{"id":216,"date":"2021-09-22T13:15:12","date_gmt":"2021-09-22T11:15:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/?post_type=chapter&#038;p=216"},"modified":"2022-05-21T18:13:16","modified_gmt":"2022-05-21T16:13:16","slug":"atouga2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/texte\/atouga2021\/","title":{"rendered":"Traduction et cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re dans la litt\u00e9rature orale eton. Une lecture plurielle de l\u2019\u00e9pop\u00e9e Nnomo Ngah\u2019Wono dans ses versions originale et traduite"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Genre majeur de la litt\u00e9rature orale, l\u2019\u00e9pop\u00e9e de <em>mvet<\/em>[footnote]Le pr\u00e9sent travail \u00e9tudie le<em> mvet \u00e9kang, <\/em>le genre dit \u00ab majeur \u00bb[\/footnote] a constitu\u00e9 pour les peuples <em>Pahouins<\/em>, <em>Bulu, Beti, Fang<\/em>, un \u00e9l\u00e9ment culturel central de leur existence. Que ce soit <em>Ndjana Ngah Zogo <\/em>ou encore <em>Nnomo Ngah\u2019Wono<\/em>, toile de fond de la pr\u00e9sente \u00e9tude, les r\u00e9cits \u00e9piques qui ont jalonn\u00e9 l\u2019univers existentiel du peuple <em>eton<\/em> repr\u00e9sentent pour lui tant un moyen d\u2019expression privil\u00e9gi\u00e9 de son tragique que la repr\u00e9sentation artistique d\u2019une \u00e2me o\u00f9 se trouvent cristallis\u00e9es, outre ses cris de joie, ses peines et ses souffrances. Parler de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de <em>mvet<\/em> chez les<em> Beti<\/em> en g\u00e9n\u00e9ral et chez les <em>Eton<\/em> en particulier, c\u2019est ressusciter l\u2019\u00e2me de ce peuple de la for\u00eat, c\u2019est montrer au plus haut point la singularit\u00e9 d\u2019un groupe ethnolinguistique dont la forme la plus expressive trouve sa pl\u00e9nitude dans les traditions orales. Cette \u00e9pop\u00e9e, qui reste un genre litt\u00e9raire bien d\u00e9fini, un drame complet, associant la litt\u00e9rature \u00e9pique, la musique et la danse, trouve sa pleine forme dans le creuset des autres genres. Aussi semble-t-il bien difficile, voire impossible, d\u2019imaginer ce r\u00e9cit jouer pleinement le r\u00f4le que lui assigne le <em>mb\u00f4m\u00f4-mvet<\/em>[footnote]Terme consacr\u00e9 par Eno Belinga (1978) en langue <em>ewondo<\/em> pour d\u00e9signer le joueur de <em>mvet<\/em>[\/footnote] ou \u00ab\u00a0toucheur-de-cithare \u00bb sans le moindre recours aux proverbes, aux maximes et dictons, aux formules divinatoires, aux chantefables ainsi qu\u2019aux devinettes ou \u00e9nigmes; \u00e9l\u00e9ments sur lesquels repose son expressivit\u00e9. C\u2019est en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la singularit\u00e9 de ce genre litt\u00e9raire vivant que nous avons jug\u00e9 utile d\u2019appr\u00e9cier sa traduction sous le prisme de la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re. Il incorpore tout \u00e9l\u00e9ment de nature \u00e0 renforcer l\u2019imagination \u00e9pique de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, soit par le lyrisme, la satire, soit par des improvisations, des transpositions, des adjonctions anachroniques et des n\u00e9ologismes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si la pr\u00e9sente \u00e9tude se propose d\u2019\u00e9valuer la traduction de l\u2019\u00e9pop\u00e9e[footnote]<em>Nnomo Ngah\u2019Wono<\/em>, pi\u00e8ce importante de la litt\u00e9rature orale des Eton, appartient au genre \u00e9pop\u00e9e et raconte, selon le mode propre \u00e0 ce genre litt\u00e9raire, les adieux supr\u00eames d\u2019Ateba Ebe, chef sup\u00e9rieur des Eton-Beti, \u00e0 son fils et successeur, Nnomo Ngah\u2019Wono. Le vieux chef, affaibli par une maladie qui l\u2019a depuis longtemps immobilis\u00e9 dans sa maison, sent venir l\u2019heure de sa mort et envoie chercher son unique enfant qui s\u00e9journe \u00e0 Yaound\u00e9. Les trois quarts de la pi\u00e8ce tournent autour de la rencontre, \u00e0 cette occasion, des trois membres de la famille : le chef, son \u00e9pouse Ngah\u2019 Wono, et leur enfant.[\/footnote] que nous propose Jean-Pierre Ombolo, c\u2019est bien dans le souci d\u2019examiner l\u2019arrimage de cet \u00e9crivain-traducteur aux derni\u00e8res connaissances scientifiques en mati\u00e8re de cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. L\u2019\u00e9pop\u00e9e offre de ce fait un terreau fertile \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une telle entreprise. Dubois <em>et al.<\/em> (1994, p.\u00a0126) d\u00e9finissent deux types de cr\u00e9ativit\u00e9\u00a0: celle qui change les r\u00e8gles et celle qui en est gouvern\u00e9e. Une distinction qui n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rente de l\u2019approche de Noam Chomsky (1971, p.\u00a016) pour qui la \u00ab cr\u00e9ativit\u00e9 \u00bb repose sur les concepts de \u00ab comp\u00e9tence \u00bb ou langue et de \u00ab performance \u00bb ou parole. Lee-Jahnke (2001, p.\u00a0259) pense, quant \u00e0 elle, que l\u2019appr\u00e9ciation de la cr\u00e9ativit\u00e9 doit prendre notamment en compte les sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles, les sociolectes, l\u2019isotopie, le r\u00e9seau s\u00e9mantique, le registre de langue, les collocations, les m\u00e9taphores, les jeux de mots, le style et les connotations. Pour Jackson et Messick (1967, p.\u00a04) ou encore Fox (1963, p.\u00a0124), le produit de l\u2019acte cr\u00e9atif doit \u00eatre nouveau (<em>novel<\/em>) et\u00a0appropri\u00e9 (<em>appropriateness<\/em>).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La probl\u00e9matique du pr\u00e9sent travail nous invite d\u2019entr\u00e9e de jeu \u00e0 nous int\u00e9resser \u00e0 la traduction du genre \u00e9pique dont la caract\u00e9ristique principale reste, non seulement la pr\u00e9dilection pour les figures de r\u00e9p\u00e9tition, sous forme d\u2019anaphores, d\u2019\u00e9piphores, de prolepses et d\u2019analepses, mais aussi la r\u00e9currence des s\u00e9quences remarquables. La traduction de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de <em>mvet<\/em> peut-elle donc s\u2019op\u00e9rer en l\u2019absence de toute cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re de la part du traducteur? Comment ce m\u00e9diateur interculturel parvient-il \u00e0 d\u00e9blayer les arcanes et \u00e0 d\u00e9nouer l\u2019enchev\u00eatrement du texte oral <em>eton<\/em><em>?<\/em> Que fait-il de la forme physique du texte, c\u2019est-\u00e0-dire syntaxique et rythmique, responsable du style et du ton? La sacrifie-t-il sur l'autel de la restitution ou lui donne-t-il une place de choix, fort de sa transmission de l\u2019effet esth\u00e9tique?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude se fonde sur la Th\u00e9orie interpr\u00e9tative, ou Th\u00e9orie du sens de Danica Seleskovitch et de Marianne Lederer (1984). Ces auteurs voient dans l\u2019emploi du langage, donc dans les textes et les discours d\u2019une part, la langue en tant que syst\u00e8me dont on peut transcoder certains \u00e9l\u00e9ments et de l\u2019autre, une cr\u00e9ativit\u00e9 d\u2019expression, des \u00e9quivalences qui ne correspondent jamais qu'une seule fois aux expressions originales. L\u2019article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la traduction et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re dans la version fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9pop\u00e9e <em>Nnomo Ngah\u2019Wono r\u00e9gnera sur les Eton<\/em> (que nous abr\u00e9gerons NE).\u00a0Il pose en hypoth\u00e8se que l\u2019\u00e9pop\u00e9e africaine exige, pour sa traduction, un esprit cr\u00e9atif, lequel suppose la ma\u00eetrise des diff\u00e9rents genres litt\u00e9raires qui la constituent. Fort de la d\u00e9marche de Dancette <em>et al. <\/em>(2007, p.\u00a0108-122)[footnote]Ces auteurs proposent une \u00e9valuation du texte traduit \u00e0 partir d\u2019un mod\u00e8le de la cr\u00e9ativit\u00e9 qui s\u2019op\u00e8re tant au niveau de la compr\u00e9hension qu\u2019au niveau de la r\u00e9\u00e9criture. Ils pr\u00e9sentent une double h\u00e9lice travers\u00e9e par cinq axes\u00a0: formel, s\u00e9mantique, r\u00e9f\u00e9rentiel, narratif et traductologique, rendant compte des diff\u00e9rents niveaux sur lesquels s\u2019exerce la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. Cependant, \u00e0 d\u00e9faut de suivre cette double h\u00e9lice, nous optons pour celle qui examine la cr\u00e9ativit\u00e9 au niveau de la r\u00e9\u00e9criture. Au risque d\u2019embrasser tous les chants de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, l\u2019\u00e9tude n\u2019accorde la part belle qu\u2019\u00e0 ceux qui \u00e9difient sur trois des cinq diff\u00e9rents axes cr\u00e9atifs \u00e9nonc\u00e9s.[\/footnote], notre t\u00e2che consistera \u00e0 examiner l\u2019apport cr\u00e9atif du traducteur dans la restitution des \u00e9l\u00e9ments tels que les interjections id\u00e9ophoniques et les apostrophes qui agissent de fa\u00e7on m\u00e9tonymique et inscrivent l\u2019\u00e9pop\u00e9e dans la po\u00e9tique de l\u2019oralit\u00e9 africaine.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe formel<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019une des caract\u00e9ristiques du r\u00e9cit \u00e9pique r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 recourir \u00e0 des structures comparatives. Cette r\u00e9alit\u00e9 tient au souci du conteur de rendre son r\u00e9cit vivant et susciter un \u00e9lan d\u2019admiration, de col\u00e8re et de piti\u00e9. Ces comparaisons constituent, en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019une des techniques de cr\u00e9ation et de r\u00e9cr\u00e9ation des \u00e9pop\u00e9es et d\u00e9finissent en m\u00eame temps la cr\u00e9ativit\u00e9, en traduction, sur l\u2019axe formel. Nous l\u2019illustrons \u00e0 partir de l\u2019extrait du chant XI[footnote]Face au trouble qui l\u2019anime, la r\u00e9alit\u00e9 de savoir que son fils Nnomo, ne sera pas \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis \u00e0 relever apr\u00e8s sa mort, \u00ab\u00a0At\u0451b\u0451 EBE\u00a0\u00bb, chef sup\u00e9rieur des Eton, se lamente au sujet de son h\u00e9ritage. Il compare son \u00e9tat tant\u00f4t \u00e0 celui d\u2019une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re, tant\u00f4t \u00e0 celui d\u2019une personne tomb\u00e9e du haut d\u2019un palmier ou encore \u00e0 celui d\u2019une personne morte des suites d\u2019accident de circulation.[\/footnote] suivant\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 478px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 142.453px\">Texte de D\u00e9part (TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 150.062px\">Traduction litt\u00e9rale (lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 142.672px\">Texte d\u2019Arriv\u00e9e (TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 142.453px\"><strong>\u00ab\/<\/strong>Aya ngogo...\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>C\u2019est pas possible\u2026 <\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 142.672px\">\/Ah, pauvre de moi, je\r\n\r\nsuis \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi, \/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 142.453px\">\/Memogo ane mod aku oso\/\r\n\r\n<strong>\u00a0<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>Je suis comme une personne tomb\u00e9e dans la rivi\u00e8re<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 142.672px\">\/ Comme une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re imp\u00e9tueuse \/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 142.453px\">\/Memogo ane mod aku a elen\/\r\n\r\n<strong>\u00a0<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>Je suis comme une personne tomb\u00e9e d\u2019un palmier<\/em>\r\n\r\n<strong>\u00a0<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"width: 142.672px\">\/Comme un \u00e9mondeur de palmier, tomb\u00e9 du haut de son arbre, \/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 142.453px\">\/Memogo ane mod awu metua\/<strong>\u00bb\u00a0<\/strong>(NE, p.\u00a054)<\/td>\r\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>Je suis comme une personne tu\u00e9e par une voiture<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 142.672px\">\/Comme la victime d\u2019un accident de la voie publique\/ (NE, p.\u00a055)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, l\u2019auteur restitue le sens des comparaisons du texte de d\u00e9part dans une suite logique avec la locution interjective, \u00ab\u00a0<em>Aya ngogo\u2026\u00a0<\/em>\u00bb (\u00ab\u00a0Ah, pauvre de moi\u00a0\u00bb), suivie du compar\u00e9 \u00ab\u00a0<em>memogo<\/em>\u00a0\u00bb (je suis devenu [lit.]), rendu par \u00ab\u00a0je suis \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce compar\u00e9, qui renvoie au chef alit\u00e9, appara\u00eet successivement trois fois dans les propos du barde certes, mais Ombolo d\u00e9cide de le mettre en facteur, c\u2019est-\u00e0-dire le traduire une seule fois (cf. tableau ci-dessus). Ce faisant, le traducteur ob\u00e9it au principe d\u2019\u00e9conomie, lequel reste un atout majeur dans la restitution du sens. Aussi reste-t-il dans la logique du \u00ab\u00a0comprendre et\u00a0dire\u00a0\u00bb que postule la th\u00e9orie de l\u2019\u00c9cole de Paris[footnote]Cette th\u00e9orie renvoie \u00e0 la Th\u00e9orie interpr\u00e9tative ou Th\u00e9orie du sens.[\/footnote] pour la r\u00e9ussite de cet exercice. \u00c0 la suite de cette restitution, l\u2019auteur fait valoir sa cr\u00e9ativit\u00e9 dans la traduction du compar\u00e9 \u00ab\u00a0<em>memogo\u00a0<\/em>\u00bb. Les modalit\u00e9s discursives, \u00ab\u00a0d\u00e9sempar\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9tourdi\u00a0\u00bb suivies du terme comparatif \u00ab\u00a0comme\u00a0\u00bb traduisent v\u00e9ritablement l\u2019\u00e9l\u00e9ment commun aux comparants\u00a0- une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re imp\u00e9tueuse, un \u00e9mondeur de palmier tomb\u00e9 du haut de son arbre, et une victime de la voie publique. Tous partagent, en effet, l\u2019\u00e9tat d\u2019une personne d\u00e9sempar\u00e9e et \u00e9tourdie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, cette cr\u00e9ativit\u00e9 s\u2019illustre \u00e0 travers la restitution du sens m\u00eame des comparants. Ainsi, au lieu de les traduire de la fa\u00e7on la plus litt\u00e9rale qui soit, l\u2019\u00e9crivain-traducteur opte plut\u00f4t pour des structures ench\u00e2ss\u00e9es, en l\u2019occurrence, les \u00e9toffements employ\u00e9s dans un style \u00e9lev\u00e9. L\u2019expression \u00ab\u00a0<em>memogo ane <\/em>\"<strong><em>mot<\/em><\/strong><em> aku elen<\/em>\"\u00bb (je suis comme \"une <strong>personne<\/strong> tomb\u00e9e d\u2019un palmier\"[lit.]), l\u2019hyperonyme \u00ab\u00a0<em>mot<\/em>\u00a0\u00bb (personne), en pareilles circonstances, ne peut renvoyer qu\u2019\u00e0 un \u00e9mondeur de palmier, sens que le traducteur rend fid\u00e8lement. Dans cette entreprise, Ombolo, dans son r\u00f4le de m\u00e9diateur interculturel, met en \u00e9vidence l\u2019une des r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles du peuple <em>eton<\/em>, notamment la cueillette des noix et de vin de palme qui reste le seul apanage des \u00e9mondeurs. Ces comparaisons illustrent \u00e0 foison le d\u00e9sarroi dans lequel se trouve le moribond et traduisent, en m\u00eame temps, la cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe formel \u00e0 travers notamment les modalit\u00e9s discursives et appr\u00e9ciatives. La prise en compte des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles rend l\u2019acte cr\u00e9atif d\u2019Ombolo appropri\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le chant XI pr\u00e9sente \u00e9galement l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me du p\u00e8re agonisant qui exprime, cette fois, son inqui\u00e9tude quant \u00e0 l\u2019aptitude de son fils, futur successeur, \u00e0 poursuivre son \u0153uvre\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 339px;height: 438px\">\r\n<tbody>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"width: 114.562px;height: 15px\">(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 122.141px;height: 15px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 132.984px;height: 15px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 64px\">\r\n<td style=\"width: 114.562px;height: 64px\">\u00ab \/Zama bebela na wa mas ma t\u00f3?\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 122.141px;height: 64px\"><em>Dieu c\u2019est vrai que tu vas m\u2019abandonner vraiment?<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 132.984px;height: 64px\">\u00ab\u00a0\/Dieu, mon Dieu, vas-tu m\u2019abandonner?\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 88px\">\r\n<td style=\"width: 114.562px;height: 88px\">\/Ntol m\u00f3n wakok\u00f3m ekut i?\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 122.141px;height: 88px\"><em>Un fils a\u00een\u00e9 devient souvent fou? <\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 132.984px;height: 88px\">\/Un fils a\u00een\u00e9 peut-il\r\n\r\ndevenir un d\u00e9voy\u00e9?\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 123px\">\r\n<td style=\"width: 114.562px;height: 123px\">\/Ma\u0144 m\u00f3n menga dzolo mon manga\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 122.141px;height: 123px\"><em>Un petit enfant que j\u2019avais<\/em>\r\n\r\n<em>donn\u00e9 le nom de l\u2019enfant<\/em>\r\n\r\n<em>\u00a0de ma m\u00e8re,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 132.984px;height: 123px\">\/Et un fils a\u00een\u00e9 \u00e0 qui j\u2019ai impos\u00e9 le nom de mon fr\u00e8re, \/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 73px\">\r\n<td style=\"width: 114.562px;height: 73px\">\/Nyom ng\u00f3n Bikele!\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 122.141px;height: 73px\"><em>L\u2019\u00e9poux de Ngono Bikele!<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 132.984px;height: 73px\">\/L\u2019\u00e9poux de la fille de\r\n\r\nNgon Bikele?\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 75px\">\r\n<td style=\"width: 114.562px;height: 75px\">\/Aya ngogo\u2026\/\u00a0\u00bb\r\n\r\n(NE, p.\u00a054)<\/td>\r\n<td style=\"width: 122.141px;height: 75px\"><em>C\u2019est pas possible\u2026 <\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 132.984px;height: 75px\">\/Ah, pauvre de moi, je suis \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi\u2026\/\u00bb (Ombolo, NE, p.\u00a055)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, le chef implore la divinit\u00e9. Dans le vers\u00a0: \u00ab\u00a0\/ <em>Zama bebela na wa mas ma t\u00f3<\/em>\/\u00a0\u00bb (Dieu, c\u2019est vrai que tu vas vraiment me laisser? [lit.]) qui signifie\u00a0: \u00ab\u00a0\/Dieu, mon Dieu, vas-tu m\u2019abandonner?\/ \u00bb, le traducteur se veut cr\u00e9atif par l\u2019emphase qu\u2019il met en \u00e9vidence \u00e0 la suite de la traduction du terme \u00ab\u00a0<em>Zama<\/em>\u00a0\u00bb (Dieu). Il s\u2019agit de\u00a0\u00ab\u00a0Dieu, mon Dieu\u00a0\u00bb. Ce d\u00e9sir de traduire le trouble dans lequel se trouve l\u2019agonisant lui fait\u00a0malheureusement omettre un \u00e9l\u00e9ment essentiel dont la charge \u00e9motive occupe une place de choix dans la restitution int\u00e9grale du sens. Il s\u2019agit du modalisateur \u00ab\u00a0<strong><em>t\u00f3?<\/em><\/strong> \u00bb devant se traduire par \u00ab\u00a0vraiment?\u00a0\u00bb. Ajout\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 du traducteur, la traduction la mieux appropri\u00e9e serait donc\u00a0: \/Dieu, mon Dieu, vas-tu vraiment m\u2019abandonner?\/<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment qui aurait demand\u00e9 le g\u00e9nie cr\u00e9atif du traducteur reste, sans conteste, la modalit\u00e9 discursive \u00ab\u00a0<em>Aya ngogo\u2026<\/em><strong>\u00a0\u00bb <\/strong>traduite par \u00ab\u00a0Ah, pauvre de moi\u00a0\u00bb. Cependant, cette restitution cr\u00e9e quelque confusion dans l\u2019esprit du lecteur de la langue source puisqu\u2019en <em>eton<\/em>, \u00ab\u00a0pauvre de moi\u00a0\u00bb se traduit par <em>ng\u03ccl yama<\/em> tandis que \u00ab\u00a0<em>Aya ngogo<\/em> \u00bb exprime un refus d\u2019admettre une r\u00e9alit\u00e9 poignante dont l\u2019\u00e9vidence est ind\u00e9niable. L\u2019auteur l\u2019aurait peut-\u00eatre simplement traduite par\u00a0: <em>c\u2019est inadmissible <\/em>ou encore, <em>c\u2019est injuste.<\/em> Cibliste[footnote]Pour Jean-Ren\u00e9 Ladmiral (1986), il y a d'un c\u00f4t\u00e9 les traducteurs \u00ab\u00a0sourciers\u00a0\u00bb, qui prennent le parti de la langue-source, ou langue de d\u00e9part, t\u00e2chant de pr\u00e9server, au sein de leur propre langue, les particularit\u00e9s de la langue \u00e9trang\u00e8re; et d\u2019autres \u00ab\u00a0ciblistes\u00a0\u00bb, qui prennent le parti inverse, celui de la langue cible, ou langue d'arriv\u00e9e, et dont le but sera de produire un texte \u00aben bon fran\u00e7ais\u00bb.[\/footnote], le traducteur veut laisser autant que possible le lecteur en paix et conduire l\u2019auteur jusqu\u2019\u00e0 lui (Schleiermacher, 1999). Il voudrait imputer au texte la marque du style \u00e9lev\u00e9 propre au texte \u00e9pique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019axe formel est mis \u00e9galement en \u00e9vidence au travers des modalit\u00e9s discursives du chant II.<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 379px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 114.078px\">\u00a0(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 134.844px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 120.766px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 114.078px\">\u00ab\/Mas\u2019 gan, met\u03cc\u0144 mina\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 134.844px\"><em>Laissez, je vous dis<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 120.766px\">\u00ab\/\u00a0Je m\u2019en vais \u00e0 pr\u00e9sent vous raconter\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 114.078px\">\/Ane At\u0451b\u0451 EBE\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 134.844px\">Comme Ateba Ebe<\/td>\r\n<td style=\"width: 120.766px\">\/Comment Ateba Ebe, \/\r\n\r\n\/Le chef sup\u00e9rieur des <em>Eton<\/em>\u00a0\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 114.078px\">\/Ayag\u2019 nengan e m\u00f3n a Obala\/\u00bb (NE, p.\u00a036)<\/td>\r\n<td style=\"width: 134.844px\"><em>Disait au revoir \u00e0 son<\/em>\r\n\r\n<em>enfant \u00e0 Obala<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 120.766px\">\/Faisait, dans <em>sa ville de commandement, \/ <\/em>La <em>radieuse<\/em> cit\u00e9 d\u2019Obala\/\r\n\r\nSes adieux <em>supr\u00eames<\/em> \u00e0 son fils. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a037)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, la pr\u00e9sence des modalisateurs, \u00ab radieuse<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>et \u00ab\u00a0supr\u00eames\u00a0\u00bb<em>,<\/em> \u00e0 caract\u00e8re hyperbolique et m\u00e9lioratif, traduit la subjectivit\u00e9 du traducteur, qui veut faire ressortir ses traces (son g\u00e9nie cr\u00e9ateur). Le m\u00e9diateur cherche \u00e9galement \u00e0 imprimer \u00e0 sa traduction la tonalit\u00e9 \u00e9pique et la marque du style \u00e9lev\u00e9 qui constituent la colonne vert\u00e9brale de toute cr\u00e9ation \u00e9pique. Cette marque contribue \u00e0 exprimer le d\u00e9passement des limites humaines telles que le gigantesque, le monstrueux et l\u2019anormal. En effet, le recours presque syst\u00e9matique et abusif \u00e0 l\u2019\u00e9toffement et \u00e0 l\u2019incr\u00e9mentialisation tient moins d\u2019un souci d\u2019\u00e9l\u00e9vation du style que d\u2019une volont\u00e9 d\u2019explicitation et de d\u00e9m\u00ealement du texte de d\u00e9part dont la compr\u00e9hension primaire maintient le lecteur \u00e0 la surface du chant.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, \u00ab\u00a0\/<em>At\u0451b\u0451 EBE ayag\u2019 nengan e m\u00f3n a Obala\u00a0\/<\/em><strong>\u00bb <\/strong>voudrait tout simplement dire qu\u2019<em>Ateba Ebe faisait des adieux \u00e0 son fils \u00e0 Obala. <\/em>L\u2019axe formel est ainsi mis en \u00e9vidence par les modalit\u00e9s discursives.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, nous la retrouvons dans la suite du texte.<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 397px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.578px\">(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 117.859px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 131.25px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.578px\">\u00ab\u00a0\/M\u03cc \u0388ton Ayag\u2019 nengan e m\u03ccn woe\/\r\n\r\n&nbsp;<\/td>\r\n<td style=\"width: 117.859px\"><em>L\u2019Eton disait au <\/em>\r\n\r\n<em>revoir \u00e0 son enfant <\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 131.25px\">\/Cette sc\u00e8ne <em>poignante<\/em>\r\n\r\n\/S\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e sous mes yeux, \/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.578px\">\u00a0\/ Mebogo. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a036)<\/td>\r\n<td style=\"width: 117.859px\"><em>En ma pr\u00e9sence<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 131.25px\">\/Et j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir lancinant.<strong> \/ <\/strong>\r\n\r\n(NE, p.\u00a037)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il faut admettre que l\u2019\u00e9crivain traducteur, pour \u00eatre cr\u00e9atif \u00e0 ce niveau, proc\u00e8de par l\u2019expansion du groupe nominal \u00ab\u00a0Cette sc\u00e8ne<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>par l\u2019ajout de l\u2019adjectif \u00ab\u00a0poignante<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>pour faire ressortir l\u2019atmosph\u00e8re ayant pr\u00e9valu au cours de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019adieu entre le chef alit\u00e9 et son fils Nnomo<strong>, <\/strong>force est de reconna\u00eetre \u00e9galement que cette cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re souffre de quelque surtraduction.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la traduction la plus simple de <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>\/M\u03cc \u0388ton Ayag\u2019 nengan e m\u03ccn woe\/ Mebogo!<\/em><strong>\/\u00bb<\/strong> aurait \u00e9t\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 la logique du texte, <em>Cet \u00e9change d\u2019adieux s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 sous mes yeux.<\/em> Le m\u00e9diateur d\u00e9cide cependant d\u2019ajouter le vers\u00a0\u00ab\u00a0\/\u00a0Et j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir lancinant\u00a0<strong>\/\u00a0\u00bb, <\/strong>formule par laquelle le traducteur-cr\u00e9ateur marque le texte de sa pr\u00e9sence. Au m\u00eame titre que le barde, Ombolo s\u2019int\u00e8gre dans l\u2019histoire qu\u2019il traduit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 op\u00e9r\u00e9e sur l\u2019axe formel ne se limite pas seulement aux exemples tir\u00e9s des chants II et XI; nous la retrouvons \u00e9galement au niveau de l\u2019exorde \u00e0 travers le passage ci-dessous.<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 480px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 138.375px\">(TA)<\/td>\r\n<td style=\"width: 156.422px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 142.391px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 138.375px\"><strong>\u00ab\u00a0\/<\/strong>Odzen mbed\u2019men ot\u00eb ny\u00ebb na\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 156.422px\"><em>La s\u00e9ance de mvet est bien quand<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 142.391px\">\u00ab\u00a0\/Il est une chose\/ <em>Dans laquelle je me d\u00e9lecte<\/em> <em>immens\u00e9ment\/<\/em><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 138.375px\">\/Menungi medzog,\r\n\r\nm\u00ebkudg\u00eb mesik\/\u00a0\u00bb\r\n\r\n(NE, p.\u00a034)<\/td>\r\n<td style=\"width: 156.422px\"><em>Je bois du vin, je frappe la musique<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 142.391px\">\/Dans ma carri\u00e8re\/\r\n\r\n\/De conteur sur <em>mvet, \/ <\/em>C\u2019est de donner des s\u00e9ances\/ Tout en disposant \u00e0 port\u00e9e de main\/ De quoi boire. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a035)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous constatons, \u00e0 ce niveau, une distorsion entre les vers brefs et le caract\u00e8re construit des vers longs et tr\u00e8s articul\u00e9s que nous donne l\u2019\u00e9crivain-traducteur. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre marqu\u00e9 n\u2019est que l\u2019expression du vide lexical qui existe quant \u00e0 la traduction du substrat culturel <em>eton<\/em> en fran\u00e7ais. Le traducteur, faute de trouver un \u00e9quivalent fonctionnel pour chaque r\u00e9alit\u00e9 exprim\u00e9e, se lance dans une traduction descriptivo-explicative en tant que strat\u00e9gie orient\u00e9e vers la langue cible pour esp\u00e9rer restituer les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles de la langue de d\u00e9part. Cette m\u00e9thode reste employ\u00e9e dans le cas de la traduction des langues locales en langues \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 ici observ\u00e9e, s\u2019op\u00e8re au niveau du mouvement et de la forme des vers courts dans le texte de d\u00e9part et plus \u00e9labor\u00e9s dans le texte d\u2019arriv\u00e9e. Dans cette approche cibliste, Ombolo cherche \u00e0 ramener le lecteur \u00e0 la culture source. Cependant, loin de condamner sa cr\u00e9ativit\u00e9, il serait tout de m\u00eame int\u00e9ressant de se demander si une traduction r\u00e9alis\u00e9e sur l\u2019axe s\u00e9mantique, c\u2019est-\u00e0-dire plus \u00e9conomique, n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 parer ce d\u00e9s\u00e9quilibre. Par exemple <em>J'aime donner des s\u00e9ances de mvet en buvant du vin<\/em> au lieu de\u00a0\u00ab\u00a0Il est une chose\/\u00a0Dans laquelle je me d\u00e9lecte immens\u00e9ment\/ Dans ma carri\u00e8re\/De conteur sur <em>mvet, \/<\/em>C\u2019est de donner des s\u00e9ances\/Tout en disposant \u00e0 port\u00e9e de main\/ De quoi boire\/\u00a0\u00bb. Il para\u00eet cependant \u00e9vident que le principe d\u2019\u00e9conomie avanc\u00e9 en traduction se heurte \u00e0 la libert\u00e9 du cr\u00e9ateur.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 sur\u00a0l\u2019axe s\u00e9mantique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 d\u2019Ombolo s\u2019illustre tant sur l\u2019axe formel que s\u00e9mantique. Anim\u00e9 par le souci de diss\u00e9quer les hyperonymes tout en proc\u00e9dant par des \u00e9toffements, le traducteur cherche en outre \u00e0 rendre explicite ce qui ne l\u2019est pas, \u00e0 traduire le substrat culturel <em>eton<\/em> que le barde suppose connu de l\u2019auditoire. Le texte \u00e9tant destin\u00e9 \u00e0 un public plus large, le m\u00e9diateur trouve judicieux d\u2019inclure dans sa traduction des explications qui concourent \u00e0 sa lisibilit\u00e9 et \u00e0 sa compr\u00e9hension. Il s\u2019agit des non-dits, ces \u00e9l\u00e9ments culturels que le conteur ne prend v\u00e9ritablement pas la peine d\u2019expliciter, sous pr\u00e9texte qu\u2019ils sont connus. Dans l\u2019extrait ci-dessous :<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 407px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.656px\">(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 114.781px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 134.25px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.656px\">\u00ab\/Mas\u2019 gan, met\u03cc\u0144 mina\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 114.781px\"><em>Laissez, je vous raconte<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 134.25px\">\u00ab\u00a0\/Je m\u2019en vais \u00e0 pr\u00e9sent vous raconter\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.656px\">\/Ane At\u0451b\u0451 EBE\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 114.781px\"><em>Comment Ateba EBE<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 134.25px\">\/Comment Ateba Ebe,\/\r\n\r\nLe chef sup\u00e9rieur des <em>Eton<\/em>\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 120.656px\">\/Ayag\u2019 nengan e m\u00f3n a Obala.\/\u00bb (NE, p.\u00a036)<\/td>\r\n<td style=\"width: 114.781px\"><em>Disait au revoir \u00e0 son enfant \u00e0 Obala<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 134.25px\">\/Faisait, dans sa ville de\r\n\r\ncommandement<em>, \/ <\/em>La radieuse cit\u00e9 d\u2019Obala, \/\r\n\r\nSes adieux supr\u00eames \u00e0 son fils.\u00a0\u00bb \/ (NE, p.\u00a037)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Ateba Ebe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Obala\u00a0\u00bb sont respectivement accompagn\u00e9s des mises en apposition telles que \u00ab\u00a0le chef sup\u00e9rieur des <em>Eton<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sa ville de commandement\u00a0\u00bb qui, initialement, sont absentes dans le texte de d\u00e9part.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le chant X, la cr\u00e9ativit\u00e9 op\u00e9r\u00e9e sur l\u2019axe s\u00e9mantique est vue \u00e0 travers la connotation des lexies (onomastiques).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le lecteur fait face \u00e0 un texte dot\u00e9 d\u2019une valeur onomastique exceptionnelle. Il s\u2019agit des ethnonymes, noms l\u00e9gendaires autour desquels s\u2019est greff\u00e9e la vie socioculturelle du peuple <em>eton<\/em>,\u00a0notamment ceux de certains chefs de tribus. Est mis en \u00e9vidence le groupement de famille <em>Mbog kani<\/em> avec la mention du chef Etaba. Ces noms perdent leur sens premier pour prendre des connotations tant\u00f4t p\u00e9joratives tant\u00f4t ironiques. Le traducteur essaie d\u2019\u00eatre cr\u00e9atif en faisant ressortir leur valeur \u00e9vocatrice et suggestive.<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 420px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 110.547px\">(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 129.703px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 136.938px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 110.547px\">\u00ab\u00a0\/ Mewu ana me debege kidi\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 129.703px\"><em>Je meurs aujourd\u2019hui, je suis enterr\u00e9 demain,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 136.938px\">\u00ab\u00a0\/La mort m\u2019emporte d\u2019ici demain, \/\u00a0Et vous me mettrez sous terre:\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 110.547px\">\/Be lig wa mas ma elig\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 129.703px\"><em>Ne reste pas laisser<\/em>\r\n\r\n<em>ma concession<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 136.938px\">\/N\u2019abandonne pas mon domaine, ton h\u00e9ritage:\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 110.547px\">\/Ne s\u00f3\u0144 Etaba ite lugu ve a bil\u00f3g. \/\u00a0\u00bb <strong>(<\/strong>NE, p.\u00a052)\r\n\r\n&nbsp;<\/td>\r\n<td style=\"width: 129.703px\"><em>Comme la tombe<\/em>\r\n\r\n<em>\u00a0d\u2019Etaba se respecte <\/em>\r\n\r\n<em>seulement dans les<\/em>\r\n\r\n<em>\u00a0herbes<\/em>.<\/td>\r\n<td style=\"width: 136.938px\">\/Qu\u2019il ne soit pas l\u2019image de celui du chef Etaba \u00e0 Efok\/ Que les herbes ont noy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la tombe. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a053)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Etaba<\/em> n\u2019est pas per\u00e7u dans ce texte \u00e0 travers ce qu\u2019il \u00e9tait \u2013 grand chef de la tribu <em>Mbok Kani<\/em> <strong>-<\/strong> mais \u00e0 travers le devenir de son domaine apr\u00e8s sa mort.\u00a0C\u2019est une propri\u00e9t\u00e9 dont le prestige se mesure \u00e0 la quantit\u00e9 d\u2019herbes l\u2019ayant noy\u00e9e. Le nom <em>Etaba<\/em> prend donc tout un autre sens que le lecteur ne peut saisir qu\u2019au travers de l\u2019esprit cr\u00e9atif du traducteur. Le vers \u00ab\u00a0\/S\u00f3\u0144 Etaba\u00a0ite lugu ve a bil\u00f3g\/ \u00bb (La tombe d\u2019Etaba se respecte seulement dans les herbes [lit.]) exprime l\u2019id\u00e9e d\u2019un s\u00e9pulcre laiss\u00e9 sans soins, traduisant ainsi le manque de charisme qui aurait marqu\u00e9 l\u2019existence de ce chef. Le traducteur rend la valeur \u00e9vocatrice et suggestive de ce rapprochement \u2013 le domaine d\u2019\u00ab\u00a0At\u0451b\u0451 EBE\u00a0\u00bb apr\u00e8s sa mort et celui laiss\u00e9 par son confr\u00e8re Etaba- \u00e0 travers une p\u00e9riphrase\u00a0: \u00ab l\u2019image de<strong>\u00a0\u00bb<\/strong>, dans : \u00ab\u00a0\/\u00a0Qu\u2019il ne soit pas l\u2019image de celui du chef Etaba \u00e0 Efok<strong>\/\u00a0\u00bb. <\/strong>Le m\u00e9diateur culturel, dans sa logique, pr\u00e9f\u00e8re utiliser cette p\u00e9riphrase que de la substituer au simple terme comparatif \u00ab\u00a0comme\u00a0\u00bb qui aurait limit\u00e9 sa cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe formel \u00e0 travers la modalit\u00e9 appr\u00e9ciative. Sa cr\u00e9ativit\u00e9 dans ce texte se situe aussi bien sur l\u2019axe formel que sur l\u2019axe s\u00e9mantique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le m\u00eame vers-ligne<strong>, <\/strong>le lecteur s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019auteur parvient \u00e0 rendre, sur l\u2019axe s\u00e9mantique, l\u2019ironie contenue dans l\u2019expression<strong> \u00ab\u00a0<\/strong><em>lugu<\/em><strong>\u00a0\u00bb <\/strong>(respecte) \u2013 la tombe d\u2019Etaba se respecte seulement dans les herbes [lit.]. L\u2019ironie contenue dans les propos du moribond \u00e9chappe quelque peu au m\u00e9diateur. Son style reste empreint de tristesse. La reformulation \u2013 <em>la tombe d\u2019Etaba s\u2019illustre en mati\u00e8re d\u2019abandon<\/em> \u2013 aurait \u00e0 coup s\u00fbr rendu cette ironie. Le choix du traducteur n\u2019est pour autant pas loin de la r\u00e9alit\u00e9. Il reste le fruit de la polys\u00e9mie propre \u00e0 certains termes <em>eton<\/em>. En d\u00e9cidant de rendre <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>lugu<\/em>\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0noy\u00e9<strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><em>\u00bb<\/em>, ce m\u00e9diateur cherche aussi bien \u00e0 rendre l\u2019image d\u2019un s\u00e9pulcre envahi par les herbes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, la m\u00e9tonymie contenue dans la restitution de \u00ab\u00a0<em>S\u00f3\u0144<\/em><strong>\u00a0\u00bb<\/strong> (<em>la tombe<\/em>) par \u00ab\u00a0domaine\u00a0\u00bb, illustre la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019auteur sur l\u2019axe s\u00e9mantique. Pour Ombolo, le terme \u00ab\u00a0S\u00f3\u0144<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>ne se limiterait pas qu\u2019au seul caveau<strong>. <\/strong>Ce d\u00e9ictique spatial repr\u00e9sente un cadre plus vaste. Toutefois, la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain-traducteur souffre, dans ce chant, de quelques probl\u00e8mes d\u2019expressivit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression \u00ab\u00a0\/Mewu ana me debege kidi<strong>\/\u00a0\u00bb <\/strong>traduite par \u00ab\u00a0\/La mort m\u2019emporte d\u2019ici demain\/ Et vous me mettrez sous terre\u00a0\/\u00a0\u00bb fait ressortir une certaine surtraduction. Elle a pour sens - <em>si mort venait \u00e0 m\u2019emporter d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre [\u2026]<\/em>. L\u2019ajout de \u00ab\u00a0Et vous me mettrez sous\u00a0terre <strong>\u00bb <\/strong>n\u2019apporterait aucune cr\u00e9ativit\u00e9 au texte<strong>. <\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019intention du moribond dans \u00ab\u00a0\/<em>me debege kiri<\/em><strong>\u00a0\/\u00a0\u00bb <\/strong>(\u00ab\u00a0vous me mettrez sous terre demain\u00a0\u00bb) n\u2019est en fait pas celle d\u2019enterrement. Elle traduit tout simplement le peu d\u2019importance accord\u00e9 \u00e0 un homme, une fois qu\u2019il s\u2019en est all\u00e9. L\u2019axe s\u00e9mantique occupe \u00e9galement une place de choix dans le chant XI.<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 416px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 125.781px\">(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 125.422px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 121.984px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 125.781px\">\u00ab \/Ntol m\u00f3n wakok\u00f3m ekut i?\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>Un fils a\u00een\u00e9 devient souvent fou? <\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 121.984px\">\u00ab\u00a0\/Un fils a\u00een\u00e9 peut-il devenir\r\n\r\nun d\u00e9voy\u00e9<em>?\/ <\/em><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 125.781px\">\/Ma\u0144 m\u00f3n menga dzolo mon manga<strong>\/ <\/strong>\r\n\r\n&nbsp;<\/td>\r\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>Un petit enfant que j\u2019avais donn\u00e9 le nom de l\u2019enfant de ma m\u00e8re,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 121.984px\">\/Et un fils a\u00een\u00e9 \u00e0 qui j\u2019ai impos\u00e9 le nom de mon fr\u00e8re,\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 125.781px\">Nyom ng\u00f3n Bikele!<\/td>\r\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>L\u2019\u00e9poux de Ngono Bikele!<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 121.984px\">\/L\u2019\u00e9poux de la fille de Ngon Bikele!\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 125.781px\">Aya ngogo\u2026\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a054)<\/td>\r\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>C\u2019est pas possible\u2026 <\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 121.984px\">\/Ah, pauvre de moi, je suis \u00e0\r\n\r\npr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi. \/\u00a0\u00bb (Ombolo, (NE, p.\u00a055)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, autour du nom impos\u00e9 au fils du chef Ateba Ebe, se greffent des personnages tout aussi illustres que Nnomo Ngah\u2019Wono, le fr\u00e8re du moribond et Ngon Bikele. Ces noms que le barde suppose connus de l\u2019auditoire, mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, ne sont connus que dans la sph\u00e8re culturelle du clan <em>essele<\/em>. Pour rendre la grandeur \u00e0 ces personnages, l\u2019auteur devait proc\u00e9der \u00e0 la traduction des non-dits greff\u00e9s autour de leurs noms. Cette mesure rendrait son travail plus cr\u00e9atif. L\u2019emploi des adjectifs m\u00e9lioratifs tels que \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0courageux\u00a0\u00bb aurait apport\u00e9 une plus-value \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 au regard du r\u00f4le de m\u00e9diateur interculturel assign\u00e9 aux traducteurs des langues africaines. Les pareilles expansions auraient \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la traduction sur le plan s\u00e9mantique et \u00e0 \u00e9difier davantage les lecteurs <em>eton<\/em><em>ophones<\/em> et non <em>eton<\/em><em>ophones<\/em> sur le substrat socioculturel <em>eton<\/em><em>. <\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, les connotations de niveau de langue retrouv\u00e9es \u00e0 la suite du texte semblent avoir pos\u00e9 quelques probl\u00e8mes de traduction \u00e0 Ombolo. La restitution de \u00ab\u00a0\/Ntol m\u00f3n wakok\u00f3m ekut i?\/<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>(<em>Un fils a\u00een\u00e9 a souvent l\u2019habitude de devenir fou?<\/em> [lit.]) par \u00ab\u00a0\/Un fils a\u00een\u00e9 peut-il devenir un d\u00e9voy\u00e9?\u00a0<strong>\/\u00bb <\/strong>ne refl\u00e8te pas le registre de langue pr\u00e9conis\u00e9 par Lee-Jahnke (2001) pour assurer une bonne cr\u00e9ativit\u00e9. Ce faisant, la traduction\u00a0\u2013\u00a0<em>A-t-on jamais vu un fils a\u00een\u00e9 devenir un d\u00e9voy\u00e9?\u00a0<\/em>\u2013 se veut plus explicite, car la valeur de cette interrogation est rh\u00e9torique et non grammaticale. Or, Ombolo nous pr\u00e9sente une interrogation \u00e0 valeur grammaticale. Nous le savons bien, malgr\u00e9 le fait que le moribond s\u2019adresse \u00e0 Dieu, son intention n\u2019est pas de s\u2019attendre \u00e0 une r\u00e9ponse au sens \u00e9troit du terme. La traduction du cultur\u00e8me \u00ab\u00a0<em>ngam<\/em>\u00a0\u00bb, contenu dans le premier vers-ligne du Chant XIV illustre cette subtilit\u00e9 du traducteur en mati\u00e8re de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 506px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 144.047px\">(TD)<\/td>\r\n<td style=\"width: 151.047px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 168.094px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 144.047px\">\u00ab \/M\u00f3n w\u00f3m\u00f3 mekad wo ngam i? [...]\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 151.047px\"><em>Mon fils, que je te dise ce ngam[...]?<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 168.094px\">\u00ab \/Nnomo Ngah Wono mon fils, \/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 144.047px\"><strong>\/<\/strong>Na melig wa e nnam i?\/ \u00bb (L.1)\r\n\r\n(Ombolo,1998, p.\u00a060)<\/td>\r\n<td style=\"width: 151.047px\"><em>Que je t\u2019ai laiss\u00e9 avec un peuple?<\/em><\/td>\r\n<td style=\"width: 168.094px\">\/Comprends-tu que je te laisse un\r\n\r\npeuple \u00e0 commander?\/ Faut-il pour te le dire que j\u2019emprunte\/ La sinistre et terrifiante\/\u00a0Voix des sorciers de la\r\n\r\nnuit?\/\u00bb (NE, p.\u00a061)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En <em>eton<\/em>, le terme <em>ngam<\/em> renvoie en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 un insecte, un Ctenizidae de la famille d'araign\u00e9es mygalomorphes utilis\u00e9 jadis \u00e0 des fins de divination. Cette utilisation a \u0153uvr\u00e9 en faveur du nom donn\u00e9 \u00e0 l\u2019art de la divination. Le traducteur recr\u00e9e ainsi cette r\u00e9alit\u00e9 et rend \u00ab\u00a0\/<em>M\u00f3n w\u00f3m\u00f3 mekad wa ngam i?\/<\/em>\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0\/Veux-tu que j\u2019emprunte pour te parler\/ La voix d\u2019un oracle, l\u2019oracle de la mygale fouisseuse?\/\u00a0\u00bb. Ce m\u00e9diateur aurait pu choisir une \u00e9quivalence dynamique telle que la \u00ab\u00a0boule de cristal\u00a0\u00bb, ce qui d\u00e9naturerait le texte. Il d\u00e9cide, cependant, de recr\u00e9er l\u2019image de la mygale avec toute son \u00e9vocation dans l\u2019esprit du lecteur.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe narratif<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019appuyant sur le chant XII, cette cr\u00e9ativit\u00e9 concerne la suite des derni\u00e8res recommandations d\u2019Ateba Ebe \u00e0 son fils. Il lui signifie ses devoirs envers sa m\u00e8re, future veuve, l\u2019administration coloniale\u00a0et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Le m\u00e9diateur accorde la part belle aux explications donn\u00e9es entre parenth\u00e8ses tenant lieu de didascalies.\u00a0Celles-ci mettent en \u00e9vidence sa cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe narratif. Il impute \u00e0 ces lignes le caract\u00e8re d\u2019un texte th\u00e9\u00e2tral, d\u2019un discours ins\u00e9r\u00e9 dans un r\u00e9cit et d\u2019un discours indirect libre\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 161px;width: 426px\">\r\n<tbody>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 137.594px\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>(TD)<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 128.109px\">(lit.)<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 117.484px\">(TA)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 43px\">\r\n<td style=\"height: 43px;width: 137.594px\"><strong>\u00a0<\/strong>\u00ab\/\u00a0M\u00f3n w\u00f3m\u00f3, mo ng\u00f3n Mendum\/\r\n\r\n&nbsp;<\/td>\r\n<td style=\"height: 43px;width: 128.109px\"><em>Mon enfant, enfant d\u2019une fille Mendum<\/em><\/td>\r\n<td style=\"height: 43px;width: 117.484px\">\u00ab\u00a0<em>Le p\u00e8re se retourne \u00e0 nouveau vers son fils et l\u2019interpelle encore<\/em>\u00a0\u00bb\r\n\r\n\u00ab\u00a0\/Nnomo Nga\u2019 Wono, <em>mon fils, <\/em>issu d\u2019une fille Mendoum\/<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 88px\">\r\n<td style=\"height: 88px;width: 137.594px\">\/Na Martin Nnomo\/\r\n\r\nMakad wa dam: \/<strong>\u00a0\u00bb<\/strong>\r\n\r\n(NE, p.\u00a056)<\/td>\r\n<td style=\"height: 88px;width: 128.109px\"><em>Que, Martin Nnomo, <\/em>\r\n\r\n<em>Je te dis quelque chose<\/em>\u00a0:<\/td>\r\n<td style=\"height: 88px;width: 117.484px\">\/Que je te parle une nouvelle fois!\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a057)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la didascalie \u00ab Le p\u00e8re se retourne \u00e0 nouveau vers son fils et l\u2019interpelle encore \u00bb, le traducteur veut non seulement rendre le sens de ce qui est dit mais de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir. Il traduit aussi bien les termes utilis\u00e9s par les personnages que leurs actions. Il d\u00e9crit l\u2019atmosph\u00e8re avant de commencer la traduction proprement dite.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, l\u2019oralit\u00e9 ne peut \u00eatre totalement dissoci\u00e9e du non-dit, de m\u00eame que les gestes et autres comportements qui l\u2019accompagnent. En r\u00e9alit\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9 du traducteur s\u2019op\u00e8re \u00e9galement au niveau du non-dit, mieux, au niveau des \u00e9l\u00e9ments paralinguistiques ou paratextuels dont il faut tenir compte pour une restitution fid\u00e8le et compl\u00e8te du message en langue cible. Ce sont ces \u00e9l\u00e9ments que l\u2019auteur s\u2019emploie \u00e0 faire ressortir dans sa didascalie. La traduction proprement dite commence \u00e0 \u00ab\u00a0Nnomo Nga\u2019 Wono, mon fils, issu d\u2019une fille Mendoum\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sa r\u00e9\u00e9criture du texte, toujours sur le plan narratif, s\u2019illustre \u00e0 travers l\u2019expression \u00ab\u00a0\/Makad wa dam\u00a0:\u00a0\/\u00bb, traduite litt\u00e9ralement par \u00ab\u00a0Je te dis quelque chose\u00a0\u00bb. L\u2019auteur refuse cette option et pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0\/Que je te parle une nouvelle fois\/\u00a0\u00bb. Le m\u00e9diateur, conscient du fait qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la premi\u00e8re fois que le locuteur interpelle son fils, adopte l\u2019expression \u00ab\u00a0une nouvelle fois\u00a0\u00bb bien que ce locuteur n\u2019en fasse point mention.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au nombre des conseils que le chef mourant prodigue \u00e0 son fils pour l\u2019interpeller sur les diverses t\u00e2ches qui l\u2019attendent, figure l\u2019expression \u00ab\u00a0\/<em>Dam e dob e se na menk\u00f3m vala<\/em><strong>\u00a0<\/strong>\/\u00a0\u00bb dont la simple \u00e9quivalence dynamique serait <em>Qui renvoie \u00e0 demain trouve malheur en chemin<\/em>. Pour restituer cette r\u00e9alit\u00e9, le traducteur d\u00e9cide de sortir des sentiers battus en optant plut\u00f4t pour l\u2019expression \u00ab\u00a0\/Ne remets jamais \u00e0 plus tard une r\u00e9alisation d\u2019importance\/\u00a0\u00bb. Tout le sens contenu dans cette \u00e9quivalence dynamique se trouve enti\u00e8rement transpos\u00e9 dans cette reformulation cr\u00e9ative.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude a trait\u00e9 de l\u2019\u00e9valuation de la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re dans la version fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9pop\u00e9e <em>Nnomo Ngah\u2019Wono r\u00e9gnera sur les Eton<\/em> \u00e0 partir de la version originale<em>. <\/em>Elle s\u2019est voulue, avant tout, un travail de traductologie dont l\u2019int\u00e9r\u00eat consistait \u00e0 ouvrir des pistes de r\u00e9flexion, d\u2019offrir des commentaires et d\u2019int\u00e9grer les derni\u00e8res connaissances scientifiques en mati\u00e8re de traduction et d'interpr\u00e9tation des textes \u00e9piques. Cette entreprise a permis de faire une appr\u00e9ciation de la traduction de l\u2019auteur \u00e0 travers les m\u00e9thodes de recherche ethnologique, de critique litt\u00e9raire et de techniques d\u2019analyse traductionnelle, en prenant comme r\u00e9f\u00e9rence les traits aspectuels sur lesquels les chercheurs en cr\u00e9ativit\u00e9 comme Fox, Jackson et Messick s\u2019accordent. Notre objectif a donc \u00e9t\u00e9 de savoir si le produit de l\u2019acte cr\u00e9atif d\u2019Ombolo r\u00e9pondait effectivement aux exigences de ces critiques. Il \u00e9tait donc question de rechercher les diff\u00e9rents axes sur lesquels s\u2019op\u00e8re la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. Pour retrouver les marques de ces axes dans les T.A., notre \u00e9tude s'est fond\u00e9e sur une lecture en filigrane du texte des chants. Celle-ci a permis une \u00e9valuation minutieuse des s\u00e8mes utilis\u00e9s par l\u2019\u00e9crivain-traducteur pour faire face \u00e0 l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me li\u00e9 \u00e0 la polys\u00e9mie des termes <em>eton<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cet exercice, il ressort que, pour mieux restituer le sens des \u00e9l\u00e9ments culturels ainsi que l\u2019effet esth\u00e9tique du texte \u00e9pique circonscrit, l\u2019\u00e9crivain-traducteur a eu recours \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re, laquelle s\u2019est op\u00e9r\u00e9e sur diff\u00e9rents axes s\u00e9mantique, narratif, et formel; une d\u00e9marche inspir\u00e9e par Dancette <em>et al.<\/em> (2007). Diff\u00e9rentes techniques d\u2019\u00e9criture et de re\u00e9criture ont rendu possible son acte cr\u00e9atif. Le recours aux \u00e9toffements, aux modalit\u00e9s discursives et appr\u00e9ciatives ainsi qu\u2019aux explications lui a permis, outre de marquer le texte de sa pr\u00e9sence, de restituer l\u2019arri\u00e8re-fond socioculturel <em>eton<\/em> en fran\u00e7ais. Ainsi, le m\u00e9diateur interculturel est davantage rest\u00e9 dans une logique de \u00ab\u00a0cibliste\u00a0\u00bb que de \u00ab\u00a0sourcier\u00a0\u00bb. Il prend le parti de la langue cible, ou langue d'arriv\u00e9e, et s\u2019emploie \u00e0 produire dans un style ch\u00e2ti\u00e9 un texte d\u00e9pourvu des particularit\u00e9s de la langue <em>eton<\/em>; une posture qui explique ses choix langagiers et stylistiques pour la r\u00e9ussite de l\u2019acte cr\u00e9atif.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chomsky, Noam. 1971. <em>Aspects de la th\u00e9orie syntaxique<\/em> (1965 pour la premi\u00e8re \u00e9dition). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dancette, Jeanne, Audet, Louise et Jay-Rayon, Laurence. 2007. Axes et crit\u00e8res de la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction. <em>Meta<\/em>, <em>52<\/em>(1), 108-122.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dubois, Jean <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 1994. <em>Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage<\/em>. Paris\u00a0: Larousse.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eno Belinga. 1978. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e camerounaise\u00a0: le mvet<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Universit\u00e9 de Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fox, Herbert. 1963. A Critique on Creativity in Science (123-152). In M.\u00a0A.\u00a0Coler (ed.), <em>Essays on Creativity in the Sciences<\/em>. New York: New York University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jackson, Philip Wesley and Messick, Samuel. 1967. The Person, the Product, and the Response: Conceptual Problems in the Assessment of Creativity (1-19). In J. Kagan (ed.), <em>Creativity and <\/em><em>Learning<\/em><em>. <\/em>Boston: Houghton Mifflin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lee-Jahnke, Hannelore. 2001.\u00a0Aspects p\u00e9dagogiques de l\u2019\u00e9valuation des traductions. <em>Meta<\/em><em>,<\/em> <em>46<\/em>(2),\u00a0258-27.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ombolo, Jean-Pierre. 1998.<em> Nnomo Ngah\u2019Wono r\u00e9gnera sur les Eton<\/em> \u2013 <em>Une \u00e9pop\u00e9e beti<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Presses universitaires de Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Schleiermacher, Friedrich. 1999. Des diff\u00e9rentes m\u00e9thodes du traduire (Conf\u00e9rence lue le 24 juin 1813 \u00e0 l\u00b4Acad\u00e9mie Royale Des Sciences de Berlin.), traduit par Antoine Berman. En ligne\u00a0: http:\/\/www.philo5.com\/Les philosophes Textes\/Schleiermacher_MethodesDuTraduire.htm<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seleskovitch, Danica et Lederer, Marianne. 1984. <em>Interpr\u00e9ter pour traduire. <\/em>Paris : Didier \u00c9rudition.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">La constitution de la litt\u00e9rature orale africaine en domaine d\u2019\u00e9tude \u00e0 part enti\u00e8re a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019apport de la linguistique et de la traductologie. Si les sciences du langage ont rendu possible la transcription et l\u2019analyse totale des textes oraux, la science de la traduction, elle, a contribu\u00e9 au transfert du sens d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre. Dans cette op\u00e9ration, le traducteur ou la traductrice reste confront\u00e9\u00b7e aux d\u00e9fis de la restitution des cultur\u00e8mes et des non-dits. Aussi l\u2019exercice soul\u00e8ve-t-il la question de l\u2019apport de la traduction dans le champ d\u2019\u00e9tudes de la litt\u00e9rature orale. Comment le traducteur ou la traductrice d\u00e9blaye-t-il\/elle les arcanes et d\u00e9noue-t-il\/elle l\u2019enchev\u00eatrement des po\u00e9tiques orales africaines? L\u2019analyse des strat\u00e9gies d\u00e9ploy\u00e9es par ce m\u00e9diateur linguistique am\u00e8ne \u00e0 observer que la r\u00e9ussite de cette entreprise passe par une cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re. Ici, la pertinence de la skoposth\u00e9orie et de la th\u00e9orie interpr\u00e9tative est mise en \u00e9vidence.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/creativite\/\">cr\u00e9ativit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/cultureme\/\">cultur\u00e8me<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/epopee\/\">\u00e9pop\u00e9e<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/mediateur\/\">m\u00e9diateur<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/skopostheorie\/\">skoposth\u00e9orie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles\/traductologie\/\">traductologie<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">The African oral literature owes it expansion to Linguistics and Traductology. If the science of language made possible the transcription and the analysis of oral texts, the science of translation, on its own, contributed to meaning transfer from one language to another. In this endeavour, the translator faces challenges related to cultural realities and what is left unsaid. Thus, the exercise raises the question of the contribution of translation to oral literature studies. How does the translator undo the intricacies and the tangle of African oral poetics? The analysis of the strategies used by this linguistic mediator reveals that the success of this enterprise depends on language creativity. In this way, the Skopos theory and the theory of sense are used.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/creativity\/\">Creativity<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/cultural-reference\/\">Cultural Reference<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/epic\/\">Epic<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/mediator\/\">Mediator<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/skopos-theory\/\">Skopos Theory<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/keywords\/traductology\/\">traductology<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (eton)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Zekui \u00e0 mina\u0144g m\u00ed an\u00fang m\u00ed te ke b\u00ec tilga ang\u00e1 gbi ngul \u00e8e zekui \u00e0 \u0271\u00e8lni nk\u00f3l\u00f3 \u00e8e nkahlan mi nk\u00f3l\u00f3. Ngue\u00fa medze\u0144g\u2019ni me odzem nk\u00f3l\u00f3 meu ngah voili ntilni \u00e8e ntong\u2019l\u00e0n\u2019\u00e0 b\u00ed tilga, ndimhana mi nk\u00f3l\u00f3 ing\u00e1 kwoam i bugb\u00fa \u00e8e mina\u0144g m\u00ed an\u00fang \u00e8e odjeng\u2019n\u00ed odzem \u00e0 m\u00ednkahna m\u00ed nk\u00f3l\u00f3 pe\u00fag. \u00c0 \u00ecs\u00e1 iteu, nkahlana m\u00ec nk\u00f3l\u00f3 \u00e0 gbele n\u00e1 \u00e0 djem\u2019ngi bi bug bi tum \u00ec nnam \u00e8e nd\u00edm \u00ec nk\u00f3l\u00f3. Ntsog\u2019ni ote\u00fa o ngah bolo m\u00f3l\u00f3 mpi nkahlan\u00e1 m\u00ec nk\u00f3l\u00f3 \u00f3 gbele \u00e0 zekui \u00e0 mina\u0144g m\u00ec an\u00fang. Ya nkahlana minkolo \u00e0 te\u00fa kwoam ya n\u00e0a \u00e0 timhana mina\u0144g m\u00ec an\u00fang \u00e0 nnam b\u00ec vin\u00ec \u00e0 nk\u00f3l\u00f3 mpebeu? Ntog\u2019l\u00e0n\u00e0 \u00e0 meze\u0144 ya nkahl\u00e0n\u00e0 ndimhana \u00e0 te n\u00f2ng \u00e0 te l\u00e8re n\u00e1, \u00e0 m\u00fa n\u00e1 is\u00e1 iteu \u00ed kwamba\u0144 meung, nkahl\u00e0n\u00e0 minkolo \u00e0 gbele n\u00e1 \u00e0teug\u2019e b\u00ecb\u00fag. Ya \u00eds\u00e1 \u00ed Skopos \u00e8e \u00eds\u00e1 \u00ed ndimhana m\u00ed nk\u00f3l\u00f3 \u00edne\u00fa \u00e8e mpi \u00edte\u00fa.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (eton)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/bibug-bi-tum-i-nnam\/\">b\u00edb\u00fag bi tum i nnam<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/isa-i-skopos\/\">\u00eds\u00e1 \u00ed Skopos<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/nang\/\">n\u00e1ng<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/nkahlana\/\">nkahlana<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/nteuni-bibug\/\">nteun\u00ed b\u00edb\u00fag<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/motscles-autre\/zekuli-a-nkahlan-mi-nkolo\/\">zekuli \u00e0 nkahla\u0144 m\u00ed nk\u00f3l\u00f3<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>1 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>15 mars 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>1 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Genre majeur de la litt\u00e9rature orale, l\u2019\u00e9pop\u00e9e de <em>mvet<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Le pr\u00e9sent travail \u00e9tudie le mvet \u00e9kang, le genre dit \u00ab majeur \u00bb\" id=\"return-footnote-216-1\" href=\"#footnote-216-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> a constitu\u00e9 pour les peuples <em>Pahouins<\/em>, <em>Bulu, Beti, Fang<\/em>, un \u00e9l\u00e9ment culturel central de leur existence. Que ce soit <em>Ndjana Ngah Zogo <\/em>ou encore <em>Nnomo Ngah\u2019Wono<\/em>, toile de fond de la pr\u00e9sente \u00e9tude, les r\u00e9cits \u00e9piques qui ont jalonn\u00e9 l\u2019univers existentiel du peuple <em>eton<\/em> repr\u00e9sentent pour lui tant un moyen d\u2019expression privil\u00e9gi\u00e9 de son tragique que la repr\u00e9sentation artistique d\u2019une \u00e2me o\u00f9 se trouvent cristallis\u00e9es, outre ses cris de joie, ses peines et ses souffrances. Parler de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de <em>mvet<\/em> chez les<em> Beti<\/em> en g\u00e9n\u00e9ral et chez les <em>Eton<\/em> en particulier, c\u2019est ressusciter l\u2019\u00e2me de ce peuple de la for\u00eat, c\u2019est montrer au plus haut point la singularit\u00e9 d\u2019un groupe ethnolinguistique dont la forme la plus expressive trouve sa pl\u00e9nitude dans les traditions orales. Cette \u00e9pop\u00e9e, qui reste un genre litt\u00e9raire bien d\u00e9fini, un drame complet, associant la litt\u00e9rature \u00e9pique, la musique et la danse, trouve sa pleine forme dans le creuset des autres genres. Aussi semble-t-il bien difficile, voire impossible, d\u2019imaginer ce r\u00e9cit jouer pleinement le r\u00f4le que lui assigne le <em>mb\u00f4m\u00f4-mvet<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Terme consacr\u00e9 par Eno Belinga (1978) en langue ewondo pour d\u00e9signer le joueur de mvet\" id=\"return-footnote-216-2\" href=\"#footnote-216-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> ou \u00ab\u00a0toucheur-de-cithare \u00bb sans le moindre recours aux proverbes, aux maximes et dictons, aux formules divinatoires, aux chantefables ainsi qu\u2019aux devinettes ou \u00e9nigmes; \u00e9l\u00e9ments sur lesquels repose son expressivit\u00e9. C\u2019est en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la singularit\u00e9 de ce genre litt\u00e9raire vivant que nous avons jug\u00e9 utile d\u2019appr\u00e9cier sa traduction sous le prisme de la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re. Il incorpore tout \u00e9l\u00e9ment de nature \u00e0 renforcer l\u2019imagination \u00e9pique de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, soit par le lyrisme, la satire, soit par des improvisations, des transpositions, des adjonctions anachroniques et des n\u00e9ologismes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la pr\u00e9sente \u00e9tude se propose d\u2019\u00e9valuer la traduction de l\u2019\u00e9pop\u00e9e<a class=\"footnote\" title=\"Nnomo Ngah\u2019Wono, pi\u00e8ce importante de la litt\u00e9rature orale des Eton, appartient au genre \u00e9pop\u00e9e et raconte, selon le mode propre \u00e0 ce genre litt\u00e9raire, les adieux supr\u00eames d\u2019Ateba Ebe, chef sup\u00e9rieur des Eton-Beti, \u00e0 son fils et successeur, Nnomo Ngah\u2019Wono. Le vieux chef, affaibli par une maladie qui l\u2019a depuis longtemps immobilis\u00e9 dans sa maison, sent venir l\u2019heure de sa mort et envoie chercher son unique enfant qui s\u00e9journe \u00e0 Yaound\u00e9. Les trois quarts de la pi\u00e8ce tournent autour de la rencontre, \u00e0 cette occasion, des trois membres de la famille : le chef, son \u00e9pouse Ngah\u2019 Wono, et leur enfant.\" id=\"return-footnote-216-3\" href=\"#footnote-216-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> que nous propose Jean-Pierre Ombolo, c\u2019est bien dans le souci d\u2019examiner l\u2019arrimage de cet \u00e9crivain-traducteur aux derni\u00e8res connaissances scientifiques en mati\u00e8re de cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. L\u2019\u00e9pop\u00e9e offre de ce fait un terreau fertile \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une telle entreprise. Dubois <em>et al.<\/em> (1994, p.\u00a0126) d\u00e9finissent deux types de cr\u00e9ativit\u00e9\u00a0: celle qui change les r\u00e8gles et celle qui en est gouvern\u00e9e. Une distinction qui n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rente de l\u2019approche de Noam Chomsky (1971, p.\u00a016) pour qui la \u00ab cr\u00e9ativit\u00e9 \u00bb repose sur les concepts de \u00ab comp\u00e9tence \u00bb ou langue et de \u00ab performance \u00bb ou parole. Lee-Jahnke (2001, p.\u00a0259) pense, quant \u00e0 elle, que l\u2019appr\u00e9ciation de la cr\u00e9ativit\u00e9 doit prendre notamment en compte les sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles, les sociolectes, l\u2019isotopie, le r\u00e9seau s\u00e9mantique, le registre de langue, les collocations, les m\u00e9taphores, les jeux de mots, le style et les connotations. Pour Jackson et Messick (1967, p.\u00a04) ou encore Fox (1963, p.\u00a0124), le produit de l\u2019acte cr\u00e9atif doit \u00eatre nouveau (<em>novel<\/em>) et\u00a0appropri\u00e9 (<em>appropriateness<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La probl\u00e9matique du pr\u00e9sent travail nous invite d\u2019entr\u00e9e de jeu \u00e0 nous int\u00e9resser \u00e0 la traduction du genre \u00e9pique dont la caract\u00e9ristique principale reste, non seulement la pr\u00e9dilection pour les figures de r\u00e9p\u00e9tition, sous forme d\u2019anaphores, d\u2019\u00e9piphores, de prolepses et d\u2019analepses, mais aussi la r\u00e9currence des s\u00e9quences remarquables. La traduction de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de <em>mvet<\/em> peut-elle donc s\u2019op\u00e9rer en l\u2019absence de toute cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re de la part du traducteur? Comment ce m\u00e9diateur interculturel parvient-il \u00e0 d\u00e9blayer les arcanes et \u00e0 d\u00e9nouer l\u2019enchev\u00eatrement du texte oral <em>eton<\/em><em>?<\/em> Que fait-il de la forme physique du texte, c\u2019est-\u00e0-dire syntaxique et rythmique, responsable du style et du ton? La sacrifie-t-il sur l&rsquo;autel de la restitution ou lui donne-t-il une place de choix, fort de sa transmission de l\u2019effet esth\u00e9tique?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude se fonde sur la Th\u00e9orie interpr\u00e9tative, ou Th\u00e9orie du sens de Danica Seleskovitch et de Marianne Lederer (1984). Ces auteurs voient dans l\u2019emploi du langage, donc dans les textes et les discours d\u2019une part, la langue en tant que syst\u00e8me dont on peut transcoder certains \u00e9l\u00e9ments et de l\u2019autre, une cr\u00e9ativit\u00e9 d\u2019expression, des \u00e9quivalences qui ne correspondent jamais qu&rsquo;une seule fois aux expressions originales. L\u2019article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la traduction et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re dans la version fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9pop\u00e9e <em>Nnomo Ngah\u2019Wono r\u00e9gnera sur les Eton<\/em> (que nous abr\u00e9gerons NE).\u00a0Il pose en hypoth\u00e8se que l\u2019\u00e9pop\u00e9e africaine exige, pour sa traduction, un esprit cr\u00e9atif, lequel suppose la ma\u00eetrise des diff\u00e9rents genres litt\u00e9raires qui la constituent. Fort de la d\u00e9marche de Dancette <em>et al. <\/em>(2007, p.\u00a0108-122)<a class=\"footnote\" title=\"Ces auteurs proposent une \u00e9valuation du texte traduit \u00e0 partir d\u2019un mod\u00e8le de la cr\u00e9ativit\u00e9 qui s\u2019op\u00e8re tant au niveau de la compr\u00e9hension qu\u2019au niveau de la r\u00e9\u00e9criture. Ils pr\u00e9sentent une double h\u00e9lice travers\u00e9e par cinq axes\u00a0: formel, s\u00e9mantique, r\u00e9f\u00e9rentiel, narratif et traductologique, rendant compte des diff\u00e9rents niveaux sur lesquels s\u2019exerce la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. Cependant, \u00e0 d\u00e9faut de suivre cette double h\u00e9lice, nous optons pour celle qui examine la cr\u00e9ativit\u00e9 au niveau de la r\u00e9\u00e9criture. Au risque d\u2019embrasser tous les chants de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, l\u2019\u00e9tude n\u2019accorde la part belle qu\u2019\u00e0 ceux qui \u00e9difient sur trois des cinq diff\u00e9rents axes cr\u00e9atifs \u00e9nonc\u00e9s.\" id=\"return-footnote-216-4\" href=\"#footnote-216-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>, notre t\u00e2che consistera \u00e0 examiner l\u2019apport cr\u00e9atif du traducteur dans la restitution des \u00e9l\u00e9ments tels que les interjections id\u00e9ophoniques et les apostrophes qui agissent de fa\u00e7on m\u00e9tonymique et inscrivent l\u2019\u00e9pop\u00e9e dans la po\u00e9tique de l\u2019oralit\u00e9 africaine.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe formel<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019une des caract\u00e9ristiques du r\u00e9cit \u00e9pique r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 recourir \u00e0 des structures comparatives. Cette r\u00e9alit\u00e9 tient au souci du conteur de rendre son r\u00e9cit vivant et susciter un \u00e9lan d\u2019admiration, de col\u00e8re et de piti\u00e9. Ces comparaisons constituent, en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019une des techniques de cr\u00e9ation et de r\u00e9cr\u00e9ation des \u00e9pop\u00e9es et d\u00e9finissent en m\u00eame temps la cr\u00e9ativit\u00e9, en traduction, sur l\u2019axe formel. Nous l\u2019illustrons \u00e0 partir de l\u2019extrait du chant XI<a class=\"footnote\" title=\"Face au trouble qui l\u2019anime, la r\u00e9alit\u00e9 de savoir que son fils Nnomo, ne sera pas \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis \u00e0 relever apr\u00e8s sa mort, \u00ab\u00a0At\u0451b\u0451 EBE\u00a0\u00bb, chef sup\u00e9rieur des Eton, se lamente au sujet de son h\u00e9ritage. Il compare son \u00e9tat tant\u00f4t \u00e0 celui d\u2019une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re, tant\u00f4t \u00e0 celui d\u2019une personne tomb\u00e9e du haut d\u2019un palmier ou encore \u00e0 celui d\u2019une personne morte des suites d\u2019accident de circulation.\" id=\"return-footnote-216-5\" href=\"#footnote-216-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> suivant\u00a0:<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 478px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 142.453px\">Texte de D\u00e9part (TD)<\/td>\n<td style=\"width: 150.062px\">Traduction litt\u00e9rale (lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 142.672px\">Texte d\u2019Arriv\u00e9e (TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 142.453px\"><strong>\u00ab\/<\/strong>Aya ngogo&#8230;\/<\/td>\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>C\u2019est pas possible\u2026 <\/em><\/td>\n<td style=\"width: 142.672px\">\/Ah, pauvre de moi, je<\/p>\n<p>suis \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi, \/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 142.453px\">\/Memogo ane mod aku oso\/<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>Je suis comme une personne tomb\u00e9e dans la rivi\u00e8re<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 142.672px\">\/ Comme une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re imp\u00e9tueuse \/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 142.453px\">\/Memogo ane mod aku a elen\/<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>Je suis comme une personne tomb\u00e9e d\u2019un palmier<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 142.672px\">\/Comme un \u00e9mondeur de palmier, tomb\u00e9 du haut de son arbre, \/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 142.453px\">\/Memogo ane mod awu metua\/<strong>\u00bb\u00a0<\/strong>(NE, p.\u00a054)<\/td>\n<td style=\"width: 150.062px\"><em>Je suis comme une personne tu\u00e9e par une voiture<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 142.672px\">\/Comme la victime d\u2019un accident de la voie publique\/ (NE, p.\u00a055)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, l\u2019auteur restitue le sens des comparaisons du texte de d\u00e9part dans une suite logique avec la locution interjective, \u00ab\u00a0<em>Aya ngogo\u2026\u00a0<\/em>\u00bb (\u00ab\u00a0Ah, pauvre de moi\u00a0\u00bb), suivie du compar\u00e9 \u00ab\u00a0<em>memogo<\/em>\u00a0\u00bb (je suis devenu [lit.]), rendu par \u00ab\u00a0je suis \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce compar\u00e9, qui renvoie au chef alit\u00e9, appara\u00eet successivement trois fois dans les propos du barde certes, mais Ombolo d\u00e9cide de le mettre en facteur, c\u2019est-\u00e0-dire le traduire une seule fois (cf. tableau ci-dessus). Ce faisant, le traducteur ob\u00e9it au principe d\u2019\u00e9conomie, lequel reste un atout majeur dans la restitution du sens. Aussi reste-t-il dans la logique du \u00ab\u00a0comprendre et\u00a0dire\u00a0\u00bb que postule la th\u00e9orie de l\u2019\u00c9cole de Paris<a class=\"footnote\" title=\"Cette th\u00e9orie renvoie \u00e0 la Th\u00e9orie interpr\u00e9tative ou Th\u00e9orie du sens.\" id=\"return-footnote-216-6\" href=\"#footnote-216-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> pour la r\u00e9ussite de cet exercice. \u00c0 la suite de cette restitution, l\u2019auteur fait valoir sa cr\u00e9ativit\u00e9 dans la traduction du compar\u00e9 \u00ab\u00a0<em>memogo\u00a0<\/em>\u00bb. Les modalit\u00e9s discursives, \u00ab\u00a0d\u00e9sempar\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9tourdi\u00a0\u00bb suivies du terme comparatif \u00ab\u00a0comme\u00a0\u00bb traduisent v\u00e9ritablement l\u2019\u00e9l\u00e9ment commun aux comparants\u00a0&#8211; une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re imp\u00e9tueuse, un \u00e9mondeur de palmier tomb\u00e9 du haut de son arbre, et une victime de la voie publique. Tous partagent, en effet, l\u2019\u00e9tat d\u2019une personne d\u00e9sempar\u00e9e et \u00e9tourdie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, cette cr\u00e9ativit\u00e9 s\u2019illustre \u00e0 travers la restitution du sens m\u00eame des comparants. Ainsi, au lieu de les traduire de la fa\u00e7on la plus litt\u00e9rale qui soit, l\u2019\u00e9crivain-traducteur opte plut\u00f4t pour des structures ench\u00e2ss\u00e9es, en l\u2019occurrence, les \u00e9toffements employ\u00e9s dans un style \u00e9lev\u00e9. L\u2019expression \u00ab\u00a0<em>memogo ane <\/em>\u00ab\u00a0<strong><em>mot<\/em><\/strong><em> aku elen<\/em>\u00ab\u00a0\u00bb (je suis comme \u00ab\u00a0une <strong>personne<\/strong> tomb\u00e9e d\u2019un palmier\u00a0\u00bb[lit.]), l\u2019hyperonyme \u00ab\u00a0<em>mot<\/em>\u00a0\u00bb (personne), en pareilles circonstances, ne peut renvoyer qu\u2019\u00e0 un \u00e9mondeur de palmier, sens que le traducteur rend fid\u00e8lement. Dans cette entreprise, Ombolo, dans son r\u00f4le de m\u00e9diateur interculturel, met en \u00e9vidence l\u2019une des r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles du peuple <em>eton<\/em>, notamment la cueillette des noix et de vin de palme qui reste le seul apanage des \u00e9mondeurs. Ces comparaisons illustrent \u00e0 foison le d\u00e9sarroi dans lequel se trouve le moribond et traduisent, en m\u00eame temps, la cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe formel \u00e0 travers notamment les modalit\u00e9s discursives et appr\u00e9ciatives. La prise en compte des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles rend l\u2019acte cr\u00e9atif d\u2019Ombolo appropri\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le chant XI pr\u00e9sente \u00e9galement l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me du p\u00e8re agonisant qui exprime, cette fois, son inqui\u00e9tude quant \u00e0 l\u2019aptitude de son fils, futur successeur, \u00e0 poursuivre son \u0153uvre\u00a0:<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 339px;height: 438px\">\n<tbody>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"width: 114.562px;height: 15px\">(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 122.141px;height: 15px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 132.984px;height: 15px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 64px\">\n<td style=\"width: 114.562px;height: 64px\">\u00ab \/Zama bebela na wa mas ma t\u00f3?\/<\/td>\n<td style=\"width: 122.141px;height: 64px\"><em>Dieu c\u2019est vrai que tu vas m\u2019abandonner vraiment?<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 132.984px;height: 64px\">\u00ab\u00a0\/Dieu, mon Dieu, vas-tu m\u2019abandonner?\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 88px\">\n<td style=\"width: 114.562px;height: 88px\">\/Ntol m\u00f3n wakok\u00f3m ekut i?\/<\/td>\n<td style=\"width: 122.141px;height: 88px\"><em>Un fils a\u00een\u00e9 devient souvent fou? <\/em><\/td>\n<td style=\"width: 132.984px;height: 88px\">\/Un fils a\u00een\u00e9 peut-il<\/p>\n<p>devenir un d\u00e9voy\u00e9?\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 123px\">\n<td style=\"width: 114.562px;height: 123px\">\/Ma\u0144 m\u00f3n menga dzolo mon manga\/<\/td>\n<td style=\"width: 122.141px;height: 123px\"><em>Un petit enfant que j\u2019avais<\/em><\/p>\n<p><em>donn\u00e9 le nom de l\u2019enfant<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0de ma m\u00e8re,<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 132.984px;height: 123px\">\/Et un fils a\u00een\u00e9 \u00e0 qui j\u2019ai impos\u00e9 le nom de mon fr\u00e8re, \/<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 73px\">\n<td style=\"width: 114.562px;height: 73px\">\/Nyom ng\u00f3n Bikele!\/<\/td>\n<td style=\"width: 122.141px;height: 73px\"><em>L\u2019\u00e9poux de Ngono Bikele!<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 132.984px;height: 73px\">\/L\u2019\u00e9poux de la fille de<\/p>\n<p>Ngon Bikele?\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 75px\">\n<td style=\"width: 114.562px;height: 75px\">\/Aya ngogo\u2026\/\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(NE, p.\u00a054)<\/td>\n<td style=\"width: 122.141px;height: 75px\"><em>C\u2019est pas possible\u2026 <\/em><\/td>\n<td style=\"width: 132.984px;height: 75px\">\/Ah, pauvre de moi, je suis \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi\u2026\/\u00bb (Ombolo, NE, p.\u00a055)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, le chef implore la divinit\u00e9. Dans le vers\u00a0: \u00ab\u00a0\/ <em>Zama bebela na wa mas ma t\u00f3<\/em>\/\u00a0\u00bb (Dieu, c\u2019est vrai que tu vas vraiment me laisser? [lit.]) qui signifie\u00a0: \u00ab\u00a0\/Dieu, mon Dieu, vas-tu m\u2019abandonner?\/ \u00bb, le traducteur se veut cr\u00e9atif par l\u2019emphase qu\u2019il met en \u00e9vidence \u00e0 la suite de la traduction du terme \u00ab\u00a0<em>Zama<\/em>\u00a0\u00bb (Dieu). Il s\u2019agit de\u00a0\u00ab\u00a0Dieu, mon Dieu\u00a0\u00bb. Ce d\u00e9sir de traduire le trouble dans lequel se trouve l\u2019agonisant lui fait\u00a0malheureusement omettre un \u00e9l\u00e9ment essentiel dont la charge \u00e9motive occupe une place de choix dans la restitution int\u00e9grale du sens. Il s\u2019agit du modalisateur \u00ab\u00a0<strong><em>t\u00f3?<\/em><\/strong> \u00bb devant se traduire par \u00ab\u00a0vraiment?\u00a0\u00bb. Ajout\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 du traducteur, la traduction la mieux appropri\u00e9e serait donc\u00a0: \/Dieu, mon Dieu, vas-tu vraiment m\u2019abandonner?\/<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment qui aurait demand\u00e9 le g\u00e9nie cr\u00e9atif du traducteur reste, sans conteste, la modalit\u00e9 discursive \u00ab\u00a0<em>Aya ngogo\u2026<\/em><strong>\u00a0\u00bb <\/strong>traduite par \u00ab\u00a0Ah, pauvre de moi\u00a0\u00bb. Cependant, cette restitution cr\u00e9e quelque confusion dans l\u2019esprit du lecteur de la langue source puisqu\u2019en <em>eton<\/em>, \u00ab\u00a0pauvre de moi\u00a0\u00bb se traduit par <em>ng\u03ccl yama<\/em> tandis que \u00ab\u00a0<em>Aya ngogo<\/em> \u00bb exprime un refus d\u2019admettre une r\u00e9alit\u00e9 poignante dont l\u2019\u00e9vidence est ind\u00e9niable. L\u2019auteur l\u2019aurait peut-\u00eatre simplement traduite par\u00a0: <em>c\u2019est inadmissible <\/em>ou encore, <em>c\u2019est injuste.<\/em> Cibliste<a class=\"footnote\" title=\"Pour Jean-Ren\u00e9 Ladmiral (1986), il y a d'un c\u00f4t\u00e9 les traducteurs \u00ab\u00a0sourciers\u00a0\u00bb, qui prennent le parti de la langue-source, ou langue de d\u00e9part, t\u00e2chant de pr\u00e9server, au sein de leur propre langue, les particularit\u00e9s de la langue \u00e9trang\u00e8re; et d\u2019autres \u00ab\u00a0ciblistes\u00a0\u00bb, qui prennent le parti inverse, celui de la langue cible, ou langue d'arriv\u00e9e, et dont le but sera de produire un texte \u00aben bon fran\u00e7ais\u00bb.\" id=\"return-footnote-216-7\" href=\"#footnote-216-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, le traducteur veut laisser autant que possible le lecteur en paix et conduire l\u2019auteur jusqu\u2019\u00e0 lui (Schleiermacher, 1999). Il voudrait imputer au texte la marque du style \u00e9lev\u00e9 propre au texte \u00e9pique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019axe formel est mis \u00e9galement en \u00e9vidence au travers des modalit\u00e9s discursives du chant II.<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 379px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 114.078px\">\u00a0(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 134.844px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 120.766px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 114.078px\">\u00ab\/Mas\u2019 gan, met\u03cc\u0144 mina\/<\/td>\n<td style=\"width: 134.844px\"><em>Laissez, je vous dis<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 120.766px\">\u00ab\/\u00a0Je m\u2019en vais \u00e0 pr\u00e9sent vous raconter\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 114.078px\">\/Ane At\u0451b\u0451 EBE\/<\/td>\n<td style=\"width: 134.844px\">Comme Ateba Ebe<\/td>\n<td style=\"width: 120.766px\">\/Comment Ateba Ebe, \/<\/p>\n<p>\/Le chef sup\u00e9rieur des <em>Eton<\/em>\u00a0\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 114.078px\">\/Ayag\u2019 nengan e m\u00f3n a Obala\/\u00bb (NE, p.\u00a036)<\/td>\n<td style=\"width: 134.844px\"><em>Disait au revoir \u00e0 son<\/em><\/p>\n<p><em>enfant \u00e0 Obala<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 120.766px\">\/Faisait, dans <em>sa ville de commandement, \/ <\/em>La <em>radieuse<\/em> cit\u00e9 d\u2019Obala\/<\/p>\n<p>Ses adieux <em>supr\u00eames<\/em> \u00e0 son fils. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a037)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, la pr\u00e9sence des modalisateurs, \u00ab radieuse<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>et \u00ab\u00a0supr\u00eames\u00a0\u00bb<em>,<\/em> \u00e0 caract\u00e8re hyperbolique et m\u00e9lioratif, traduit la subjectivit\u00e9 du traducteur, qui veut faire ressortir ses traces (son g\u00e9nie cr\u00e9ateur). Le m\u00e9diateur cherche \u00e9galement \u00e0 imprimer \u00e0 sa traduction la tonalit\u00e9 \u00e9pique et la marque du style \u00e9lev\u00e9 qui constituent la colonne vert\u00e9brale de toute cr\u00e9ation \u00e9pique. Cette marque contribue \u00e0 exprimer le d\u00e9passement des limites humaines telles que le gigantesque, le monstrueux et l\u2019anormal. En effet, le recours presque syst\u00e9matique et abusif \u00e0 l\u2019\u00e9toffement et \u00e0 l\u2019incr\u00e9mentialisation tient moins d\u2019un souci d\u2019\u00e9l\u00e9vation du style que d\u2019une volont\u00e9 d\u2019explicitation et de d\u00e9m\u00ealement du texte de d\u00e9part dont la compr\u00e9hension primaire maintient le lecteur \u00e0 la surface du chant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, \u00ab\u00a0\/<em>At\u0451b\u0451 EBE ayag\u2019 nengan e m\u00f3n a Obala\u00a0\/<\/em><strong>\u00bb <\/strong>voudrait tout simplement dire qu\u2019<em>Ateba Ebe faisait des adieux \u00e0 son fils \u00e0 Obala. <\/em>L\u2019axe formel est ainsi mis en \u00e9vidence par les modalit\u00e9s discursives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, nous la retrouvons dans la suite du texte.<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 397px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.578px\">(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 117.859px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 131.25px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.578px\">\u00ab\u00a0\/M\u03cc \u0388ton Ayag\u2019 nengan e m\u03ccn woe\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td style=\"width: 117.859px\"><em>L\u2019Eton disait au <\/em><\/p>\n<p><em>revoir \u00e0 son enfant <\/em><\/td>\n<td style=\"width: 131.25px\">\/Cette sc\u00e8ne <em>poignante<\/em><\/p>\n<p>\/S\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e sous mes yeux, \/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.578px\">\u00a0\/ Mebogo. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a036)<\/td>\n<td style=\"width: 117.859px\"><em>En ma pr\u00e9sence<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 131.25px\">\/Et j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir lancinant.<strong> \/ <\/strong><\/p>\n<p>(NE, p.\u00a037)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il faut admettre que l\u2019\u00e9crivain traducteur, pour \u00eatre cr\u00e9atif \u00e0 ce niveau, proc\u00e8de par l\u2019expansion du groupe nominal \u00ab\u00a0Cette sc\u00e8ne<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>par l\u2019ajout de l\u2019adjectif \u00ab\u00a0poignante<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>pour faire ressortir l\u2019atmosph\u00e8re ayant pr\u00e9valu au cours de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019adieu entre le chef alit\u00e9 et son fils Nnomo<strong>, <\/strong>force est de reconna\u00eetre \u00e9galement que cette cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re souffre de quelque surtraduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la traduction la plus simple de <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>\/M\u03cc \u0388ton Ayag\u2019 nengan e m\u03ccn woe\/ Mebogo!<\/em><strong>\/\u00bb<\/strong> aurait \u00e9t\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 la logique du texte, <em>Cet \u00e9change d\u2019adieux s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 sous mes yeux.<\/em> Le m\u00e9diateur d\u00e9cide cependant d\u2019ajouter le vers\u00a0\u00ab\u00a0\/\u00a0Et j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir lancinant\u00a0<strong>\/\u00a0\u00bb, <\/strong>formule par laquelle le traducteur-cr\u00e9ateur marque le texte de sa pr\u00e9sence. Au m\u00eame titre que le barde, Ombolo s\u2019int\u00e8gre dans l\u2019histoire qu\u2019il traduit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 op\u00e9r\u00e9e sur l\u2019axe formel ne se limite pas seulement aux exemples tir\u00e9s des chants II et XI; nous la retrouvons \u00e9galement au niveau de l\u2019exorde \u00e0 travers le passage ci-dessous.<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 480px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 138.375px\">(TA)<\/td>\n<td style=\"width: 156.422px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 142.391px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 138.375px\"><strong>\u00ab\u00a0\/<\/strong>Odzen mbed\u2019men ot\u00eb ny\u00ebb na\/<\/td>\n<td style=\"width: 156.422px\"><em>La s\u00e9ance de mvet est bien quand<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 142.391px\">\u00ab\u00a0\/Il est une chose\/ <em>Dans laquelle je me d\u00e9lecte<\/em> <em>immens\u00e9ment\/<\/em><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 138.375px\">\/Menungi medzog,<\/p>\n<p>m\u00ebkudg\u00eb mesik\/\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(NE, p.\u00a034)<\/td>\n<td style=\"width: 156.422px\"><em>Je bois du vin, je frappe la musique<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 142.391px\">\/Dans ma carri\u00e8re\/<\/p>\n<p>\/De conteur sur <em>mvet, \/ <\/em>C\u2019est de donner des s\u00e9ances\/ Tout en disposant \u00e0 port\u00e9e de main\/ De quoi boire. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a035)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous constatons, \u00e0 ce niveau, une distorsion entre les vers brefs et le caract\u00e8re construit des vers longs et tr\u00e8s articul\u00e9s que nous donne l\u2019\u00e9crivain-traducteur. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre marqu\u00e9 n\u2019est que l\u2019expression du vide lexical qui existe quant \u00e0 la traduction du substrat culturel <em>eton<\/em> en fran\u00e7ais. Le traducteur, faute de trouver un \u00e9quivalent fonctionnel pour chaque r\u00e9alit\u00e9 exprim\u00e9e, se lance dans une traduction descriptivo-explicative en tant que strat\u00e9gie orient\u00e9e vers la langue cible pour esp\u00e9rer restituer les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles de la langue de d\u00e9part. Cette m\u00e9thode reste employ\u00e9e dans le cas de la traduction des langues locales en langues \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 ici observ\u00e9e, s\u2019op\u00e8re au niveau du mouvement et de la forme des vers courts dans le texte de d\u00e9part et plus \u00e9labor\u00e9s dans le texte d\u2019arriv\u00e9e. Dans cette approche cibliste, Ombolo cherche \u00e0 ramener le lecteur \u00e0 la culture source. Cependant, loin de condamner sa cr\u00e9ativit\u00e9, il serait tout de m\u00eame int\u00e9ressant de se demander si une traduction r\u00e9alis\u00e9e sur l\u2019axe s\u00e9mantique, c\u2019est-\u00e0-dire plus \u00e9conomique, n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 parer ce d\u00e9s\u00e9quilibre. Par exemple <em>J&rsquo;aime donner des s\u00e9ances de mvet en buvant du vin<\/em> au lieu de\u00a0\u00ab\u00a0Il est une chose\/\u00a0Dans laquelle je me d\u00e9lecte immens\u00e9ment\/ Dans ma carri\u00e8re\/De conteur sur <em>mvet, \/<\/em>C\u2019est de donner des s\u00e9ances\/Tout en disposant \u00e0 port\u00e9e de main\/ De quoi boire\/\u00a0\u00bb. Il para\u00eet cependant \u00e9vident que le principe d\u2019\u00e9conomie avanc\u00e9 en traduction se heurte \u00e0 la libert\u00e9 du cr\u00e9ateur.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 sur\u00a0l\u2019axe s\u00e9mantique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 d\u2019Ombolo s\u2019illustre tant sur l\u2019axe formel que s\u00e9mantique. Anim\u00e9 par le souci de diss\u00e9quer les hyperonymes tout en proc\u00e9dant par des \u00e9toffements, le traducteur cherche en outre \u00e0 rendre explicite ce qui ne l\u2019est pas, \u00e0 traduire le substrat culturel <em>eton<\/em> que le barde suppose connu de l\u2019auditoire. Le texte \u00e9tant destin\u00e9 \u00e0 un public plus large, le m\u00e9diateur trouve judicieux d\u2019inclure dans sa traduction des explications qui concourent \u00e0 sa lisibilit\u00e9 et \u00e0 sa compr\u00e9hension. Il s\u2019agit des non-dits, ces \u00e9l\u00e9ments culturels que le conteur ne prend v\u00e9ritablement pas la peine d\u2019expliciter, sous pr\u00e9texte qu\u2019ils sont connus. Dans l\u2019extrait ci-dessous :<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 407px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.656px\">(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 114.781px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 134.25px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.656px\">\u00ab\/Mas\u2019 gan, met\u03cc\u0144 mina\/<\/td>\n<td style=\"width: 114.781px\"><em>Laissez, je vous raconte<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 134.25px\">\u00ab\u00a0\/Je m\u2019en vais \u00e0 pr\u00e9sent vous raconter\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.656px\">\/Ane At\u0451b\u0451 EBE\/<\/td>\n<td style=\"width: 114.781px\"><em>Comment Ateba EBE<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 134.25px\">\/Comment Ateba Ebe,\/<\/p>\n<p>Le chef sup\u00e9rieur des <em>Eton<\/em>\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 120.656px\">\/Ayag\u2019 nengan e m\u00f3n a Obala.\/\u00bb (NE, p.\u00a036)<\/td>\n<td style=\"width: 114.781px\"><em>Disait au revoir \u00e0 son enfant \u00e0 Obala<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 134.25px\">\/Faisait, dans sa ville de<\/p>\n<p>commandement<em>, \/ <\/em>La radieuse cit\u00e9 d\u2019Obala, \/<\/p>\n<p>Ses adieux supr\u00eames \u00e0 son fils.\u00a0\u00bb \/ (NE, p.\u00a037)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Ateba Ebe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Obala\u00a0\u00bb sont respectivement accompagn\u00e9s des mises en apposition telles que \u00ab\u00a0le chef sup\u00e9rieur des <em>Eton<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sa ville de commandement\u00a0\u00bb qui, initialement, sont absentes dans le texte de d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le chant X, la cr\u00e9ativit\u00e9 op\u00e9r\u00e9e sur l\u2019axe s\u00e9mantique est vue \u00e0 travers la connotation des lexies (onomastiques).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le lecteur fait face \u00e0 un texte dot\u00e9 d\u2019une valeur onomastique exceptionnelle. Il s\u2019agit des ethnonymes, noms l\u00e9gendaires autour desquels s\u2019est greff\u00e9e la vie socioculturelle du peuple <em>eton<\/em>,\u00a0notamment ceux de certains chefs de tribus. Est mis en \u00e9vidence le groupement de famille <em>Mbog kani<\/em> avec la mention du chef Etaba. Ces noms perdent leur sens premier pour prendre des connotations tant\u00f4t p\u00e9joratives tant\u00f4t ironiques. Le traducteur essaie d\u2019\u00eatre cr\u00e9atif en faisant ressortir leur valeur \u00e9vocatrice et suggestive.<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 420px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 110.547px\">(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 129.703px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 136.938px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 110.547px\">\u00ab\u00a0\/ Mewu ana me debege kidi\/<\/td>\n<td style=\"width: 129.703px\"><em>Je meurs aujourd\u2019hui, je suis enterr\u00e9 demain,<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 136.938px\">\u00ab\u00a0\/La mort m\u2019emporte d\u2019ici demain, \/\u00a0Et vous me mettrez sous terre:\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 110.547px\">\/Be lig wa mas ma elig\/<\/td>\n<td style=\"width: 129.703px\"><em>Ne reste pas laisser<\/em><\/p>\n<p><em>ma concession<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 136.938px\">\/N\u2019abandonne pas mon domaine, ton h\u00e9ritage:\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 110.547px\">\/Ne s\u00f3\u0144 Etaba ite lugu ve a bil\u00f3g. \/\u00a0\u00bb <strong>(<\/strong>NE, p.\u00a052)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td style=\"width: 129.703px\"><em>Comme la tombe<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0d\u2019Etaba se respecte <\/em><\/p>\n<p><em>seulement dans les<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0herbes<\/em>.<\/td>\n<td style=\"width: 136.938px\">\/Qu\u2019il ne soit pas l\u2019image de celui du chef Etaba \u00e0 Efok\/ Que les herbes ont noy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la tombe. \/\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a053)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Etaba<\/em> n\u2019est pas per\u00e7u dans ce texte \u00e0 travers ce qu\u2019il \u00e9tait \u2013 grand chef de la tribu <em>Mbok Kani<\/em> <strong>&#8211;<\/strong> mais \u00e0 travers le devenir de son domaine apr\u00e8s sa mort.\u00a0C\u2019est une propri\u00e9t\u00e9 dont le prestige se mesure \u00e0 la quantit\u00e9 d\u2019herbes l\u2019ayant noy\u00e9e. Le nom <em>Etaba<\/em> prend donc tout un autre sens que le lecteur ne peut saisir qu\u2019au travers de l\u2019esprit cr\u00e9atif du traducteur. Le vers \u00ab\u00a0\/S\u00f3\u0144 Etaba\u00a0ite lugu ve a bil\u00f3g\/ \u00bb (La tombe d\u2019Etaba se respecte seulement dans les herbes [lit.]) exprime l\u2019id\u00e9e d\u2019un s\u00e9pulcre laiss\u00e9 sans soins, traduisant ainsi le manque de charisme qui aurait marqu\u00e9 l\u2019existence de ce chef. Le traducteur rend la valeur \u00e9vocatrice et suggestive de ce rapprochement \u2013 le domaine d\u2019\u00ab\u00a0At\u0451b\u0451 EBE\u00a0\u00bb apr\u00e8s sa mort et celui laiss\u00e9 par son confr\u00e8re Etaba- \u00e0 travers une p\u00e9riphrase\u00a0: \u00ab l\u2019image de<strong>\u00a0\u00bb<\/strong>, dans : \u00ab\u00a0\/\u00a0Qu\u2019il ne soit pas l\u2019image de celui du chef Etaba \u00e0 Efok<strong>\/\u00a0\u00bb. <\/strong>Le m\u00e9diateur culturel, dans sa logique, pr\u00e9f\u00e8re utiliser cette p\u00e9riphrase que de la substituer au simple terme comparatif \u00ab\u00a0comme\u00a0\u00bb qui aurait limit\u00e9 sa cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe formel \u00e0 travers la modalit\u00e9 appr\u00e9ciative. Sa cr\u00e9ativit\u00e9 dans ce texte se situe aussi bien sur l\u2019axe formel que sur l\u2019axe s\u00e9mantique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le m\u00eame vers-ligne<strong>, <\/strong>le lecteur s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019auteur parvient \u00e0 rendre, sur l\u2019axe s\u00e9mantique, l\u2019ironie contenue dans l\u2019expression<strong> \u00ab\u00a0<\/strong><em>lugu<\/em><strong>\u00a0\u00bb <\/strong>(respecte) \u2013 la tombe d\u2019Etaba se respecte seulement dans les herbes [lit.]. L\u2019ironie contenue dans les propos du moribond \u00e9chappe quelque peu au m\u00e9diateur. Son style reste empreint de tristesse. La reformulation \u2013 <em>la tombe d\u2019Etaba s\u2019illustre en mati\u00e8re d\u2019abandon<\/em> \u2013 aurait \u00e0 coup s\u00fbr rendu cette ironie. Le choix du traducteur n\u2019est pour autant pas loin de la r\u00e9alit\u00e9. Il reste le fruit de la polys\u00e9mie propre \u00e0 certains termes <em>eton<\/em>. En d\u00e9cidant de rendre <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>lugu<\/em>\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0noy\u00e9<strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><em>\u00bb<\/em>, ce m\u00e9diateur cherche aussi bien \u00e0 rendre l\u2019image d\u2019un s\u00e9pulcre envahi par les herbes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, la m\u00e9tonymie contenue dans la restitution de \u00ab\u00a0<em>S\u00f3\u0144<\/em><strong>\u00a0\u00bb<\/strong> (<em>la tombe<\/em>) par \u00ab\u00a0domaine\u00a0\u00bb, illustre la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019auteur sur l\u2019axe s\u00e9mantique. Pour Ombolo, le terme \u00ab\u00a0S\u00f3\u0144<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>ne se limiterait pas qu\u2019au seul caveau<strong>. <\/strong>Ce d\u00e9ictique spatial repr\u00e9sente un cadre plus vaste. Toutefois, la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain-traducteur souffre, dans ce chant, de quelques probl\u00e8mes d\u2019expressivit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression \u00ab\u00a0\/Mewu ana me debege kidi<strong>\/\u00a0\u00bb <\/strong>traduite par \u00ab\u00a0\/La mort m\u2019emporte d\u2019ici demain\/ Et vous me mettrez sous terre\u00a0\/\u00a0\u00bb fait ressortir une certaine surtraduction. Elle a pour sens &#8211; <em>si mort venait \u00e0 m\u2019emporter d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre [\u2026]<\/em>. L\u2019ajout de \u00ab\u00a0Et vous me mettrez sous\u00a0terre <strong>\u00bb <\/strong>n\u2019apporterait aucune cr\u00e9ativit\u00e9 au texte<strong>. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019intention du moribond dans \u00ab\u00a0\/<em>me debege kiri<\/em><strong>\u00a0\/\u00a0\u00bb <\/strong>(\u00ab\u00a0vous me mettrez sous terre demain\u00a0\u00bb) n\u2019est en fait pas celle d\u2019enterrement. Elle traduit tout simplement le peu d\u2019importance accord\u00e9 \u00e0 un homme, une fois qu\u2019il s\u2019en est all\u00e9. L\u2019axe s\u00e9mantique occupe \u00e9galement une place de choix dans le chant XI.<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 416px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 125.781px\">(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 125.422px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 121.984px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 125.781px\">\u00ab \/Ntol m\u00f3n wakok\u00f3m ekut i?\/<\/td>\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>Un fils a\u00een\u00e9 devient souvent fou? <\/em><\/td>\n<td style=\"width: 121.984px\">\u00ab\u00a0\/Un fils a\u00een\u00e9 peut-il devenir<\/p>\n<p>un d\u00e9voy\u00e9<em>?\/ <\/em><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 125.781px\">\/Ma\u0144 m\u00f3n menga dzolo mon manga<strong>\/ <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>Un petit enfant que j\u2019avais donn\u00e9 le nom de l\u2019enfant de ma m\u00e8re,<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 121.984px\">\/Et un fils a\u00een\u00e9 \u00e0 qui j\u2019ai impos\u00e9 le nom de mon fr\u00e8re,\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 125.781px\">Nyom ng\u00f3n Bikele!<\/td>\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>L\u2019\u00e9poux de Ngono Bikele!<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 121.984px\">\/L\u2019\u00e9poux de la fille de Ngon Bikele!\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 125.781px\">Aya ngogo\u2026\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a054)<\/td>\n<td style=\"width: 125.422px\"><em>C\u2019est pas possible\u2026 <\/em><\/td>\n<td style=\"width: 121.984px\">\/Ah, pauvre de moi, je suis \u00e0<\/p>\n<p>pr\u00e9sent d\u00e9sempar\u00e9 et \u00e9tourdi. \/\u00a0\u00bb (Ombolo, (NE, p.\u00a055)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, autour du nom impos\u00e9 au fils du chef Ateba Ebe, se greffent des personnages tout aussi illustres que Nnomo Ngah\u2019Wono, le fr\u00e8re du moribond et Ngon Bikele. Ces noms que le barde suppose connus de l\u2019auditoire, mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, ne sont connus que dans la sph\u00e8re culturelle du clan <em>essele<\/em>. Pour rendre la grandeur \u00e0 ces personnages, l\u2019auteur devait proc\u00e9der \u00e0 la traduction des non-dits greff\u00e9s autour de leurs noms. Cette mesure rendrait son travail plus cr\u00e9atif. L\u2019emploi des adjectifs m\u00e9lioratifs tels que \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0courageux\u00a0\u00bb aurait apport\u00e9 une plus-value \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 au regard du r\u00f4le de m\u00e9diateur interculturel assign\u00e9 aux traducteurs des langues africaines. Les pareilles expansions auraient \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la traduction sur le plan s\u00e9mantique et \u00e0 \u00e9difier davantage les lecteurs <em>eton<\/em><em>ophones<\/em> et non <em>eton<\/em><em>ophones<\/em> sur le substrat socioculturel <em>eton<\/em><em>. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, les connotations de niveau de langue retrouv\u00e9es \u00e0 la suite du texte semblent avoir pos\u00e9 quelques probl\u00e8mes de traduction \u00e0 Ombolo. La restitution de \u00ab\u00a0\/Ntol m\u00f3n wakok\u00f3m ekut i?\/<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>(<em>Un fils a\u00een\u00e9 a souvent l\u2019habitude de devenir fou?<\/em> [lit.]) par \u00ab\u00a0\/Un fils a\u00een\u00e9 peut-il devenir un d\u00e9voy\u00e9?\u00a0<strong>\/\u00bb <\/strong>ne refl\u00e8te pas le registre de langue pr\u00e9conis\u00e9 par Lee-Jahnke (2001) pour assurer une bonne cr\u00e9ativit\u00e9. Ce faisant, la traduction\u00a0\u2013\u00a0<em>A-t-on jamais vu un fils a\u00een\u00e9 devenir un d\u00e9voy\u00e9?\u00a0<\/em>\u2013 se veut plus explicite, car la valeur de cette interrogation est rh\u00e9torique et non grammaticale. Or, Ombolo nous pr\u00e9sente une interrogation \u00e0 valeur grammaticale. Nous le savons bien, malgr\u00e9 le fait que le moribond s\u2019adresse \u00e0 Dieu, son intention n\u2019est pas de s\u2019attendre \u00e0 une r\u00e9ponse au sens \u00e9troit du terme. La traduction du cultur\u00e8me \u00ab\u00a0<em>ngam<\/em>\u00a0\u00bb, contenu dans le premier vers-ligne du Chant XIV illustre cette subtilit\u00e9 du traducteur en mati\u00e8re de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 506px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 144.047px\">(TD)<\/td>\n<td style=\"width: 151.047px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"width: 168.094px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 144.047px\">\u00ab \/M\u00f3n w\u00f3m\u00f3 mekad wo ngam i? [&#8230;]\/<\/td>\n<td style=\"width: 151.047px\"><em>Mon fils, que je te dise ce ngam[&#8230;]?<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 168.094px\">\u00ab \/Nnomo Ngah Wono mon fils, \/<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 144.047px\"><strong>\/<\/strong>Na melig wa e nnam i?\/ \u00bb (L.1)<\/p>\n<p>(Ombolo,1998, p.\u00a060)<\/td>\n<td style=\"width: 151.047px\"><em>Que je t\u2019ai laiss\u00e9 avec un peuple?<\/em><\/td>\n<td style=\"width: 168.094px\">\/Comprends-tu que je te laisse un<\/p>\n<p>peuple \u00e0 commander?\/ Faut-il pour te le dire que j\u2019emprunte\/ La sinistre et terrifiante\/\u00a0Voix des sorciers de la<\/p>\n<p>nuit?\/\u00bb (NE, p.\u00a061)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">En <em>eton<\/em>, le terme <em>ngam<\/em> renvoie en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 un insecte, un Ctenizidae de la famille d&rsquo;araign\u00e9es mygalomorphes utilis\u00e9 jadis \u00e0 des fins de divination. Cette utilisation a \u0153uvr\u00e9 en faveur du nom donn\u00e9 \u00e0 l\u2019art de la divination. Le traducteur recr\u00e9e ainsi cette r\u00e9alit\u00e9 et rend \u00ab\u00a0\/<em>M\u00f3n w\u00f3m\u00f3 mekad wa ngam i?\/<\/em>\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0\/Veux-tu que j\u2019emprunte pour te parler\/ La voix d\u2019un oracle, l\u2019oracle de la mygale fouisseuse?\/\u00a0\u00bb. Ce m\u00e9diateur aurait pu choisir une \u00e9quivalence dynamique telle que la \u00ab\u00a0boule de cristal\u00a0\u00bb, ce qui d\u00e9naturerait le texte. Il d\u00e9cide, cependant, de recr\u00e9er l\u2019image de la mygale avec toute son \u00e9vocation dans l\u2019esprit du lecteur.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe narratif<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019appuyant sur le chant XII, cette cr\u00e9ativit\u00e9 concerne la suite des derni\u00e8res recommandations d\u2019Ateba Ebe \u00e0 son fils. Il lui signifie ses devoirs envers sa m\u00e8re, future veuve, l\u2019administration coloniale\u00a0et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Le m\u00e9diateur accorde la part belle aux explications donn\u00e9es entre parenth\u00e8ses tenant lieu de didascalies.\u00a0Celles-ci mettent en \u00e9vidence sa cr\u00e9ativit\u00e9 sur l\u2019axe narratif. Il impute \u00e0 ces lignes le caract\u00e8re d\u2019un texte th\u00e9\u00e2tral, d\u2019un discours ins\u00e9r\u00e9 dans un r\u00e9cit et d\u2019un discours indirect libre\u00a0:<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 161px;width: 426px\">\n<tbody>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 137.594px\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>(TD)<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 128.109px\">(lit.)<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 117.484px\">(TA)<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 43px\">\n<td style=\"height: 43px;width: 137.594px\"><strong>\u00a0<\/strong>\u00ab\/\u00a0M\u00f3n w\u00f3m\u00f3, mo ng\u00f3n Mendum\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td style=\"height: 43px;width: 128.109px\"><em>Mon enfant, enfant d\u2019une fille Mendum<\/em><\/td>\n<td style=\"height: 43px;width: 117.484px\">\u00ab\u00a0<em>Le p\u00e8re se retourne \u00e0 nouveau vers son fils et l\u2019interpelle encore<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\/Nnomo Nga\u2019 Wono, <em>mon fils, <\/em>issu d\u2019une fille Mendoum\/<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 88px\">\n<td style=\"height: 88px;width: 137.594px\">\/Na Martin Nnomo\/<\/p>\n<p>Makad wa dam: \/<strong>\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>(NE, p.\u00a056)<\/td>\n<td style=\"height: 88px;width: 128.109px\"><em>Que, Martin Nnomo, <\/em><\/p>\n<p><em>Je te dis quelque chose<\/em>\u00a0:<\/td>\n<td style=\"height: 88px;width: 117.484px\">\/Que je te parle une nouvelle fois!\u00a0\u00bb (NE, p.\u00a057)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la didascalie \u00ab Le p\u00e8re se retourne \u00e0 nouveau vers son fils et l\u2019interpelle encore \u00bb, le traducteur veut non seulement rendre le sens de ce qui est dit mais de ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir. Il traduit aussi bien les termes utilis\u00e9s par les personnages que leurs actions. Il d\u00e9crit l\u2019atmosph\u00e8re avant de commencer la traduction proprement dite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, l\u2019oralit\u00e9 ne peut \u00eatre totalement dissoci\u00e9e du non-dit, de m\u00eame que les gestes et autres comportements qui l\u2019accompagnent. En r\u00e9alit\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9 du traducteur s\u2019op\u00e8re \u00e9galement au niveau du non-dit, mieux, au niveau des \u00e9l\u00e9ments paralinguistiques ou paratextuels dont il faut tenir compte pour une restitution fid\u00e8le et compl\u00e8te du message en langue cible. Ce sont ces \u00e9l\u00e9ments que l\u2019auteur s\u2019emploie \u00e0 faire ressortir dans sa didascalie. La traduction proprement dite commence \u00e0 \u00ab\u00a0Nnomo Nga\u2019 Wono, mon fils, issu d\u2019une fille Mendoum\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sa r\u00e9\u00e9criture du texte, toujours sur le plan narratif, s\u2019illustre \u00e0 travers l\u2019expression \u00ab\u00a0\/Makad wa dam\u00a0:\u00a0\/\u00bb, traduite litt\u00e9ralement par \u00ab\u00a0Je te dis quelque chose\u00a0\u00bb. L\u2019auteur refuse cette option et pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0\/Que je te parle une nouvelle fois\/\u00a0\u00bb. Le m\u00e9diateur, conscient du fait qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la premi\u00e8re fois que le locuteur interpelle son fils, adopte l\u2019expression \u00ab\u00a0une nouvelle fois\u00a0\u00bb bien que ce locuteur n\u2019en fasse point mention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au nombre des conseils que le chef mourant prodigue \u00e0 son fils pour l\u2019interpeller sur les diverses t\u00e2ches qui l\u2019attendent, figure l\u2019expression \u00ab\u00a0\/<em>Dam e dob e se na menk\u00f3m vala<\/em><strong>\u00a0<\/strong>\/\u00a0\u00bb dont la simple \u00e9quivalence dynamique serait <em>Qui renvoie \u00e0 demain trouve malheur en chemin<\/em>. Pour restituer cette r\u00e9alit\u00e9, le traducteur d\u00e9cide de sortir des sentiers battus en optant plut\u00f4t pour l\u2019expression \u00ab\u00a0\/Ne remets jamais \u00e0 plus tard une r\u00e9alisation d\u2019importance\/\u00a0\u00bb. Tout le sens contenu dans cette \u00e9quivalence dynamique se trouve enti\u00e8rement transpos\u00e9 dans cette reformulation cr\u00e9ative.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude a trait\u00e9 de l\u2019\u00e9valuation de la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re dans la version fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9pop\u00e9e <em>Nnomo Ngah\u2019Wono r\u00e9gnera sur les Eton<\/em> \u00e0 partir de la version originale<em>. <\/em>Elle s\u2019est voulue, avant tout, un travail de traductologie dont l\u2019int\u00e9r\u00eat consistait \u00e0 ouvrir des pistes de r\u00e9flexion, d\u2019offrir des commentaires et d\u2019int\u00e9grer les derni\u00e8res connaissances scientifiques en mati\u00e8re de traduction et d&rsquo;interpr\u00e9tation des textes \u00e9piques. Cette entreprise a permis de faire une appr\u00e9ciation de la traduction de l\u2019auteur \u00e0 travers les m\u00e9thodes de recherche ethnologique, de critique litt\u00e9raire et de techniques d\u2019analyse traductionnelle, en prenant comme r\u00e9f\u00e9rence les traits aspectuels sur lesquels les chercheurs en cr\u00e9ativit\u00e9 comme Fox, Jackson et Messick s\u2019accordent. Notre objectif a donc \u00e9t\u00e9 de savoir si le produit de l\u2019acte cr\u00e9atif d\u2019Ombolo r\u00e9pondait effectivement aux exigences de ces critiques. Il \u00e9tait donc question de rechercher les diff\u00e9rents axes sur lesquels s\u2019op\u00e8re la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. Pour retrouver les marques de ces axes dans les T.A., notre \u00e9tude s&rsquo;est fond\u00e9e sur une lecture en filigrane du texte des chants. Celle-ci a permis une \u00e9valuation minutieuse des s\u00e8mes utilis\u00e9s par l\u2019\u00e9crivain-traducteur pour faire face \u00e0 l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me li\u00e9 \u00e0 la polys\u00e9mie des termes <em>eton<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cet exercice, il ressort que, pour mieux restituer le sens des \u00e9l\u00e9ments culturels ainsi que l\u2019effet esth\u00e9tique du texte \u00e9pique circonscrit, l\u2019\u00e9crivain-traducteur a eu recours \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re, laquelle s\u2019est op\u00e9r\u00e9e sur diff\u00e9rents axes s\u00e9mantique, narratif, et formel; une d\u00e9marche inspir\u00e9e par Dancette <em>et al.<\/em> (2007). Diff\u00e9rentes techniques d\u2019\u00e9criture et de re\u00e9criture ont rendu possible son acte cr\u00e9atif. Le recours aux \u00e9toffements, aux modalit\u00e9s discursives et appr\u00e9ciatives ainsi qu\u2019aux explications lui a permis, outre de marquer le texte de sa pr\u00e9sence, de restituer l\u2019arri\u00e8re-fond socioculturel <em>eton<\/em> en fran\u00e7ais. Ainsi, le m\u00e9diateur interculturel est davantage rest\u00e9 dans une logique de \u00ab\u00a0cibliste\u00a0\u00bb que de \u00ab\u00a0sourcier\u00a0\u00bb. Il prend le parti de la langue cible, ou langue d&rsquo;arriv\u00e9e, et s\u2019emploie \u00e0 produire dans un style ch\u00e2ti\u00e9 un texte d\u00e9pourvu des particularit\u00e9s de la langue <em>eton<\/em>; une posture qui explique ses choix langagiers et stylistiques pour la r\u00e9ussite de l\u2019acte cr\u00e9atif.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chomsky, Noam. 1971. <em>Aspects de la th\u00e9orie syntaxique<\/em> (1965 pour la premi\u00e8re \u00e9dition). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dancette, Jeanne, Audet, Louise et Jay-Rayon, Laurence. 2007. Axes et crit\u00e8res de la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction. <em>Meta<\/em>, <em>52<\/em>(1), 108-122.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dubois, Jean <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 1994. <em>Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage<\/em>. Paris\u00a0: Larousse.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eno Belinga. 1978. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e camerounaise\u00a0: le mvet<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Universit\u00e9 de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fox, Herbert. 1963. A Critique on Creativity in Science (123-152). In M.\u00a0A.\u00a0Coler (ed.), <em>Essays on Creativity in the Sciences<\/em>. New York: New York University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jackson, Philip Wesley and Messick, Samuel. 1967. The Person, the Product, and the Response: Conceptual Problems in the Assessment of Creativity (1-19). In J. Kagan (ed.), <em>Creativity and <\/em><em>Learning<\/em><em>. <\/em>Boston: Houghton Mifflin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lee-Jahnke, Hannelore. 2001.\u00a0Aspects p\u00e9dagogiques de l\u2019\u00e9valuation des traductions. <em>Meta<\/em><em>,<\/em> <em>46<\/em>(2),\u00a0258-27.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ombolo, Jean-Pierre. 1998.<em> Nnomo Ngah\u2019Wono r\u00e9gnera sur les Eton<\/em> \u2013 <em>Une \u00e9pop\u00e9e beti<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Presses universitaires de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Schleiermacher, Friedrich. 1999. Des diff\u00e9rentes m\u00e9thodes du traduire (Conf\u00e9rence lue le 24 juin 1813 \u00e0 l\u00b4Acad\u00e9mie Royale Des Sciences de Berlin.), traduit par Antoine Berman. En ligne\u00a0: http:\/\/www.philo5.com\/Les philosophes Textes\/Schleiermacher_MethodesDuTraduire.htm<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seleskovitch, Danica et Lederer, Marianne. 1984. <em>Interpr\u00e9ter pour traduire. <\/em>Paris : Didier \u00c9rudition.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/contributors\/jean-pierre-atouga\">Jean Pierre ATOUGA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est traducteur principal et professeur des lyc\u00e9es d&rsquo;enseignement g\u00e9n\u00e9ral. Il est titulaire d&rsquo;un doctorat PhD en \u00c9tudes litt\u00e9raires (option Litt\u00e9rature compar\u00e9e) et enseigne la traduction \u00e0 l\u2019\u00c9cole Sup\u00e9rieure de Traducteurs et Interpr\u00e8tes (ASTI) de l\u2019Universit\u00e9 de Buea au Cameroun. Ses champs de recherche sont les suivants : litt\u00e9rature et traductologie, traduction inters\u00e9miotique et culturelle.<br \/>\nContact : jpatou2003@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-216-1\">Le pr\u00e9sent travail \u00e9tudie le<em> mvet \u00e9kang, <\/em>le genre dit \u00ab majeur \u00bb <a href=\"#return-footnote-216-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-216-2\">Terme consacr\u00e9 par Eno Belinga (1978) en langue <em>ewondo<\/em> pour d\u00e9signer le joueur de <em>mvet<\/em> <a href=\"#return-footnote-216-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-216-3\"><em>Nnomo Ngah\u2019Wono<\/em>, pi\u00e8ce importante de la litt\u00e9rature orale des Eton, appartient au genre \u00e9pop\u00e9e et raconte, selon le mode propre \u00e0 ce genre litt\u00e9raire, les adieux supr\u00eames d\u2019Ateba Ebe, chef sup\u00e9rieur des Eton-Beti, \u00e0 son fils et successeur, Nnomo Ngah\u2019Wono. Le vieux chef, affaibli par une maladie qui l\u2019a depuis longtemps immobilis\u00e9 dans sa maison, sent venir l\u2019heure de sa mort et envoie chercher son unique enfant qui s\u00e9journe \u00e0 Yaound\u00e9. Les trois quarts de la pi\u00e8ce tournent autour de la rencontre, \u00e0 cette occasion, des trois membres de la famille : le chef, son \u00e9pouse Ngah\u2019 Wono, et leur enfant. <a href=\"#return-footnote-216-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-216-4\">Ces auteurs proposent une \u00e9valuation du texte traduit \u00e0 partir d\u2019un mod\u00e8le de la cr\u00e9ativit\u00e9 qui s\u2019op\u00e8re tant au niveau de la compr\u00e9hension qu\u2019au niveau de la r\u00e9\u00e9criture. Ils pr\u00e9sentent une double h\u00e9lice travers\u00e9e par cinq axes\u00a0: formel, s\u00e9mantique, r\u00e9f\u00e9rentiel, narratif et traductologique, rendant compte des diff\u00e9rents niveaux sur lesquels s\u2019exerce la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire. Cependant, \u00e0 d\u00e9faut de suivre cette double h\u00e9lice, nous optons pour celle qui examine la cr\u00e9ativit\u00e9 au niveau de la r\u00e9\u00e9criture. Au risque d\u2019embrasser tous les chants de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, l\u2019\u00e9tude n\u2019accorde la part belle qu\u2019\u00e0 ceux qui \u00e9difient sur trois des cinq diff\u00e9rents axes cr\u00e9atifs \u00e9nonc\u00e9s. <a href=\"#return-footnote-216-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-216-5\">Face au trouble qui l\u2019anime, la r\u00e9alit\u00e9 de savoir que son fils Nnomo, ne sera pas \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis \u00e0 relever apr\u00e8s sa mort, \u00ab\u00a0At\u0451b\u0451 EBE\u00a0\u00bb, chef sup\u00e9rieur des Eton, se lamente au sujet de son h\u00e9ritage. Il compare son \u00e9tat tant\u00f4t \u00e0 celui d\u2019une personne emport\u00e9e par le courant d\u2019une rivi\u00e8re, tant\u00f4t \u00e0 celui d\u2019une personne tomb\u00e9e du haut d\u2019un palmier ou encore \u00e0 celui d\u2019une personne morte des suites d\u2019accident de circulation. <a href=\"#return-footnote-216-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-216-6\">Cette th\u00e9orie renvoie \u00e0 la Th\u00e9orie interpr\u00e9tative ou Th\u00e9orie du sens. <a href=\"#return-footnote-216-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-216-7\">Pour Jean-Ren\u00e9 Ladmiral (1986), il y a d'un c\u00f4t\u00e9 les traducteurs \u00ab\u00a0sourciers\u00a0\u00bb, qui prennent le parti de la langue-source, ou langue de d\u00e9part, t\u00e2chant de pr\u00e9server, au sein de leur propre langue, les particularit\u00e9s de la langue \u00e9trang\u00e8re; et d\u2019autres \u00ab\u00a0ciblistes\u00a0\u00bb, qui prennent le parti inverse, celui de la langue cible, ou langue d'arriv\u00e9e, et dont le but sera de produire un texte \u00aben bon fran\u00e7ais\u00bb. <a href=\"#return-footnote-216-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":6,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["jean-pierre-atouga"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[123],"license":[],"class_list":["post-216","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-creativite","motscles-cultureme","motscles-epopee","motscles-mediateur","motscles-skopostheorie","motscles-traductologie","keywords-creativity","keywords-cultural-reference","keywords-epic","keywords-mediator","keywords-skopos-theory","keywords-traductology","motscles-autre-bibug-bi-tum-i-nnam","motscles-autre-isa-i-skopos","motscles-autre-nang","motscles-autre-nkahlana","motscles-autre-nteuni-bibug","motscles-autre-zekuli-a-nkahlan-mi-nkolo","contributor-jean-pierre-atouga"],"part":185,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/216\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":343,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/216\/revisions\/343"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/185"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/216\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=216"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=216"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/tafsiri\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}