Volume 1 numéro 1 : Une part de ville! Les populations migrantes en quête de territoire

Table des matièresFuir le Sahel et le Nord burkinabè, se réfugier dans la capitale ouagalaise

Assonsi SOMA

La crise sécuritaire et humanitaire dans les régions du Sahel et du Nord du Burkina Faso a contraint de nombreuses familles à fuir la zone afin d’échapper à la mort ou à la violence. La ville de Ouagadougou, capitale du pays, a été choisie par certaines personnes déplacées comme lieu de refuge. L’objectif principal de cette étude est, d’une part, de cerner les motivations du choix de cette ville par les personnes déplacées internes comme lieu de refuge privilégié. D’autre part, elle vise à analyser les capacités des autorités à trouver des solutions efficientes pour l’insertion socioterritoriale des nouveaux et nouvelles arrivant·e·s, les effets pervers de la fabrique tous azimuts de nouveaux territoires spontanés par ces derniers dans la ville en termes d’occupation harmonieuse de l’espace et de cohabitation pacifique et les stratégies de résilience développées pour leur survie. Pour ce faire, l’étude s’appuie sur un corpus de textes existants sur le sujet et des données recueillies sur le terrain au moyen de l’observation directe. Elle permet ainsi de relever les attitudes mitigées de l’accueil, particulièrement la méfiance des différents acteurs vis-à-vis de l’arrivée massive des déplacé·e·s internes, dans l’option d’envisager une meilleure insertion socioterritoriale de cette population en détresse.

Trajectoire résidentielle des déplacé·e·s internes et migrant·e·s à Ouagadougou

Seydou SERE

Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso est une métropole en forte croissance démographique et spatiale, avec une population aujourd’hui estimée à 3 millions d’habitants pour une superficie de 518 km2. Cette dynamique rapide est liée à la croissance naturelle et à une migration importante, à la fois internationale, avec les déplacés du conflit ivoirien au cours des années 2000, et interne, avec la persistance de flux migratoires d’origine rurale. Selon l’observatoire de la population de Ouagadougou (OPO), 71 % des adultes de plus de 15 ans ne sont pas né·e·s dans la capitale. Cette croissance soutenue exerce une pression extrêmement forte sur la situation résidentielle des natifs et des migrants, contraints très souvent à loger dans les quartiers périphériques lotis et non lotis. Cet article analyse, les trajectoires résidentielles des migrant·e·s internes et internationaux à Ouagadougou. Cette analyse s’appuie sur un état de l’art des migrations urbaines au Burkina Faso, et des données de l’étude « Ouaga 2009 », utilisées dans le cadre de nos recherches doctorales. Ainsi, l’article aborde les points sur les lieux de naissance des Ouagalais·es, les flux migratoires, les quartiers d’accueil à l’arrivée et les motifs des migrations vers Ouagadougou, ainsi que les trajectoires résidentielles.

Entretien avec Cyrille Hanappe

Pierre Boris N’NDE

« En Amérique du Nord, la ville s’est constituée par les ghettos; ceux qui arrivaient en ville et pour une génération au moins, le temps d’être assimilé dans le pays, les migrants demeuraient dans les ghettos. Aujourd’hui, c’est devenu touristique dans plusieurs villes états-uniennes : ‘‘little Italy’’, ‘‘China town’’, ‘‘little Odessa’’. Le ghetto, c’est un endroit où les migrants restaient au moins le temps d’une génération, en ressortaient quand ils estimaient être assez intégrés dans les logiques du pays d’accueil ou alors lorsqu’ils aspiraient à des ambitions plus grandes que celles des ghettos. En France ou en Europe, ces logiques de ghetto sont particulières, on ne les aime pas du tout pour des raisons bonnes et mauvaises. Le fait que les espaces urbains soient onéreux perturbe l’existence des ghettos. Les villes se retrouvent de plus en plus avec des migrants marginalisés », souligne Cyrille Hanappe dans l’entretien accordé à la revue Gari.

Action humanitaire et urbanisation au Tchad : le cas d’Abéché et Goré

Yvan Hyannick OBAH, Loïc Bertrand BIANGO NYAMA et Marie Thérèse MENGUE

La présente réflexion questionne la transformation des espaces traditionnels en centres urbains modernes, sous la bannière de l’action humanitaire. En Afrique, l’attrait des villes occidentales, l’exubérance du phénomène migratoire (multifactoriel) et la forte croissance démographique entraînent une urbanisation rapide et incontrôlée. Au Tchad, les conflits et crises (internes et externes) ont un double rapport à l’urbanisation des villes traditionnelles et des villages. Si au premier abord les effets en termes de dégâts matériaux et de désastres humanitaires obèrent des dynamiques urbaines, ces conflits et crises constituent cependant un catalyseur des transformations rurales et urbaines à travers le déploiement de l’action humanitaire. Cette tendance, qui fait l’objet de ce travail, invite à questionner l’influence de l’action humanitaire sur l’urbanisation, en prenant le cas des villes d’Abéché et Goré au Tchad. Les analyses s’adossent sur la perspective sociologique balandienne centrée sur le concept de « mutations » qui appréhende ici l’action humanitaire comme un facteur de construction et d’identification d’un nouveau type de villes. Elles s’appuient également sur des données empiriques recueillies grâce aux observations directes et indirectes menées dans les zones d’étude (Abéché et Goré). Le premier axe de la réflexion procède à une sociographie de l’action humanitaire au Tchad afin de faire ressortir ses fondements et ses ressorts. Le second moment de l’analyse met l’emphase sur les éléments de complémentarité et de divergence entre l’action humanitaire et l’urbanisation. Le troisième moment enfin s’appesantit sur les défis liés à l’urbanisation par l’action humanitaire au Tchad.

Quand l’accueil force la transition : migrations, insécurités et transformation urbaine à Garoua Boulaï

Pierre Boris N’NDE

Les déplacements de populations d’une localité à une autre sont de nature à modifier les espaces d’accueil. À Garoua Boulaï, les migrations pour des causes humanitaires qui ont entraîné l’installation des populations centrafricaines ont mis en lumière l’insuffisance, la défectuosité ou l’absence des dispositifs urbains d’accueil. Dès lors la ville se réinvente avec ses nouveaux arrivants mêlant insécurités, économie informelle et nouvelles sécurisations. Les structures ou modalités d’accueil et les nouveaux acteurs qui émergent en vue de contenir, accueillir et gérer les populations en détresse contribuent à façonner la ville en lui proposant une urbanisation par l’étalement. Sortant de son statut de région de transit, la petite ville fortement ruralisée se transforme pour inclure ce que lui suggèrent les nouvelles populations. La transition urbaine qui s’impose dans l’urgence peut être examinée sous l’angle des insécurités. L’humanitarisation et la militarisation qu’imposent les conflits armés dans les villes et villages du pays frontalier, la république centrafricaine, participent à cette transition.

Les Oublié·e·s

Yvon NGASSAM

Les Oublié·e·s est une série tirée de l’exposition TRACES présentée en première à l’Espace doual’art du 16 octobre au 27 novembre 2021. Appareil photo à la main, l’artiste Yvon Ngassam a pointé son objectif sur les invisibles de la crise de Boko haram qui affecte sérieusement la stabilité du bassin du Lac Tchad. Côté Cameroun, on y découvre des drames individuels qui font retentir la détresse collective des populations déplacées. Dans la douleur des atrocités, l’humain rêve entres autres de pain, de retour à la stabilité, d’un avenir radieux pour sa descendance, pour l’humanité et lui-même, sans jamais pouvoir véritablement panser les cicatrices de ce passé qui peine à s’effacer. Enfants, femmes, jeunes, vieux et vieilles vivent le déplacement en écoutant leur expérience et leurs espérances. L’espoir n’est jamais bien loin pour ces gens dont on ne parle que le temps d’un reportage, d’un article ou d’une exposition. À la réalité, chaque artiste utilise son moyen d’expression pour parler à la conscience humaine, appeler à plus de responsabilité et pousser à l’action. Dans ce travail, l’art est mis au service de l’humanité en donnant la parole aux sans-voix.

Informalité, appropriation populaire et projection d’espaces urbains sécurisés

Pierre Boris N’NDE et Guy Sylvain TALLA

Les villes africaines et plus précisément camerounaises sont au cœur de transformations dues en grande partie aux investissements communautaires et populaires. À partir d’un projet de sécurisation des quartiers urbains devant les insuffisances de la sécurité publique, les communautés arrivent à s’organiser de manière informelle pour protéger les habitant·e·s et répondre aux menaces d’insécurité. Cette réponse procède par une forme de gouvernance locale qui leur est propre et qui agit non seulement à travers l’occupation des espaces, mais à travers l’appropriation des lieux et places en vue de les redéfinir. D’une vision pour la sécurité des quartiers, les communautés engagées mobilisent toutes sortes d’énergie et de ressources afin de donner à leur quartier une dynamique rêvée, imaginaire, futuriste, utopique. L’utopie qui naît, l’utopie sécuritaire n’est qu’une projection imagée de la ville du futur telle que pensée par les communautés. Son exécution peut donc se faire sous certaines contraintes ou sous la violence.

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