Appel volume 1, numéro 1 : « La fabrique langagière du vivre ensemble. Lexique, discours, représentations »

Dossier coordonné par Léonie Métangmo-Tatou (LADYRUS, Université de Ngaoundéré) et Mohamadou Ousmanou (LADYRUS, Université de Maroua)

Présentation

La revue de linguistique pour le développement Jeynitaare lance son premier numéro sur le thème « La fabrique langagière du vivre ensemble. Lexique, discours, représentations ».

L’avènement des conflits intercommunautaires dans le monde en général et en Afrique en particulier est toujours accompagné de l’émergence d’un vocabulaire et d’un discours circonstanciels. On distingue généralement un avant et un après, un discours de la guerre, un discours de haine et un discours de réconciliation. C’est dans ce cadre que naquit par exemple la philosophie de l’Ubuntu[1] en Afrique du Sud qui prouve la nécessité de relations sociales apaisées.

L’expression « vivre ensemble », qui fait florès dans les discours politiques ces dernières années – quoique son existence soit beaucoup plus ancienne que l’on croit (Saillant, 2015) –, est presque toujours liée à des contextes conflictuels. Elle tente ainsi de rendre compte de la complexité des relations humaines vues sous divers angles : sociologie, anthropologie, géopolitique, science politique, etc. La multiplication des conflits sur la planète et la volonté d’arriver à des situations d’apaisement ont favorisé, de manière conjointe, l’émergence de concepts tels que le lien social, la cohésion sociale, le vivre ensemble. Prenant la mesure des rapports sociaux, les Nations unies proclament l’année 2019 année internationale de la modération et le 16 mai journée internationale du vivre ensemble dans la paix. Cette proclamation se veut

un moyen de mobiliser régulièrement les efforts de la communauté internationale en faveur de la paix, de la tolérance, de l’inclusion, de la compréhension et de la solidarité, et l’occasion pour tous d’exprimer le désir profond de vivre et d’agir ensemble, unis dans la différence et dans la diversité, en vue de bâtir un monde viable reposant sur la paix, la solidarité et l’harmonie (ONU, 2019, en ligne).

Il est important de rappeler que toutes ces notions sont construites et traduisent, d’une certaine manière, l’idée d’appartenance à un groupe. La linguistique du développement, dont l’un des postulats repose sur la volonté des chercheurs et chercheuses « de résoudre un problème concret de la société » (Métangmo-Tatou, 2019, en ligne), ne se départit pas des questions de cohésion sociale et de dialogue interculturel (UNESCO, 2001; Tourneux, 2009) qui apparaissent à l’esprit humain, prioritairement, sous sa forme langagière :  qu’est-ce « vivre ensemble » si ce n’est avant tout « penser ensemble », « réfléchir ensemble », « discuter ensemble » ? La construction sociale passe inéluctablement par le langage, car c’est à travers ces discours, par exemple, que « les individus donnent du sens à leurs relations sociales, le font naitre, exister, se transformer » (Bonnet, Gaboriaux et Plassart, 2019, p. 9).

On sait aussi, autant à l’échelle personnelle qu’à l’échelle de la communauté, que c’est par la parole qu’un individu se réalise, c’est à travers les langues qu’on apprend de l’autre, qu’on apprend avec l’autre, qu’on apprend à se valoriser, à valoriser ou à dévaloriser l’autre : « La parole c’est comme de l’eau, disent les Peuls; une fois qu’elle s’est répandue, elle ne se ramasse pas » ( Konngol ko ndiyam, so rufii ɓoftotaako) (Mammadu Abdul Sek et Aliw Mohammadu, 2009, p. 78).

Les rapports entre communautés peuvent être perçus d’un double point de vue : rapprochement ou distanciation.  Le premier s’opère le plus souvent sous le mode de la solidarité ou de l’entraide : « Keewal waawi cuusal »[2]; tandis que le second fonctionne selon un désir de différenciation : « Ondorvoko awa citta »[3].

Questionner les rapports humains au travers des pratiques langagières, c’est aussi faire prévaloir la justice cognitive d’autant plus qu’elle participe de la visibilité de la diversité des savoirs et des cultures de l’humanité (Piron et al., 2016, en ligne).

En clair, il s’agit de tenter d’apporter des réponses aux questions suivantes : par quels mécanismes langagiers les sujets parlants construisent-ils/elles leurs relations au sein de la communauté, et avec les autres communautés, étant entendu que la problématique du vivre ensemble peut avoir une extension nationale, mais aussi supranationale? Quels sont les dispositifs et les contextes d’apprentissage qui favorisent la cohésion sociale? Comment caractériser les discours sur les communautés? Quelles représentations sociales et sociolinguistiques se dégagent de ces discours? L’on aura compris évidemment que ces interrogations n’épuisent ni le sujet ni les approches des différentes sous-disciplines de la linguistique, mais convoquent aussi celles des sciences humaines et sociales qui s’y arc-boutent.

Axes de réflexion

  • L’apport de la linguistique du développement à la cohésion sociale : une épistémologie de l’engagement social pour le bien commun;
  • Pouvoir des mots et construction sociale;
  • Acquisition des langues/cultures et dynamique du vivre ensemble;
  • Discours médiatiques et impacts sur la construction sociale;
  • etc.

Conditions de soumission

La revue Jeynitaare publie exclusivement en langue française, mais peut exceptionnellement admettre des textes en anglais ou en d’autres langues si elle dispose d’une ressource humaine circonstancielle pour les évaluer et les réviser. Elle pratique par l’évaluation par les pair-e-s (peer-review) et dispose d’une politique anti-plagiat arrimée à celle du Grenier des savoirs. Nous invitons les auteurs et autrices à lire les instructions et à déposer leurs propositions dans le formulaire en ligne : https://www.revues.scienceafrique.org/formulaire/.

Avant l’envoi des textes définitifs, les auteurs et autrices sont prié-e-s de télécharger la feuille de style et de respecter scrupuleusement les normes de présentation qu’ils ou elles trouveront à cette adresse :

https://www.revues.scienceafrique.org/jeynitaare/politiques/instructions-aux-auteurs-et-aux-autrices/

Calendrier

10 février 2020 : lancement de l’appel à contribution

20 mars 2020 : date limite de soumission des propositions (uniquement en ligne)

15 avril 2020 : notifications d’acceptation des propositions

15 août 2020 : date limite d’envoi des textes

15 décembre 2020 : publication du dossier

Comité de rédaction

Comité scientifique

Références

Bonnet, Valérie, Gaboriaux, Chloé, et Plassart Marie. 2019. Délier les langues sans défaire les liens. Mots. Les langages du politique 121 (3), 9-14.

Fall, Khadiyatoulah. 2015. De quoi l’expression « vivre-ensemble » est-il le nom ? Cartographie d’une notion. Dans Saillant Francine (dir.), Pluralité et vivre ensemble (p. 21-36). Québec : Presses universitaires de Laval.

Mammadu Abul Sek et Aliw Mohammadu. 2009. Payka. Pulareeje e Konnguɗi daɓɓi. Paris : Timtimol/KJPF

Métangmo-Tatou, Léonie. 1999. Linguistique et développement : un défi à relever », communication à la Conférence internationale sur « L’université et son environnement », Ngaoundéré-Tromsø, université de Ngaoundéré 26-27 novembre 1999.

Métangmo-Tatou, Léonie. 2019. Pour une linguistique du développement Pour une linguistique du développement. Essai d’épistémologie sur l’émergence d’un nouveau paradigme en sciences du langage. Québec : Éditions science et bien commun. https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/linguistiquedev/

Nations Unies. 2017. Année internationale de la modération  et  Journée internationale du vivre-ensemble dans la paix , Url : https://www.un.org/press/fr/2017/ag11989.doc.htm

Piron Florence, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba (sous la direction de). 2016. Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable. Québec : Éditions science et bien commun. Url : https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1/front-matter/introduction/

Saillant, Francine (sous la direction de). 2015. Pluralité et vivre ensemble. Québec : Presses universitaires de Laval.

Tourneux, Henry. 2009. Linguistique et développement. Et si, pour sortir du malentendu, le dialogue interculturel avait besoin d’un nouvel outil ?. La Grande Oreille 39, 39-41.

UNESCO. 2001. Déclaration universelle sur la diversité culturelle. Paris : UNESCO. URL : http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=13179&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html


  1. Terme issu des langues bantoues et désignant le concept d’humanité et de fraternité. Il a été employé par Nelson Mandela et l’archevêque Desmond Tutu. La militante libérienne Leymah Gbowee définit la philosophie de l’Ubuntu en ces termes : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ». Voir https://amaizo.info/2012/06/06/ubuntu-je-suis-parce-que-nous-sommes/9588
  2. Proverbe peul, traduisible par « l’union fait la force ». Nous l’avons emprunté à Mammadu Abdul Sek et Aliw Mohammadu (2009).
  3. Proverbe gidar que l’on peut traduire littéralement par « Le plant d’aubergine ne produit pas du piment ». Ce proverbe nous a été fourni par Warayanssa Mawoune, enseignante de linguistique à l’Université de Maroua.

Licence

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