{"id":204,"date":"2021-09-22T11:09:54","date_gmt":"2021-09-22T09:09:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/?post_type=chapter&#038;p=204"},"modified":"2022-05-21T18:12:17","modified_gmt":"2022-05-21T16:12:17","slug":"manifi2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/texte\/manifi2021\/","title":{"rendered":"Les langues nationales dans la formation des traducteurs et traductrices au Cameroun : enjeux et propositions didactiques"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun, qui compte 238 langues nationales (Binam Bikoi <em>et al.<\/em>, 2012), n\u2019abrite aucune \u00e9cole consacr\u00e9e essentiellement \u00e0 la formation de traducteurs et de traductrices dans lesdites langues. C\u2019est un \u00e9tat de choses qui semble aller de soi\u00a0: dans ce pays, la traduction \u00e0 partir des\/vers les langues nationales n\u2019est ni organis\u00e9e ni professionnellement reconnue au m\u00eame titre que la traduction entre les langues officielles que sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. Le seul domaine dans lequel la traduction dans les langues nationales semble prosp\u00e9rer est celui des textes bibliques; la CABTAL (<em>Cameroon Association for Bible Translation and Literacy<\/em>), en collaboration avec la SIL (Soci\u00e9t\u00e9 internationale de linguistique) et les \u00e9glises, s\u2019y investit \u00e0 travers divers programmes priv\u00e9s. M\u00eame si quelques textes sont traduits en langues nationales, ils int\u00e9ressent difficilement les \u00e9diteurs et les \u00e9ditrices \u00e0 cause de la faiblesse du pouvoir d\u2019achat du public. Traducteurs et traductrices et diff\u00e9rents acteurs et actrices du livre convergent naturellement vers les langues officielles et \u00e9trang\u00e8res, ce march\u00e9 \u00e9tant plus fructueux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, l\u2019on assiste au fil du temps \u00e0 une introduction progressive des cours d\u2019initiation \u00e0 la traduction en langues nationales dans les programmes de formation formelle en traduction consacr\u00e9s \u00e0 la base aux langues officielles et \u00e9trang\u00e8res. Quels en seraient les raisons et les enjeux? Comment s\u2019effectuent ces cours face aux contraintes li\u00e9es \u00e0 la diversit\u00e9 linguistique pr\u00e9sente dans les classes, caract\u00e9ris\u00e9e par des langues nationales peu dot\u00e9es pour la plupart et\/ou pas toujours ma\u00eetris\u00e9es \u00e0 l\u2019oral et \u00e0 l\u2019\u00e9crit par les \u00e9tudiants et les \u00e9tudiantes? Quels am\u00e9nagements didactiques permettraient de consolider l\u2019\u00e9tat actuel des choses? Cet article apporte des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions \u00e0 la lumi\u00e8re des exp\u00e9riences en cours dans certaines \u00e9coles et fili\u00e8res de traduction au Cameroun, tout en s\u2019inscrivant dans la perspective th\u00e9orique de la sociotraductologie (Gambier, 2007) ou <em>sociology of translation<\/em> (Wolf et Fukari, 2007) comprise comme l\u2019\u00e9tude de la traduction en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social allant au-del\u00e0 d\u2019une simple op\u00e9ration entre langues, ou en tant qu\u2019activit\u00e9 initi\u00e9e et contrainte par des agents sociaux, avec des fonctions et des retomb\u00e9es socialement d\u00e9termin\u00e9es; mieux, la sociotraductologie s\u2019int\u00e9resse aux traducteurs et traductrices (\u00e0 leur statut, \u00e0 leur carri\u00e8re), \u00e0 la traduction en tant que discipline, et aux traductions en tant que modalit\u00e9s interculturelles.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le traducteur ou la traductrice en langues nationales, acteur ou actrice de la mise en \u0153uvre de la politique linguistique nationale et de la promotion de la coh\u00e9sion sociale<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le potentiel de la traduction en langues locales demeure tr\u00e8s peu exploit\u00e9 au Cameroun. Pourtant, former des traducteurs et traductrices dans ces langues contribuerait \u00e0 la mise en \u0153uvre de la politique linguistique nationale et \u00e0 la promotion de la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la mise en \u0153uvre de la politique linguistique nationale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique du Cameroun, bien que n\u2019\u00e9tant pas encore explicite ou promulgu\u00e9e, appara\u00eet en filigrane dans les pratiques gouvernementales depuis quelques d\u00e9cennies. Dans la loi constitutionnelle n\u00b0\u00a096-06 du 18 janvier 1996 portant r\u00e9vision de la Constitution du 02 juin 1972, le Cameroun a pris l\u2019engagement de prot\u00e9ger et promouvoir ses langues nationales. Cet engagement a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clin\u00e9 dans la loi n\u00b0\u00a098\/004 du 14 avril 1998 qui confie au secteur de l\u2019\u00e9ducation la mission de former des citoyens et citoyennes enracin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leur culture et ouvert\u00b7e\u00b7s au monde. \u00c0 travers les lois sur la d\u00e9centralisation n\u00b0\u00a02004\/018 et 2004\/019 du 22 juillet 2004, et n\u00b0\u00a02019\/024 du 24 d\u00e9cembre 2019, l\u2019\u00c9tat transf\u00e8re aux collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es (r\u00e9gions et communes) les ressources financi\u00e8res n\u00e9cessaires \u00e0 la protection et \u00e0 la promotion des langues et cultures nationales de leurs ressorts territoriaux respectifs. Le r\u00f4le des traducteurs et traductrices en langues nationales est d\u00e9terminant dans la mise en \u0153uvre de cette politique linguistique dans la mesure o\u00f9 celle-ci r\u00e9v\u00e8le la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une augmentation des fonctions des langues nationales; l\u2019id\u00e9al \u00e9tant que ces langues franchissent le cap v\u00e9ritable de langues de travail d\u2019une part, et le cap de langues d\u2019enseignement d\u2019autre part, dans leur partenariat avec les langues officielles, de la maternelle au sup\u00e9rieur (Bitjaa, 2012; Biloa, 2013, etc.). Pourtant, il est difficile d\u2019envisager de telles fonctions pour ces langues sans un travail d\u2019am\u00e9nagement de corpus de fond faisant appel \u00e0 la traduction.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, bien que plusieurs langues nationales soient dot\u00e9es aujourd\u2019hui d\u2019alphabets, de syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture, de grammaires, etc., leur utilisation fait face \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019expression scientifique et technique, ainsi que de communication sp\u00e9cialis\u00e9e; d\u2019o\u00f9 le besoin crucial de traducteurs et traductrices pour l\u2019intellectualisation de ces langues en vue de leur cohabitation harmonieuse avec les langues officielles aussi bien dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif que dans d\u2019autres secteurs de la vie active. L\u2019intellectualisation des langues, qui est l\u2019ensemble des mesures qui visent l\u2019habilitation et la capacitation des langues \u00e0 mieux assumer une fonction comme langue de r\u00e9flexion acad\u00e9mique, langue de recherche, du discours scientifique et d\u2019expression des nouvelles connaissances dans les domaines des sciences et technologies et du savoir universel (Chumbow 2008, p.\u00a095), va de pair avec une intense activit\u00e9 de traduction. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la traduction, entre autres, que des termes nouveaux sont cr\u00e9\u00e9s, dotant ainsi les langues d\u2019une terminologie suffisante pour exprimer la modernit\u00e9. Les m\u00e9canismes de cr\u00e9ation terminologique par des processus divers (innovation s\u00e9mantique, innovation lexicale, emprunt, etc.) participent \u00e0 l\u2019augmentation de l\u2019inventaire lexical des langues peu dot\u00e9es et \u00e0 la capacitation de celles-ci \u00e0 r\u00e9pondre aux exigences d\u2019expression des connaissances nouvelles.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la promotion de la coh\u00e9sion sociale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019un des r\u00f4les sociaux de la traduction est de permettre l\u2019acc\u00e8s de tous et de toutes aux services de base (\u00e9ducation, sant\u00e9) et \u00e0 la justice, assurant aussi l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre individus et favorisant la meilleure qualit\u00e9 de vie de tous et \u00e0 toutes (Commission europ\u00e9enne \u2013 Direction g\u00e9n\u00e9rale de la traduction, 2010). Dans le contexte camerounais, l\u2019ensemble de la population ne ma\u00eetrise pas suffisamment les langues officielles pour pouvoir, sans assistance, les utiliser dans les activit\u00e9s quotidiennes. Plusieurs citoyens et citoyennes, en zones rurales, voire urbaines, n\u2019utilisent ni le fran\u00e7ais ni l\u2019anglais, \u00e0 l\u2019\u00e9crit et\/ou \u00e0 l\u2019oral, pour n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pourtant, les savoirs qui leur sont destin\u00e9s ne sont communiqu\u00e9s que dans ces langues, ou ne sont disponibles que dans des documents r\u00e9dig\u00e9s dans ces langues, ce qui constitue un handicap \u00e0 leur \u00e9panouissement sociopolitique et \u00e9conomique. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle de nombreux plans de d\u00e9veloppement, pourtant pens\u00e9s par des experts et des expertes, connaissent des \u00e9checs successifs. \u00c0 titre d\u2019exemple, dans le domaine de l\u2019agriculture, l\u2019Institut de recherche agricole pour le d\u00e9veloppement (IRAD) au Cameroun produit des semences am\u00e9lior\u00e9es, met au point de nouvelles techniques concernant les cultures g\u00e9n\u00e9ralement pratiqu\u00e9es en zone rurale, mais ces d\u00e9couvertes ne sont pas \u00e0 la port\u00e9e des populations rurales. Elles demeurent \u00e9litistes et non populaires parce que les opuscules d\u2019information ne sont ni produits ni traduits en langues nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la sant\u00e9, l\u2019\u00e9tude de Kayum (2012), par exemple, \u00e9tablit que les langues officielles utilis\u00e9es dans les campagnes de sensibilisation pour les OMD (Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement) de sant\u00e9 au Cameroun ne sont pas accessibles \u00e0 environ 70\u00a0% de la population cible; pour atteindre un plus grand nombre de personnes, notamment jusque dans les zones rurales, il y a une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de recourir aux langues des terroirs comme moyens de communication des r\u00e9alit\u00e9s modernes. Dans la m\u00eame optique, Ndeffo Tene (2009, p.\u00a066) affirme que \u00ab\u00a0la population n\u2019\u00e9tant pas scolaris\u00e9e \u00e0 cent pour cent en fran\u00e7ais et en anglais, il est indispensable de traduire dans nos langues nationales les documents dont on aimerait qu\u2019elle soit inform\u00e9e du contenu\u00a0\u00bb. Les traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s en langues nationales auraient donc pour mission, entre autres, de participer \u00e0 la coh\u00e9sion ou \u00e0 l\u2019inclusion sociale en facilitant l\u2019acc\u00e8s de toutes les Camerounaises et de tous les Camerounais aux informations socialement importantes.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les opportunit\u00e9s de la traduction \u00e0 partir des\/vers les langues locales<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019apr\u00e8s Heilbron (cit\u00e9 par Engola, 2017, p.\u00a0193), \u00ab\u00a0aucune langue d\u2019Afrique sub-saharienne ne figure parmi les cinquante premi\u00e8res langues sources de traduction, ni parmi les cinquante premi\u00e8res langues cibles vers lesquelles sont effectu\u00e9es les traductions\u00a0\u00bb. La demande de traduction \u00e0 partir des langues camerounaises et vers celles-ci, et par extension \u00e0 partir des\/vers les langues africaines, ne serait donc pas des plus dynamiques du march\u00e9 de la traduction. Toutefois, au cours de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, elle laisse entrevoir de r\u00e9elles et belles perspectives. Eu \u00e9gard\u00a0(1) au souci du gouvernement camerounais de mettre en \u0153uvre sa philosophie sociopolitique du multiculturalisme (qui met en avant la diversit\u00e9 linguistique et culturelle comme source d\u2019enrichissement de la soci\u00e9t\u00e9, avec le respect du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les individus et le maintien de la coh\u00e9sion de l\u2019ensemble national), (2) au combat des Africains et Africaines pour une renaissance de leur continent, (3) aux avanc\u00e9es des TIC (Technologies de l\u2019information et de la communication, (4) \u00e0 l\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e du ph\u00e9nom\u00e8ne de la mondialisation, etc., la demande de traduction dans les langues locales devient florissante tant au plan national qu\u2019au plan international.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La mise en \u0153uvre de la philosophie sociopolitique du multiculturalisme<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019optique de la mise en \u0153uvre du multiculturalisme, l\u2019outillage des langues camerounaises en vue de leur utilisation dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif et dans divers secteurs de la vie active passera, entre autres, par la production d\u2019outils de r\u00e9f\u00e9rences tels des lexiques sp\u00e9cialis\u00e9s, des banques et bases de donn\u00e9es terminologiques, etc., et par la traduction d\u2019opuscules de vulgarisation et d\u2019\u0153uvres majeures \u00e0 caract\u00e8re universel vers ces langues, dans des domaines vari\u00e9s (litt\u00e9raire, scientifique, philosophique, etc.). De tels projets constituent des opportunit\u00e9s pour des traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les langues nationales, bien que \u2013 il convient de le souligner \u2013 le succ\u00e8s de leur mise en \u0153uvre soit conditionn\u00e9 par des actions et actes institutionnels de reconnaissance, d\u2019impulsion et de budg\u00e9tisation de la traduction en langues nationales, en tant qu\u2019activit\u00e9 fondamentale pour le d\u00e9veloppement de la nation. Ainsi, dans le cadre de la phase 2 du projet IFADEM \u2013 RETHE (Initiative francophone pour la formation \u00e0 distance des ma\u00eetres \u2013 recherche th\u00e9matique) en 2016 au Cameroun, des lexiques bilingues (fran\u00e7ais\/langues nationales) destin\u00e9s \u00e0 l\u2019enseignement de quatre disciplines non linguistiques (DNL) dans quatre langues nationales, \u00e0 savoir le bassaa, l\u2019ewondo, le fulfulde et le ghomala, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s avec le concours d\u2019un comit\u00e9 de terminologie <em>ad hoc <\/em>constitu\u00e9 de linguistes et d\u2019informateurs et informatrices, des locuteurs natifs et locutrices natives des langues cit\u00e9es, \u00e0 d\u00e9faut des ressources humaines form\u00e9es sp\u00e9cialement en traduction en langues nationales. De m\u00eame, dans le cadre de la premi\u00e8re phase de l\u2019initiative ELAN-AFRIQUE (\u00c9cole et langues nationales en Afrique) qui s\u2019est achev\u00e9e en avril 2017 au Cameroun, un lexique sp\u00e9cialis\u00e9 de math\u00e9matiques a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 en ewondo, gr\u00e2ce au concours d\u2019une \u00e9quipe constitu\u00e9e, entre autres, de linguistes, d\u2019instituteurs et institutrices, d\u2019enseignants et enseignantes de langues et cultures camerounaises et de math\u00e9matiques, presque tous et toutes locuteurs natifs et locutrices natives de cette langue.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La formation des traducteurs et traductrices en langues nationales pourrait \u00e9galement d\u00e9boucher sur l\u2019interpr\u00e9tation communautaire. Les interpr\u00e8tes communautaires form\u00e9\u00b7e\u00b7s seraient des m\u00e9diateurs et m\u00e9diatrices linguistiques fiables et capables d\u2019aider sur le terrain les experts et expertes des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales confront\u00e9\u00b7e\u00b7s aux difficult\u00e9s des \u00e9changes avec les populations locales. Ces interpr\u00e8tes communautaires seraient utiles aux h\u00f4pitaux, aux municipalit\u00e9s, aux tribunaux, aux services sociaux, aux coop\u00e9ratives, aux camps de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, aux campagnes \u00e9lectorales, etc. afin de lutter contre l\u2019ali\u00e9nation des citoyens et citoyennes qui ne parlent pas les langues officielles.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le combat pour la renaissance de l\u2019Afrique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le combat pour une renaissance profonde du continent africain constitue une autre opportunit\u00e9 pour les traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les langues locales dans la mesure o\u00f9 les intellectuel\u00b7le\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s portent de plus en plus leurs r\u00e9flexions sur les sources africaines du savoir. Les Africains et Africaines sont invit\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 articuler leur pens\u00e9e et \u00e0 concevoir leurs savoirs dans leurs propres langues avant de les faire traduire dans les langues internationales. Le prince Kum\u2019a Dumbe III, enseignant-chercheur et pr\u00e9sident de la fondation <em>AfricAvenir<\/em> bas\u00e9e \u00e0 Douala au Cameroun, a mis sur pied un groupe de travail, en 1981 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9, pour recueillir les t\u00e9moignages en langues camerounaises de 176 personnes \u00e2g\u00e9es de 70 \u00e0 110\u00a0ans dans l\u2019optique de reconstituer l\u2019histoire du Cameroun. Ces t\u00e9moignages qui ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 2019 sous la forme d\u2019une vingtaine d\u2019ouvrages (Kum\u2019a Dumbe III, 2019) ont n\u00e9cessit\u00e9 les services de traducteurs et traductrices des langues locales vers les langues officielles. La publication des vingt autres volumes pr\u00e9vus en n\u00e9cessitera davantage.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les avanc\u00e9es des TIC<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Traduire vers les langues locales est aussi un terrain d\u2019avenir pour l\u2019industrie du num\u00e9rique ou des technologies de l\u2019information et de la communication. Les traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s en langues nationales sont de plus en plus sollicit\u00e9\u00b7e\u00b7s pour participer \u00e0 des projets et programmes de traduction de logiciels sp\u00e9cialis\u00e9s, de contenus web, de contenus de technologies mobiles pour diff\u00e9rentes couches sociales, etc. \u00c0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, le Cameroun, comme les autres pays d\u2019Afrique subsaharienne, a plus que jamais besoin de <em>localisateurs <\/em>et de<em> localisatrices <\/em>ou de traducteurs et traductrices qui aideraient \u00e0 la <em>localisation<\/em> en langues locales.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la pratique, la localisation est \u00e0 la fois un ensemble technique de d\u00e9marches et de m\u00e9thodes d\u2019adaptation de logiciels et de contenus \u00e0 des langues et des cultures donn\u00e9es et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, une activit\u00e9 d\u2019entreprise int\u00e9grant les dimensions techniques, l\u2019am\u00e9nagement de donn\u00e9es linguistiques et l\u2019organisation n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019atteinte de cet objectif. Dans l\u2019ensemble, la localisation a pour but de faciliter l\u2019utilisation de langues cibles dans les TIC et peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme s\u2019inscrivant dans une perspective plus large d\u2019adaptation de la science et des technologies \u00e0 divers milieux socioculturels (Osborn, 2011, p.\u00a019).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le sillage de la localisation, <em>Resulam<\/em>, par exemple, une association camerounaise \u00e0 but non lucratif a choisi d\u2019exploiter les nouvelles technologies pour diffuser aussi bien les langues camerounaises que certaines langues africaines en vue de leur revitalisation. Elle a d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019appui de certains bailleurs de fonds et d\u00e9velopp\u00e9 quelques dizaines d\u2019applications pour apprendre les langues locales. La plupart des applications que d\u00e9veloppe cette association (<em>Cameroon phrase book, Ewondo phrase book, Duala phrase book, Audio phrase book Nufi language, Ahmaric visual vocabulary, Swahili visual vocabulary, Apprendre le ghomala\u2019<\/em>, les dictionnaires fran\u00e7ais-basaa, fran\u00e7ais-duala, etc.) n\u00e9cessite le concours des traducteurs et traductrices en langues locales. \u00c0 partir de l\u2019application <em>Cameroon phrase book<\/em> par exemple, l\u2019utilisateur ou l\u2019utilisatrice obtient dans une langue camerounaise de son choix la traduction d\u2019une expression usuelle saisie en fran\u00e7ais ou en anglais. <em>Resulam<\/em> est en qu\u00eate de traducteurs et traductrices en langues locales pour \u00e9tendre le nombre de langues \u00e0 travers les applications qu\u2019elle \u00e9labore.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019association camerounaise <em>Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration<\/em> a mis sur pied le <em>DicoTrad<\/em>, un logiciel qui permet d\u2019apprendre les langues nationales. \u00c0 partir d\u2019un <em>Compact Disc<\/em> (<em>CD<\/em>) ins\u00e9r\u00e9 dans un ordinateur, tout utilisateur ou toute utilisatrice peut s\u2019initier aux chants et expressions courantes des cinq langues propos\u00e9es pour l\u2019instant\u00a0: le fulfulde, l\u2019ewondo, le basaa, le duala et le medumba. Le logiciel permet aux utilisateurs et utilisatrices d\u2019obtenir, entre autres, la traduction automatique en fran\u00e7ais ou en anglais de mots provenant des langues nationales. L\u2019association <em>Nouvelle g\u00e9n\u00e9ration<\/em> compte passer de cinq \u00e0 onze langues gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui financier qu\u2019elle attend de certains organismes partenaires. Il existe \u00e9galement un site d\u00e9nomm\u00e9 <em>Camerlangues<\/em> qui, s\u2019inscrivant dans le cadre du d\u00e9veloppement de traducteurs automatiques, a \u00e9t\u00e9 mis sur pied pour permettre d\u2019effectuer des traductions instantan\u00e9es dans les diff\u00e9rentes langues locales du Cameroun. Des initiatives comme celles-l\u00e0 gagneraient davantage en cr\u00e9dibilit\u00e9 et en notori\u00e9t\u00e9 si les traducteurs et traductrices qui y interviennent \u00e9taient rigoureusement form\u00e9\u00b7e\u00b7s en langues nationales. Dans la m\u00eame veine de la localisation de logiciels, s\u2019inscrivent, \u00e0 une \u00e9chelle plus grande, des initiatives telles que le projet africain <em>ANLoc<\/em> (<em>African Network for Localization<\/em>), parrain\u00e9 par le Centre de recherches pour le d\u00e9veloppement international (CRDI) du Canada qui soutient, entre autres, la traduction des logiciels en langues africaines, la formation professionnelle de traducteurs et traductrices de logiciels en langues africaines (en collaboration avec le <em>Localisation Research Center<\/em> \u00e0 Limerick, en Irlande) et le d\u00e9veloppement des terminologies et des outils de gestion de la traduction de logiciels en langues africaines, afin d\u2019aider \u00e0 \u00e9tendre le num\u00e9rique sur le continent africain.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, la localisation ne concerne pas seulement les logiciels, mais aussi les interfaces web, la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, le sous-titrage, etc. Le programme <em>Google in your Language<\/em>, par exemple, propose plusieurs versions d\u2019interfaces web en langues africaines et en pr\u00e9pare actuellement de nouvelles. Quant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, les t\u00e9l\u00e9phones portables sont de plus en plus r\u00e9pandus; on en trouve jusque dans les zones rurales les plus recul\u00e9es; les messages informatifs st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, vocaux ou \u00e9crits, qui n\u2019existent qu\u2019en langues officielles pourraient faire l\u2019objet de traductions en langues nationales dans le cadre de projets d\u00fbment \u00e9labor\u00e9s. Toujours en termes d\u2019opportunit\u00e9s offertes par la traduction dans les langues locales, le sous-titrage n\u2019est pas en reste. Son importance dans l\u2019acquisition et la pr\u00e9servation des langues locales, dans la diffusion des cultures et la promotion du multilinguisme n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Dans ce domaine, l\u2019association <em>Resulam<\/em> propose \u00e9galement, entre autres, des vid\u00e9os de bandes dessin\u00e9es sous-titr\u00e9es dans plusieurs langues camerounaises. D\u2019autres projets synergiques impliquant des promoteurs et promotrices de cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, les pouvoirs publics et des organisations \u0153uvrant pour la promotion des langues et cultures locales, etc. peuvent s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s fructueux.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e de la mondialisation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 des opportunit\u00e9s offertes par le d\u00e9veloppement des technologies de l\u2019information et de la communication, les traducteurs et traductrices en langues nationales sont plus que jamais des maillons essentiels de la communication eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e de la mondialisation. Avec la pand\u00e9mie du coronavirus qui s\u2019est r\u00e9pandue dans le monde, par exemple, l\u2019on s\u2019est tr\u00e8s vite rendu compte de la n\u00e9cessit\u00e9 de traduire en langues nationales pour la sensibilisation de masse. C\u2019est dans ce sillage qu\u2019Henry Tourneux a pr\u00e9sent\u00e9 sur sa page <em>linkedin<\/em>, en ao\u00fbt 2020, une affiche sur le covid-19 que son \u00e9quipe et lui ont r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre de la traduction-adaptation en fulfulde. Le texte de l\u2019affiche \u00e0 traduire a \u00e9t\u00e9 fourni par l\u2019<em>East Interpreters and Translators Association<\/em>. La traduction vers les langues nationales dans le cadre de la sensibilisation sur le covid-19 a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialis\u00e9e, entre autres, \u00e0 travers plusieurs messages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s au Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, dans le domaine du commerce international, le besoin des entreprises de se rapprocher des clients et clientes situ\u00e9\u00b7e\u00b7s de part et d\u2019autre dans le monde est de plus en plus manifeste; des plateformes sont ainsi cr\u00e9\u00e9es afin de permettre \u00e0 toutes les couches sociales d\u2019avoir un acc\u00e8s facile au march\u00e9 mondial. Les promoteurs et promotrices de la plateforme num\u00e9rique de traduction assist\u00e9e par ordinateur et d\u2019apprentissage automatique d\u00e9nomm\u00e9e <em>OBTranslate<\/em>, par exemple, se sont donn\u00e9 pour objectif \u00e0 long terme de traduire plus de 2000 langues africaines afin de promouvoir cette vision qui pourrait significativement contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9conomie africaine, \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois et \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation des relations commerciales en Afrique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">De la n\u00e9cessit\u00e9 de consolider les pratiques didactiques de la traduction dans les langues nationales \u00e0 l\u2019aune des exp\u00e9riences actuelles<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme mentionn\u00e9 <em>supra<\/em>, les langues nationales constituent les grandes absentes des offres de formation en traduction au Cameroun. Ces offres sont beaucoup plus r\u00e9serv\u00e9es aux langues officielles (le fran\u00e7ais et l\u2019anglais) et aux langues \u00e9trang\u00e8res telles que l\u2019espagnol, l\u2019allemand, le portugais, le chinois, etc. En revanche, au cours de ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019on observe une volont\u00e9 manifeste de prise en compte des langues nationales dans certaines \u00e9coles et fili\u00e8res de traduction, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019ASTI (<em>Advanced School of Translators and Interpreters<\/em>) de Bu\u00e9a, de l\u2019ISTIC (Institut sup\u00e9rieur de traduction, d\u2019interpr\u00e9tation et de communication) de Yaound\u00e9, du programme de master professionnel en traduction de la FALSH (Facult\u00e9 des arts, lettres et sciences humaines) de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1 et du programme de master professionnel en traduction de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Maroua depuis l\u2019ann\u00e9e acad\u00e9mique 2020-2021 (la traduction dans les langues nationales est pr\u00e9vue comme mati\u00e8re optionnelle). Les autres programmes de formation des traducteurs et traductrices tra\u00eenent encore les pas, notamment la fili\u00e8re de traduction log\u00e9e au d\u00e9partement de langues \u00e9trang\u00e8res appliqu\u00e9es de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang et la fili\u00e8re de traduction de l\u2019Institut universitaire protestant de Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La gestion des classes multilingues constitue le principal d\u00e9fi de l\u2019enseignement de la traduction dans les langues nationales. Les enseignants et enseignantes sont appel\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 enseigner la traduction dans diverses langues nationales peu dot\u00e9es pour la plupart et pas toujours ma\u00eetris\u00e9es \u00e0 l\u2019oral et\/ou \u00e0 l\u2019\u00e9crit par les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes. Mais que peut-on sp\u00e9cifiquement apprendre des exp\u00e9riences en cours?<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ASTI de Bu\u00e9a<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ASTI de Bu\u00e9a appara\u00eet comme l\u2019institution pionni\u00e8re du Cameroun en mati\u00e8re d\u2019enseignement de la traduction dans les langues nationales, et ce, depuis 2008. Des entretiens semi-directifs men\u00e9s aupr\u00e8s d\u2019une dizaine d\u2019\u00e9tudiants et \u00e9tudiantes et d\u2019un enseignant de ce programme nous ont permis d\u2019obtenir quelques informations relatives aux contenus et pratiques de classe. Il en ressort globalement qu\u2019il n\u2019existe pas de contenus pr\u00e9d\u00e9finis pour ce cours qui appara\u00eet comme optionnel sur la grille des programmes. Chaque enseignant ou enseignante d\u00e9sign\u00e9\u00b7e pour le dispenser le fait sur la base d\u2019un plan de cours con\u00e7u selon sa sensibilit\u00e9. N\u00e9anmoins, le directeur adjoint charg\u00e9 des \u00e9tudes, le chef des enseignements et de la recherche, et le chef de d\u00e9partement veillent \u00e0 la coh\u00e9rence et \u00e0 la pertinence de ces contenus dont l\u2019accent est mis globalement sur les probl\u00e8mes th\u00e9orico-pratiques (th\u00e9ories de la traduction, techniques de traduction, proc\u00e9d\u00e9s de d\u00e9veloppement terminologique, interculturalit\u00e9, traduction de textes pragmatiques et litt\u00e9raires, etc.) et sur l\u2019exercice professionnel de la traduction dans les langues africaines.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, si des \u00e9l\u00e9ments de linguistique africaine (les notions de dialecte, patois, inter-intelligibilit\u00e9 entre dialectes, classification et morphosyntaxe des langues africaines et camerounaises, etc.) sont peu ou prou \u00e9voqu\u00e9s dans le cadre de ce cours, l\u2019on rel\u00e8ve que les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes ne sont pas form\u00e9\u00b7e\u00b7s aux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture des langues nationales. Or, il se trouve que plusieurs \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes inscrit\u00b7e\u00b7s dans ce cours n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 au pr\u00e9alable en contact avec leur langue maternelle \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes, qui ont eu la chance de c\u00f4toyer ant\u00e9rieurement l\u2019Alphabet g\u00e9n\u00e9ral des langues nationales (AGLC), un alphabet d\u00e9velopp\u00e9 en 1979 et publi\u00e9 en 1984 par les linguistes camerounais Tadadjeu et Sadembouo, ou le syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture de leur langue maternelle, s\u2019en inspirent gracieusement. Les autres \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes pr\u00e9sentent simplement des textes \u00e9crits sur la base des mod\u00e8les des alphabets fran\u00e7ais et anglais. Pourtant, l\u2019\u00e9criture des langues nationales ne devrait pas \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019improvisation, \u00e9tant donn\u00e9 que la traduction ne saurait s\u2019abstraire de l\u2019\u00e9criture des langues et qu\u2019il est naturel que toute langue dispose d\u2019une norme \u00e9crite. La ma\u00eetrise orale des langues nationales \u00e9tant implicitement un pr\u00e9requis pour le cours de traduction dans les langues nationales \u00e0 l\u2019ASTI de Bu\u00e9a, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs \u00e0 relever dans le cadre de ce cours serait plut\u00f4t de mettre sur pied des m\u00e9canismes didactiques favorisant une acquisition de la pratique \u00e9crite syst\u00e9matique des langues nationales dans lesquelles les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes effectuent des traductions.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les exp\u00e9riences de l\u2019ISTIC de Yaound\u00e9 et de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ISTIC de Yaound\u00e9 conna\u00eet une avanc\u00e9e remarquable en mati\u00e8re d\u2019offre de formation en traduction des langues nationales, notamment avec le master d\u2019\u00e9tudes africaines et traduction (MEAT) ouvert en 2015. Ce programme vise \u00e0 former des traducteurs et traductrices aussi bien en langues officielles et \u00e9trang\u00e8res qu\u2019en langues africaines. Sa grille d\u2019enseignements pr\u00e9sente des mati\u00e8res qui permettraient aux \u00e9l\u00e8ves traducteurs et traductrices d\u2019avoir une ma\u00eetrise suffisante de la traduction en langues nationales \u00e0 l\u2019issue de leur formation. Le programme pr\u00e9voit des cours de linguistique africaine, d\u2019\u00e9criture des langues africaines, d\u2019\u00e9criture des langues camerounaises, de traduction fran\u00e7aise\/langues africaines, traduction langues africaines\/fran\u00e7ais, traduction anglais\/langues africaines, traduction langues africaines\/anglais, traduction des textes religieux en langues africaines, etc. Cependant, la constance de cette offre de formation n\u2019est malheureusement pas encore acquise \u00e0 cause d\u2019un manque de postulants et de postulantes. Cette fili\u00e8re n\u2019a connu qu\u2019une seule promotion constitu\u00e9e de quatre candidates qui ont pourtant achev\u00e9 brillamment leur parcours. Deux de ces laur\u00e9ates viennent d\u2019ailleurs d\u2019int\u00e9grer les effectifs des traducteurs et traductrices de la Fonction publique camerounaise au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020. En amont des d\u00e9fis didactiques proprement dits, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs \u00e0 relever en mati\u00e8re de formation en traduction en langues nationales serait donc d\u2019abord d\u2019amener des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes \u00e0 s\u2019y int\u00e9resser. La plupart des personnes qui souhaitent se former en traduction ne sont fort probablement pas suffisamment sensibilis\u00e9es aux opportunit\u00e9s de la traduction en langues nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au plan didactique, bien que la grille des programmes d\u2019enseignement du MEAT de l\u2019ISTIC soit relativement bien \u00e9labor\u00e9e pour offrir des comp\u00e9tences en traduction en langues africaines, il se trouve, \u00e0 l\u2019observation de l\u2019unique promotion de ce programme de master, que les \u00e9tudiantes qui y \u00e9taient impliqu\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es sur la base de la ma\u00eetrise orale d\u2019au moins une langue nationale. Pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre dans la formation de cette promotion, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs aura \u00e9t\u00e9 de former des traductrices comp\u00e9tentes dans des langues nationales dont la ma\u00eetrise orale n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9acquise. Quand bien m\u00eame un \u00e9tudiant ou une \u00e9tudiante serait convenablement form\u00e9\u00b7e \u00e0 la ma\u00eetrise du syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture d\u2019une langue nationale, il serait manifestement inad\u00e9quat, par exemple, de lui demander, au cours d\u2019une \u00e9valuation sur table, de traduire des mots ou des textes dans une langue nationale dont il ou elle n\u2019a pas la ma\u00eetrise orale. Une attestation de ma\u00eetrise orale serait un crit\u00e8re important de s\u00e9lection des candidats et candidates pour ce programme. \u00c0 d\u00e9faut de cette exigence, des am\u00e9nagements didactiques doivent \u00eatre rigoureusement \u00e9tablis pour pallier ce manque, si l\u2019on aspire \u00e0 une formation de qualit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Outre le programme de MEAT de l\u2019ISTIC qui propose <em>a priori<\/em> suffisamment de comp\u00e9tences \u00e0 acqu\u00e9rir en traduction dans les langues nationales, il existe au sein de la m\u00eame \u00e9cole un autre programme de master en traduction (langues officielles et langues \u00e9trang\u00e8res) dans lequel un cours intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Initiation \u00e0 la traduction en langues africaines\u00a0\u00bb est dispens\u00e9 pendant les trois premiers semestres. Il existe parall\u00e8lement \u00e0 cela un cours de renforcement des comp\u00e9tences en langues nationales pendant les m\u00eames p\u00e9riodes de la formation. Cependant, en plus de la question de la ma\u00eetrise orale pr\u00e9alable des langues nationales par tous les \u00e9tudiants et toutes les \u00e9tudiantes, se pose le probl\u00e8me de l\u2019enseignement des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture. Deux alphabets distincts sont enseign\u00e9s dans le cadre du cours d\u2019\u00ab\u00a0Initiation \u00e0 la traduction en langues africaines\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir l\u2019AGLC et le syst\u00e8me A-Z; le syst\u00e8me A-Z \u00e9tant un alphabet b\u00e2ti selon le mod\u00e8le des alphabets fran\u00e7ais et anglais par Nd\u00e9 (2015). Le probl\u00e8me pos\u00e9 par cette pratique est que certain\u00b7e\u00b7s \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes qui r\u00e9digent des m\u00e9moires de traduction en langues nationales font parfois usage du syst\u00e8me A-Z dans l\u2019\u00e9criture de leur texte traduit, quand bien m\u00eame leur langue dispose d\u2019un syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture rigoureusement \u00e9labor\u00e9 selon le mod\u00e8le de l\u2019AGLC; ce qui, de mani\u00e8re disgracieuse, donne lieu \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouveaux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture improvis\u00e9s, le plus souvent incoh\u00e9rents et instables; des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture \u00ab\u00a0de circonstance\u00a0\u00bb. Pourtant, sans vouloir insinuer que l\u2019AGLC serait une panac\u00e9e pour l\u2019\u00e9criture de toutes les langues camerounaises, ce qui ferait l\u2019objet d\u2019un autre d\u00e9bat, la vocation des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes en traduction n\u2019est pas de cr\u00e9er des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture. En revanche, il arrive que certaines langues dans lesquelles des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes sont appel\u00e9s \u00e0 traduire des textes ne disposent pas d\u2019une norme \u00e9crite. Ne faut-il donc pas traduire dans de telles langues, en demeurant dans l\u2019attente d\u2019une \u00e9ventuelle norme orthographique mise sur pied par des linguistes? D\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019une didactisation syst\u00e9matique des pratiques \u00e9crites en langues nationales dans le cadre de ce programme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La configuration didactique du cours d\u2019\u00ab\u00a0Initiation \u00e0 la traduction en langues africaines\u00a0\u00bb r\u00e9cemment introduit dans le programme de master en traduction de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1 est relativement identique \u00e0 celle du master en traduction de l\u2019ISTIC, \u00e0 la seule diff\u00e9rence qu\u2019un seul syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture, l\u2019AGLC, y est enseign\u00e9. En revanche, l\u2019enseignement d\u2019un alphabet ne saurait s\u2019av\u00e9rer suffisant pour rendre les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes aptes \u00e0 \u00e9crire les langues nationales selon leurs normes orthographiques respectives. Notre exp\u00e9rience de formateur dans le cadre de ce cours nous aura tout au moins permis de poser les jalons d\u2019une didactique en la mati\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les d\u00e9fis qui viennent d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s relativement \u00e0 l\u2019enseignement de la traduction en langues nationales au Cameroun ne sauraient s\u2019av\u00e9rer exhaustifs. N\u00e9anmoins, ils soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 de fixer les bases d\u2019une didactique de cette discipline, eu \u00e9gard aux contraintes li\u00e9es au multilinguisme.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Vers une didactique de la traduction en langues nationales<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction peut \u00eatre enseign\u00e9e pour atteindre plusieurs objectifs, comme l\u2019enseignement d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re, la formation de traducteurs et traductrices professionnel\u00b7le\u00b7s, la formation de formateurs et formatrices de traducteurs et traductrices, etc. C\u2019est l\u2019une des raisons pour laquelle<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La conception d\u2019un programme d\u2019enseignement de la traduction pour un \u00e9tablissement donn\u00e9 dans un pays donn\u00e9 passe par une \u00e9tude du march\u00e9 de l\u2019emploi, un audit de la situation politico-\u00e9conomique et acad\u00e9mique dans laquelle doit s\u2019inscrire le cursus, une analyse de la finalit\u00e9 vis\u00e9e par ce cursus et un recensement des moyens disponibles pour y parvenir (Durieux, 2005, p.\u00a046).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard des exp\u00e9riences et enjeux pr\u00e9sent\u00e9s supra, il se trouve qu\u2019une consolidation des pratiques acad\u00e9miques actuelles est n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre efficacement \u00e0 la demande sociopolitique et \u00e9conomique en mati\u00e8re de traduction en langues nationales. La traduction n\u2019\u00e9tant pas une activit\u00e9 homog\u00e8ne, un seul mod\u00e8le didactique ne saurait s\u2019av\u00e9rer suffisant pour ce faire. N\u00e9anmoins, afin de tisser la toile de fond de la formation des professionnel\u00b7le\u00b7s de cette discipline, la syst\u00e9matisation d\u2019un certain nombre de param\u00e8tres li\u00e9s aux contenus et approches p\u00e9dagogiques nous interpelle.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">\u00c0 propos des contenus d\u2019enseignement<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Traduire \u00e0 partir des langues nationales et vers celles-ci requiert un certain nombre de comp\u00e9tences des apprenants et apprenantes. En traduction, on part en g\u00e9n\u00e9ral de la connaissance des langues qui interviennent dans le processus de transfert avant de se lancer dans les activit\u00e9s de transfert proprement dites. D\u2019apr\u00e8s Encarnaci\u00f3n (2008), la compr\u00e9hension d\u2019une langue, la production dans une autre langue et la correction sont les comp\u00e9tences mises en jeu dans le processus de traduction. Dans le contexte camerounais, les langues officielles sont des pr\u00e9requis qui apparaissent naturellement comme des pr\u00e9acquis. L\u2019accent doit donc \u00eatre mis sur l\u2019enseignement\/apprentissage des langues nationales et sur les particularit\u00e9s de celles-ci dans les activit\u00e9s de transfert.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, les structures linguistiques des langues nationales se distinguent nettement de celles des langues europ\u00e9ennes et n\u00e9cessitent une formation particuli\u00e8re. Sur le plan de l\u2019\u00e9criture, par exemple, plusieurs aspects pr\u00e9sents dans les langues locales (\u00e0 l\u2019instar des tons, de certains sons, de certaines structures syllabiques, etc.) sont absents des langues europ\u00e9ennes. Sur le plan de la grammaire, certaines cat\u00e9gories lexicales (comme les noms qualificatifs) ou grammaticales (comme les classes nominales), certains ph\u00e9nom\u00e8nes morphosyntaxiques (comme l\u2019expression du datif ou compl\u00e9ment d\u2019attribution par des extensions verbales de l\u2019applicatif), etc. ont une configuration \u00e9pist\u00e9mologique compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 celle des langues europ\u00e9ennes. Sur le plan de la s\u00e9mantique, les anisomorphismes socioculturels existant entre langues africaines et langues europ\u00e9ennes m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re pour un meilleur transfert du sens des expressions. Par ailleurs, les th\u00e9ories, approches, m\u00e9thodes et techniques de traduction n\u00e9cessitent une contextualisation d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit de traduire \u00e0 partir des langues nationales ou vers celles-ci. Ainsi, pour former des praticiens et praticiennes de la traduction dans les langues nationales, les quelques \u00e9l\u00e9ments de contenus g\u00e9n\u00e9riques (non exhaustifs) ci-apr\u00e8s, avec les sp\u00e9cificit\u00e9s qui leur sont inh\u00e9rentes, nous semblent indispensables\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li><strong>les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture\u00a0:<\/strong> les graph\u00e8mes (simples et complexes), les tons (nature, fixation, fonction), la variation des sons et des tons dans les phrases, l\u2019\u00e9criture de la forme standard ou les conventions orthographiques de la langue (s\u00e9paration des mots, traitement des s\u00e9quences consonantiques et vocaliques, \u00e9conomie des tons, etc.), etc.;<\/li>\r\n \t<li><strong>la grammaire\u00a0:<\/strong> les cat\u00e9gories lexicales, les nominaux, les verbaux, les classes nominales, les r\u00e8gles d\u2019accord, la conjugaison, la syntaxe, etc.;<\/li>\r\n \t<li><strong>la s\u00e9mantique\u00a0:<\/strong> les diff\u00e9rents sens du mot, les diff\u00e9rents contextes d\u2019usage du mot, les significations associatives (connotatives, stylistiques, etc.), les comparaisons (m\u00e9taphores mortes, proverbes, symboles, etc.);<\/li>\r\n \t<li><strong>la terminologie\u00a0:<\/strong> les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019enrichissement lexical (innovation s\u00e9mantique, innovation lexicale, emprunt, etc.), les th\u00e9ories, approches et m\u00e9thodes de la terminologie en langues nationales (terminologie culturelle, simplification terminologique, etc.), les banques et bases de donn\u00e9es, etc.;<\/li>\r\n \t<li><strong>les strat\u00e9gies de traduction\u00a0:<\/strong> les strat\u00e9gies globales et locales;<\/li>\r\n \t<li><strong>les particularit\u00e9s de la traduction des textes litt\u00e9raires\u00a0:<\/strong> les textes religieux (notions de traduisibilit\u00e9, de traductibilit\u00e9 et d\u2019ex\u00e9g\u00e8se, le Coran, la Bible, etc.), la litt\u00e9rature orale (contes, fables, r\u00e9cits, chants, \u00e9pop\u00e9es, etc.), les textes hybrides, etc.<\/li>\r\n \t<li><strong>la traduction des textes techniques ou pragmatiques\u00a0:<\/strong> les textes juridiques, les textes \u00e9conomiques, les textes agricoles, les textes m\u00e9dicaux, les panneaux publicitaires, les rapports, etc.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de ces quelques \u00e9l\u00e9ments de contenus qui pr\u00e9c\u00e8dent, il y a lieu de souligner que l\u2019ensemble des cours traitant des outils d\u2019aide \u00e0 la traduction et \u00e0 la localisation (sous-titrage, interfaces web, etc.) en langues officielles et \u00e9trang\u00e8res est tout aussi b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la formation en traduction dans les langues nationales, pour autant qu\u2019ils soient bien contextualis\u00e9s. \u00c0 cela peut s\u2019adjoindre des cours de sociotraductologie portant notamment sur le m\u00e9tier et les enjeux de la traduction dans les langues africaines, etc.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la p\u00e9dagogie de la traduction en classe multilingue<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 la multiplicit\u00e9 des langues nationales pr\u00e9sentes dans les classes de traduction, l\u2019enseignement\/apprentissage hybride ou mixte, notamment la p\u00e9dagogie invers\u00e9e associ\u00e9e au format traditionnel d\u2019apprentissage, appara\u00eet comme une issue r\u00e9aliste. Dans le format traditionnel, la source principale des connaissances est l\u2019enseignant ou l\u2019enseignante; tandis que dans la p\u00e9dagogie invers\u00e9e, les apprenant\u00b7e\u00b7s sont les acteurs et actrices de leurs apprentissages\u00a0: les savoirs enseign\u00e9s sont con\u00e7us sur la base de leurs besoins; ils sont invit\u00e9s \u00e0 \u00e9changer et \u00e0 coop\u00e9rer avec d\u2019autres personnes-ressources; le travail de groupe est encourag\u00e9, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix des ressources humaines appel\u00e9es \u00e0 dispenser des cours de traduction dans les langues nationales, sous le format de la p\u00e9dagogie hybride, doit \u00eatre rigoureux. Ces enseignants et enseignantes devraient \u00eatre dot\u00e9\u00b7e\u00b7s d\u2019une exp\u00e9rience av\u00e9r\u00e9e, d\u2019une part, sur l\u2019\u00e9tude des langues nationales (leurs syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture et leurs classifications g\u00e9n\u00e9tique et typologique) et, d\u2019autre part, sur les caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res de la traduction dans ces langues, afin de pouvoir guider efficacement les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes dans l\u2019autod\u00e9couverte des langues nationales sp\u00e9cifiques dans et vers lesquelles ils ou elles sont appel\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 traduire, et les doter des savoirs se rapportant aux particularit\u00e9s de la traduction dans ces langues. Il serait \u00e9galement id\u00e9al que seul\u00b7e\u00b7s les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes ayant au pr\u00e9alable une relative ma\u00eetrise orale des langues nationales soient admis\u00b7es aux cours de traduction dans les langues nationales, surtout dans des programmes qui y sont peu ou prou consacr\u00e9s, \u00e0 l\u2019instar du MEAT de l\u2019ISTIC pr\u00e9sent\u00e9 <em>supra<\/em>. C\u2019est une condition quasi irr\u00e9versible pour une formation qui se veut de qualit\u00e9 relativement optimale. Au cas o\u00f9 cette exigence n\u2019est pas prise en compte dans le processus d\u2019admission des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes, les \u00e9valuations sommatives devraient int\u00e9grer abondamment des travaux personnels des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes; ces derniers et ces derni\u00e8res devraient \u00eatre amen\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 effectuer des traductions en dehors du cadre de la classe, afin d\u2019avoir la possibilit\u00e9 de travailler avec des personnes-ressources qui les aideraient dans leur autoformation en langues nationales. Par cons\u00e9quent, et par souci d\u2019\u00e9quit\u00e9, les \u00e9valuations sur table, dans le cadre des contr\u00f4les continus et des examens semestriels, devraient \u00eatre orient\u00e9es majoritairement vers des aspects th\u00e9oriques et moins vers des textes \u00e0 traduire en classe, afin de ne pas p\u00e9naliser les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes qui n\u2019ont pas la ma\u00eetrise orale d\u2019une langue nationale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le processus de formation aux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture, les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes doivent \u00eatre initi\u00e9\u00b7e\u00b7s aux g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s des alphabets et principes orthographiques des langues camerounaises, puis amen\u00e9\u00b7e\u00b7s progressivement \u00e0 l\u2019autod\u00e9couverte des alphabets et syst\u00e8mes orthographiques des langues nationales sp\u00e9cifiques qui les int\u00e9ressent. L\u2019AGLC, par exemple, pr\u00e9sente un inventaire quasi exhaustif des sons sp\u00e9cifiques aux langues camerounaises, ainsi que des symboles qui harmonisent leur repr\u00e9sentation graphique. \u00c9tant donn\u00e9 que la plupart des langues camerounaises, avec le concours de l\u2019ANACLAC (Association nationale des comit\u00e9s de langues camerounaises), sont aujourd\u2019hui \u00e9crites sur la base de l\u2019AGLC, l\u2019enseignant ou l\u2019enseignante, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les graph\u00e8mes de cet alphabet, devrait amener les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes \u00e0 reconna\u00eetre les sons pr\u00e9sents dans leurs langues locales respectives et \u00e0 les repr\u00e9senter selon les mod\u00e8les graphiques de l\u2019AGLC. L\u2019enseignant ou l\u2019enseignante devrait ensuite inviter les \u00e9tudiants et les \u00e9tudiantes \u00e0 se rapprocher de leurs comit\u00e9s de langues respectifs et\/ou des personnes-ressources qui pourraient les aider \u00e0 avoir une connaissance pr\u00e9cise des principes orthographiques retenus pour l\u2019\u00e9criture exhaustive de leur langue. Il ou elle devrait \u00e9galement les orienter vers la documentation ad\u00e9quate (manuels de transition, ab\u00e9c\u00e9daires, syllabaires, lexiques, dictionnaires, etc.). Les travaux de groupes, comme recommand\u00e9 dans la p\u00e9dagogie invers\u00e9e, devraient \u00e9galement int\u00e9grer le processus d\u2019apprentissage.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne l\u2019enseignement des grammaires sp\u00e9cifiques, de la s\u00e9mantique et de l\u2019activit\u00e9 de traduction dans les langues nationales, la d\u00e9marche hybride consistera \u00e9galement en des cours g\u00e9n\u00e9riques de cadrage accompagn\u00e9s des travaux personnels de l\u2019\u00e9tudiant ou de l\u2019\u00e9tudiante. Par ailleurs, la formation en langues nationales devrait permettre aux \u00e9l\u00e8ves traducteurs et traductrices dont les langues nationales ne sont pas encore \u00e9crites de proposer des principes d\u2019\u00e9criture et des r\u00e8gles de grammaire provisoires, sous la supervision des enseignants et enseignantes qui auront la charge d\u2019assurer tout au moins leur coh\u00e9rence.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le but de ce travail de recherche \u00e9tait de mettre en exergue les enjeux de la formation en traduction dans les langues nationales au Cameroun et d\u2019\u00e9mettre des propositions didactiques pour consolider les pratiques actuelles. Au terme de cette recherche, il appara\u00eet que la demande de traduction en les langues camerounaises s\u2019annonce prometteuse, bien que n\u2019\u00e9tant pas des plus dynamiques du march\u00e9 de la traduction \u00e0 l\u2019heure actuelle. L\u2019int\u00e9r\u00eat de traduire est certes encore port\u00e9 majoritairement vers les langues internationales (l\u2019anglais, le fran\u00e7ais, l\u2019allemand, l\u2019espagnol, le chinois, etc.), mais eu \u00e9gard au souci du gouvernement camerounais de mettre en \u0153uvre sa philosophie sociopolitique du multiculturalisme, au projet de renaissance africaine, aux avanc\u00e9es des TIC, \u00e0 l\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e du processus de mondialisation, etc., la demande de traduction dans les langues locales devient de plus en plus florissante tant au plan national qu\u2019au plan international, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de consolider les pratiques actuelles d\u2019enseignement de cette discipline pour r\u00e9pondre efficacement aux sollicitations sociopolitiques et \u00e9conomiques en la mati\u00e8re. Dans cette veine, l\u2019exp\u00e9rience camerounaise gagnerait \u00e0 \u00eatre plus rigoureuse dans ses diverses d\u00e9marches didactiques, en mettant un accent particulier sur la pratique \u00e9crite des langues nationales et sur les particularit\u00e9s de celles-ci dans les activit\u00e9s de transfert. Les d\u00e9fis inh\u00e9rents au multilingue peuvent \u00eatre relev\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la p\u00e9dagogie hybride, notamment la p\u00e9dagogie invers\u00e9e associ\u00e9e au format traditionnel d\u2019apprentissage.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biloa, Edmond. 2013. Le partenariat langues officielles et langues identitaires camerounaises\u00a0: quelques propositions d\u2019am\u00e9nagement linguistique et didactique. Dans Musanji Ngalasso-Mwatha (dir.), <em>Le Fran\u00e7ais et les langues partenaires: convivialit\u00e9 et comp\u00e9titivit\u00e9 <\/em>(347-364). Bordeaux: Presses universitaires de Bordeaux.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binam Bikoi, Charles. 2012. <em>Cartographie administrative des langues du Cameroun<\/em>. Yaound\u00e9: CERDOTOLA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis. 2012. Pour une r\u00e9forme linguistique du secteur de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun. Dans Mendo Z\u00e9, Gervais et Louis-Martin Ongu\u00e9n\u00e9 Essono (dir.), <em>Langues nationales en situation. R\u00e9flexions pour la revalorisation des langues premi\u00e8res <\/em>(37-47). Yaound\u00e9\u00a0: CL\u00c9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chumbow Beban, Sammy. 2008. La politique linguistique de l\u2019Union africaine et la diversit\u00e9 linguistique. Dans Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis (dir.), <em>Universit\u00e9s francophones et diversit\u00e9 linguistique <\/em>(85-100). Yaound\u00e9\u00a0: Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Commission europ\u00e9enne - Direction g\u00e9n\u00e9rale de la Traduction. 2010. <em>\u00c9tudes sur la traduction et le multilinguisme. Contribution de la traduction \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 multilingue dans l\u2019Union europ\u00e9enne. <\/em>Luxembourg\u00a0: Office des publications de l\u2019Union europ\u00e9enne. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/op.europa.eu\/fr\/publication-detail\/-\/publication\/7d0a5d03-5c81-44df-9861-430a3d1c535f\">https:\/\/op.europa.eu\/fr\/publication-detail\/-\/publication\/7d0a5d03-5c81-44df-9861-430a3d1c535f<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durieux, Christine. 2005. L\u2019enseignement de la traduction\u00a0: enjeux et d\u00e9marches. <em>Meta, 50(1)<\/em>, 36 - 47. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/010655ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/010655ar<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Encarnaci\u00f3n, Arroyo. 2008. L\u2019enseignement de la traduction et la traduction dans l\u2019enseignement, <em>Cahiers de l\u2019APLIUT, XXVII (1),<\/em> 80-89.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Engola, St\u00e9phanie. 2017. L\u2019incompl\u00e9tude des politiques de revalorisation des langues nationales en Afrique sub-saharienne. Dans Ebongue, Augustin Emmanuel et Ellen Hurst (dir.), <em>Sociolinguistics in African Contexts. Perspectives and Challenges<\/em> (191-206). New York: Springer.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gambier, Yves. 2007. Y a-t-il place pour une sociotraductologie?. Dans Wolf, Michaela and Fukari, Alexandra (dir.), <em>Constructing a Sociology of Translation <\/em>(205-218). Amsterdam and Philadelphia: John Benjamins.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kayum, Carole. 2012.<em> Language use and Communication in the Appropriation of the Health Millennium Development Goals in Cameroon<\/em>. Master Thesis in Applied Linguistics,\u00a0University of Yaounde I.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kum\u2019a Ndumbe III. 2019. <em>2\u00e8me Rencontre Internationale de Douala, 25-26 novembre 2019 - Fondation AfricAvenir International, Restitution de la m\u00e9moire collective africaine, source de l\u2019innovation d\u2019une Afrique en marche\u00a0: le Cameroun profond t\u00e9moigne et alerte. Document de base de ces 38 ans de recherche-action<\/em>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nd\u00e9. 2015. <em>Introduction au syst\u00e8me A-Z. Nouvelle m\u00e9thode d\u2019\u00e9criture des langues camerounaises et africaines<\/em>. Yaound\u00e9: ACCOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ndeffo Tene, Alexandre. 2009. La pratique de la traduction et de l\u2019interpr\u00e9tation dans une soci\u00e9t\u00e9 multilingue\u00a0: D\u00e9fis et perspectives. Dans Chia, Emmanuel, Suh Che, Joseph et Alexandre Ndeffo Tene (dir.), <em>Perspectives on Translation and Interpretation in Cameroon<\/em> (59-70). Bamenda\u00a0: Langaa.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Osborn, Don. 2011. <em>Les Langues africaines \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique<\/em>. Ottawa: Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval- CRDI.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice et Sadembouo, \u00c9tienne. 1984. <em>Alphabet g\u00e9n\u00e9ral des langues camerounaises<\/em>. Yaound\u00e9: Institut des Sciences humaines (ISH).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wolf, Michaela and Fukari, Alexandra (dir.). 2007. <em>Constructing a Sociology of Translation<\/em>. Amsterdam and Philadelphia: John Benjamins.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Cet article, apr\u00e8s avoir expos\u00e9 les enjeux de la traduction dans les langues nationales au Cameroun, pose les jalons d\u2019une didactique de cette discipline en invitant \u00e0 la syst\u00e9matisation d\u2019un certain nombre de param\u00e8tres li\u00e9s aux contenus et approches p\u00e9dagogiques. Il s\u2019ensuit que, bien que la demande de formation en traduction reste port\u00e9e majoritairement vers les langues internationales (l\u2019anglais, le fran\u00e7ais, l\u2019allemand, l\u2019espagnol, le chinois, etc.) au Cameroun, le contexte sociopolitique et \u00e9conomique national et international laisse entrevoir un horizon prometteur pour des traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les langues nationales. Il y a alors int\u00e9r\u00eat \u00e0 consolider les pratiques actuelles d\u2019enseignement de la traduction dans les langues nationales, capitalis\u00e9es par les programmes nationaux de formation en traduction, afin de r\u00e9pondre efficacement aux sollicitations en la mati\u00e8re. Les d\u00e9fis de la didactique de cette discipline, inh\u00e9rents \u00e0 la multiplicit\u00e9 des langues nationales peu dot\u00e9es pour la plupart, peuvent \u00eatre relev\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la p\u00e9dagogie hybride.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/didactique\/\">didactique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/langue-nationale\/\">langue nationale<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/pedagogie-hybride\/\">p\u00e9dagogie hybride<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/programme-de-formation\/\">programme de formation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/traduction\/\">traduction<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">This paper, after a presentation of the issues of translation from and into national languages in Cameroon, paves the way for a didactic of this discipline by inviting the systematization of a certain number of parameters linked to teaching content and approaches. It appears that, although the demand for translation training remains mainly focused on international languages (English, French, German, Spanish, Chinese, etc.) in Cameroon, the national and international socio-economic, political and economic context suggests a promising horizon for translators trained from and into national languages. Hence the interest in consolidating the current practices of teaching translation from and into national languages capitalized by national translation training programs, in order to respond effectively to requests in this area. The challenges of teaching this discipline, inherent in the multiplicity of national languages that are mostly poorly endowed, can be met through hybrid pedagogy.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/didactic\/\">didactic<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/hybrid-pedagogy\/\">hybrid pedagogy<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/national-language\/\">national language<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/training-program\/\">training program<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/translation\/\">translation<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (yambeta)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Eyaa e\u0301 ka\u0301lata y\u025b\u0301n\u025b, k\u025bn\u025b\u014b k\u025b\u0301 ya\u0301koman kulodi nk\u0259\u0301 k\u025b\u0301 n\u025bsa\u0301nan\u025b n\u025b\u0301 tog\u025b\u0301 to\u0301 nigu\u0301u n\u025b\u0301g\u025bl\u025b\u0301 n\u025b\u0301p\u025b\u0301\u025b, ya\u0301sa\u0301 kulodi t\u025b\u0301n tu\u0301\u0259\u0301 kutu\u0301m kolodan\u025b n\u025bsa\u0301nan\u025b n\u025b\u0301 tog\u025b\u0301 n\u025b\u0301\u025bn a posugu\u0301lu po\u0301 pasa\u0301nan\u025b tog\u025b\u0301. A\u0301l\u025b\u0301, amb\u0254\u0301 w\u0254n\u0254\u0301 p\u0254t pa\u0301a\u0301ny\u0254\u0301n\u025b\u0301n kaakan k\u025b\u0301 f\u0254\u0301l\u025b\u0301 n\u025bsa\u0301nan\u025b n\u025b\u0301 to\u0301 p\u025bmb\u0254\u014b (ingili\u0301is, pelesi\u0301, nja\u0301man, panya\u0301, tog\u025b\u0301 to\u0301 p\u025bmb\u0254\u014b p\u025b\u0301 mba\u0301 a\u0301 mu\u025bn, etc.) a Kamelu\u0301un, olaa a nigu\u0301u ngim na a \u0259ku\u0301u y\u00e9 a ta\u0301a\u0301n o\u0301lalodi l\u025b\u0301 pasa\u0301nan\u025b tog\u025b\u0301 to\u0301 pad\u025bk pa\u0301l\u025b\u0301g\u025b\u025bn k\u0254\u014b\u025b a m\u0259du\u0301k mo\u0301 mo\u0301la\u0301giim. Tego\u0301di\u0301 an\u025b\u0301n l\u025b\u0301 t\u00e9so\u0301bini k\u0254\u014b\u025b n\u025bnam n\u00e9 kolodan\u025b tog\u025b\u0301 to\u0301 pad\u025bk a posugu\u0301lu po\u0301 pasa\u0301nan\u025b tog\u025b\u0301 n\u025b\u0301g\u0254\u014b, l\u025b\u0301 pasa\u0301nan\u025b tog\u025b\u0301 p\u025b\u025b\u0301n na kol\u025b\u014b ko\u0301nasa\u0301\u014b a k\u025bn\u025b\u014b k\u025b\u0301 pa\u0301l\u00e9god\u0254\u0301\u014b\u0254n p\u0254\u0301l\u025b\u0301 a pigo\u0301li\u0301. Teg\u025bl\u025b\u0301 kuso\u0301bini p\u025bba\u0301n p\u025b\u0301 n\u025blodan\u025b n\u025b\u0301 tog\u025b\u0301 to\u0301 pad\u025bk tui\u0301\u014b, to\u0301 to\u0301di\u0254g\u0254\u0301 s\u025b\u0301p tuim tudil\u0259\u0301n, na n\u025bnam n\u025b\u0301 kolodan\u025b n\u025b\u0301 n\u025b\u0301l\u025b\u0301 n\u025blodan\u025b nibul\u0259\u0301n\u0259\u0301n.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (yambeta)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/n%c9%9blodan%c9%9b-nibul%c9%99n%c9%99n\/\">n\u025blodan\u025b nibul\u0259\u0301n\u0259\u0301n<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/n%c9%9bnam-n%c9%9b-kolodan%c9%9b\/\">n\u025bnam n\u025b\u0301 kolodan\u025b<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/n%c9%9bsanan%c9%9b-n%c9%9b-tog%c9%9b\/\">n\u025bsa\u0301nan\u025b n\u025b\u0301 tog\u025b\u0301<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/p%c9%9blodan%c9%9b\/\">p\u025blodan\u025b<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/tog%c9%9b-to-niguu\/\">tog\u025b\u0301 to\u0301 nigu\u0301u<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>28 septembre 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>20 mars 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>1 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun, qui compte 238 langues nationales (Binam Bikoi <em>et al.<\/em>, 2012), n\u2019abrite aucune \u00e9cole consacr\u00e9e essentiellement \u00e0 la formation de traducteurs et de traductrices dans lesdites langues. C\u2019est un \u00e9tat de choses qui semble aller de soi\u00a0: dans ce pays, la traduction \u00e0 partir des\/vers les langues nationales n\u2019est ni organis\u00e9e ni professionnellement reconnue au m\u00eame titre que la traduction entre les langues officielles que sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. Le seul domaine dans lequel la traduction dans les langues nationales semble prosp\u00e9rer est celui des textes bibliques; la CABTAL (<em>Cameroon Association for Bible Translation and Literacy<\/em>), en collaboration avec la SIL (Soci\u00e9t\u00e9 internationale de linguistique) et les \u00e9glises, s\u2019y investit \u00e0 travers divers programmes priv\u00e9s. M\u00eame si quelques textes sont traduits en langues nationales, ils int\u00e9ressent difficilement les \u00e9diteurs et les \u00e9ditrices \u00e0 cause de la faiblesse du pouvoir d\u2019achat du public. Traducteurs et traductrices et diff\u00e9rents acteurs et actrices du livre convergent naturellement vers les langues officielles et \u00e9trang\u00e8res, ce march\u00e9 \u00e9tant plus fructueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, l\u2019on assiste au fil du temps \u00e0 une introduction progressive des cours d\u2019initiation \u00e0 la traduction en langues nationales dans les programmes de formation formelle en traduction consacr\u00e9s \u00e0 la base aux langues officielles et \u00e9trang\u00e8res. Quels en seraient les raisons et les enjeux? Comment s\u2019effectuent ces cours face aux contraintes li\u00e9es \u00e0 la diversit\u00e9 linguistique pr\u00e9sente dans les classes, caract\u00e9ris\u00e9e par des langues nationales peu dot\u00e9es pour la plupart et\/ou pas toujours ma\u00eetris\u00e9es \u00e0 l\u2019oral et \u00e0 l\u2019\u00e9crit par les \u00e9tudiants et les \u00e9tudiantes? Quels am\u00e9nagements didactiques permettraient de consolider l\u2019\u00e9tat actuel des choses? Cet article apporte des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions \u00e0 la lumi\u00e8re des exp\u00e9riences en cours dans certaines \u00e9coles et fili\u00e8res de traduction au Cameroun, tout en s\u2019inscrivant dans la perspective th\u00e9orique de la sociotraductologie (Gambier, 2007) ou <em>sociology of translation<\/em> (Wolf et Fukari, 2007) comprise comme l\u2019\u00e9tude de la traduction en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social allant au-del\u00e0 d\u2019une simple op\u00e9ration entre langues, ou en tant qu\u2019activit\u00e9 initi\u00e9e et contrainte par des agents sociaux, avec des fonctions et des retomb\u00e9es socialement d\u00e9termin\u00e9es; mieux, la sociotraductologie s\u2019int\u00e9resse aux traducteurs et traductrices (\u00e0 leur statut, \u00e0 leur carri\u00e8re), \u00e0 la traduction en tant que discipline, et aux traductions en tant que modalit\u00e9s interculturelles.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le traducteur ou la traductrice en langues nationales, acteur ou actrice de la mise en \u0153uvre de la politique linguistique nationale et de la promotion de la coh\u00e9sion sociale<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le potentiel de la traduction en langues locales demeure tr\u00e8s peu exploit\u00e9 au Cameroun. Pourtant, former des traducteurs et traductrices dans ces langues contribuerait \u00e0 la mise en \u0153uvre de la politique linguistique nationale et \u00e0 la promotion de la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la mise en \u0153uvre de la politique linguistique nationale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique du Cameroun, bien que n\u2019\u00e9tant pas encore explicite ou promulgu\u00e9e, appara\u00eet en filigrane dans les pratiques gouvernementales depuis quelques d\u00e9cennies. Dans la loi constitutionnelle n\u00b0\u00a096-06 du 18 janvier 1996 portant r\u00e9vision de la Constitution du 02 juin 1972, le Cameroun a pris l\u2019engagement de prot\u00e9ger et promouvoir ses langues nationales. Cet engagement a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clin\u00e9 dans la loi n\u00b0\u00a098\/004 du 14 avril 1998 qui confie au secteur de l\u2019\u00e9ducation la mission de former des citoyens et citoyennes enracin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leur culture et ouvert\u00b7e\u00b7s au monde. \u00c0 travers les lois sur la d\u00e9centralisation n\u00b0\u00a02004\/018 et 2004\/019 du 22 juillet 2004, et n\u00b0\u00a02019\/024 du 24 d\u00e9cembre 2019, l\u2019\u00c9tat transf\u00e8re aux collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es (r\u00e9gions et communes) les ressources financi\u00e8res n\u00e9cessaires \u00e0 la protection et \u00e0 la promotion des langues et cultures nationales de leurs ressorts territoriaux respectifs. Le r\u00f4le des traducteurs et traductrices en langues nationales est d\u00e9terminant dans la mise en \u0153uvre de cette politique linguistique dans la mesure o\u00f9 celle-ci r\u00e9v\u00e8le la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une augmentation des fonctions des langues nationales; l\u2019id\u00e9al \u00e9tant que ces langues franchissent le cap v\u00e9ritable de langues de travail d\u2019une part, et le cap de langues d\u2019enseignement d\u2019autre part, dans leur partenariat avec les langues officielles, de la maternelle au sup\u00e9rieur (Bitjaa, 2012; Biloa, 2013, etc.). Pourtant, il est difficile d\u2019envisager de telles fonctions pour ces langues sans un travail d\u2019am\u00e9nagement de corpus de fond faisant appel \u00e0 la traduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, bien que plusieurs langues nationales soient dot\u00e9es aujourd\u2019hui d\u2019alphabets, de syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture, de grammaires, etc., leur utilisation fait face \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019expression scientifique et technique, ainsi que de communication sp\u00e9cialis\u00e9e; d\u2019o\u00f9 le besoin crucial de traducteurs et traductrices pour l\u2019intellectualisation de ces langues en vue de leur cohabitation harmonieuse avec les langues officielles aussi bien dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif que dans d\u2019autres secteurs de la vie active. L\u2019intellectualisation des langues, qui est l\u2019ensemble des mesures qui visent l\u2019habilitation et la capacitation des langues \u00e0 mieux assumer une fonction comme langue de r\u00e9flexion acad\u00e9mique, langue de recherche, du discours scientifique et d\u2019expression des nouvelles connaissances dans les domaines des sciences et technologies et du savoir universel (Chumbow 2008, p.\u00a095), va de pair avec une intense activit\u00e9 de traduction. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la traduction, entre autres, que des termes nouveaux sont cr\u00e9\u00e9s, dotant ainsi les langues d\u2019une terminologie suffisante pour exprimer la modernit\u00e9. Les m\u00e9canismes de cr\u00e9ation terminologique par des processus divers (innovation s\u00e9mantique, innovation lexicale, emprunt, etc.) participent \u00e0 l\u2019augmentation de l\u2019inventaire lexical des langues peu dot\u00e9es et \u00e0 la capacitation de celles-ci \u00e0 r\u00e9pondre aux exigences d\u2019expression des connaissances nouvelles.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la promotion de la coh\u00e9sion sociale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019un des r\u00f4les sociaux de la traduction est de permettre l\u2019acc\u00e8s de tous et de toutes aux services de base (\u00e9ducation, sant\u00e9) et \u00e0 la justice, assurant aussi l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre individus et favorisant la meilleure qualit\u00e9 de vie de tous et \u00e0 toutes (Commission europ\u00e9enne \u2013 Direction g\u00e9n\u00e9rale de la traduction, 2010). Dans le contexte camerounais, l\u2019ensemble de la population ne ma\u00eetrise pas suffisamment les langues officielles pour pouvoir, sans assistance, les utiliser dans les activit\u00e9s quotidiennes. Plusieurs citoyens et citoyennes, en zones rurales, voire urbaines, n\u2019utilisent ni le fran\u00e7ais ni l\u2019anglais, \u00e0 l\u2019\u00e9crit et\/ou \u00e0 l\u2019oral, pour n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pourtant, les savoirs qui leur sont destin\u00e9s ne sont communiqu\u00e9s que dans ces langues, ou ne sont disponibles que dans des documents r\u00e9dig\u00e9s dans ces langues, ce qui constitue un handicap \u00e0 leur \u00e9panouissement sociopolitique et \u00e9conomique. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle de nombreux plans de d\u00e9veloppement, pourtant pens\u00e9s par des experts et des expertes, connaissent des \u00e9checs successifs. \u00c0 titre d\u2019exemple, dans le domaine de l\u2019agriculture, l\u2019Institut de recherche agricole pour le d\u00e9veloppement (IRAD) au Cameroun produit des semences am\u00e9lior\u00e9es, met au point de nouvelles techniques concernant les cultures g\u00e9n\u00e9ralement pratiqu\u00e9es en zone rurale, mais ces d\u00e9couvertes ne sont pas \u00e0 la port\u00e9e des populations rurales. Elles demeurent \u00e9litistes et non populaires parce que les opuscules d\u2019information ne sont ni produits ni traduits en langues nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la sant\u00e9, l\u2019\u00e9tude de Kayum (2012), par exemple, \u00e9tablit que les langues officielles utilis\u00e9es dans les campagnes de sensibilisation pour les OMD (Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement) de sant\u00e9 au Cameroun ne sont pas accessibles \u00e0 environ 70\u00a0% de la population cible; pour atteindre un plus grand nombre de personnes, notamment jusque dans les zones rurales, il y a une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de recourir aux langues des terroirs comme moyens de communication des r\u00e9alit\u00e9s modernes. Dans la m\u00eame optique, Ndeffo Tene (2009, p.\u00a066) affirme que \u00ab\u00a0la population n\u2019\u00e9tant pas scolaris\u00e9e \u00e0 cent pour cent en fran\u00e7ais et en anglais, il est indispensable de traduire dans nos langues nationales les documents dont on aimerait qu\u2019elle soit inform\u00e9e du contenu\u00a0\u00bb. Les traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s en langues nationales auraient donc pour mission, entre autres, de participer \u00e0 la coh\u00e9sion ou \u00e0 l\u2019inclusion sociale en facilitant l\u2019acc\u00e8s de toutes les Camerounaises et de tous les Camerounais aux informations socialement importantes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les opportunit\u00e9s de la traduction \u00e0 partir des\/vers les langues locales<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019apr\u00e8s Heilbron (cit\u00e9 par Engola, 2017, p.\u00a0193), \u00ab\u00a0aucune langue d\u2019Afrique sub-saharienne ne figure parmi les cinquante premi\u00e8res langues sources de traduction, ni parmi les cinquante premi\u00e8res langues cibles vers lesquelles sont effectu\u00e9es les traductions\u00a0\u00bb. La demande de traduction \u00e0 partir des langues camerounaises et vers celles-ci, et par extension \u00e0 partir des\/vers les langues africaines, ne serait donc pas des plus dynamiques du march\u00e9 de la traduction. Toutefois, au cours de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, elle laisse entrevoir de r\u00e9elles et belles perspectives. Eu \u00e9gard\u00a0(1) au souci du gouvernement camerounais de mettre en \u0153uvre sa philosophie sociopolitique du multiculturalisme (qui met en avant la diversit\u00e9 linguistique et culturelle comme source d\u2019enrichissement de la soci\u00e9t\u00e9, avec le respect du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les individus et le maintien de la coh\u00e9sion de l\u2019ensemble national), (2) au combat des Africains et Africaines pour une renaissance de leur continent, (3) aux avanc\u00e9es des TIC (Technologies de l\u2019information et de la communication, (4) \u00e0 l\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e du ph\u00e9nom\u00e8ne de la mondialisation, etc., la demande de traduction dans les langues locales devient florissante tant au plan national qu\u2019au plan international.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La mise en \u0153uvre de la philosophie sociopolitique du multiculturalisme<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019optique de la mise en \u0153uvre du multiculturalisme, l\u2019outillage des langues camerounaises en vue de leur utilisation dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif et dans divers secteurs de la vie active passera, entre autres, par la production d\u2019outils de r\u00e9f\u00e9rences tels des lexiques sp\u00e9cialis\u00e9s, des banques et bases de donn\u00e9es terminologiques, etc., et par la traduction d\u2019opuscules de vulgarisation et d\u2019\u0153uvres majeures \u00e0 caract\u00e8re universel vers ces langues, dans des domaines vari\u00e9s (litt\u00e9raire, scientifique, philosophique, etc.). De tels projets constituent des opportunit\u00e9s pour des traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les langues nationales, bien que \u2013 il convient de le souligner \u2013 le succ\u00e8s de leur mise en \u0153uvre soit conditionn\u00e9 par des actions et actes institutionnels de reconnaissance, d\u2019impulsion et de budg\u00e9tisation de la traduction en langues nationales, en tant qu\u2019activit\u00e9 fondamentale pour le d\u00e9veloppement de la nation. Ainsi, dans le cadre de la phase 2 du projet IFADEM \u2013 RETHE (Initiative francophone pour la formation \u00e0 distance des ma\u00eetres \u2013 recherche th\u00e9matique) en 2016 au Cameroun, des lexiques bilingues (fran\u00e7ais\/langues nationales) destin\u00e9s \u00e0 l\u2019enseignement de quatre disciplines non linguistiques (DNL) dans quatre langues nationales, \u00e0 savoir le bassaa, l\u2019ewondo, le fulfulde et le ghomala, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s avec le concours d\u2019un comit\u00e9 de terminologie <em>ad hoc <\/em>constitu\u00e9 de linguistes et d\u2019informateurs et informatrices, des locuteurs natifs et locutrices natives des langues cit\u00e9es, \u00e0 d\u00e9faut des ressources humaines form\u00e9es sp\u00e9cialement en traduction en langues nationales. De m\u00eame, dans le cadre de la premi\u00e8re phase de l\u2019initiative ELAN-AFRIQUE (\u00c9cole et langues nationales en Afrique) qui s\u2019est achev\u00e9e en avril 2017 au Cameroun, un lexique sp\u00e9cialis\u00e9 de math\u00e9matiques a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 en ewondo, gr\u00e2ce au concours d\u2019une \u00e9quipe constitu\u00e9e, entre autres, de linguistes, d\u2019instituteurs et institutrices, d\u2019enseignants et enseignantes de langues et cultures camerounaises et de math\u00e9matiques, presque tous et toutes locuteurs natifs et locutrices natives de cette langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La formation des traducteurs et traductrices en langues nationales pourrait \u00e9galement d\u00e9boucher sur l\u2019interpr\u00e9tation communautaire. Les interpr\u00e8tes communautaires form\u00e9\u00b7e\u00b7s seraient des m\u00e9diateurs et m\u00e9diatrices linguistiques fiables et capables d\u2019aider sur le terrain les experts et expertes des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales confront\u00e9\u00b7e\u00b7s aux difficult\u00e9s des \u00e9changes avec les populations locales. Ces interpr\u00e8tes communautaires seraient utiles aux h\u00f4pitaux, aux municipalit\u00e9s, aux tribunaux, aux services sociaux, aux coop\u00e9ratives, aux camps de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, aux campagnes \u00e9lectorales, etc. afin de lutter contre l\u2019ali\u00e9nation des citoyens et citoyennes qui ne parlent pas les langues officielles.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le combat pour la renaissance de l\u2019Afrique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le combat pour une renaissance profonde du continent africain constitue une autre opportunit\u00e9 pour les traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les langues locales dans la mesure o\u00f9 les intellectuel\u00b7le\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s portent de plus en plus leurs r\u00e9flexions sur les sources africaines du savoir. Les Africains et Africaines sont invit\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 articuler leur pens\u00e9e et \u00e0 concevoir leurs savoirs dans leurs propres langues avant de les faire traduire dans les langues internationales. Le prince Kum\u2019a Dumbe III, enseignant-chercheur et pr\u00e9sident de la fondation <em>AfricAvenir<\/em> bas\u00e9e \u00e0 Douala au Cameroun, a mis sur pied un groupe de travail, en 1981 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9, pour recueillir les t\u00e9moignages en langues camerounaises de 176 personnes \u00e2g\u00e9es de 70 \u00e0 110\u00a0ans dans l\u2019optique de reconstituer l\u2019histoire du Cameroun. Ces t\u00e9moignages qui ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 2019 sous la forme d\u2019une vingtaine d\u2019ouvrages (Kum\u2019a Dumbe III, 2019) ont n\u00e9cessit\u00e9 les services de traducteurs et traductrices des langues locales vers les langues officielles. La publication des vingt autres volumes pr\u00e9vus en n\u00e9cessitera davantage.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les avanc\u00e9es des TIC<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Traduire vers les langues locales est aussi un terrain d\u2019avenir pour l\u2019industrie du num\u00e9rique ou des technologies de l\u2019information et de la communication. Les traducteurs et traductrices form\u00e9\u00b7e\u00b7s en langues nationales sont de plus en plus sollicit\u00e9\u00b7e\u00b7s pour participer \u00e0 des projets et programmes de traduction de logiciels sp\u00e9cialis\u00e9s, de contenus web, de contenus de technologies mobiles pour diff\u00e9rentes couches sociales, etc. \u00c0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, le Cameroun, comme les autres pays d\u2019Afrique subsaharienne, a plus que jamais besoin de <em>localisateurs <\/em>et de<em> localisatrices <\/em>ou de traducteurs et traductrices qui aideraient \u00e0 la <em>localisation<\/em> en langues locales.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la pratique, la localisation est \u00e0 la fois un ensemble technique de d\u00e9marches et de m\u00e9thodes d\u2019adaptation de logiciels et de contenus \u00e0 des langues et des cultures donn\u00e9es et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, une activit\u00e9 d\u2019entreprise int\u00e9grant les dimensions techniques, l\u2019am\u00e9nagement de donn\u00e9es linguistiques et l\u2019organisation n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019atteinte de cet objectif. Dans l\u2019ensemble, la localisation a pour but de faciliter l\u2019utilisation de langues cibles dans les TIC et peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme s\u2019inscrivant dans une perspective plus large d\u2019adaptation de la science et des technologies \u00e0 divers milieux socioculturels (Osborn, 2011, p.\u00a019).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le sillage de la localisation, <em>Resulam<\/em>, par exemple, une association camerounaise \u00e0 but non lucratif a choisi d\u2019exploiter les nouvelles technologies pour diffuser aussi bien les langues camerounaises que certaines langues africaines en vue de leur revitalisation. Elle a d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019appui de certains bailleurs de fonds et d\u00e9velopp\u00e9 quelques dizaines d\u2019applications pour apprendre les langues locales. La plupart des applications que d\u00e9veloppe cette association (<em>Cameroon phrase book, Ewondo phrase book, Duala phrase book, Audio phrase book Nufi language, Ahmaric visual vocabulary, Swahili visual vocabulary, Apprendre le ghomala\u2019<\/em>, les dictionnaires fran\u00e7ais-basaa, fran\u00e7ais-duala, etc.) n\u00e9cessite le concours des traducteurs et traductrices en langues locales. \u00c0 partir de l\u2019application <em>Cameroon phrase book<\/em> par exemple, l\u2019utilisateur ou l\u2019utilisatrice obtient dans une langue camerounaise de son choix la traduction d\u2019une expression usuelle saisie en fran\u00e7ais ou en anglais. <em>Resulam<\/em> est en qu\u00eate de traducteurs et traductrices en langues locales pour \u00e9tendre le nombre de langues \u00e0 travers les applications qu\u2019elle \u00e9labore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019association camerounaise <em>Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration<\/em> a mis sur pied le <em>DicoTrad<\/em>, un logiciel qui permet d\u2019apprendre les langues nationales. \u00c0 partir d\u2019un <em>Compact Disc<\/em> (<em>CD<\/em>) ins\u00e9r\u00e9 dans un ordinateur, tout utilisateur ou toute utilisatrice peut s\u2019initier aux chants et expressions courantes des cinq langues propos\u00e9es pour l\u2019instant\u00a0: le fulfulde, l\u2019ewondo, le basaa, le duala et le medumba. Le logiciel permet aux utilisateurs et utilisatrices d\u2019obtenir, entre autres, la traduction automatique en fran\u00e7ais ou en anglais de mots provenant des langues nationales. L\u2019association <em>Nouvelle g\u00e9n\u00e9ration<\/em> compte passer de cinq \u00e0 onze langues gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui financier qu\u2019elle attend de certains organismes partenaires. Il existe \u00e9galement un site d\u00e9nomm\u00e9 <em>Camerlangues<\/em> qui, s\u2019inscrivant dans le cadre du d\u00e9veloppement de traducteurs automatiques, a \u00e9t\u00e9 mis sur pied pour permettre d\u2019effectuer des traductions instantan\u00e9es dans les diff\u00e9rentes langues locales du Cameroun. Des initiatives comme celles-l\u00e0 gagneraient davantage en cr\u00e9dibilit\u00e9 et en notori\u00e9t\u00e9 si les traducteurs et traductrices qui y interviennent \u00e9taient rigoureusement form\u00e9\u00b7e\u00b7s en langues nationales. Dans la m\u00eame veine de la localisation de logiciels, s\u2019inscrivent, \u00e0 une \u00e9chelle plus grande, des initiatives telles que le projet africain <em>ANLoc<\/em> (<em>African Network for Localization<\/em>), parrain\u00e9 par le Centre de recherches pour le d\u00e9veloppement international (CRDI) du Canada qui soutient, entre autres, la traduction des logiciels en langues africaines, la formation professionnelle de traducteurs et traductrices de logiciels en langues africaines (en collaboration avec le <em>Localisation Research Center<\/em> \u00e0 Limerick, en Irlande) et le d\u00e9veloppement des terminologies et des outils de gestion de la traduction de logiciels en langues africaines, afin d\u2019aider \u00e0 \u00e9tendre le num\u00e9rique sur le continent africain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, la localisation ne concerne pas seulement les logiciels, mais aussi les interfaces web, la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, le sous-titrage, etc. Le programme <em>Google in your Language<\/em>, par exemple, propose plusieurs versions d\u2019interfaces web en langues africaines et en pr\u00e9pare actuellement de nouvelles. Quant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, les t\u00e9l\u00e9phones portables sont de plus en plus r\u00e9pandus; on en trouve jusque dans les zones rurales les plus recul\u00e9es; les messages informatifs st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, vocaux ou \u00e9crits, qui n\u2019existent qu\u2019en langues officielles pourraient faire l\u2019objet de traductions en langues nationales dans le cadre de projets d\u00fbment \u00e9labor\u00e9s. Toujours en termes d\u2019opportunit\u00e9s offertes par la traduction dans les langues locales, le sous-titrage n\u2019est pas en reste. Son importance dans l\u2019acquisition et la pr\u00e9servation des langues locales, dans la diffusion des cultures et la promotion du multilinguisme n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Dans ce domaine, l\u2019association <em>Resulam<\/em> propose \u00e9galement, entre autres, des vid\u00e9os de bandes dessin\u00e9es sous-titr\u00e9es dans plusieurs langues camerounaises. D\u2019autres projets synergiques impliquant des promoteurs et promotrices de cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, les pouvoirs publics et des organisations \u0153uvrant pour la promotion des langues et cultures locales, etc. peuvent s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s fructueux.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e de la mondialisation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 des opportunit\u00e9s offertes par le d\u00e9veloppement des technologies de l\u2019information et de la communication, les traducteurs et traductrices en langues nationales sont plus que jamais des maillons essentiels de la communication eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e de la mondialisation. Avec la pand\u00e9mie du coronavirus qui s\u2019est r\u00e9pandue dans le monde, par exemple, l\u2019on s\u2019est tr\u00e8s vite rendu compte de la n\u00e9cessit\u00e9 de traduire en langues nationales pour la sensibilisation de masse. C\u2019est dans ce sillage qu\u2019Henry Tourneux a pr\u00e9sent\u00e9 sur sa page <em>linkedin<\/em>, en ao\u00fbt 2020, une affiche sur le covid-19 que son \u00e9quipe et lui ont r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre de la traduction-adaptation en fulfulde. Le texte de l\u2019affiche \u00e0 traduire a \u00e9t\u00e9 fourni par l\u2019<em>East Interpreters and Translators Association<\/em>. La traduction vers les langues nationales dans le cadre de la sensibilisation sur le covid-19 a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialis\u00e9e, entre autres, \u00e0 travers plusieurs messages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s au Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, dans le domaine du commerce international, le besoin des entreprises de se rapprocher des clients et clientes situ\u00e9\u00b7e\u00b7s de part et d\u2019autre dans le monde est de plus en plus manifeste; des plateformes sont ainsi cr\u00e9\u00e9es afin de permettre \u00e0 toutes les couches sociales d\u2019avoir un acc\u00e8s facile au march\u00e9 mondial. Les promoteurs et promotrices de la plateforme num\u00e9rique de traduction assist\u00e9e par ordinateur et d\u2019apprentissage automatique d\u00e9nomm\u00e9e <em>OBTranslate<\/em>, par exemple, se sont donn\u00e9 pour objectif \u00e0 long terme de traduire plus de 2000 langues africaines afin de promouvoir cette vision qui pourrait significativement contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9conomie africaine, \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois et \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation des relations commerciales en Afrique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">De la n\u00e9cessit\u00e9 de consolider les pratiques didactiques de la traduction dans les langues nationales \u00e0 l\u2019aune des exp\u00e9riences actuelles<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme mentionn\u00e9 <em>supra<\/em>, les langues nationales constituent les grandes absentes des offres de formation en traduction au Cameroun. Ces offres sont beaucoup plus r\u00e9serv\u00e9es aux langues officielles (le fran\u00e7ais et l\u2019anglais) et aux langues \u00e9trang\u00e8res telles que l\u2019espagnol, l\u2019allemand, le portugais, le chinois, etc. En revanche, au cours de ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019on observe une volont\u00e9 manifeste de prise en compte des langues nationales dans certaines \u00e9coles et fili\u00e8res de traduction, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019ASTI (<em>Advanced School of Translators and Interpreters<\/em>) de Bu\u00e9a, de l\u2019ISTIC (Institut sup\u00e9rieur de traduction, d\u2019interpr\u00e9tation et de communication) de Yaound\u00e9, du programme de master professionnel en traduction de la FALSH (Facult\u00e9 des arts, lettres et sciences humaines) de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1 et du programme de master professionnel en traduction de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Maroua depuis l\u2019ann\u00e9e acad\u00e9mique 2020-2021 (la traduction dans les langues nationales est pr\u00e9vue comme mati\u00e8re optionnelle). Les autres programmes de formation des traducteurs et traductrices tra\u00eenent encore les pas, notamment la fili\u00e8re de traduction log\u00e9e au d\u00e9partement de langues \u00e9trang\u00e8res appliqu\u00e9es de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang et la fili\u00e8re de traduction de l\u2019Institut universitaire protestant de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La gestion des classes multilingues constitue le principal d\u00e9fi de l\u2019enseignement de la traduction dans les langues nationales. Les enseignants et enseignantes sont appel\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 enseigner la traduction dans diverses langues nationales peu dot\u00e9es pour la plupart et pas toujours ma\u00eetris\u00e9es \u00e0 l\u2019oral et\/ou \u00e0 l\u2019\u00e9crit par les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes. Mais que peut-on sp\u00e9cifiquement apprendre des exp\u00e9riences en cours?<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ASTI de Bu\u00e9a<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ASTI de Bu\u00e9a appara\u00eet comme l\u2019institution pionni\u00e8re du Cameroun en mati\u00e8re d\u2019enseignement de la traduction dans les langues nationales, et ce, depuis 2008. Des entretiens semi-directifs men\u00e9s aupr\u00e8s d\u2019une dizaine d\u2019\u00e9tudiants et \u00e9tudiantes et d\u2019un enseignant de ce programme nous ont permis d\u2019obtenir quelques informations relatives aux contenus et pratiques de classe. Il en ressort globalement qu\u2019il n\u2019existe pas de contenus pr\u00e9d\u00e9finis pour ce cours qui appara\u00eet comme optionnel sur la grille des programmes. Chaque enseignant ou enseignante d\u00e9sign\u00e9\u00b7e pour le dispenser le fait sur la base d\u2019un plan de cours con\u00e7u selon sa sensibilit\u00e9. N\u00e9anmoins, le directeur adjoint charg\u00e9 des \u00e9tudes, le chef des enseignements et de la recherche, et le chef de d\u00e9partement veillent \u00e0 la coh\u00e9rence et \u00e0 la pertinence de ces contenus dont l\u2019accent est mis globalement sur les probl\u00e8mes th\u00e9orico-pratiques (th\u00e9ories de la traduction, techniques de traduction, proc\u00e9d\u00e9s de d\u00e9veloppement terminologique, interculturalit\u00e9, traduction de textes pragmatiques et litt\u00e9raires, etc.) et sur l\u2019exercice professionnel de la traduction dans les langues africaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, si des \u00e9l\u00e9ments de linguistique africaine (les notions de dialecte, patois, inter-intelligibilit\u00e9 entre dialectes, classification et morphosyntaxe des langues africaines et camerounaises, etc.) sont peu ou prou \u00e9voqu\u00e9s dans le cadre de ce cours, l\u2019on rel\u00e8ve que les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes ne sont pas form\u00e9\u00b7e\u00b7s aux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture des langues nationales. Or, il se trouve que plusieurs \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes inscrit\u00b7e\u00b7s dans ce cours n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 au pr\u00e9alable en contact avec leur langue maternelle \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes, qui ont eu la chance de c\u00f4toyer ant\u00e9rieurement l\u2019Alphabet g\u00e9n\u00e9ral des langues nationales (AGLC), un alphabet d\u00e9velopp\u00e9 en 1979 et publi\u00e9 en 1984 par les linguistes camerounais Tadadjeu et Sadembouo, ou le syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture de leur langue maternelle, s\u2019en inspirent gracieusement. Les autres \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes pr\u00e9sentent simplement des textes \u00e9crits sur la base des mod\u00e8les des alphabets fran\u00e7ais et anglais. Pourtant, l\u2019\u00e9criture des langues nationales ne devrait pas \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019improvisation, \u00e9tant donn\u00e9 que la traduction ne saurait s\u2019abstraire de l\u2019\u00e9criture des langues et qu\u2019il est naturel que toute langue dispose d\u2019une norme \u00e9crite. La ma\u00eetrise orale des langues nationales \u00e9tant implicitement un pr\u00e9requis pour le cours de traduction dans les langues nationales \u00e0 l\u2019ASTI de Bu\u00e9a, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs \u00e0 relever dans le cadre de ce cours serait plut\u00f4t de mettre sur pied des m\u00e9canismes didactiques favorisant une acquisition de la pratique \u00e9crite syst\u00e9matique des langues nationales dans lesquelles les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes effectuent des traductions.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les exp\u00e9riences de l\u2019ISTIC de Yaound\u00e9 et de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ISTIC de Yaound\u00e9 conna\u00eet une avanc\u00e9e remarquable en mati\u00e8re d\u2019offre de formation en traduction des langues nationales, notamment avec le master d\u2019\u00e9tudes africaines et traduction (MEAT) ouvert en 2015. Ce programme vise \u00e0 former des traducteurs et traductrices aussi bien en langues officielles et \u00e9trang\u00e8res qu\u2019en langues africaines. Sa grille d\u2019enseignements pr\u00e9sente des mati\u00e8res qui permettraient aux \u00e9l\u00e8ves traducteurs et traductrices d\u2019avoir une ma\u00eetrise suffisante de la traduction en langues nationales \u00e0 l\u2019issue de leur formation. Le programme pr\u00e9voit des cours de linguistique africaine, d\u2019\u00e9criture des langues africaines, d\u2019\u00e9criture des langues camerounaises, de traduction fran\u00e7aise\/langues africaines, traduction langues africaines\/fran\u00e7ais, traduction anglais\/langues africaines, traduction langues africaines\/anglais, traduction des textes religieux en langues africaines, etc. Cependant, la constance de cette offre de formation n\u2019est malheureusement pas encore acquise \u00e0 cause d\u2019un manque de postulants et de postulantes. Cette fili\u00e8re n\u2019a connu qu\u2019une seule promotion constitu\u00e9e de quatre candidates qui ont pourtant achev\u00e9 brillamment leur parcours. Deux de ces laur\u00e9ates viennent d\u2019ailleurs d\u2019int\u00e9grer les effectifs des traducteurs et traductrices de la Fonction publique camerounaise au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020. En amont des d\u00e9fis didactiques proprement dits, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs \u00e0 relever en mati\u00e8re de formation en traduction en langues nationales serait donc d\u2019abord d\u2019amener des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes \u00e0 s\u2019y int\u00e9resser. La plupart des personnes qui souhaitent se former en traduction ne sont fort probablement pas suffisamment sensibilis\u00e9es aux opportunit\u00e9s de la traduction en langues nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au plan didactique, bien que la grille des programmes d\u2019enseignement du MEAT de l\u2019ISTIC soit relativement bien \u00e9labor\u00e9e pour offrir des comp\u00e9tences en traduction en langues africaines, il se trouve, \u00e0 l\u2019observation de l\u2019unique promotion de ce programme de master, que les \u00e9tudiantes qui y \u00e9taient impliqu\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es sur la base de la ma\u00eetrise orale d\u2019au moins une langue nationale. Pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre dans la formation de cette promotion, l\u2019un des d\u00e9fis majeurs aura \u00e9t\u00e9 de former des traductrices comp\u00e9tentes dans des langues nationales dont la ma\u00eetrise orale n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9acquise. Quand bien m\u00eame un \u00e9tudiant ou une \u00e9tudiante serait convenablement form\u00e9\u00b7e \u00e0 la ma\u00eetrise du syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture d\u2019une langue nationale, il serait manifestement inad\u00e9quat, par exemple, de lui demander, au cours d\u2019une \u00e9valuation sur table, de traduire des mots ou des textes dans une langue nationale dont il ou elle n\u2019a pas la ma\u00eetrise orale. Une attestation de ma\u00eetrise orale serait un crit\u00e8re important de s\u00e9lection des candidats et candidates pour ce programme. \u00c0 d\u00e9faut de cette exigence, des am\u00e9nagements didactiques doivent \u00eatre rigoureusement \u00e9tablis pour pallier ce manque, si l\u2019on aspire \u00e0 une formation de qualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre le programme de MEAT de l\u2019ISTIC qui propose <em>a priori<\/em> suffisamment de comp\u00e9tences \u00e0 acqu\u00e9rir en traduction dans les langues nationales, il existe au sein de la m\u00eame \u00e9cole un autre programme de master en traduction (langues officielles et langues \u00e9trang\u00e8res) dans lequel un cours intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Initiation \u00e0 la traduction en langues africaines\u00a0\u00bb est dispens\u00e9 pendant les trois premiers semestres. Il existe parall\u00e8lement \u00e0 cela un cours de renforcement des comp\u00e9tences en langues nationales pendant les m\u00eames p\u00e9riodes de la formation. Cependant, en plus de la question de la ma\u00eetrise orale pr\u00e9alable des langues nationales par tous les \u00e9tudiants et toutes les \u00e9tudiantes, se pose le probl\u00e8me de l\u2019enseignement des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture. Deux alphabets distincts sont enseign\u00e9s dans le cadre du cours d\u2019\u00ab\u00a0Initiation \u00e0 la traduction en langues africaines\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir l\u2019AGLC et le syst\u00e8me A-Z; le syst\u00e8me A-Z \u00e9tant un alphabet b\u00e2ti selon le mod\u00e8le des alphabets fran\u00e7ais et anglais par Nd\u00e9 (2015). Le probl\u00e8me pos\u00e9 par cette pratique est que certain\u00b7e\u00b7s \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes qui r\u00e9digent des m\u00e9moires de traduction en langues nationales font parfois usage du syst\u00e8me A-Z dans l\u2019\u00e9criture de leur texte traduit, quand bien m\u00eame leur langue dispose d\u2019un syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture rigoureusement \u00e9labor\u00e9 selon le mod\u00e8le de l\u2019AGLC; ce qui, de mani\u00e8re disgracieuse, donne lieu \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouveaux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture improvis\u00e9s, le plus souvent incoh\u00e9rents et instables; des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture \u00ab\u00a0de circonstance\u00a0\u00bb. Pourtant, sans vouloir insinuer que l\u2019AGLC serait une panac\u00e9e pour l\u2019\u00e9criture de toutes les langues camerounaises, ce qui ferait l\u2019objet d\u2019un autre d\u00e9bat, la vocation des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes en traduction n\u2019est pas de cr\u00e9er des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture. En revanche, il arrive que certaines langues dans lesquelles des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes sont appel\u00e9s \u00e0 traduire des textes ne disposent pas d\u2019une norme \u00e9crite. Ne faut-il donc pas traduire dans de telles langues, en demeurant dans l\u2019attente d\u2019une \u00e9ventuelle norme orthographique mise sur pied par des linguistes? D\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019une didactisation syst\u00e9matique des pratiques \u00e9crites en langues nationales dans le cadre de ce programme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La configuration didactique du cours d\u2019\u00ab\u00a0Initiation \u00e0 la traduction en langues africaines\u00a0\u00bb r\u00e9cemment introduit dans le programme de master en traduction de la FALSH de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1 est relativement identique \u00e0 celle du master en traduction de l\u2019ISTIC, \u00e0 la seule diff\u00e9rence qu\u2019un seul syst\u00e8me d\u2019\u00e9criture, l\u2019AGLC, y est enseign\u00e9. En revanche, l\u2019enseignement d\u2019un alphabet ne saurait s\u2019av\u00e9rer suffisant pour rendre les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes aptes \u00e0 \u00e9crire les langues nationales selon leurs normes orthographiques respectives. Notre exp\u00e9rience de formateur dans le cadre de ce cours nous aura tout au moins permis de poser les jalons d\u2019une didactique en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les d\u00e9fis qui viennent d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s relativement \u00e0 l\u2019enseignement de la traduction en langues nationales au Cameroun ne sauraient s\u2019av\u00e9rer exhaustifs. N\u00e9anmoins, ils soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 de fixer les bases d\u2019une didactique de cette discipline, eu \u00e9gard aux contraintes li\u00e9es au multilinguisme.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Vers une didactique de la traduction en langues nationales<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction peut \u00eatre enseign\u00e9e pour atteindre plusieurs objectifs, comme l\u2019enseignement d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re, la formation de traducteurs et traductrices professionnel\u00b7le\u00b7s, la formation de formateurs et formatrices de traducteurs et traductrices, etc. C\u2019est l\u2019une des raisons pour laquelle<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La conception d\u2019un programme d\u2019enseignement de la traduction pour un \u00e9tablissement donn\u00e9 dans un pays donn\u00e9 passe par une \u00e9tude du march\u00e9 de l\u2019emploi, un audit de la situation politico-\u00e9conomique et acad\u00e9mique dans laquelle doit s\u2019inscrire le cursus, une analyse de la finalit\u00e9 vis\u00e9e par ce cursus et un recensement des moyens disponibles pour y parvenir (Durieux, 2005, p.\u00a046).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard des exp\u00e9riences et enjeux pr\u00e9sent\u00e9s supra, il se trouve qu\u2019une consolidation des pratiques acad\u00e9miques actuelles est n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre efficacement \u00e0 la demande sociopolitique et \u00e9conomique en mati\u00e8re de traduction en langues nationales. La traduction n\u2019\u00e9tant pas une activit\u00e9 homog\u00e8ne, un seul mod\u00e8le didactique ne saurait s\u2019av\u00e9rer suffisant pour ce faire. N\u00e9anmoins, afin de tisser la toile de fond de la formation des professionnel\u00b7le\u00b7s de cette discipline, la syst\u00e9matisation d\u2019un certain nombre de param\u00e8tres li\u00e9s aux contenus et approches p\u00e9dagogiques nous interpelle.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">\u00c0 propos des contenus d\u2019enseignement<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Traduire \u00e0 partir des langues nationales et vers celles-ci requiert un certain nombre de comp\u00e9tences des apprenants et apprenantes. En traduction, on part en g\u00e9n\u00e9ral de la connaissance des langues qui interviennent dans le processus de transfert avant de se lancer dans les activit\u00e9s de transfert proprement dites. D\u2019apr\u00e8s Encarnaci\u00f3n (2008), la compr\u00e9hension d\u2019une langue, la production dans une autre langue et la correction sont les comp\u00e9tences mises en jeu dans le processus de traduction. Dans le contexte camerounais, les langues officielles sont des pr\u00e9requis qui apparaissent naturellement comme des pr\u00e9acquis. L\u2019accent doit donc \u00eatre mis sur l\u2019enseignement\/apprentissage des langues nationales et sur les particularit\u00e9s de celles-ci dans les activit\u00e9s de transfert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, les structures linguistiques des langues nationales se distinguent nettement de celles des langues europ\u00e9ennes et n\u00e9cessitent une formation particuli\u00e8re. Sur le plan de l\u2019\u00e9criture, par exemple, plusieurs aspects pr\u00e9sents dans les langues locales (\u00e0 l\u2019instar des tons, de certains sons, de certaines structures syllabiques, etc.) sont absents des langues europ\u00e9ennes. Sur le plan de la grammaire, certaines cat\u00e9gories lexicales (comme les noms qualificatifs) ou grammaticales (comme les classes nominales), certains ph\u00e9nom\u00e8nes morphosyntaxiques (comme l\u2019expression du datif ou compl\u00e9ment d\u2019attribution par des extensions verbales de l\u2019applicatif), etc. ont une configuration \u00e9pist\u00e9mologique compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 celle des langues europ\u00e9ennes. Sur le plan de la s\u00e9mantique, les anisomorphismes socioculturels existant entre langues africaines et langues europ\u00e9ennes m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re pour un meilleur transfert du sens des expressions. Par ailleurs, les th\u00e9ories, approches, m\u00e9thodes et techniques de traduction n\u00e9cessitent une contextualisation d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit de traduire \u00e0 partir des langues nationales ou vers celles-ci. Ainsi, pour former des praticiens et praticiennes de la traduction dans les langues nationales, les quelques \u00e9l\u00e9ments de contenus g\u00e9n\u00e9riques (non exhaustifs) ci-apr\u00e8s, avec les sp\u00e9cificit\u00e9s qui leur sont inh\u00e9rentes, nous semblent indispensables\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li><strong>les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture\u00a0:<\/strong> les graph\u00e8mes (simples et complexes), les tons (nature, fixation, fonction), la variation des sons et des tons dans les phrases, l\u2019\u00e9criture de la forme standard ou les conventions orthographiques de la langue (s\u00e9paration des mots, traitement des s\u00e9quences consonantiques et vocaliques, \u00e9conomie des tons, etc.), etc.;<\/li>\n<li><strong>la grammaire\u00a0:<\/strong> les cat\u00e9gories lexicales, les nominaux, les verbaux, les classes nominales, les r\u00e8gles d\u2019accord, la conjugaison, la syntaxe, etc.;<\/li>\n<li><strong>la s\u00e9mantique\u00a0:<\/strong> les diff\u00e9rents sens du mot, les diff\u00e9rents contextes d\u2019usage du mot, les significations associatives (connotatives, stylistiques, etc.), les comparaisons (m\u00e9taphores mortes, proverbes, symboles, etc.);<\/li>\n<li><strong>la terminologie\u00a0:<\/strong> les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019enrichissement lexical (innovation s\u00e9mantique, innovation lexicale, emprunt, etc.), les th\u00e9ories, approches et m\u00e9thodes de la terminologie en langues nationales (terminologie culturelle, simplification terminologique, etc.), les banques et bases de donn\u00e9es, etc.;<\/li>\n<li><strong>les strat\u00e9gies de traduction\u00a0:<\/strong> les strat\u00e9gies globales et locales;<\/li>\n<li><strong>les particularit\u00e9s de la traduction des textes litt\u00e9raires\u00a0:<\/strong> les textes religieux (notions de traduisibilit\u00e9, de traductibilit\u00e9 et d\u2019ex\u00e9g\u00e8se, le Coran, la Bible, etc.), la litt\u00e9rature orale (contes, fables, r\u00e9cits, chants, \u00e9pop\u00e9es, etc.), les textes hybrides, etc.<\/li>\n<li><strong>la traduction des textes techniques ou pragmatiques\u00a0:<\/strong> les textes juridiques, les textes \u00e9conomiques, les textes agricoles, les textes m\u00e9dicaux, les panneaux publicitaires, les rapports, etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de ces quelques \u00e9l\u00e9ments de contenus qui pr\u00e9c\u00e8dent, il y a lieu de souligner que l\u2019ensemble des cours traitant des outils d\u2019aide \u00e0 la traduction et \u00e0 la localisation (sous-titrage, interfaces web, etc.) en langues officielles et \u00e9trang\u00e8res est tout aussi b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la formation en traduction dans les langues nationales, pour autant qu\u2019ils soient bien contextualis\u00e9s. \u00c0 cela peut s\u2019adjoindre des cours de sociotraductologie portant notamment sur le m\u00e9tier et les enjeux de la traduction dans les langues africaines, etc.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la p\u00e9dagogie de la traduction en classe multilingue<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 la multiplicit\u00e9 des langues nationales pr\u00e9sentes dans les classes de traduction, l\u2019enseignement\/apprentissage hybride ou mixte, notamment la p\u00e9dagogie invers\u00e9e associ\u00e9e au format traditionnel d\u2019apprentissage, appara\u00eet comme une issue r\u00e9aliste. Dans le format traditionnel, la source principale des connaissances est l\u2019enseignant ou l\u2019enseignante; tandis que dans la p\u00e9dagogie invers\u00e9e, les apprenant\u00b7e\u00b7s sont les acteurs et actrices de leurs apprentissages\u00a0: les savoirs enseign\u00e9s sont con\u00e7us sur la base de leurs besoins; ils sont invit\u00e9s \u00e0 \u00e9changer et \u00e0 coop\u00e9rer avec d\u2019autres personnes-ressources; le travail de groupe est encourag\u00e9, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix des ressources humaines appel\u00e9es \u00e0 dispenser des cours de traduction dans les langues nationales, sous le format de la p\u00e9dagogie hybride, doit \u00eatre rigoureux. Ces enseignants et enseignantes devraient \u00eatre dot\u00e9\u00b7e\u00b7s d\u2019une exp\u00e9rience av\u00e9r\u00e9e, d\u2019une part, sur l\u2019\u00e9tude des langues nationales (leurs syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture et leurs classifications g\u00e9n\u00e9tique et typologique) et, d\u2019autre part, sur les caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res de la traduction dans ces langues, afin de pouvoir guider efficacement les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes dans l\u2019autod\u00e9couverte des langues nationales sp\u00e9cifiques dans et vers lesquelles ils ou elles sont appel\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 traduire, et les doter des savoirs se rapportant aux particularit\u00e9s de la traduction dans ces langues. Il serait \u00e9galement id\u00e9al que seul\u00b7e\u00b7s les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes ayant au pr\u00e9alable une relative ma\u00eetrise orale des langues nationales soient admis\u00b7es aux cours de traduction dans les langues nationales, surtout dans des programmes qui y sont peu ou prou consacr\u00e9s, \u00e0 l\u2019instar du MEAT de l\u2019ISTIC pr\u00e9sent\u00e9 <em>supra<\/em>. C\u2019est une condition quasi irr\u00e9versible pour une formation qui se veut de qualit\u00e9 relativement optimale. Au cas o\u00f9 cette exigence n\u2019est pas prise en compte dans le processus d\u2019admission des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes, les \u00e9valuations sommatives devraient int\u00e9grer abondamment des travaux personnels des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes; ces derniers et ces derni\u00e8res devraient \u00eatre amen\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 effectuer des traductions en dehors du cadre de la classe, afin d\u2019avoir la possibilit\u00e9 de travailler avec des personnes-ressources qui les aideraient dans leur autoformation en langues nationales. Par cons\u00e9quent, et par souci d\u2019\u00e9quit\u00e9, les \u00e9valuations sur table, dans le cadre des contr\u00f4les continus et des examens semestriels, devraient \u00eatre orient\u00e9es majoritairement vers des aspects th\u00e9oriques et moins vers des textes \u00e0 traduire en classe, afin de ne pas p\u00e9naliser les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes qui n\u2019ont pas la ma\u00eetrise orale d\u2019une langue nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le processus de formation aux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture, les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes doivent \u00eatre initi\u00e9\u00b7e\u00b7s aux g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s des alphabets et principes orthographiques des langues camerounaises, puis amen\u00e9\u00b7e\u00b7s progressivement \u00e0 l\u2019autod\u00e9couverte des alphabets et syst\u00e8mes orthographiques des langues nationales sp\u00e9cifiques qui les int\u00e9ressent. L\u2019AGLC, par exemple, pr\u00e9sente un inventaire quasi exhaustif des sons sp\u00e9cifiques aux langues camerounaises, ainsi que des symboles qui harmonisent leur repr\u00e9sentation graphique. \u00c9tant donn\u00e9 que la plupart des langues camerounaises, avec le concours de l\u2019ANACLAC (Association nationale des comit\u00e9s de langues camerounaises), sont aujourd\u2019hui \u00e9crites sur la base de l\u2019AGLC, l\u2019enseignant ou l\u2019enseignante, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les graph\u00e8mes de cet alphabet, devrait amener les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes \u00e0 reconna\u00eetre les sons pr\u00e9sents dans leurs langues locales respectives et \u00e0 les repr\u00e9senter selon les mod\u00e8les graphiques de l\u2019AGLC. L\u2019enseignant ou l\u2019enseignante devrait ensuite inviter les \u00e9tudiants et les \u00e9tudiantes \u00e0 se rapprocher de leurs comit\u00e9s de langues respectifs et\/ou des personnes-ressources qui pourraient les aider \u00e0 avoir une connaissance pr\u00e9cise des principes orthographiques retenus pour l\u2019\u00e9criture exhaustive de leur langue. Il ou elle devrait \u00e9galement les orienter vers la documentation ad\u00e9quate (manuels de transition, ab\u00e9c\u00e9daires, syllabaires, lexiques, dictionnaires, etc.). Les travaux de groupes, comme recommand\u00e9 dans la p\u00e9dagogie invers\u00e9e, devraient \u00e9galement int\u00e9grer le processus d\u2019apprentissage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne l\u2019enseignement des grammaires sp\u00e9cifiques, de la s\u00e9mantique et de l\u2019activit\u00e9 de traduction dans les langues nationales, la d\u00e9marche hybride consistera \u00e9galement en des cours g\u00e9n\u00e9riques de cadrage accompagn\u00e9s des travaux personnels de l\u2019\u00e9tudiant ou de l\u2019\u00e9tudiante. Par ailleurs, la formation en langues nationales devrait permettre aux \u00e9l\u00e8ves traducteurs et traductrices dont les langues nationales ne sont pas encore \u00e9crites de proposer des principes d\u2019\u00e9criture et des r\u00e8gles de grammaire provisoires, sous la supervision des enseignants et enseignantes qui auront la charge d\u2019assurer tout au moins leur coh\u00e9rence.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le but de ce travail de recherche \u00e9tait de mettre en exergue les enjeux de la formation en traduction dans les langues nationales au Cameroun et d\u2019\u00e9mettre des propositions didactiques pour consolider les pratiques actuelles. Au terme de cette recherche, il appara\u00eet que la demande de traduction en les langues camerounaises s\u2019annonce prometteuse, bien que n\u2019\u00e9tant pas des plus dynamiques du march\u00e9 de la traduction \u00e0 l\u2019heure actuelle. L\u2019int\u00e9r\u00eat de traduire est certes encore port\u00e9 majoritairement vers les langues internationales (l\u2019anglais, le fran\u00e7ais, l\u2019allemand, l\u2019espagnol, le chinois, etc.), mais eu \u00e9gard au souci du gouvernement camerounais de mettre en \u0153uvre sa philosophie sociopolitique du multiculturalisme, au projet de renaissance africaine, aux avanc\u00e9es des TIC, \u00e0 l\u2019expansion effr\u00e9n\u00e9e du processus de mondialisation, etc., la demande de traduction dans les langues locales devient de plus en plus florissante tant au plan national qu\u2019au plan international, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de consolider les pratiques actuelles d\u2019enseignement de cette discipline pour r\u00e9pondre efficacement aux sollicitations sociopolitiques et \u00e9conomiques en la mati\u00e8re. Dans cette veine, l\u2019exp\u00e9rience camerounaise gagnerait \u00e0 \u00eatre plus rigoureuse dans ses diverses d\u00e9marches didactiques, en mettant un accent particulier sur la pratique \u00e9crite des langues nationales et sur les particularit\u00e9s de celles-ci dans les activit\u00e9s de transfert. Les d\u00e9fis inh\u00e9rents au multilingue peuvent \u00eatre relev\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la p\u00e9dagogie hybride, notamment la p\u00e9dagogie invers\u00e9e associ\u00e9e au format traditionnel d\u2019apprentissage.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biloa, Edmond. 2013. Le partenariat langues officielles et langues identitaires camerounaises\u00a0: quelques propositions d\u2019am\u00e9nagement linguistique et didactique. Dans Musanji Ngalasso-Mwatha (dir.), <em>Le Fran\u00e7ais et les langues partenaires: convivialit\u00e9 et comp\u00e9titivit\u00e9 <\/em>(347-364). Bordeaux: Presses universitaires de Bordeaux.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binam Bikoi, Charles. 2012. <em>Cartographie administrative des langues du Cameroun<\/em>. Yaound\u00e9: CERDOTOLA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis. 2012. Pour une r\u00e9forme linguistique du secteur de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun. Dans Mendo Z\u00e9, Gervais et Louis-Martin Ongu\u00e9n\u00e9 Essono (dir.), <em>Langues nationales en situation. R\u00e9flexions pour la revalorisation des langues premi\u00e8res <\/em>(37-47). Yaound\u00e9\u00a0: CL\u00c9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chumbow Beban, Sammy. 2008. La politique linguistique de l\u2019Union africaine et la diversit\u00e9 linguistique. Dans Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis (dir.), <em>Universit\u00e9s francophones et diversit\u00e9 linguistique <\/em>(85-100). Yaound\u00e9\u00a0: Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Commission europ\u00e9enne &#8211; Direction g\u00e9n\u00e9rale de la Traduction. 2010. <em>\u00c9tudes sur la traduction et le multilinguisme. Contribution de la traduction \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 multilingue dans l\u2019Union europ\u00e9enne. <\/em>Luxembourg\u00a0: Office des publications de l\u2019Union europ\u00e9enne. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/op.europa.eu\/fr\/publication-detail\/-\/publication\/7d0a5d03-5c81-44df-9861-430a3d1c535f\">https:\/\/op.europa.eu\/fr\/publication-detail\/-\/publication\/7d0a5d03-5c81-44df-9861-430a3d1c535f<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durieux, Christine. 2005. L\u2019enseignement de la traduction\u00a0: enjeux et d\u00e9marches. <em>Meta, 50(1)<\/em>, 36 &#8211; 47. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/010655ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/010655ar<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Encarnaci\u00f3n, Arroyo. 2008. L\u2019enseignement de la traduction et la traduction dans l\u2019enseignement, <em>Cahiers de l\u2019APLIUT, XXVII (1),<\/em> 80-89.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Engola, St\u00e9phanie. 2017. L\u2019incompl\u00e9tude des politiques de revalorisation des langues nationales en Afrique sub-saharienne. Dans Ebongue, Augustin Emmanuel et Ellen Hurst (dir.), <em>Sociolinguistics in African Contexts. Perspectives and Challenges<\/em> (191-206). New York: Springer.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gambier, Yves. 2007. Y a-t-il place pour une sociotraductologie?. Dans Wolf, Michaela and Fukari, Alexandra (dir.), <em>Constructing a Sociology of Translation <\/em>(205-218). Amsterdam and Philadelphia: John Benjamins.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kayum, Carole. 2012.<em> Language use and Communication in the Appropriation of the Health Millennium Development Goals in Cameroon<\/em>. Master Thesis in Applied Linguistics,\u00a0University of Yaounde I.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kum\u2019a Ndumbe III. 2019. <em>2\u00e8me Rencontre Internationale de Douala, 25-26 novembre 2019 &#8211; Fondation AfricAvenir International, Restitution de la m\u00e9moire collective africaine, source de l\u2019innovation d\u2019une Afrique en marche\u00a0: le Cameroun profond t\u00e9moigne et alerte. Document de base de ces 38 ans de recherche-action<\/em>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nd\u00e9. 2015. <em>Introduction au syst\u00e8me A-Z. Nouvelle m\u00e9thode d\u2019\u00e9criture des langues camerounaises et africaines<\/em>. Yaound\u00e9: ACCOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ndeffo Tene, Alexandre. 2009. La pratique de la traduction et de l\u2019interpr\u00e9tation dans une soci\u00e9t\u00e9 multilingue\u00a0: D\u00e9fis et perspectives. Dans Chia, Emmanuel, Suh Che, Joseph et Alexandre Ndeffo Tene (dir.), <em>Perspectives on Translation and Interpretation in Cameroon<\/em> (59-70). Bamenda\u00a0: Langaa.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Osborn, Don. 2011. <em>Les Langues africaines \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique<\/em>. Ottawa: Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval- CRDI.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice et Sadembouo, \u00c9tienne. 1984. <em>Alphabet g\u00e9n\u00e9ral des langues camerounaises<\/em>. Yaound\u00e9: Institut des Sciences humaines (ISH).<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wolf, Michaela and Fukari, Alexandra (dir.). 2007. <em>Constructing a Sociology of Translation<\/em>. Amsterdam and Philadelphia: John Benjamins.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/contributors\/maxime-yves-julien-manifi-abouh\">Maxime Yves Julien MANIFI ABOUH<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est titulaire d&rsquo;un doctorat PhD en Langues africaines et linguistique obtenu en 2014 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I, institution dans laquelle il exerce en qualit\u00e9 d&rsquo;enseignant-chercheur. Il est auteur de plusieurs publications scientifiques dans les domaines suivants : description linguistique, didactique plurilingue, am\u00e9nagement linguistique, traductologie et terminologie en langues africaines.<br \/>\nContact : maxmanifi@yahoo.fr <br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":11,"menu_order":5,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["maxime-yves-julien-manifi-abouh"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[92],"license":[],"class_list":["post-204","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-didactique","motscles-langue-nationale","motscles-pedagogie-hybride","motscles-programme-de-formation","motscles-traduction","keywords-didactic","keywords-hybrid-pedagogy","keywords-national-language","keywords-training-program","keywords-translation","motscles-autre-nlodan-nibulnn","motscles-autre-nnam-n-kolodan","motscles-autre-nsanan-n-tog","motscles-autre-plodan","motscles-autre-tog-to-niguu","contributor-maxime-yves-julien-manifi-abouh"],"part":185,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/204\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":341,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/204\/revisions\/341"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/185"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/204\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=204"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=204"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}