À propos de la revue

La revue Maât. Éthique des sciences et des technologies est une revue multidisciplinaire qui traite des enjeux contemporains d’éthique des sciences et des technologies, en Afrique et ailleurs dans le monde, en puisant dans les pensées non occidentales et non positivistes, telles que l’éthique maât ou l’éthique ubuntu. Elle appelle des approches, des démarches et des regards critiques, innovants et surtout différents.

Plus précisément, la revue Maât encourage les publications alimentées par des réflexions théoriques et empiriques qui transcendent les approches conventionnelles centrées sur l’épistémologie positiviste européano-descendante. Elle vise à promouvoir un nouveau cadre axiologique pouvant contribuer non seulement à remettre en question les approches et pratiques conventionnelles en matière d’éthique des sciences et des technologies, mais aussi à les diversifier et à les enrichir. Son objectif ultime est de favoriser un cadre de réflexion critique et d’interprétation créatif et inclusif face aux questions urgentes soulevées par le développement des sciences et des technologies, notamment dans le contexte africain. Ce cadre pourra aussi permettre de traiter diverses problématiques en lien avec l’enseignement, la recherche (fondamentale et appliquée), l’entrepreneuriat et l’innovation.

La revue Mâat souhaite publier des recherches originales bien élaborées qui vont au-delà de la seule critique et s’inscrivent dans une démarche contextuelle et créative. L’éthique, en tant que problématique transversale, est au cœur de la revue Mâat. Dans cette perspective, elle encourage les recherches qui explorent des questions structurées autour de la justice cognitive et des épistémologies des suds (Visvanathan, 2009; Santos, 2007 et 2015; van der Velden, 2006 et 2009; Piron et al., 2016; Piron, 2017).

Dans l’Égypte ancienne, Maât était la déesse de la vérité, de la justice, de l’équilibre, de la droiture, de l’harmonie, de l’ordre du monde, de l’équité et de la loi universelle. Plus qu’une simple divinité, Maât représentait un concept absolu pour les Égyptiens (Assmann, 1989; Menu, 2005; Menu, 2015). Maât était la base sur laquelle le monde reposait. Du pharaon au paysan, ainsi qu’au rythme des saisons, tout reposait sur l’existence et la préservation de la Maât. D’un point de vue philosophique, la Maât était un principe moral et éthique que tous les Égyptien-ne-s étaient censé-e-s exprimer à travers leurs actions quotidiennes envers la famille, la communauté, le pays, l’environnement et les dieux (Martin, 2008). Un tel principe ne s’appliquait pas seulement à l’environnement humain, mais s’évertuait à intégrer le cosmos, le monde minéral, le monde végétal, etc. dans un tout complexe et interdépendant (Assmann, 1989; Menu, 2005; Martin, 2008; Karenga, 2003). La Maât était donc un concept à la fois total (intégrant des aspects humains et non humains) et élastique, porteur de nombreuses dimensions sémantiques que le monde d’aujourd’hui pourrait réinterpréter pour construire ou renforcer ses plurivers épistémiques, symboliques et matériels.

En s’inspirant des principes de la Mâat ainsi que d’autres éthiques africaines (Ubuntu, Medemer, épistémologies autochtones) et non africaines, cette revue ambitionne d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche et de suggérer des réflexions novatrices qui s’inspirent, s’enracinent et se déploient à partir d’épistémologies alternatives, y compris celles qui sont marginalisées. Elle propose un cadre scientifique (théorique et méthodologique) et empirique alternatif s’appuyant sur le paradigme décolonial. Ce paradigme consiste à lutter contre l’invisibilité et l’ignorance des systèmes de pensée et des éthiques issues des pays et des cultures en situation postcoloniale. Cela implique la mobilisation de concepts comme la justice cognitive – définie comme une reconnaissance active de la pluralité des connaissances en science et en technologie (Visvanathan, 2009) – mais aussi de principes éthiques issus de la Maât ou d’autres pensées endogènes. En effet, la Maât a contribué à favoriser l’affinement du concept de justice dans sa dualité et a permis d’encadrer les inégalités structurelles dans l’antiquité pharaonique (Menu, 2015). Dans cette perspective, les concepts de Maât, de justice cognitive, de Ubuntu et bien d’autres pourraient être mobilisés comme alternatives aux modèles utilitaristes et déontologiques dominants (Karenga, 2003) en matière d’éthique des sciences et des technologies.

Domaines ciblés

  • Éthique des sciences et des technologies;
  • Éthique de la santé;
  • Médecine et savoirs traditionnels;
  • Justice cognitive;
  • Écologie des savoirs;
  • Recherche dans le contexte africain;
  • Enseignement et éducation en Afrique;
  • Éthique de l’entrepreneuriat;
  • Éthique de l’innovation (y compris, innovation ouverte, innovation responsable, innovations pédagogiques);
  • Enjeux éthiques du développement durable et de la transition sociétale;
  • Transition énergétique, transition écologique
  • Technologies propres;
  • Gouvernance des ressources naturelles;
  • Éthique du numérique et des technologies émergentes : intelligence artificielle, données massives, plateformes technologiques; impression 3D, internet des objets;
  • Femmes et technologies;
  • Éthique du transfert de technologies.

Questions à explorer

Voici quelques questions qui pourraient orienter les auteurs et les autrices souhaitant contribuer à la revue Mâat. Des dossiers thématiques pourront être construits sur la base de ces questions.

  • Comment appréhender la science et la technologie en Afrique dans une perspective de justice cognitive?
  • Comment enraciner la science et la technologie en Afrique?
  • Comment décoloniser les curricula académiques et les débarrasser des biais euro-centriques?
  • Quel est le rôle des universités dans la renaissance africaine en matière de science et d’innovation technologique?
  • Quelle est la pertinence des nouvelles approches orientées vers les concepts de open source, open innovation, open manufacturing?
  • Comment appréhender l’intérêt actuel pour l’entrepreneuriat technologique et digital en Afrique?
  • Quels sont les rôles, représentations et défis des femmes africaines en matière d’innovation technologique?
  • Quel sens donner au discours centré sur la transition énergétique et les changements climatiques?
  • Comment articuler les triples transitions écologique, numérique et sociétale?
  • Quels sont les enjeux et les perspectives actuels en Afrique dans les domaines des technologies émergentes (intelligence artificielle (IA), impression 3D, internet des objets)?

En tout temps, des résumés de contribution peuvent être proposés à la revue, que ce soit à la suite d’un appel à contributions pour un dossier thématique ou en varia. Dans tous les cas, ils doivent être soumis par le biais du formulaire du Grenier des savoirs. Pour les normes de présentation des textes, les autrices et les auteurs se référeront à la page des instructions qu’ils et elles devront respecter scrupuleusement. Différents types de textes sont acceptés par la revue, notamment des synthèses, des notes de recherche, des entretiens, des comptes rendus, des retours de terrain ou des questions de recherche. Les personnes qui aspirent à publier dans la revue sont invitées à lire attentivement l’Engagement des auteurs et des autrices et les autres politiques éditoriales de la revue qui aspire à la plus haute qualité et à l’indexation dans le Directory of Open Access journals.

Références

Assmann, J. (1989). Maât, l’Égypte pharaonique et l’idée de justice sociale.

Karenga, M. (2003). Maat, the Moral Ideal in Ancient Egypt. A Study in Classical African ethics. Routledge.

Martin, D. (2008). Maat and Order in African Cosmology. A Conceptual Tool for Understanding Indigenous Knowledge, Journal of Black Studies, 38 (6).

Menu, B. (2005). Maât: l’ordre juste du monde. Editions Michalon.

Menu, B. (2015), Maât, ordre social et inégalité dans l’égypte ancienne, Droit et Culture, 51-73.

Piron, F. (2017). Méditation haïtienne: Répondre à la violence séparatrice de l’épistémologie positiviste par l’épistémologie du lien. Sociologie et sociétés, 49(1), 33-60.

Piron, F., S. Regulus, et M. S. Dibounje Madiba (dir.) (2016). Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable. Québec, Canada: Éditions science et bien commun, 2016.
https://doi.org/10.5281/zenodo.205145.

Santos, B. de Sousa (2015). Epistemologies of the South: Justice against epistemicide. Routledge.

Santos, B. de Sousa (dir.) (2007). Cognitive Justice in a Global World: Prudent knowledges for a decent life. Lanham: Lexington.

Van der Velden, M. (2006). A case for cognitive justice. Unpublished paper.
https://www.globalagenda.org/file/24

van der Velden, M. (2009). Design for a common world: On ethical agency and cognitive justice. Ethics and Information Technology, 11(1), 37-47.

Visvanathan, S. (2009). The search for cognitive justice. Seminar publication. Traduit par F. Piron dans Piron, Régulus et Dibounje Madiba (dir.) Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Québec: Éditions science et bien commun.

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