Appel volume 1, numéro 1 : Une part de ville ! Les populations migrantes en quête de territoire

Dossier coordonné par Pierre Boris N’NDE (LIRAJ)

Présentation

Les travaux sur les conflits et les migrations forcées dans les villes en Afrique se renouvellent.  Certains ont questionné la ville du futur dans ses processus d’accueil des réfugié-e-s (Hanappe, 2018). D’autres ont orienté leur regard sur les rapports sociaux qui régissent les communautés d’accueil et migrantes (Jacobsen, 2017 ; Miller, 2018). Une troisième catégorie a abordé la question sous l’angle des parcours en explorant les problématiques liées à la surpopulation urbaine due à l’afflux important de réfugié-e-s et leurs conditions de précarité extrêmes (Fresia, 2006 ; Bertrand Monique, 2009).

Les instabilités que connaissent certaines régions d’Afrique freinent le développement des zones urbaines. Outre les vagues de déplacement interne et les migrations internationales, la ville est désormais confrontée à la gestion du flux important de migrant-e-s. Abidjan et Accra l’ont connu avec les populations réfugiées victimes des conflits au Libéria, en Sierra Léone et au Nigéria (suite à la guerre du Biafra). Douala et Yaoundé en ont fait l’expérience autrefois avec le conflit nigérian, très récemment avec les insurrections de Boko Haram, les insécurités en République Centrafricaine et, actuellement, avec le conflit de sécession qui a débuté en 2016 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les villes centrafricaines surmontent, quant à elles, des insécurités dues aux mouvements entrants de groupes armés, de réfugié-e-s étrangers/étrangères et aux migrations des populations vers les territoires voisins (Akandji-Kombé et Maia, 2018 ; Houssein, 2014 ; Binoua, 2005).

Rabat et Casablanca connaissent cette réalité suite aux conflits en Libye ; les villes de Kinshasa, Brazzaville ou Kigali sont également connues pour abriter les populations déplacées victimes des conflits, notamment dans le Kivu (République Démocratique du Congo).

On parlerait désormais de nouveaux voisins, de nouvelles cohabitations et de nouveaux comportements, bref, de rapports différents à l’espace, aux territoires, aux ressources urbaines. Dans presque tous les cas, ces villes ne sont pas préparées à accueillir un tel flux de populations. Pour son premier dossier, la revue Gari. Recherches et débats sur les villes africaines propose trois axes non exhaustifs à explorer.

Axe 1 : Habitat, logement et migrant-e-s

L’arrivée subite des populations en détresse contribue à l’érection et au développement des installations provisoires ou spontanées servant de logements. Celles-ci s’ajoutent à la précarité existante et contribuent à étendre le paysage des bidonvilles. L’accroissement de la promiscuité en entraînant des questions d’hygiène, de salubrité et de santé publique représente une approche de la réflexion qu’il serait sans doute important de développer. Si les populations en détresse réclament une part de ville, il ne faut pas perdre de vue qu’elles sont en quête de sécurité, en fuite, en quête d’un espace provisoire ou pour utiliser une expression plus technique, elles sont en transition. Lorsque les bidonvilles font leur apparition dans les villes qui cherchent péniblement à s’affirmer, on pourrait s’interroger notamment sur les capacités ou les aptitudes des municipalités, des gouvernements ou même des organisations (locales, nationales ou internationales) à apporter des réponses durables aux nécessités des migrant-e-s et victimes de conflits.

Axe 2 : Les villes au cœur de la transition humanitaire

La transition humanitaire, expression processuelle de l’action humanitaire, « traduit le passage d’un paradigme dominant de solidarité Nord-Sud d’essence occidentale à un modèle beaucoup plus complexe » (Mattei et Troit, 2016, p. 211), celui de l’autonomisation ou de la responsabilité éthique des acteurs locaux, et plus encore de la prise en compte de la souveraineté des États, à conduire les affaires humanitaires qui se déroulent sur leur territoire. En fait, quelle est la place des villes africaines dans les crises humanitaires ? Dans quelle(s) mesure(s) les activités humanitaires contribuent-elles, et ce d’une quelconque manière, aux dynamiques urbaines ? Quels cas est-il possible de relever pour illustrer les influences des approches humanitaires sur le comportement des villes ? Quelles peuvent être les résiliences observées de la part des acteurs humanitaires et des populations bénéficiaires ? Quelles sont désormais les différentes tendances de développement vers lesquelles ces villes s’alignent ?

Par ailleurs, le concept de transition dans les recherches en anthropologie et en démographie suggère une étape du parcours du migrant qui, dans certains cas, peut s’avérer permanente. Mekki-Berada, Moffette, Kilani, Ettoussi, Helly, Schensul et El Khayat (2013) examinent, à cet effet, les populations migrantes de l’Afrique Subsaharienne en transit à Casablanca ou à Rabat, attendant permanemment de traverser la mer méditerranéenne, une étape qui devient finalement une destination non avouée. Comment les migrant-e-s s’approprient-ils/elles les villes qui connaissent déjà la « permanence du transit » ? Est-il possible d’examiner leur rôle dans la gestion des transitions humanitaires ? Quelles sont les espérances dans l’exploitation des portions de territoire ? Quels enseignements peut-on tirer des parcours de vie ?

Axe 3 : L’accueil des migrant-e-s et la question de la sécurité

Le phénomène d’insécurité ou tout au moins, le sentiment d’insécurité accompagne très souvent l’installation et l’occupation urbaine des populations en détresse. Elles peuvent faire l’objet de représailles ou alors peuvent être elles-mêmes à l’origine de violences qui ont leurs répercussions sur le bien-être des villes d’accueil. Mais on notera également le ressentiment entre les groupes, lequel peut être d’une forte intensité et s’exprimer par la violence. S’installer dans des villes paisibles représente également une dose de défi, celui de vivre en précarité devant les « bonheurs » qui sont apparents. Le sentiment d’insécurité (Mucchieli et Robert, 2002 ; Lagrange, 1984 ; Roché, 1998), celui qui crée des catégories à la fois de victime, d’environnement insécurs, de potentiel(le) criminel(le) ou de la peur mérite d’être examiné. Autant l’étranger-ère est porteur de malheur, autant de la part de ville qu’il ou elle se réclame dépend l’équilibre des quartiers qu’il ou elle habite. Comment le migrant ou la migrante participe-t-il/elle à l’insécurité ou à la sécurité d’une ville ? Cela sous-entend bien évidemment toute une dynamique de communication non seulement avec les communautés des quartiers, mais également une collaboration aux projets communs liés à la gouvernance locale. Comment donc interroger les questions sécuritaires de la ville en considérant les paramètres de l’étranger ou de l’étrangère, du migrant ou de la migrante, du réfugié ou de la réfugiée ?

Références

Akandji-Kombé, Jean-François. et Maia, Catherine., 2018. O tribunal penal especial centro-africano: os desafios do estabelecimento de uma justiça penal internacionalizada na República centro-africana. Revista da Faculdade de Direito e Ciência Política, 11, 70-97. Disponible à l’adresse https://revistas.ulusofona.pt/index.php/rfdulp/article/view/6467

Bertrand, Monique. 2011. De Bamako à Accra : mobilités urbaines et ancrages locaux en Afrique de l’Ouest. Paris : Karthala.

Binoua, Josué. 2005. Centrafrique, l’instabilité permanente. Paris : L’Harmattan.

Fresia, Marion. 2006, Des « réfugiés-migrants » : Les parcours d’exil des réfugiés mauritiniens au Sénégal. UNHCR New Issues in Refugee Research. Research Paper No. 135. Consulté à l’adresse https://www.unhcr.org/fr/4bc714b05.pdf

Hanappe, Cyrille. 2018. Comment fabriquer de l’hospitalité urbaine ? Partir du cas de Grande-Synthe. Hommes & migrations, 1323, 69-80.

Houssein, Mohamed. 2014. Les conflits armés en Centrafrique, causes et conséquences. Consulté en ligne à l’adresse http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-1011_fr.html

Jacobsen, Karen. 2017. Refugees in towns: experiences of integration. Forced Migration Review, oct., 78-79. Consulté à l’adresse https://www.fmreview.org/latinamerica-caribbean/jacobsen

Lagrange, Hugues. 1984, Perceptions de la violence et sentiment d’insécurité. Déviance et société, 8 (4), 321-344.

Mattei, Jean-François et Troit, Virginie. 2016. La transition humanitaire. Médecine/sciences, 32, 211-215.

Mekki-Berada, Abdelwahed, Moffette, David, Kilani, Mondher, Ettoussi, Azzouz, Helly, Denise, Schensul, Jean J. et El Khayat, Ghita. 2013. Droits précaires, déchirures émotionnelles et résilience des migrantes subsahariennes en transit.   Dans   Saillant   Francine  et   Karoline Truchon, Droits et cultures en mouvements (p. 229-249). Québec : Presses de l’Université Laval.

Miller, Sarah Deardorff. 2018. Assessing the Impacts of Hosting Refugees. World Refugee Council Research Paper No. 4, August. Consulté à l’adresse https://www.cigionline.org/sites/default/files/documents/WRC%20Research%20Paper%20no.4.pdf

Mucchieli, Laurent et Robert, Philippe. 2002. Crime et sécurité. L’état des savoirs. Paris : La Découverte.

Roché Sébastian. 1998. Expliquer le sentiment d’insécurité : pression, exposition, vulnérabilité et acceptabilité. Revue française de science politique, 48 (2), 274-305.

Conditions de soumission

La revue Gari publie exclusivement en langue française, mais peut exceptionnellement admettre des textes en anglais ou en d’autres langues si elle dispose d’une ressource humaine circonstancielle pour les évaluer et les réviser. Les résumés ainsi que les textes définitifs seront exclusivement soumis en ligne à l’adresse suivante : https://www.revues.scienceafrique.org/formulaire/

Avant l’envoi des textes définitifs, les auteurs et autrices sont prié-e-s de télécharger la feuille de style et de respecter scrupuleusement les normes de présentation qu’ils ou elles trouveront à cette adresse :

https://www.revues.scienceafrique.org/gari/politiques/instruction-aux-auteurs-et-aux-autrices/

Calendrier

Ouverture de l’appel : 20 novembre 2019

Date limite de réception des résumés (en ligne uniquement) : 20 février 2020

Réponse aux auteurs et autrices après évaluation de la proposition : 10 mars 2020

Réception des textes complets (en ligne uniquement) : 5 juin 2020

Publication du volume : 15 octobre 2020.

Comité de rédaction

Comité scientifique

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