Volume 1, numéro 1 – 2019 : Penser le Sahel dans le contexte des changements climatiques. Savoirs, perceptions et initiatives locales

Table des matières

Présentation : Penser le Sahel dans le contexte des changements climatiques

Demba GAYE et Cheikh BA

Quelle place pour les savoirs endogènes dans la lutte contre les changements climatiques?

Cheikh BA

Au Nord du Sénégal, l’estuaire du fleuve Sénégal est devenu une zone à risques à la suite de son anthropisation. Le pouvoir des expert-e-s est contesté dans sa légitimité. Il est nécessaire d’investir de nouvelles expériences pour renforcer la résilience dans un contexte de changement climatique. Des stratégies de lutte contre les inondations fluviales sont portées par une communauté « autochtone » : les Gandiolais. Ces derniers souhaiteraient apporter de nouvelles expériences de lutte contre les inondations face aux échecs répétés de certain-e-s expert-e-s dans la gestion de celles-ci. Aujourd’hui, il est nécessaire de renouveler les stratégies de gouvernance pour le bien-être de ces populations. Dans ce sillage, les stratégies de lutte, portées par les Gandiolais, peuvent réorienter la trajectoire de gouvernance des inondations jusque-là non soutenables. Cet article mettra ainsi l’accent sur les savoirs endogènes environnementaux dans un contexte de crise écologique devenue planétaire. Grâce à une pluralité d’archives Nord-Sud, je montre les différentes possibilités de valorisation de savoirs locaux. Les observations et entretiens viendront appuyer mon propos. Je mobiliserai quelques savoirs environnementaux qui cherchent une place à côté des savoirs savants dans la construction de la résilience au service d’une intelligence collective.

Pratique de l’agropastoralisme et changement climatique

Abdou-Raman MAMOUDOU

Dans les zones sahéliennes, l’agropastoralisme constitue la principale activité qui régit l’économie locale et occupe une part importante de la population. Au-delà de son aspect vital dans l’Extrême-Nord du Cameroun, l’agropastoralisme est confronté aujourd’hui au phénomène de changement climatique qui s’accentue de plus en plus (GIEC, 2007). Les effets du changement climatique se traduisent par la faiblesse de la pluviométrie, des sécheresses par moment (1984, 1997), mais aussi des inondations à répétition (1988, 1999, 2010, 2012). Ayant modifié la pratique agropastorale, le changement climatique a poussé les acteurs et actrices du développement local durable à adopter des stratégies de résilience sans lesquelles l’économie de la région serait menacée. L’objectif de cet article est d’analyser les différentes stratégies d’adaptation au changement climatique développées au niveau local par les populations et les partenaires au développement. Au-delà de l’adaptabilité des populations, la vulnérabilité de l’agropastoralisme face au changement climatique dans le septentrion camerounais crée souvent des tensions qui se transforment en conflit ouvert ou latent et menacent ainsi le vivre-ensemble.

Manifestations et stratégies d’adaptation au changement climatique

Ibrahima MBAYE

Les manifestations de la vulnérabilité environnementale liée au changement climatique revêtent un caractère multiforme dans la ville de Ziguinchor. Parmi les plus évidentes soulignées par les populations, nous pouvons faire montre des inondations, de l’augmentation de la température de l’air, de la salinisation des terres et de la baisse de la pluviométrie. À Ziguinchor, une prise de conscience empirique des phénomènes naturels associés au changement climatique semble être une réalité. Pour évaluer l’impact de cette prise de conscience, un indice  empirique de vulnérabilité environnementale a été construit à partir des réponses individuelles recueillies lors d’une enquête quantitative auprès de 260 chefs de ménage, répartis dans les 26 quartiers de la ville de Ziguinchor, en raison de 10 ménages par quartier. Les réponses individuelles et empiriques des chefs de ménage étaient relatives aux manifestations du changement climatique évoquées plus haut. Grâce à une analyse multi-échelles, une distribution plus hétérogène des effectifs des quartiers et des ethnies a été constatée selon les classes de l’indice empirique de vulnérabilité environnementale. Le changement d’échelle a aussi influé sur la significativité des différences relatives aux représentations ou réponses individuelles (chefs de ménage) des manifestations du changement climatique. Par ailleurs, si une prise de conscience empirique des manifestations du changement climatique semble s’avérer, l’analyse des réponses individuelles a, en revanche révélé que 50 % des chefs de ménage ignorent les stratégies à mettre en œuvre pour atténuer les manifestations du changement climatique.

Poussières désertiques et types de temps indicateurs du changement climatique

Demba GAYE

Les poussières désertiques constituent depuis plusieurs décennies de véritables « types de temps caractéristiques des régions arides et semi-arides ». Le nord du Sahel-Sénégalais en a connu au courant du dernier demi-siècle (1965-2014) une fréquence importante avec des épisodes dégradant fortement la qualité de l’air. L’analyse des valeurs de concentrations en particules fines (PM10), obtenues aux différentes stations de la région, révèle que, comparativement aux normes définies par l’OMS et à la norme sénégalaise sur la qualité de l’air, plus de 80 % et 60 à 70 % d’épisodes de poussière y dégradent fortement la qualité de l’air. Les résultats de cette étude montrent que ces événements de pollutions lithométéoriques affectent véritablement la visibilité horizontale dans cette partie sahélienne du Sénégal. L’application du test de Pearson aux données de concentration en PM10 et de visibilité minimale lors des événements de poussières désertiques indique une très forte corrélation (r égale à 0.9 pour la station de Saint-Louis, à 0.93 pour la station de Podor et à 0.92 pour la station de Matam) entre les deux paramètres. L’enquête de vulnérabilité révèle que le secteur du transport routier et les activités de commerce sont à leur tour fréquemment affectés lors des jours à mauvaise visibilité horizontale induite par la présence de lithométéores. Ce qui a, dès lors, de véritables conséquences socio-économiques pour cette partie du sahel-sénégalais.

Adaptation aux risques naturels et incertitudes climatiques en milieu soudano-sahélien au Cameroun

Frédéric SAHA

Le climat soudano-sahélien règne sur la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Cette région présente le plus grand retard socioéconomique du pays (INS, 2015). La faible productivité du milieu et la forte croissance démographique sont entre autres les principaux facteurs explicatifs. Cette région se raccorde à la bande sahélienne du continent africain caractérisée par une longue saison sèche. Le contexte contemporain des changements climatiques est un challenge supplémentaire pour les populations de cette zone. Cette contribution met en exergue les différents visages de l’incertitude climatique qui affecte essentiellement les précipitations dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Une analyse de l’incidence de cette incertitude sur les initiatives d’adaptation est ensuite livrée. Les investigations reposent sur une enquête de terrain menée dans les six départements que compte cette région. En outre, l’analyse des données pluviométriques permet de faire différentes observations. Il en ressort que les variations saisonnières et interannuelles des précipitations sont difficilement prévisibles. Même l’orientation du changement est variable d’une année à une autre, cela complique les initiatives d’adaptation aux risques dans cette zone.

La dynamique des températures et ses risques pour les populations de Djibouti dans le contexte du réchauffement global

Moustapha NOUR AYEH

La communauté scientifique est de plus en plus consensuelle sur le réchauffement climatique de notre planète, phénomène déjà envisagé en 1896 par le Suédois Svante Arrhénius. Le présent article se penche sur la question de la température dans la station de Djibouti sur les 60 dernières années dans le but d’interroger les effets du réchauffement climatique en zone hyperaride. Pour ce faire, nous nous sommes appuyé sur les températures enregistrées à la station de Djibouti aérodrome de 1961 à 2015 (plus d’un demi-siècle). Ces températures concernent les maximales, les minimales et les moyennes. En théorie, elles représentent plus de 62 000 valeurs de température. L’étude associe aussi les relevés de l’humidité relative de 2005 à 2015. L’étendue de la période d’étude devait permettre de dégager, si possible, des tendances. Pour une station extrêmement chaude et donc ne possédant pas de marge pour les hausses, la température moyenne n’a cessé de glisser vers le haut. Sur la période étudiée, on note un accroissement de près 2 °C passant de 29,7 à 31,5. Les températures maximales et minimales ont connu les mêmes modifications. Mais ce sont plus les températures minimales qui ont plus gagné des degrés, réduisant ainsi l’amplitude thermique. La température ressentie (en tenant compte de l’humidité relative) s’est établie à des valeurs représentant un danger certain surtout de mai à octobre. Les tendances à la hausse des températures et le maintien de fortes chaleurs, pendant la journée, tendent donc à rendre cette station de moins en moins vivable pour les êtres humains.

Des communautés rurales s’organisent pour contrer les effets des changements climatiques au Burkina Faso

AFDR, APIL, USCCPA/BM et LA FONDATION JULES ET PAUL-ÉMILE LÉGER (FJPEL)

Le présent texte a pour objectif de donner la parole aux acteurs locaux ainsi qu’aux productrices et producteurs agricoles à petite échelle du Burkina Faso – qui pratiquent l’agriculture familiale durable (AFD) – dans le but de mieux faire comprendre quelles répercussions ont les changements climatiques sur leur vie quotidienne et quelles perspectives d’adaptation semblent les plus porteuses en fonction des réalités vécues. On y traitera des défis croissants pour l’agriculture à petite échelle qui ont une incidence sur la productivité agricole et sur la pression sur les ressources naturelles. On s’attardera aussi sur le fait que les changements climatiques n’affectent pas les femmes et les hommes de façon égale, en creusant encore plus le fossé des inégalités entre les genres. Enfin, on y présentera diverses stratégies d’adaptation aux changements climatiques. L’approche utilisée au sein du projet IMSA (Innovation et Mobilisation pour la Sécurité Alimentaire) s’inscrit dans un processus d’innovation qui prend sa source à l’intérieur de la communauté et repose sur l’amélioration et la diffusion des savoirs traditionnels et des techniques issues de l’expérience de plusieurs générations d’exploitants. Afin d’assurer la sécurité alimentaire des populations vulnérables, les techniques visant à adapter les systèmes de production et à accroître leur résilience s’accompagnent non seulement d’actions destinées à mieux contrôler la conservation et la commercialisation des récoltes, mais aussi d’un appui au renforcement des mécanismes financiers et non financiers de solidarité et de résilience par rapport aux chocs climatiques.

Sécheresse climatique et dynamique éolienne sur la côte nord du Sénégal

Souleymane NIANG

Dans les écosystèmes sahéliens, la forte réduction du couvert végétal, due à l’effet mémoire des sécheresses et d’une capacité moins importante de la force de rétention des sols, a provoqué la création de larges poches de déflation. La vulnérabilité aux transferts sédimentaires dans les paysages dunaires a été une conséquence manifeste du déficit hydrique et de la prépondérance des vitesses morphologiquement efficaces. L’effacement des forces de frottement, couplé aux vents compétents, entretient une remobilisation des cordons dunaires sur le littoral nord du Sénégal. L’objectif de cet article est de quantifier les fréquences directionnelles des vents, des débits solides afin de mieux apprécier l’importance des transferts sédimentaires qui participent à la dégradation progressive des sols des Niayes du Gandiol et à l’accentuation de la vulnérabilité de son système productif. L’approche quantitative permettra de mesurer potentiellement la masse de sédiments qui se dépose dans les cuvettes agricoles du Gandiolais au gré des vents dont le seuil critique est estimé localement à 5,63 m/s. Les cuvettes agricoles enregistrent un colmatage de 2,04 cm/an, créent une parenté génétique entre les formations dunaires et les bas-fonds et diminuent, par ricochet, la fertilité des cuvettes agricoles.

Licence

Naaj a pour objectif de diffuser en libre accès des travaux scientifiques sur les questions climatiques et les énergies dites renouvelables en Afrique en particulier et dans le monde en général. Mot d’origine wolof, langue parlée au Sénégal, naaj renvoie à l’idée d’une énergie provenant des rayons du soleil. La revue entend défendre ce symbole en créant des savoirs répondant aux défis écologiques qui sont devenus des préoccupations planétaires (changement climatique, crise énergétique, stress hydrique, etc.). Pour ce faire, elle privilégie l’interdisciplinarité sans toutefois exclure les approches disciplinaires qui intègrent les questions relatives aux désastres écologiques, aux enjeux énergétiques sur le continent africain, en Amérique latine, en Asie, en Europe ou dans les milieux de vie des populations autochtones à quelque endroit qu’elles se trouvent. Les savoirs endogènes de celles-ci sont susceptibles de dialoguer avec la science conventionnelle pour éclairer la société civile, les chercheurs et chercheuses, les décideurs et décideuses et les organisations actives sur le terrain, sur l’urgence de la situation.

Le site de la revue NAAJ est https://revues.scienceafrique.org/naaj. Sa politique éditoriale y est décrite.

NAAJ est dirigée par Dr Cheikh Ba et Dr Demba Gaye. Le président de son comité scientifique est Dr Ibrahima Mbaye, Université de Ziguinchor (Sénégal). Les autres membres du comité scientifique sont :

  • Abdoulkadri LAOULAI, Université Boubakar de Tillabéri (Niger)
  • Alassane DIALLO, Université de Grenoble Alpes (France)
  • Alioune KANE, Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)
  • Arame TALL, Banque Mondiale, Climate Change Group (USA)
  • Daouda KONE, Université Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire)
  • Florence Blanche LIMI, Université de Dschang (Cameroun)
  • Frédéric CAILLE, Université de Savoie (France)
  • Henri ASSOGBA, Université Laval (Canada)
  • Ibouraîma YABI, Université d’Abomey-Calavi (Bénin)
  • Imane NYA, Université Mouhamed V (Maroc)
  • Mamadou BADJI, Université Cheikh Anta Diop (Sénégal)
  • Mamounata BELEM, Université de Ouaga (Burkina-Faso)
  • Oumar KANE, Université de Montréal à Québec (Canada)
  • Yvan RENOU, Université de Grenoble-Alpes (France)
  • Sébastien WEISSENBERGER, UQAM et Université de Moncton

Pour toute demande d’information sur la revue, écrire au Secrétariat général du Grenier des savoirs.

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