 2016 que l\u2019annuaire statistique du minist\u00e8re de la Justice comptait officiellement au sein de son personnel les premiers interpr\u00e8tes judiciaires en langues locales (annuaire statistique du minist\u00e8re de la Justice 2016).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tat des lieux de la traduction au Burkina Faso<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut identifier deux processus de traduction au Burkina Faso. Le premier se fait de mani\u00e8re officielle; il s\u2019agit de la traduction effectu\u00e9e dans certains services publics ou priv\u00e9s. Le second, qui se veut informel, se fait par l\u2019usage des langues locales et les transferts linguistiques se font par le recours \u00e0 l\u2019oral. De ce fait, ces cadres formel et informel peuvent masquer d\u2019autres types de disparit\u00e9s : les traducteurs et traductrices dans l\u2019un ou l\u2019autre cadre n\u2019ont pas toujours les comp\u00e9tences.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La traduction formelle dans les services publics et leurs d\u00e9membrements<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les services publics, le travail de traduction appara\u00eet au d\u00e9but des ind\u00e9pendances des pays africains. Au Burkina Faso, les traducteurs et traductrices recrut\u00e9\u00b7e\u00b7s et pay\u00e9\u00b7e\u00b7s par l\u2019\u00c9tat ont pour objectif de maintenir les liens avec le colonisateur, les autres \u00c9tats africains et le reste du monde (Bandia, 1998) . Les principales langues concern\u00e9es sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. L\u2019arabe, le portugais, l\u2019allemand sont utilis\u00e9s selon les circonstances. Les combinaisons linguistiques les plus courantes dans les traductions formelles sont par ordre d\u2019importance : fran\u00e7ais-anglais, fran\u00e7ais-arabe, fran\u00e7ais-portugais, fran\u00e7ais-allemand et enfin fran\u00e7ais-langues locales (Yawa, 2019, p. 47). D\u2019autres langues sont aussi sollicit\u00e9es : l\u2019italien, le russe, le roumain, le mandarin, le japonais, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res est le plus grand pourvoyeur de postes de traducteurs, traductrices et interpr\u00e8tes dans un contexte formel. En effet, c\u2019est le seul service qui recrute du personnel qualifi\u00e9 (pour la plupart) avec un plan de carri\u00e8re clair, \u00e0 l\u2019image de tous les autres agents de la fonction publique. Les langues de travail de ces agents sont toutes internationales. \u00c0 ce jour, le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res compte 21 agents au total, dont 12 de sexe f\u00e9minin et 9 de sexe masculin. Dix-huit de ces agents sont des interpr\u00e8tes traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s et trois sont des professeurs qualifi\u00e9s. Seulement seize de ces agents travaillent effectivement au minist\u00e8re actuellement, les autres \u00e9tant en d\u00e9tachement ou dans les ambassades du Burkina Faso \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (enqu\u00eate de terrain de juillet 2020). Le minist\u00e8re du Commerce, le Fespaco (festival panafricain du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9vision de Ouagadougou) et l\u2019Assembl\u00e9e nationale ont \u00e9galement en leur sein des services de traduction avec l\u2019anglais et le fran\u00e7ais comme principales langues de travail. Les langues nationales sont pr\u00e9sentes n\u00e9anmoins dans les administrations publiques \u00e0 travers la traduction de la constitution, de quelques textes de loi, des d\u00e9crets, des conventions. Ces traductions ont \u00e9t\u00e9 dans leur ensemble financ\u00e9es par des ONG et d\u2019autres partenaires. Il s\u2019agit notamment du gouvernement canadien, de la coop\u00e9ration suisse (Sanon-Ouattara, 2016c) et de la coop\u00e9ration n\u00e9erlandaise (Bougair\u00e9, 2004).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, les langues nationales se sont impos\u00e9es dans les services publics, principalement dans les tribunaux, avec l\u2019interpr\u00e9tation judiciaire. Initialement non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e, c\u2019est seulement en 2015 que les \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de la justice du Burkina Faso ont insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de recrutement d\u2019interpr\u00e8tes judiciaires en langues nationales pour faciliter les jugements dans les juridictions. Cela apparaissait comme une tentative de formalisation d\u2019une activit\u00e9 longtemps men\u00e9e par des b\u00e9n\u00e9voles avec toutes les implications que cela entra\u00eene. Cette tentative de formalisation n\u2019a pas r\u00e9solu toutes les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 son organisation. En effet, malgr\u00e9 la r\u00e9gularisation salariale de certains interpr\u00e8tes judiciaires, l\u2019organisation et la formation dans ce secteur d\u2019activit\u00e9s demeurent des d\u00e9fis \u00e0 relever. Le Burkina Faso comptait en 2018, selon l\u2019annuaire statistique du minist\u00e8re de la Justice 2019, 33 interpr\u00e8tes judiciaires officiels pour toutes les juridictions du pays (environ 45) et pour 559 magistrat\u00b7e\u00b7s, un nombre qui est largement insuffisant, ce qui sugg\u00e8re que le b\u00e9n\u00e9volat continue les juridictions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la sant\u00e9, malgr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 pressante exprim\u00e9e dans plusieurs formations sanitaires et structures \u00e9tatiques de sensibilisation, l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 n\u2019a entrepris aucune action officielle pour \u00e9radiquer le probl\u00e8me de communication. Face \u00e0 cette situation, les associations et les ONG se sont engag\u00e9es dans la traduction dans les langues locales (Batchelor <em>et al.<\/em>, 2018) \u00e0 travers la sensibilisation contre certaines maladies et pratiques.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La traduction formelle dans les services priv\u00e9s<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le boom minier que le Burkina Faso a connu dans les ann\u00e9es 2000 a entra\u00een\u00e9 sur son chemin un lot consid\u00e9rable de traductions. Le pays compte de nos jours dix-sept soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res fonctionnelles et une dizaine en exploration<a class=\"footnote\" title=\"www.minesburkina.bf\" id=\"return-footnote-187-1\" href=\"#footnote-187-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. L\u2019anglais est principalement utilis\u00e9 comme langue de travail, faisant du secteur minier celui qui emploie le plus de traducteurs et traductrices au Burkina Faso (Yawa, 2019, p.\u00a045). S\u2019il est vrai que l\u2019\u00c9tat ne poss\u00e8de aucune soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re, ces traductions dans le domaine minier rel\u00e8vent principalement du secteur priv\u00e9. Plus de cinquante pour cent des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s form\u00e9\u00b7e\u00b7s au d\u00e9partement de Traduction\/Interpr\u00e9tation et qui travaillent comme traducteurs\/traductrices\/interpr\u00e8tes r\u00e9mun\u00e9r\u00e9\u00b7e\u00b7s sont dans les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res de la place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La diplomatie est le secteur qui occupe la deuxi\u00e8me position, suivi du d\u00e9veloppement, de la s\u00e9curit\u00e9, du droit et de la sant\u00e9. Le domaine de la diplomatie peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme public si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re au travail effectu\u00e9 essentiellement au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces traductions effectu\u00e9es par les services de l\u2019\u00c9tat, les Organisations non gouvernementales, les coop\u00e9rations \u00e9trang\u00e8res, les ambassades emploient \u00e9galement un nombre \u00e9lev\u00e9 de traducteurs\/traductrices-interpr\u00e8tes de nationalit\u00e9 burkinab\u00e9 et \u00e9trang\u00e8re. Cependant, le travail de traduction ex\u00e9cut\u00e9 dans les ambassades r\u00e9sidant au Burkina Faso peut \u00eatre comptabilis\u00e9 dans le secteur priv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, un nombre important d\u2019organisations non gouvernementales et de la soci\u00e9t\u00e9 civile accompagnent le gouvernement burkinab\u00e9 dans le domaine de la sant\u00e9 pour la traduction des messages de sensibilisation contre le VIH, les maladies sexuellement transmissibles, l\u2019excision, etc. (Sanon-Ouattara <em>et al.<\/em>, 2019 et Bougair\u00e9, 2004). Les cabinets priv\u00e9s de traduction et d\u2019interpr\u00e9tation ont \u00e9galement prosp\u00e9r\u00e9 dans la traduction en langues occidentales. Il existe une multitude de cabinets de traduction, dont six environ sont bien cot\u00e9s, ceux anonymes et des centres de langues qui offrent des services de traduction vers l\u2019anglais, l\u2019allemand, le russe, l\u2019espagnol, l\u2019italien, le chinois, l\u2019arabe, le portugais, le polonais, le roumain et le japonais (Cabinet Mory Prestations, 2017).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, la gestion de ces cabinets pose de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s. En effet, l\u2019ouverture officielle d\u2019un cabinet de traduction peut faire penser a priori \u00e0 une activit\u00e9 formalis\u00e9e qui tente de s\u2019\u00e9tablir. Apr\u00e8s des enqu\u00eates, il appara\u00eet qu\u2019aucun document attestant d\u2019une quelconque comp\u00e9tence en traduction n\u2019est exig\u00e9 avant l\u2019octroi de l\u2019autorisation d\u2019ouverture du cabinet. Il en est de m\u00eame pour les centres de langues qui se d\u00e9guisent en pourvoyeurs de traduction. Aucune v\u00e9rification pr\u00e9alable n\u2019est effectu\u00e9e, ni pour la qualification ni pour les exp\u00e9riences capitalis\u00e9es. Les seules pr\u00e9cautions que prennent les services de l\u2019\u00c9tat sont celles li\u00e9es au registre du commerce (interview avec le promoteur de Mory Prestation, cabinet de traduction et d\u2019interpr\u00e9tation, juillet 2020).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autres initiatives priv\u00e9es qui m\u00e8nent des campagnes d\u2019alphab\u00e9tisation s\u2019exercent \u00e0 la traduction de certains documents cl\u00e9s en langues nationales. Pour ce faire, Sanon-Ouattara (2016c, p.\u00a03) fait mention des ONG confessionnelles et non confessionnelles ayant inscrit leurs actions dans l\u2019alphab\u00e9tisation et la promotion des langues locales dans un cadre plus ou moins formel. Il s\u2019agit entre autres de l\u2019association \u00ab\u00a0Tin tua\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Elan d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, l\u2019association \u00ab\u00a0Managdzanga\u00a0\u00bb, l\u2019association \u00ab\u00a0Keeni\u00a0\u00bb, l\u2019association \u00ab\u00a0Tiefo Amoro\u00a0\u00bb, ANTBA\/SIL et l\u2019association burkinab\u00e9 pour le bien-\u00eatre familial (ABBF).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La traduction informelle<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est important de pr\u00e9ciser que l\u2019int\u00e9r\u00eat sera port\u00e9 \u00e0 la traduction informelle effectu\u00e9e au sein d\u2019un cadre formel. Le domaine par excellence o\u00f9 a lieu ce type de traduction est celui de la sant\u00e9 aussi bien dans les services \u00e9tatiques que priv\u00e9s. Sanon-Ouattara (2016a) d\u00e9crit comment dans les centres de sant\u00e9, le personnel soignant est oblig\u00e9 de recourir \u00e0 des interpr\u00e8tes <em>ad hoc<\/em> pour comprendre les patients et fournir les soins. Ainsi, ce sont soit des gardiens, soit des accompagnants, soit d\u2019autres patient\u00b7e\u00b7s ou des coll\u00e8gues qui sont commis \u00e0 la t\u00e2che s\u00e9ance tenante selon les circonstances. Certain\u00b7e\u00b7s de ces volontaires n\u2019ont ni des aptitudes en \u00e9tudes m\u00e9dicales ni en traduction et interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction informelle est toujours pr\u00e9sente dans les tribunaux. Elle se trouve m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle que l\u2019on pourrait caract\u00e9riser de formelle. En effet, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019aucune formation n\u2019est organis\u00e9e \u00e0 l\u2019intention des traducteurs\/traductrices-interpr\u00e8tes judiciaires, nul ne peut attester de la qualit\u00e9 des prestations qu\u2019ils offrent. La formation aurait permis \u00e0 l\u2019\u00c9tat de former et de s\u00e9lectionner le personnel en fonction de ses besoins. Le niveau de ces travailleurs est disparate. Certains n\u2019ont aucun dipl\u00f4me et d\u2019autres ont un niveau Master. Nous mentionnons ce domaine dans les cas d\u2019interpr\u00e9tation informelle, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019interpr\u00e8tes pay\u00e9\u00b7e\u00b7s par l\u2019\u00c9tat, parce qu\u2019il existe d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019organisation du travail d\u2019interpr\u00e9tation dans les tribunaux. En outre, lors des audiences publiques, il arrive que le juge fasse appel \u00e0 des interpr\u00e8tes <em>ad hoc<\/em> tir\u00e9s de l\u2019assembl\u00e9e pour pr\u00eater serment. C\u2019est la preuve que cet aspect du travail n\u2019est pas bien organis\u00e9 avant l\u2019audience et que la qualification de ceux qui font le travail d\u2019interpr\u00e9tation n\u2019est pas une pr\u00e9occupation pour les autorit\u00e9s judiciaires. La traduction informelle est aussi pr\u00e9sente dans le priv\u00e9. La poste, les banques, les assurances, les a\u00e9roports, les h\u00f4tels, les sites touristiques sont des espaces qui enregistrent un volume important de traduction informelle aux cons\u00e9quences diverses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce qui est de la poste, des acteurs priv\u00e9s y m\u00e8nent une traduction informelle qui a \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9e. En effet, depuis des ann\u00e9es, des particuliers se sont \u00e9rig\u00e9s en service de communication et surtout de traduction aux abords des locaux de la poste centrale de Ouagadougou. Ces personnes offrent des prestations aux usagers et usag\u00e8res qui ont des difficult\u00e9s en fran\u00e7ais, que ce soit \u00e0 l\u2019oral qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9crit. Leurs services vont de la r\u00e9daction de courriers au remplissage des formulaires pour des prestations diverses. Ce secteur n\u2019est pas tr\u00e8s bien organis\u00e9, mais ses acteurs semblent satisfaits si on consid\u00e8re la dur\u00e9e de leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des banques commerciales offrent \u00e9galement ce service. En effet, il n\u2019est pas rare de voir les vigiles ou le personnel d\u2019accueil des banques apporter leur aide aux usagers et usag\u00e8res dans le remplissage des formulaires. Il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de la traduction de l\u2019oral \u00e0 l\u2019\u00e9crit, des langues locales vers le fran\u00e7ais.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Enjeux de la traduction et cons\u00e9quences de la non-traduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse va se focaliser sur les contextes formels et informels au sein des services publics et priv\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Enjeux de la traduction<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En observant la nature des documents traduits, dans un cadre formel, les principaux enjeux que l\u2019on peut en d\u00e9duire pour ce qui est des langues internationales sont le maintien des relations internationales avec le reste du monde. En effet, l\u2019anglais \u00e9tant devenu une langue incontournable, toutes les diplomaties du monde s\u2019attellent \u00e0 avoir des comp\u00e9tences en traduction vers cette langue. C\u2019est un enjeu g\u00e9opolitique et la traduction vers les langues internationales appara\u00eet comme une porte ouvrant vers l\u2019ext\u00e9rieur. Toutes les batailles diplomatiques sur le plan politique, \u00e9conomique et culturel lui sont soumises. C\u2019est cette m\u00eame logique qui explique la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale de traducteurs et traductrices dans les langues europ\u00e9ennes et non dans les langues nationales. L\u2019objectif de ce service semble \u00eatre la promotion des \u00e9changes entre le parlement burkinab\u00e9 et les autres parlements \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les traductions en langues nationales peuvent viser plusieurs enjeux, dont celui politique et identitaire. En effet, proposer une constitution en plusieurs langues locales peut constituer une preuve de prise en compte d\u2019une communaut\u00e9 donn\u00e9e, ce qui peut \u00eatre un facteur d\u2019inclusion dans la nation. De m\u00eame, l\u2019utilisation de langues locales dans certains contextes peut s\u2019inscrire dans un projet nationaliste ou id\u00e9ologique d\u2019envergure (Delisle et Woodsworth, 1995). Lors des campagnes \u00e9lectorales, les hommes politiques exploitent ce canal pour \u00eatre proches de la population et esp\u00e9rer \u00e9veiller un sentiment nationaliste. Un autre enjeu consisterait \u00e0 mettre \u00e0 la disposition des personnes en ins\u00e9curit\u00e9 linguistique avec le fran\u00e7ais les \u00ab\u00a0m\u00eames\u00a0\u00bb chances que celles qui parlent fran\u00e7ais dans des domaines pr\u00e9cis. La plupart des documents traduits en langues locales s\u2019adressent au monde rural. C\u2019est le cas des lois et d\u00e9crets traduits en moor\u00e9 et en gulmacema.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction de la constitution en langues locales constitue, selon les termes du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale de l\u2019\u00e9poque, \u00ab\u00a0une sorte d\u2019incubation \u00e0 la citoyennet\u00e9 dont l\u2019objectif vise \u00e0 corriger un tant soit peu l\u2019anomalie constat\u00e9e, et \u00e0 donner au plus grand nombre possible la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der au contenu et \u00e0 l\u2019esprit de la constitution\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"http:\/\/africatime.com\/burkina_faso\/articles\/constitution-burkinabe-dix-10-langues-nationales-pour-mieux-la-decrypter\" id=\"return-footnote-187-2\" href=\"#footnote-187-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. Quelles sont les fonctions de telles traductions dans la soci\u00e9t\u00e9? Autrement dit, \u00e0 quoi servent-elles? La pr\u00e9sence de textes ou d\u2019interpr\u00e9tation en langues europ\u00e9ennes participe du rayonnement du Burkina Faso au niveau international. Les retours attendus sont \u00e9normes. Ils peuvent s\u2019\u00e9valuer en termes de retomb\u00e9es \u00e9conomiques \u00e0 travers les partenariats que le pays peut tisser avec d\u2019autres ou en termes de facilit\u00e9s accord\u00e9es dans certains domaines. L\u2019on peut d\u00e8s lors comprendre pourquoi les langues europ\u00e9ennes sont privil\u00e9gi\u00e9es au d\u00e9triment des langues nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les traductions en langues nationales ont aussi plusieurs fonctions dans la soci\u00e9t\u00e9. Leur promotion est inscrite dans la constitution. Les actions ponctuelles de traduction vers les langues nationales participent de leur valorisation et pourront \u00eatre brandies comme preuve du respect des engagements du gouvernement. Les traductions effectu\u00e9es par les associations, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, les organisations non gouvernementales, les organisations confessionnelles, les cabinets priv\u00e9s de traduction, les centres de langues n\u2019ont pas les m\u00eames enjeux et les fonctions sont multiples. Elles peuvent \u00eatre soci\u00e9tales, en ce sens qu\u2019elles comblent un vide de service non rendu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Leur existence marque une consid\u00e9ration envers une cat\u00e9gorie de personnes et remplit toujours une fonction pour l\u2019institution qui rend le service, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019aucune traduction n\u2019est anodine. Le secteur priv\u00e9 est dans un r\u00f4le d\u2019accompagnateur de l\u2019\u00c9tat pour certaines t\u00e2ches. Les traductions produites constituent des outils utilisables dans plusieurs domaines.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cons\u00e9quences de la non-traduction<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Une offre ad\u00e9quate de traduction dans les services publics aurait eu pour objectif premier la facilitation de la communication entre agents publics et administr\u00e9\u00b7e\u00b7s. Quelles sont les cons\u00e9quences de l\u2019absence d\u2019un tel service? Ce vide laisse entrevoir les priorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019offre de service. L\u2019expression <em>promotion des langues nationales<\/em> dans la plupart des discours tenus par les autorit\u00e9s, hommes et femmes politiques semble vaine. Les cons\u00e9quences cr\u00e9\u00e9es par ce vide sont, entre autres, la violation des droits des justiciables non francophones qui, contrairement \u00e0 la constitution, ont \u00e9t\u00e9 discrimin\u00e9s sur la base des langues qu\u2019ils parlent ou ne parlent pas (Sanon-Ouattara, 2012), l\u2019inad\u00e9quation des soins par manque de communication ad\u00e9quate entre soignant\u00b7e\u00b7s et personnes soign\u00e9es (Sanon-Ouattara, 2016a), le d\u00e9faut de participation de certain\u00b7e\u00b7s \u00e9lu\u00b7e\u00b7s au d\u00e9bat d\u00e9mocratique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale (Nikiema, 2005), l\u2019exclusion d\u2019une grande partie de la population du d\u00e9bat sur le d\u00e9veloppement du pays. Bougair\u00e9 r\u00e9sume les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les agents sensibilisateurs dans la lutte contre l\u2019excision en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Des difficult\u00e9s linguistiques existent au niveau des agents de terrain. Par exemple \u00e0 Bogand\u00e9, sur 6 agents que nous avons rencontr\u00e9s, seule une femme est native de la r\u00e9gion. Les autres ne parlent pas le gourmantch\u00e9ma (la langue locale). Ils sont donc oblig\u00e9s de recourir \u00e0 des interpr\u00e8tes, et dans ces conditions l\u2019exactitude du message n\u2019est pas garantie (Bougair\u00e9, 2004, p.\u00a047).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exactitude du message est mise en cause parce qu\u2019il s\u2019agit essentiellement d\u2019une traduction informelle. Aucune traduction n\u2019est pr\u00e9vue ni offerte dans un cadre formel, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9sumer que ce sont les agents eux-m\u00eames qui doivent chercher leur interpr\u00e8te comme c\u2019est le cas dans la plupart des services de sant\u00e9 (Sanon-Ouattara <em>et al.<\/em>, 2019). La traduction comme moyen de communication est utilis\u00e9e dans les communaut\u00e9s multilingues. Dans les espaces publics, le transfert se fait g\u00e9n\u00e9ralement des langues locales vers les langues \u00e9trang\u00e8res (Newmark, 2003). Les langues \u00e9trang\u00e8res sont ainsi privil\u00e9gi\u00e9es au d\u00e9triment des langues nationales, ce qui est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la plupart des situations d\u00e9crites par Delisle et Woodsworth (1995) sur le sentiment nationaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une absence de traduction ou une mauvaise traduction peut avoir des cons\u00e9quences dramatiques. L\u2019exemple le plus marquant est celui de la Seconde Guerre mondiale qui, selon Newmark, serait partie d\u2019une erreur de traduction\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Its importance is highlighted by the mistranslation of the Japanese telegram sent to Washington just before the bomb was dropped on Hiroshima, when mokasutu was allegedly translated as \u2018ignored\u2019 instead of \u2018considered\u2019, and by the ambiguity in UN Resolution 242, where \u2018the withdrawal from occupied territories\u2019 was translated as le retrait des territoires occup\u00e9s, and therefore as a reference to all of the occupied territory to be evacuated by the Israelis (Newmark, 2003, p.\u00a07).<\/p><\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Analyse et commentaires<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019attitude de l\u2019\u00c9tat laisse transpara\u00eetre une incoh\u00e9rence entre les politiques d\u00e9clar\u00e9es (constitution) et les moyens utilis\u00e9s pour les atteindre. On assiste \u00e0 une absence\/manque de traduction qui abandonne les populations \u00e0 leur sort. En principe, toute politique linguistique dans un \u00c9tat multilingue \u00e0 majorit\u00e9 analphab\u00e8te implique une politique de la traduction. La traduction semble totalement avoir \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9e dans les politiques gouvernementales de mise en \u0153uvre des strat\u00e9gies de communication de masse, notamment dans le domaine de la sant\u00e9 (Sanon-Ouattara <em>et al.<\/em>, 2019). L\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 semble cr\u00e9er des structures sans leur donner les moyens de fonctionner. Nous avons cit\u00e9 plus haut les documents traduits avec l\u2019appui des partenaires financiers. L\u2019on peut d\u00e8s lors se demander pourquoi l\u2019\u00c9tat ne s\u2019implique pas personnellement en allouant par exemple une partie de son budget national aux activit\u00e9s de traduction ou de promotion des langues nationales. S\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un manque de volont\u00e9 politique, c\u2019est un aveu d\u2019impuissance de la part des autorit\u00e9s \u00e9tatiques. Cependant, le probl\u00e8me semble plus complexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 semble conscient des dangers auxquels sont expos\u00e9es les populations par l\u2019absence de l\u2019offre de traduction. La directrice de la communication du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et ses agents l\u2019ont reconnu lors de l\u2019atelier de Ouagadougou en 2018. Les m\u00e9decins (deux au total) invit\u00e9s au m\u00eame atelier, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la prise en charge des patients du fait de la barri\u00e8re linguistique, n\u2019avaient pas la m\u00eame vision sur les solutions possibles. Ils avaient des appr\u00e9hensions sur l\u2019utilisation de traducteurs\/traductrices-interpr\u00e8tes. Les m\u00eames difficult\u00e9s et appr\u00e9hensions existent dans le domaine de la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les interpr\u00e8tes en langues d\u00e9veloppent eux-m\u00eames peu de satisfaction vis-\u00e0-vis de leur profession par rapport aux traducteurs et traductrices en langues internationales (Sanon-Ouattara, 2017). Conscients du statut inf\u00e9rieur des langues qu\u2019ils utilisent, ils se sont organis\u00e9s en association pour tenter de faire formaliser leur profession, ce qui a valu l\u2019atelier de Koudougou d\u2019avril 2016 qui n\u2019a pas malheureusement eu de suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant aux traducteurs et traductrices modernes, ils ou elles sont \u00e0 l\u2019image de l\u2019\u00e9lite intellectuelle d\u00e9crite par Fishman\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>There are contradictory attitudes towards the colonizer\u2019s language as shown in the following examples; the African new elites seem in search of new and effective ideological and behavioral systems\u2026. Acceptance of the West, rejection of the West, \u2026all these tend to be present and to displace each other with ambivalent rapidity (Fishman, 1971, p.\u00a038).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les traducteurs et traductrices de l\u2019anglais au fran\u00e7ais du Burkina Faso illustrent bien cette situation. Le prestige que les traducteurs ou les traductrices s\u2019accordent \u00e0 eux-m\u00eames ou \u00e0 elles-m\u00eames et que la soci\u00e9t\u00e9 leur accorde est proportionnel au prestige des langues impliqu\u00e9es dans les combinaisons linguistiques dans lesquelles ils ou elles travaillent (Sanon-Ouattara, 2017). Les traducteurs et traductrices modernes vont jusqu\u2019\u00e0 refuser que le terme <em>interpr\u00e8te<\/em> soit employ\u00e9 dans l\u2019expression \u00ab interpr\u00e8te judiciaire \u00bb au motif que ceux ou celles qui pratiquent cette activit\u00e9 n\u2019ont pas fait de formation universitaire. C\u2019est ce qui en ressort de l\u2019atelier organis\u00e9 par le minist\u00e8re de la Justice et des droits humains en avril 2016 \u00e0 Koudougou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le statut de l\u2019association des interpr\u00e8tes-traducteurs du Faso (AITF), le titre de traducteurs professionnels est accord\u00e9 \u00e0 tout traducteur amateur (sans formation universitaire) apr\u00e8s cinq ann\u00e9es d\u2019exercice de la profession, mais refus\u00e9 \u00e0 tout traducteur professionnel ayant une formation universitaire, mais ne justifiant pas des cinq ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience (Yawa, 2019). Les traducteurs et traductrices en langues nationales ne peuvent pas adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019association, malgr\u00e9 les ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience et de pratique. Les deux types de traduction (formelle et informelle) cohabitent depuis toujours au Burkina Faso. Avant l\u2019av\u00e8nement de la colonisation, les griots et autres linguistes du roi faisaient une traduction formelle et les autres traductions pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme informelles. L\u2019av\u00e8nement de la colonisation a renforc\u00e9 cet \u00e9tat de fait avec la politique d\u2019assimilation de la France qui tentait de cr\u00e9er de \u00ab\u00a0petits Fran\u00e7ais d\u2019outre-mer\u00a0\u00bb. Cette attitude a eu pour cons\u00e9quence le d\u00e9ni des autres langues africaines, exacerbant la cohabitation pas toujours pacifique entre les deux types de traduction. Les traductions dans les contextes formels sont inf\u00e9rieures en termes de volume \u00e0 celles dans les contextes informels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette situation permet d\u2019avancer plusieurs hypoth\u00e8ses\u00a0: soit les Africain\u00b7e\u00b7s n\u2019\u00e9taient pas libres de leur mouvement et subissaient une pression de la part des institutions financi\u00e8res, soit ils ou elles avaient une attitude ambigu\u00eb vis-\u00e0-vis des langues occidentales. La premi\u00e8re hypoth\u00e8se est confirm\u00e9e par Mazrui (2003) lorsqu\u2019il explique comment la Banque mondiale soutient l\u2019utilisation de la langue occidentale pour promouvoir la stabilit\u00e9 politique et pour b\u00e2tir des nations prosp\u00e8res sur le plan \u00e9conomique. La deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se est aussi valide. Comme le souligne la plupart des auteurs de la n\u00e9gritude, les Africain\u00b7e\u00b7s sont habit\u00e9\u00b7e\u00b7s par un complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis des autres Africain\u00b7e\u00b7s non instruits et un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis de leurs ancien\u00b7ne\u00b7s ma\u00eetres\u00b7ses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction formelle devrait \u00eatre syst\u00e9matique dans tous les services publics comme la sant\u00e9 et la justice. C\u2019est l\u2019informel qui envahit ces services sensibles au point de mettre en p\u00e9ril la sant\u00e9 de la population et la question des droits fondamentaux. La cohabitation entre traduction formelle et traduction informelle est r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019\u00e9tat r\u00e9el des relations entre l\u2019\u00e9lite intellectuelle et la majorit\u00e9 de la population. L\u2019\u00e9lite a une attitude ambigu\u00eb et souvent condescendante vis-\u00e0-vis de la population analphab\u00e8te. Les traducteurs et traductrices modernes de l\u2019\u00c9tat sont pay\u00e9\u00b7e\u00b7s pour rendre un service \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Cependant, de mani\u00e8re plus pratique, la majorit\u00e9 de la population est oblig\u00e9e de consommer des traductions informelles non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, donnant un sentiment d\u2019abandon de la part de l\u2019autorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cohabitation se fait \u00e0 plusieurs niveaux\u00a0: traductions formelles en langues internationales versus traductions en langues nationales; traductions formelles en langues internationales versus traductions informelles en langues nationales; traductions formelles quelles que soient les langues versus traductions informelles, quelles que soient les langues. Par analogie, les traductions informelles en langues locales ont le m\u00eame statut que les langues locales et re\u00e7oivent le m\u00eame traitement. En d\u00e9pit des moyens accord\u00e9s \u00e0 la traduction formelle, celle informelle continue de r\u00e9sister. Malgr\u00e9 le choix du fran\u00e7ais comme langue officielle du pays, les langues locales, surtout le dioula, le moor\u00e9 et le fulfulde, sont plus pr\u00e9sentes dans les administrations. Cela a \u00e9t\u00e9 corrobor\u00e9 par une enqu\u00eate effectu\u00e9e par trois chercheurs burkinab\u00e9 dans le cadre d\u2019une \u00e9tude\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour les langues utilis\u00e9es dans l\u2019administration, il ressort que 67,9\u00a0% des enqu\u00eat\u00e9s, ce sont les langues nationales tandis que 32,1\u00a0% d\u2019entre eux estiment que le fran\u00e7ais est la langue la plus usit\u00e9e dans l\u2019administration. Les langues locales utilis\u00e9es dans l\u2019administration sont le dioula (29,4\u00a0%), le moor\u00e9 (18,8\u00a0%) et le fulfuld\u00e9 (7,6\u00a0%) (Maiga, Napon et Sore, 2015, p.\u00a073).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe plus de traductions informelles que formelles dans les administrations publiques du Burkina Faso. Il serait souhaitable que l\u2019\u00c9tat prenne des dispositions utiles pour inverser cette tendance. Lors des campagnes politiques, paradoxalement, les autorit\u00e9s qui veulent s\u2019adresser aux populations locales se rappellent qu\u2019il y a un besoin de traduction et comblent le vide. C\u2019est la preuve qu\u2019avec un minimum de volont\u00e9 politique les lignes peuvent bouger. Une fois cette volont\u00e9 acquise, on peut passer \u00e0 une autre \u00e9tape qui est la formalisation de la profession d\u2019interpr\u00e8te dans les domaines o\u00f9 cela est n\u00e9cessaire. Le syst\u00e8me judiciaire du Ghana a r\u00e9ussi \u00e0 formaliser la profession d\u2019interpr\u00e8tes judiciaires en les recrutant avec des dipl\u00f4mes universitaires et en leur donnant un plan de carri\u00e8re<a class=\"footnote\" title=\"www.jtighana.org\/new\/links\/publications\/interpretershandbook.pdf\" id=\"return-footnote-187-3\" href=\"#footnote-187-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette formalisation par le recrutement de sp\u00e9cialistes en langues locales a permis de revaloriser les professions en langues locales et \u00e0 sortir les professionnel\u00b7le\u00b7s de ces langues de la pr\u00e9carit\u00e9. Au Burkina Faso, on assiste \u00e0 un d\u00e9but de formalisation de la profession au niveau des tribunaux. Le simple fait de compter les interpr\u00e8tes judiciaires parmi les personnels de la justice est une victoire d\u2019\u00e9tape. Il reste \u00e0 formaliser les autres \u00e9tapes, \u00e0 savoir la formation, l\u2019organisation de tests de mani\u00e8re syst\u00e9matique selon les besoins et l\u2019\u00e9largissement de ces recrutements aux autres domaines o\u00f9 le besoin se fait sentir. Le grand obstacle demeure celui du complexe li\u00e9 aux langues de l\u2019Occident d\u00e9velopp\u00e9 par la plupart des intellectuel\u00b7le\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction et l\u2019interpr\u00e9tation sont des vieilles pratiques au Burkina Faso qui, depuis l\u2019av\u00e8nement de l\u2019ind\u00e9pendance, peinent \u00e0 se trouver un statut clair au sein de l\u2019administration. Devenues des professions auxquelles on acc\u00e8de par des qualifications dipl\u00f4mantes, elles sont \u00e9galement rest\u00e9es informelles avec une pr\u00e9sence accrue dans les administrations qui ne les reconnaissent pas comme un travail n\u00e9cessitant une r\u00e9mun\u00e9ration. Ainsi, plusieurs cas de figure ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9s\u00a0: des traducteurs et traductrices dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s et non dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s qui travaillent dans les secteurs public et priv\u00e9, des traducteurs et traductrices dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s et non dipl\u00f4m\u00e9\u00b7e\u00b7s qui travaillent comme free-lance ou dans des cabinets priv\u00e9s sans aucune r\u00e9glementation. La cons\u00e9quence de l\u2019absence de traduction dans certains milieux sensibles ainsi que la non-r\u00e9glementation de la profession constituent des obstacles au d\u00e9veloppement du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pratique de la traduction s\u2019est consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9e dans le monde avec l\u2019av\u00e8nement des ind\u00e9pendances et la reconnaissance des droits des minorit\u00e9s linguistiques dans le monde. La traduction a \u00e9t\u00e9 un instrument de transmission de la culture, a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des langues, mais a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e0 la base de nombreux dysfonctionnements (Newmark, 2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Burkina Faso, la traduction formelle et la traduction informelle cohabitent comme dans la plupart des \u00c9tats multilingues. Le volume de chaque type de traduction semble inversement proportionnel aux besoins de la population. Les enjeux de la traduction formelle se justifient par un besoin de rayonnement de la diplomatie burkinab\u00e9, une source d\u2019activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices et une poursuite du plan du colonisateur. La traduction informelle, consid\u00e9r\u00e9e comme la chasse gard\u00e9e du peuple, ne jouit pas du m\u00eame prestige que celle formelle. Les fonctions vis\u00e9es par ces traductions semblent \u00eatre celles de combler un vide laiss\u00e9 par l\u2019\u00c9tat. Les cons\u00e9quences d\u2019un tel vide sont \u00e9normes. La cohabitation entre ces deux types de traduction est pacifique en apparence, mais violente dans certaines situations. L\u2019attitude de l\u2019\u00c9tat est ambigu\u00eb. Elle traduit soit un manque de volont\u00e9 politique soit un aveu d\u2019impuissance ou les deux \u00e0 la fois. La volont\u00e9 politique et la fin du complexe de l\u2019intellectuel africain peuvent \u00eatre un d\u00e9but de solution.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Batchelor, Kathryn, Sambou, Aly, Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette et Yoda Lalbila, Aristide. 2018. <em>Traduction et Communication pour la Sant\u00e9 en Afrique de l\u2019<\/em><em>Ouest<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e l\u2019atelier sur la Traduction interlinguale et communication pour la sant\u00e9 au Burkina Faso\u00a0: identification des probl\u00e8mes et des bonnes pratiques, Universit\u00e9 Ouaga I Pr Joseph KI-ZERBO, 23 octobre.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bandia, Paul. 2005. Esquisse d\u2019une histoire de la traduction en Afrique. <em>Meta<\/em>, <em>50<\/em>(3), 957-971.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bandia, Paul. 1998. <em>African Tradition<\/em>. In M. BAKER (ed.), Rou<em>tledge Encyclopedia of <\/em><em>Translation Studies<\/em> (295 -305). London and New York: Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Botwe-Asamoah, Kwame. 2005. <em>Kwame Nkrumah\u2019s Politico-Cultural Thought and Policies\u00a0: An African &#8211; Centered Paradigm for the Second Phase of the African Revolution<\/em>. New-York and London, Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bougaire, Marie Danielle. 2004. <em>L\u2019Approche communicative des campagnes de sensibilisation en sant\u00e9 publique au Burkina Faso\u00a0: le cas de la planification familiale, du sida et de l\u2019excision, <\/em>Unpublished PhD Thesis, Groningen, Rijksuniversiteit Groningen.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cabinet Mory Prestations. 2017. Recommandation Strat\u00e9gique 2017. Ouagadougou, Cabinet Mory Prestations.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calvet, Jean-Louis. 1999. <em>La Guerre des langues et les politiques linguistiques<\/em>. Paris, Hachettes Litt\u00e9ratures.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Camara, Sory. 1976. <em>Gens de la parole\u00a0: Essai sur la condition et le r\u00f4le des griots dans la soci\u00e9t\u00e9 Malinke<\/em>. Paris, La Haye\u00a0: Mouton.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Delisle, Jean et Woodsworth, Judith (dir.) 1995. <em>Les Traducteurs dans l\u2019histoire<\/em>. Ottawa, Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Delisle Jean, Lee-Jahnke Hannelore et Cormier Monique C. 1999. <em>Terminologie de la traduction \/ Translation Terminology \/ Terminolog\u00ed<\/em><em>a de la traducci\u00f3<\/em><em>n \/ Terminologie der<\/em>. \u00dcbersetzung, Amsterdam, Philadelphia, John Benjamins Publishing Company.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fishman, Joshua. 1971. <em>National Languages and Languages of Wider Communication in the Developing Nations<\/em>. In WHITELEY, Wilfred H. (ed.)., <em>Language Use and Social Change: Problems of Multilingualism with Special Reference to Eastern Africa <\/em>(27-56). Studies Presented at the Ninth International Seminar at University College, Dar es Salaam, London, published for the International African Institute by Oxford University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Izard, Michel. 1985. <em>Gens du pouvoir, gens de la terre\u00a0: les institutions politiques de l\u2019ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche).<\/em> Cambridge, Paris, Cambridge\u00a0: University Press, \u00e9ditions de la maison des sciences de l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kouraogo, Pierre. 2001. <em>The Rebirth of the King\u2019s Linguist<\/em>. In Mason, Ian (ed.), <em>Triadic Exchanges. <\/em><em>Studies in Dialogue Interpreting<\/em> (109-130)<em>.<\/em> Manchester: St Jerome.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maiga, Alkassoum, Napon, Abou et Sore, Zakaria. 2015. Pour un ancrage sociologique de l\u2019alphab\u00e9tisation. <em>Revue internationale d<\/em><em>\u2019\u00e9ducation de S\u00e8vres<\/em>, <em>70<\/em>, 65-75<strong>.<\/strong><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mazrui, Alamin. 2003. The World Bank, The language Question and the Future of African Education. In R. Harris and B. Rampton (eds.), <em>The Language, Ethnicity and Race <\/em><em>Reader <\/em>(85-96). London and New York: Routledge<strong>,<\/strong>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la Justice. 2016. <em>Annuaire statistique du minist\u00e8re de la justice<\/em>. Ouagadougou, Minist\u00e8re de la justice.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la Justice. 2019. <em>Annuaire statistique du minist\u00e8re de la justice<\/em>. Ouagadougou, Minist\u00e8re de la justice.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la Sant\u00e9. 2017. <em>Annuaire statistique du minist\u00e8re de la sant\u00e9<\/em>. Ouagadougou, Minist\u00e8re de la sant\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Meylaerts, Reine. 2018. The politics of Translation Multilingual States. In Evans, Jonathan and Fernandez, Fruela (eds), <em>The Routledge Handbook of Translation and Politics<\/em> (221-237). New-York: Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Newmark, Peter. 1983. Introductory Survey. In PICKEN, Catrinoma (ed.). T<em>he Translator\u2019s Handbook <\/em>(1-17). London: ASLIB.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Newmark, Peter. 2003. <em>A Textbook of Translation<\/em>. Harlow: Longman, Pearson Education.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nikiema, Norbert. 2005. Les Langues Nationales dans l\u2019Administration pour la Bonne Gouvernance et la Participation D\u00e9mocratique. <em>Cahiers du CERLESHS<\/em>, <em>5<\/em>(num\u00e9ro sp\u00e9cial), 45-69.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2012. Legal Translation and Court Interpreting in Burkina Faso: A Violation of Human Rights and Hindrance to Development. In Kuupole, Domwini Dabire et Kambou Kwadwo Moses (eds.), <em>National Development through Language Education<\/em> (huiti\u00e8me colloque, Winneba, 13-18 juin 2011), <em>Colloque inter <\/em><em>\u2013 universitaire sur la coexistence des langues en Afrique de l\u2019Ouest<\/em> (367-384)<em>. <\/em>Cape Coast: Cape Coast University Printing Press<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara F\u00e9ridjou Emilie Georgette, Yoda Lalbila Aristide et Batchelor Kathryn. 2019. Aper\u00e7u de la pratique de l\u2019interpr\u00e9tation dans les centres de sant\u00e9 du Burkina Faso. <em>Revue internationale de linguistique, didactique des langues et traductologie<\/em>, <em>7<\/em>, 59-75.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2016a. Intercultural Communication and Community Interpreting in the Medical Setting in Burkina Faso. <em>Revue des Sciences du Langage et de la Communication<\/em>, <em>3<\/em>, 189-219.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2016b. Community Interpreting and Translation in Burkina Faso\u00a0: Overview and Challenge for Professionalization. <em>Revue des Langues, Lettres, et Sciences de l\u2019Homme et de la Soci\u00e9t\u00e9 Lo\u03b7GBOWU,<\/em> <em>002<\/em>, 309-332.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2016c. Apport de la Traduction \u00e0 la promotion des langues nationales au Burkina Faso\u00a0: leurres ou lueurs?. <em>Cahiers du Centre d\u2019\u00c9tudes et de Recherche en Lettres, Sciences Humaines et Sociales (CERLESHS)<\/em>,<em> XXXI<\/em>(52), 265-287.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanon-Ouattara, F\u00e9ridjou Emilie Georgette. 2017<em>. Court Interpreting in Burkina Faso: on the Steps of a New Profession<\/em>, <em>2<\/em>, 131-144.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tomasello, Michael. 2008. <em>Origins of Human communication.<\/em> Cambridge, Massachusset, London: MIT Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wa Thiong\u2019o, Ngugi. 1994. <em>Decolonizing the Mind: the Politics of Language in African Literature<\/em>. Harare: Zimbabwe Publishing House.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yawa, Fahouzia. 2019. <em>Analyse du march\u00e9 de la traduction et de l\u2019interpr\u00e9tation au Burkina Faso\u00a0: quelles perspectives pour les traducteurs interpr\u00e8tes?<\/em>. M\u00e9moire de master, Ouagadougou, Universit\u00e9 Joseph KI-ZERBO.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/contributors\/feridjou-emilie-georgette-sanon-ouattara\">F\u00e9ridjou Emilie Georgette SANON-OUATTARA<\/a><\/strong><br \/>L\u2019autrice est enseignante-chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Joseph KI-ZERBO et membre du Laboratoire langues, litt\u00e9ratures et civilisations anglophones. Elle est titulaire d\u2019un PhD en traductologie obtenu en 2005 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Groningen aux Pays-Bas. Ma\u00eetre de Conf\u00e9rences en \u00e9tudes anglophones et en traductologie depuis juillet 2018, elle est autrice de plusieurs textes sur la traductologie, la traduction interculturelle, la traduction des textes bibliques, le r\u00f4le des langues dans les questions de d\u00e9veloppement, etc.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-187-1\">www.minesburkina.bf <a href=\"#return-footnote-187-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-187-2\">http:\/\/africatime.com\/burkina_faso\/articles\/constitution-burkinabe-dix-10-langues-nationales-pour-mieux-la-decrypter <a href=\"#return-footnote-187-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-187-3\">www.jtighana.org\/new\/links\/publications\/interpretershandbook.pdf <a href=\"#return-footnote-187-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["feridjou-emilie-georgette-sanon-ouattara"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[78],"license":[],"class_list":["post-187","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-burkina-faso","motscles-enjeux","motscles-interpretation","motscles-pratiques","motscles-traduction","keywords-burkina-faso","keywords-challenges","keywords-interpreting","keywords-practices","keywords-translation","motscles-autre-bayelemani","motscles-autre-burkina-faso","motscles-autre-cogoya","motscles-autre-deguiw","motscles-autre-kanyelemani","contributor-feridjou-emilie-georgette-sanon-ouattara"],"part":185,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":335,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187\/revisions\/335"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/185"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=187"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=187"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}