L’Afrique aussi et encore réifiée à partir de l’environnement

Serigne Momar SARR

 

Introduction

L’Afrique, n’étant actuellement responsable que de 3,8 % des émissions de Gaz à effet de serre (GES) dans le monde, est pourtant la région la plus vulnérable aux effets du changement climatique si bien que son développement en est très affecté (Diop, 2015). Le phénomène d’El niño est à ce titre une illustration de l’effet papillon procédant d’une imprévisibilité dans le globe terrestre, mais prouvant comment les écosystèmes sont liés et les espaces interconnectés. Les pays africains, du sud du Sahara notamment, subissent de plein fouet les effets dévastateurs de la sécheresse, des inondations, des érosions côtières, des événements extrêmes, etc. Avec des structures politiques sous régime d’aide (Lavigne Delville, 2016), une aliénation culturelle (Diop, 1981) et des modèles économiques extravertis (Kassé et Ben Hammouda, 2002), l’environnement se révèle peu à peu comme un domaine de réification de plus.

Si la gouvernance mondiale de l’environnement est située dans le temps mondial des années 1970, avec notamment le rapport Meadows, le premier Choc pétrolier, le premier sommet de la Terre à Stockholm et la sécheresse du Sahel, le régime historique de la colonisation datant de 1492 polarise cet ordre environnemental. D’ailleurs, Amin (1993, 1988) situe l’eurocentrisme à cette date charnière et montre comment l’idéologie du capital persiste. En effet, le premier moment qui émane de la supposée découverte de l’Amérique est une intrusion en ce sens qu’elle déstructure les cultures amérindiennes en s’appropriant leurs richesses et ressources naturelles sous le fallacieux prétexte de leur « apporter Dieu », alors que le deuxième moment est fait d’injonctions en créant une gouvernance mondiale de l’environnement qui s’illustre désormais à travers la Conference of Parties (COP) qui régit les négociations internationales sur le climat. Ce cheminement, qui est une irruption dans les expressions culturelles des peuples autochtones, signifie simultanément une incursion dans les modes de gestion des ressources naturelles au niveau local. Il participe ensuite à définir un statut de l’environnement en Afrique par la traite négrière qui restructure l’utilisation de la force.

C’est ainsi que l’environnement apparaît progressivement comme un instrument de plus dans la réification du continent, comme c’est le cas dans les domaines économique, politique et culturel. Il semble bien que le domaine environnemental soit le plus ancien, étant le lit naturel de ces domaines plus connus. L’environnement a dès lors motivé les expéditions et explorations du continent européen vers ce qu’il a appelé le « nouveau monde ». Les récents travaux de Ferdinand (2019) sur l’écologie décoloniale et Blanc (2020) sur le « colonialisme vert » montrent, de part et d’autre, les liaisons dangereuses entre colonisation et destruction de l’environnement sous l’apparence, somme toute, de sauveur de la Nature par l’Occident. La nouvelle ère géologique qualifiée d’« Anthropocène » par Crutzen (2002)[1] relèverait d’un eurocentrisme qui propage une manière unilatérale d’user des ressources naturelles. Or, le rapport à l’environnement est vécu différemment selon les ontologies des sociétés humaines. Ainsi, nous tenterons d’analyse les repères de voie de passage de la commotion coloniale et néo-libérale à la « co-motion » sociale-écologique.

Cette situation entraîne des conséquences au rang desquelles une imposition de la culture néolibérale dans la gouvernance mondiale de l’environnement, un déni de la diversité culturelle, une méconnaissance des rapports de l’humain et du non-humain, une précarité du vivant, une ignorance de l’imprédictibilité des systèmes socio-écologiques. Or, l’environnement est un bien indivis, socialement construit et représenté à travers une culture donnée qui le vit et le transforme suivant son historicité. Pour ne pas s’étonner de l’intrusion de l’environnement dans le débat de la commotion coloniale et néolibérale, il suffit juste de voir que les ressources naturelles qui peuplent l’environnement servent de matières premières aux activités socio-économiques. Le lien est alors établi entre les enjeux économiques et les défis écologiques. De ce point de vue, on peut retenir, ne serait-ce qu’à titre d’hypothèse de travail, que la régulation économique internationale a des connexions avec la gouvernance mondiale de l’environnement qui demeure sous l’emprise du système-monde. En Afrique, les industries extractives et la monoculture dégradent, appauvrissent les sols et augmentent l’insécurité alimentaire avec la disparition d’une agriculture vivrière fidèle à des pratiques qualifiées d’agroécologiques. D’ailleurs, l’expropriation foncière et le land grabbing prennent des proportions de plus en plus grandes.

Historiquement, en Afrique, le rapport à l’environnement n’est pas un rapport instrumental; il est plutôt un rapport symbiotique, une « ontologie relationnelle » distincte de l’ontologie « dualiste », relevant de la modernité séculaire, capitaliste et libérale (Escobar, 2018). Les communautés tirent une partie de leur substance dans l’environnement comme dans la cosmogonie. Des noms de famille, des rituels, des constructions d’habitation, des aménagements paysagers, des activités cycliques, etc. s’inspirent de la nature pour se gaver d’un équilibre prévenant ou bienveillant. Cette propriété n’est pas le propre de l’Afrique. D’autres régions du monde, comme l’Amérique Latine, les Caraïbes, l’Océanie, etc., s’inscrivent dans ce même élan vital. La quatrième révolution industrielle a, cependant, bouleversé l’ordre naturel qui conforte la prépondérance de l’économie et accepte la dictée actuelle du numérique. Les prodigieuses transformations survenues depuis l’invention de la machine à vapeur de James Watt en 1765 ont fini de redéfinir un certain rapport à l’environnement qui trouve ses racines anciennes dans le fameux souhait cartésien de « rendre les hommes maîtres et processeurs de la nature ». Partant, c’est au sein de l’écologie (politique) que semble se dessiner les grandes interrogations sur le temps passé de l’humanité et l’avenir de la planète Terre : ce qui pose le défi de penser, du vivre-ensemble et d’habiter au/le monde.

La méthodologie consiste en une analyse documentaire critique, mais aussi factuelle et à l’emploi de la réflexivité qui informe d’une certaine épistémologie, laquelle privilégie le rapport dialogique du soi à soi pour percevoir l’expression du sens et le dévoilement des enjeux d’une part et, d’autre part, d’historiciser la production des savoirs. Cette démarche s’appuiera donc sur des éléments empiriques tirés de nos expériences de recherche. Notre cadre d’analyse est ancré dans la sociologie de l’environnement et le paradigme réaliste des relations internationales. Il concerne également une critique socio-anthropologique du développement à cause du mythe sans cesse renouvelé du progrès.

Nous allons voir que l’Afrique est non seulement marginalisée dans la gouvernance mondiale de l’environnement, mais pour des besoins de conservation des ressources naturelles. Elle accomplit une tâche-monde qu’elle ne serait la seule à faire malgré sa faible participation à la pollution industrielle et domestique. Lorsque l’écologie décoloniale et le « colonialisme vert » révèlent comment l’environnement est un volet ignoré de la colonisation, c’est que la domination qui y est exercée est entretenue par les logiques économiques d’extraction et de dégradation des ressources naturelles. Les conséquences, pour le moins disruptives, sont d’une extrême remise en cause du caractère de sujet de l’Afrique. C’est de ce constat que se dégagera la portée épistémologique de l’analyse.

Par l’économie, la guerre de l’environnement a déjà (eu) lieu… en Afrique

L’Afrique est perçue et construite de l’extérieur. Son image stéréotypée entraîne des conséquences sur la place qu’elle occupe dans la globalisation. Si sa marginalisation économique et son rejet politique sont un fait, le domaine de l’environnement informe de la même conception qui tend à faire du continent un éternel objet. C’est ainsi que l’Afrique s’accorde la plupart du temps à remplir une tâche-monde qui profite au temps des puissances occidentales et dépossède les temps sociaux de ses peuples. Le réalisme du système international n’épargne aucun domaine de la vie, pas même l’environnement, seul véritable bien commun mondial.

L’Afrique marginale ou marginalisée dans la gouvernance mondiale de l’environnement

La gouvernance mondiale de l’environnement qui s’illustre sur le terrain du climat révèle, à son tour, la centralité de l’économie au sein des grandes institutions intergouvernementales (Fonds monétaire international, Banque mondiale, Système des Nations unies). La division internationale du travail confère souvent une place marginale aux régions subsahariennes qui est justifiée par les relents de la colonisation. Cela participe à construire un stéréotype négatif qui devient influent lorsqu’une politique doit y être appliquée sans une prise en compte de leur originalité, de leur potentiel et de leur dynamisme. Bien évidemment, ces politiques se jouent de cette perception pour tirer leur épingle du jeu, mais l’état de leur souveraineté déjà mis en mal se reproduit dans l’environnement. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a, par le passé, essuyé des critiques. Il lui a été notamment reproché sa normativité (Dahan, 2007) et l’infirmation de certaines conclusions (Dubuis, 2010); il en est de même de la composition des équipes de scientifiques assez européocentrées. Ces péripéties furent qualifiées de climagate. Ainsi, on peut voir comment la problématique du changement climatique apparaît comme un nouveau marché du développement dans la perspective réaliste des relations internationales (Sarr, 2019).

Les immenses ressources naturelles prêtées à l’Afrique ne permettent pas à ses États d’« imposer » leurs prix dans la fourniture des matières premières et la mise en place d’unités de transformation dans ses contrées. La plupart des pays connaissent des instabilités politiques chroniques ou velléitaires. On peut citer entre autres l’exemple de la République Démocratique du Congo, du Gabon, du Burundi, du Cameroun, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Zimbabwe, du Niger, de l’Angola, etc. Bien des années plus tôt, Diop (1955) sonnait une « alerte sous les tropiques » d’abord sur les questions d’énergies hydraulique, solaire, atomique, thermonucléaire, éolienne, thermique des mers et marrée-motrice avant de s’intéresser à tout autre aspect et domaine concernant le développement qui constituent aujourd’hui un enjeu géostratégique. C’est cette ruée vers l’Afrique qui demeure active depuis le colonialisme et dénoncée avec véhémence par Césaire (1950) lorsqu’il posa l’équation suivant laquelle colonisation égale chosification. Et pour la justifier, il mentionne les aspects économiques qui concernent des cultures vivrières détruites, la sous-alimentation qui s’est installée, le développement agricole qui a été orienté selon le seul bénéfice des métropoles, les rafles des produits et des matières premières à la place des économies naturelles, harmonieuses et viables, des économies désorganisées à la mesure de l’humain indigène.

Eu égard à sa marginalisation dans le système international dans plusieurs domaines, l’Afrique demeure cet espace projeté des expérimentations et des tâches-monde qui s’accompagnent même d’une dépossession du temps. C’est ainsi que les politiques environnementales ne sont pas sans reproduire le même schéma que les politiques économiques qui tendent à fabriquer de « bons élèves ». Cette perspective prend forme d’autant plus qu’il y a des « fonds verts » et « fonds climat » en circulation pour les administrations et les collectivités territoriales. Ce sont des mécanismes de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour financer les projets d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. C’est à travers la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) que s’opère un transfert de fonds des pays développés aux pays jugés les plus vulnérables. Projet émergent lors de la COP16 à Cancún en 2010, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) est officiellement lancé en 2011 lors de la COP17 à Durban et opérationnel depuis 2015. L’objectif fixé par les États est de mobiliser plus de 100 milliards de dollars par an entre la signature de l’accord et 2020. Le Sénégal en a bénéficié au titre du Projet FP021 (Projet de gestion des crues urbaines intégrées au Sénégal) à hauteur de 16.8 (USD million) avec l’Agence française de développement (AFD) comme entité accréditée en date du 14 octobre 2016.

Janicot et al. (2015, p. 115) affirment que « La bande sahélo-soudanienne, qui s’étend du Sénégal jusqu’au Soudan, est pointée par les experts du GIEC comme une des régions du globe les plus vulnérables au changement climatique ». En effet, le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 2014 fait état des températures qui pourraient augmenter de 3 à 4 °C dans le Sahel d’ici la fin du XXIe siècle. Gemenne (2011) établit qu’au regard des prévisions actuelles, l’Afrique subsaharienne fera partie, avec les petits états insulaires, les régions côtières et deltaïques, des zones les plus touchées par le changement climatique. En effet, le ND-GAIN Vulnerability Index montre que l’Afrique reste la région la plus exposée, et plus particulièrement la Bande saharo-sahélienne (BSS). Au rang des conséquences, nous pouvons citer : l’insécurité alimentaire, la diminution des ressources hydriques, les problèmes de santé publique, la baisse des rendements agricoles, etc. qui remettent en cause les objectifs de développement. L’une des conséquences dramatiques observée et qui entre dans la catégorie des plus grands défis présents et futurs, c’est la migration environnementale. D’ailleurs, Ionesco, Mokhnacheva et Gemenne (2016) ont démontré que la région sahélienne est le siège du plus grand potentiel au monde de migrations environnementales. Cela émane d’un problème beaucoup plus global qui concerne les inégalités sociales et territoriales. Pourtant, dans une perspective de justice environnementale, les pertes et dommages ont été au cœur des négociations sur le climat lors de la COP de Varsovie en 2013, de la COP21 de Paris en 2015 et de la COP16 de Marrakech en 2016. Leur prise en compte a débouché sur l’adoption du Warsaw International Mechanism for Loss and Damage Associated with Climate Change Impacts avec pour mission principale de gérer les questions relatives aux pertes et dommages associés aux impacts des changements climatiques à long terme dans les pays en développement qui sont particulièrement exposés à ce phénomène. Sa mise en œuvre est une responsabilité d’un comité exécutif composé d’experts sous l’égide de la CCNUCC. Elle s’appuie surtout sur la mobilisation de fonds pour financer des actions de remédiation et d’atténuation des pertes et dommages surtout chez les communautés pauvres.

La conservation des ressources naturelles ou quand l’Afrique accomplit une tâche-monde

L’idée d’une réification de l’Afrique est déjà une réalité en économie. On peut se souvenir ainsi de l’ancien secrétaire à la défense sous Kennedy et Johnson, Robert McNamara, qui déclarait le 30 septembre 1968, lors de sa première allocution publique en tant que président de la Banque mondiale, que c’est en Afrique, qui parvient à peine au seuil des investissements majeurs de développement, que devrait se produire l’extension la plus considérable de leurs activités. Cette vision développementaliste alimente les principes d’intervention des institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international – FMI – et Banque mondiale) dont le summum fut le fameux Consensus de Washington dans les années 1990. Gilroy (2020) rapporte une note légendaire ultérieurement divulguée aux militant·e·s de mouvement environnementaliste de Lawrence Summers à la dernière décennie du XXe siècle, alors économiste en chef à la Banque mondiale avant d’être nommé président de l’Université de Harvard, qui estime raisonnable une mesure d’exportation de la pollution vers les « pays les moins développés ». Cette mesure est glaçante d’autant plus qu’il s’agit de déverser des déchets toxiques sur le continent africain. D’ailleurs, ceci est devenu une mesure banale tant beaucoup de pays africains se font la décharge du Nord industrialisé. Il y a bien évidemment des conséquences sanitaires et environnementales encourues par les écosystèmes et les êtres vivants, mais il semble que la manne financière empochée force l’argument. Le Kenya s’est récemment fait l’écho du commerce de plastique avec l’argument du recyclage, mais qui, en réalité, sert à l’industrie américaine notamment à amoindrir les impacts environnementaux de leur traitement[2].

De même, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine furent parmi les régions les plus en proie à cette politique néolibérale avec des décennies perdues débouchant sur une grande désillusion (Stiglitz, 2002), les politiques de conservation des ressources naturelles promues par les Accords environnementaux multilatéraux (AEM)[3] de la Convention de Rio de 1992 présentent une perspective mitigée et ambivalente pour le développement durable. La réduction des émissions de GES, promue depuis le Protocole de Kyoto en 1997 au moins, demeure un intérêt actuel malgré l’ambivalence des plus grands pays pollueurs au monde de se conformer aux exigences de maintenir bas le réchauffement climatique. Les remous autour de l’Accord de Paris sur le climat en 2015 montrent comment les enjeux économiques sont au cœur des choix stratégiques. De plus, depuis 2009, le mécanisme de Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts tropicales (REDD ) a été mis en place pour atteindre les objectifs internationaux de maîtrise des émissions de GES. C’est ainsi que les forêts tropicales représentent un intérêt croissant. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et les Organisations non gouvernementales (ONG) évoluant sur les questions environnementales portent beaucoup d’espoir au continent africain pour les puits carbone. Ils représentent un marché énorme où l’Afrique est particulièrement scrutée du fait de ses forêts pour la séquestration carbone.

C’est ainsi que le nombre d’Aires marines protégées (AMP) n’a cessé d’accroître en Afrique depuis le Sommet du développement durable tenu à Johannesburg en 2002. Leur mise en place s’inscrit dans la mouvance du Sommet de la Terre de Rio de 1992. À partir de la Convention sur la diversité biologique (CDB), elles sont surtout popularisées par le Congrès mondial des aires protégées tenu à Durban du 8 au 17 septembre 2003 sous l’égide de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il dressait le bilan des aires protégées mondiales tout en définissant des objectifs prioritaires pour la décennie à venir. De ce fait, un Réseau régional des aires marines protégées d’Afrique de l’Ouest (RAMPAO) a été constitué pour apporter un accompagnement technique dans la gestion. Il convient d’adopter des méthodes de cogestion qui s’appuient sur la décentralisation et l’approche écosystémique promue par la CDB, mais les enjeux locaux de conservation révèlent une dimension politique source de bien des conflits (Bertrand, Montagne et Karsenty, 2006).

Partant, l’État du Sénégal avait manifesté son intention de créer des AMP; d’où la signature en 2004 du décret présidentiel n° 2004-1408 du 04 novembre 2004 portant création de cinq AMP (Saint-Louis, Kayar, Joal-Fadiouth, Bamboung et Abéné). Excepté l’AMP de Bamboung qui s’évertue à conserver une zone de frayères et d’alimentation pour l’ichtyofaune, le lamantin, le dauphin et les tortues marines et l’AMP de Joal-Fadiouth comme zone de frayères et site de reproduction des tortues marines, toutes les autres AMP s’occupent de protection et de conservation des pêcheries. En outre, en 2013, furent créées dans le delta du Saloum, les AMP de Sangomar (communes de Palmarin et de Dionewar) et de Gandoul (commune de Djirnda). Pour marquer davantage sa volonté, l’État du Sénégal a créé par le décret n° 2012-543 du 24 mai 2012 la Direction des aires marines communautaires protégées (DAMCP). À ces sept AMP, s’ajoutent six parcs nationaux (Niokolo-Koba, Langue de Barbarie, Oiseaux du Djoudj, Îles de la Madeleine, Delta du Saloum et Basse Casamance), quatre réserves naturelles (Guembeul, Popenguine, Kalissaye et Ferlo Nord) et deux réserves naturelles communautaires (Somone et Palmarin).

Si l’ambition de conservation est affichée avec des arguments qui forcent l’assentiment, il n’en demeure pas moins qu’au niveau des territoires, il y a des confiscations d’espaces de pêche et des dépossessions de terre sans alternative pour les populations locales. Parmi les plus grands parcs qui grugent beaucoup de superficies souvent au détriment des populations locales en Afrique, on a : Kruger (Afrique du Sud), Masai Mara (Kenya), Serengeti (Tanzanie), Kilimandjaro (Tanzanie), Bwindi, Namib-Naukluft (Namibie), chutes Victoria/Mosi-oa-Tunya (la fumée qui gronde) (Zambie-Zimbabwe). C’est ainsi qu’au Sénégal des populations ont été déguerpies lors de l’établissement du parc de Niokolo Koba, avec 76 000 hectares pendant que des exploitants privés profitent d’une partie des terres. De plus, les réserves naturelles sont le privilège des nantis qui ont les moyens de profiter de la nature. La conservation n’est pas toujours de l’intérêt des populations; c’est ce que montre Diallo (2019) dans une étude menée dans l’AMP de Bamboung, avec en cause, l’orientation conservationniste des ONG au tournant des années 1980. Ce n’est pas tant la conservation qui est à remettre en cause, mais les logiques qui la fondent. La surexploitation pour des raisons industrielles est différente d’une exploitation ménagère vivrière qui nécessiterait de gros moyens de défense de l’environnement. C’est d’ailleurs méconnaître que les communautés ont des méthodes propres de régénération des ressources telles que les pratiques agroécologiques redécouvertes et les normes coutumières de conservation des ressources naturelles.

C’est pourquoi Blanc (2020) parle d’un « colonialisme vert » à la fin du XIXe siècle avec la création par les colons des premiers parcs naturels du continent, du Congo jusqu’en Afrique du Sud avec la folle idée d’avoir retrouvé une nature disparue en Europe. L’exotisme, comme il leur a plu de considérer les sociétés africaines à travers une science (l’anthropologie) et une politique (la colonisation), est une quête. Revenant au raisonnement de l’auteur, le but inavoué était alors de trouver un vaste espace pour le bonheur des safaris touristiques faits d’animaux sauvages en grand nombre et gambadant en toute liberté. À l’en croire, l’expulsion des communautés locales et les violences de toutes sortes sont exercées par des éco-gardes soutenus par l’UNESCO, le WWF et tant d’autres ONG. Cela remet en cause la capacité extraordinaire de mobilité et de circulation des communautés avec leurs biens, déjà depuis le temps de l’Égypte pharaonique et de la Nubie antique le long du Nil et dans la savane soudanaise. Il s’y ajoute l’implantation de communautés sur des espaces qu’elles ont su dompter et entretenir un rapport sacré. Les empires de l’Afrique de l’Ouest comme le Ghana, le Mali et le Songhaï étaient d’une richesse qui permirent le développement de grands foyers de commerce qu’on puisse apparenter à une mondialisation, ou du moins à un multilatéralisme avant l’heure, et qui n’avaient pas besoin de guerre pour se faire, mais d’échanges plutôt relationnels qu’instrumentaux. Aujourd’hui encore, la migration interne en Afrique concerne beaucoup plus de personnes que l’émigration internationale malgré le tollé du phénomène depuis les mers atlantiques et méditerranéennes.

L’environnement, l’autre volet ignoré ou encore inconnu de la colonisation

Dans le rapport de colonialité qui définit les relations Nord/Sud, l’environnement est apparu moins visible que les domaines économiques, politiques et culturels dans les relations de domination. En se replaçant dans le contexte de la polarisation des mondes, on se rend compte que l’environnement est un élément central du colonialisme, d’autant plus que ce sont des matières premières qui sont recherchées à l’autre bout du monde. La Révolution industrielle qui profite beaucoup de cette préfiguration des relations internationales aura cédé aux générations futures une planète anthropocentrique qui fragilise l’humanité, les territoires et les ressources. La crise écologique qu’elle traverse tient ses origines dans le colonialisme.

L’écologie décoloniale pour lever le rideau

Kodjo-Grandvaux (2020) dresse un portrait assez exhaustif des origines coloniales de la crise écologique au rang desquelles le capitalisme, structuré autour d’une économie extractive et des monocultures intensives. La conséquence est sans appel pour la biodiversité (Bednik, 2016). Des Afro-Américains dans les années 1970 (Nathan Hare, Terry Jones), ensuite des Latino-Américains dans les années 1990 (Walter Mignolo, Ramón Grosfoguel, Arturo Escobar), ont établi le lien entre conquête de l’Amérique, traite négrière et colonisation sur la prédation des ressources naturelles. La pauvreté structurelle qui existe dans le Sud global tient ses causes anciennes du mercantilisme d’alors. L’écologie décoloniale qui s’appuie sur la critique du développement met à nu trois problèmes majeurs, à savoir, la colonisation, l’extractivisme et la monoculture qui sont à la base de la domination économique. L’Afrique en souffre particulièrement. C’est pourquoi Escobar (2018), qui est du nombre des penseurs décoloniaux sud-américains[4], intégrant l’écologie au tournant décolonial, n’a pas manqué de fonder sa remarquable contribution sur la critique d’abord du développement. Malgré les critiques et les alternatives pour le concept de développement, il n’a jamais mieux résisté, malgré même les crises cycliques ou répétées du capitalisme. Le développement est si structurant de la vie des populations que sa reconsidération est une condition pour une écologie décoloniale. Également, les luttes des indigènes et les mouvements de libération en Colombie contre le néolibéralisme sont les sources d’un usage des ressources naturelles en adéquation avec les intérêts du pays et les cultures locales[5]. À travers la construction du mot sentirpensar, on remarque une distance par rapport au chosisme du monde occidental.

En proposant de penser l’écologie depuis le monde caribéen, Ferdinand (2019) rappelle la violence avec laquelle les destins des Européen·ne·s, Amérindien·ne·s et Africain·es sont scellés à partir de l’esclavagisme avec son corollaire d’impérialisme qui détruit les paysages et les territoires. Pour notre part, nous pensons que sa métaphore de la tempête qui se décharge de la cale du navire négrier[6] pour mieux faire face au déchaînement des mers est une invite à restaurer la dignité humaine et l’équilibre écosystémique emporté dans les vagues capitalistes. Celles-ci excluent nombre des habitant·e·s de la planète Terre. Aujourd’hui que nous sommes 7.5 milliards avec tout le discours malthusien rabâché encore récemment en Afrique, il y a fort à parier que certain·e·s encombrent ceux ou celles qui les indisposent. Car ayant aperçu l’impensé de la double fracture moderne qui sépare les questions coloniales des destructions environnementales, il ne s’agit pas de rendre coup pour coup, mais de la panser par un « habiter ensemble », d’autant plus qu’humains et non-humains partagent l’horizon d’un monde commun. Cette attitude est non seulement empathique pour aborder l’altérité à partir de l’ipséité, mais aussi dans le sens et la mesure d’une justice qui permet justement le vivre-ensemble avec un mieux-être dans une arche de Noé qui bannit les inégalités sociales, les discriminations de genre, les racismes et les situations (post)coloniales, selon les expressions de Ferdinand (2019).

Il y a au moins deux niveaux de démonstration du problème abordé. Premièrement, une littérature ancrée et émergente à la fois fait de la colonisation une cause de la dégradation des environnements du Sud global en rappelant ses causes vraiment anciennes, participe à former et à définir l’Anthropocène et impacte la richesse de certaines nations tout en causant la pauvreté d’autres. Cette perspective prend le nom d’une écologie décoloniale, fortement liée à la problématique du développement en Amérique latine. Les penseurs décoloniaux d’Amérique latine sont si bien en avance dans la réflexion qu’ils investissent l’écologie. En effet, le groupe de la Commission économique de l’Amérique latine (CEPAL) avait été le centre d’impulsion de la critique de la division internationale du travail et de l’échange inégal sous la férule de Raoul Prébisch. D’ailleurs, la théorie de la dépendance qui renouvelle l’anti-impérialisme est inspirée à partir de là. Le second niveau du problème est l’impératif d’atténuation et d’adaptation au changement climatique comme source et révélateur d’une tâche-monde allouée à l’Afrique pour configurer davantage son rôle périphérique et donc, sa réification de nouveau. On retrouve ainsi le sens de « violence épistémique » décriée par Bhargava (2013) sur la manière de concevoir et d’aborder un sujet qui le fait finalement être un objet malgré lui.

Une domination environnementale qui appelle des luttes de territoires

Chez Haraway (2016), La notion de « plantationocène » cherche à traduire l’histoire vécue dans les plantations américaines à partir du XVe siècle. Elle a alimenté la traite des Noir·e·s et serait responsable du dérèglement survenu dans les pratiques agricoles autochtones. C’est ainsi qu’en Afrique subsaharienne la monoculture intensive a participé à appauvrir les sols en plus de la déforestation massive pour disposer de terres arables, bien plus que ce dont les communautés locales avaient besoin pour se nourrir. L’insécurité alimentaire qui touche beaucoup de pays du Sahel peut trouver une explication dans ce séquencement de l’exploitation des matières premières pour alimenter les industries capitalistes. C’est le cas par exemple de la culture de l’arachide au Sénégal. Si l’hypothèse du retour des pluies est présentement vérifiée (Vischel et al., 2015), il n’en demeure pas moins que la conjugaison des événements extrêmes ou soudains et la salinisation des terres impactent durablement les rendements agricoles. De plus, il y a l’utilisation de pesticides qui sont néfastes pour les terres et la santé humaine, pourtant interdite dans les pays membres de l’Union européenne, comme le chlordécone. Si la dépendance aux engrais chimiques est une dure réalité dans le monde rural, c’est qu’il y a eu une destruction des pratiques agraires soucieuses de la préservation de l’environnement. C’est pourquoi la promotion actuelle de l’agroécologie est une aberration dès lors que les modes endogènes de culture ont été sciemment détruits. Il en va de même des problèmes de nutrition qui sont d’abord un problème de qualité des semences agricoles.

Cela peut paraître banal, mais il nous est apparu important de mentionner que l’Afrique est encore vue comme une terre sauvage. En effet, le numéro hors-série d’août-septembre de National Geographic (2020), qui fait état des plus beaux parcs nationaux du monde, a nommé les cinq continents de sorte qu’il soit reflété une certaine image favorable ou défavorable déjà bien ancrée[7]. C’est la notion en Amérique de wirlderness, chez Ferdinand (2019), qui apparaît ici. Pour le cas de l’Afrique, c’est sans surprise l’idée de sauvage qui demeure fonctionnelle dans l’imaginaire occidental. De grands espaces qui représentent une biodiversité suscitent l’intérêt des « amoureux de la nature », des politiques et des scientifiques aussi. Pour aller plus loin sur cette question, le cas de la France avec son passé colonisateur est révélateur à plus d’un titre. En effet, les fiches thématiques sur les AMP en 2019 du Rapport sur l’état de l’environnement de la France informent d’une situation très contrastée entre la métropole et l’outre-mer. La métropole, qui ne représente que 3,64 % de la superficie des eaux françaises, est couverte par un réseau de petites et nombreuses AMP. À l’inverse, les espaces maritimes ultramarins, qui représentent 96,36 % des eaux françaises, font l’objet d’une couverture hétérogène en matière d’AMP. Par conséquent, la mainmise de l’État français sur les territoires d’outre-mer répondrait d’un besoin d’espaces vitaux pour régénérer les espèces et avoir des garanties en cas de crise écologique majeure. De plus, depuis 1960, la France occupe illégitimement les îles Éparses, quatre îles de Madagascar situées entre le continent africain et Madagascar[8]. Ce peut-être une forme de domination environnementale qui ne dit pas son nom. Dans le rapport de colonialité, il y a donc une domination qui se propage à toutes les relations de pouvoir sur le corps, les mœurs, la terre, le langage, l’art, etc.

C’est ainsi que s’organise un peu partout dans le monde, comme en Amazonie, une lutte pour les territoires, une lutte pour la reconnaissance et surtout de visibilité (Preci, Gautreau et Tallet, 2020). Il en est de même de la notion d’écocide qui émergea vers la fin des années 1940, mais qui n’est pas encore consacrée dans le droit international public (Neyret, 2014). Pourtant, la notion émergente d’« écophagie » qui concerne désormais tous les événements qui altèrent la planète notamment par la déforestation, la désertification, la monoculture, l’extinction des espèces, les menaces nucléaires, etc. offre des données empiriques pour alimenter les débats sur l’environnement mondial qui doivent se réduire uniquement à des négociations sur le climat. Ici, il y a des mouvements sociaux et des formes d’action collective qui partent de la nature pour alimenter le champ politique pour la prise de décision et qui préserve les générations présentes et futures. On comprend ainsi comment le développement durable apparaît comme un slogan plutôt qu’une réalité au sein des communautés et des écosystèmes. L’écoféminisme apparaît ainsi comme un mouvement qui tente de solutionner les contradictions en plus de celles existantes à l’intérieur des sociétés (Larrère, 2012).

Un peu comme à l’accoutumée, l’Afrique paie le plus lourd tribut de la pollution dont elle n’est que dérisoirement ou accessoirement responsable. En effet, pendant qu’elle contribue pour moins de 4 % aux émissions mondiales de GES, l’establishment du développement économique l’appelle à la « décarbonisation » et plus encore aux transitions écologiques et/ou énergétiques. On voit d’ailleurs se multiplier les termes d’« économie verte », de « métiers verts », « botanicals » qui posent mal un problème qui n’en est pas un. Pourtant, la CCNUCC poursuit sans cesse une « justice climatique », mieux encore, d’équité, à travers son article 3, d’autant plus que depuis le Protocole de Kyoto en 1997, il y a toujours eu une distinction entre les pays développés et les Pays en développement (PED) en matière de « responsabilités communes ». L’Appel de Lima en faveur de l’action climatique en 2014 insistait sur la différence de développement pour motiver les capacités de chaque pays à contribuer; ce que l’Accord de Paris en 2015 a matérialisé dans son article 2, eu égard aux contextes nationaux différents. En effet, les Contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) émanant de l’Accord de Paris de 2015 n’en sont pas moins des instruments de gouvernance néolibérale standardisée en ce sens qu’elles sont un moyen de contrôle pour suivre dans chaque pays les politiques de réduction des émissions nationales et les stratégies d’adaptation aux effets du changement climatique. Ceci n’a rien de nouveau dans la gouvernance mondiale de l’environnement, car les CPDN s’inscrivent dans le prolongement du plan d’action de Bali en prenant la suite des communications nationales initiées dans le cadre de la CCNUCC. Les pays dits en voie de développement n’ont pas le choix puisqu’ils constituent aussi un support pour les Partenaires techniques et financiers (PTF) d’intervenir dans le cadre de financement des programmes et projets au niveau des fonds verts. Par conséquent, les aires culturelles s’invitent dans le débat, que l’on se situe dans une perspective postcoloniale ou non. Ce qui montre d’ailleurs pourquoi Chakrabarty (2010) a été critiqué sur ses quatre thèses de l’histoire du climat, notamment par Fressoz et Louâpre (2015). Mais l’idée d’une redécouverte de la nature perdue fait son chemin (Gwennaël et Heurtebise, 2018), notamment dans ce qui est communément appelé les humanités environnementales. Enfin, le réchauffement climatique apparaît comme une forme de colonisation dans le domaine de l’environnement en creusant des inégalités déjà existantes (Agarwal et Narain, 2014).

Conclusion

Le continent africain n’a donc pas fini de vaincre ses vieux démons. Ces dernières années ont vu une prolifération de productions scientifiques et artistiques pour « laver son honneur » et pour restaurer le sujet qu’il constitue afin de prendre part de manière dynamique et effective à la marche du monde. Ces productions tendent donc à redonner à l’Afrique une polarité perdue dans les méandres de la traite négrière et de la colonisation par une réappropriation du sens à partir des milieux intellectuels et de certains cercles politiques et artistiques. Comme on le sait, l’espace sociogéographique de l’Afrique subit des aliénations de toutes sortes. Si l’économie, la politique et la culture sont connues pour être les lieux d’exercice de ces aliénations, avec leur corollaire d’extraversion des modèles et d’inconscience de soi, il n’en demeure pas moins le cadre épistémique, lieu de production des savoirs où les stéréotypes et les clichés sont légion dans l’africanisme de toute part. C’est de la même sorte que l’environnement devient, à son tour, un cadre aliénant, une commotion de plus, sans doute la première, mais méconnue ou ignorée.

Aujourd’hui que les appels aux transitions écologique ou énergétique se multiplient, comme il en était ainsi des appels aux transitions démocratique et démographique en Afrique, nous estimons qu’il est nécessaire de revoir quelques considérations devenues banales, mais sujettes à précaution à cause des régimes d’historicité qui se confrontent et s’entrechoquent. En effet, le nouvel agenda international du développement qui s’illustre à travers les Objectifs de développement durable (ODD) cristallise des craintes au regard des expériences douloureuses des Programmes d’ajustements structurels (PAS) et des expériences mitigées des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour, dit-on, réduire la pauvreté. Cette vulgate néolibérale entraîne des effets pervers pour le nouvel agenda (Egil, 2015). C’est comme si le « Sud global » consacre toujours son temps à satisfaire l’agenda du « Nord global », terminologie du reste aliénante.

Une nouvelle ère émerge à travers le concept de transition. La dernière qui nous est apparue en Afrique est la « grande transition » que Mbembe (2020) appelle de ses vœux dans le contexte post-COVID-19. Le concept s’impose au niveau international sous l’angle de l’écologie et de l’énergie pour résorber les effets induits par le changement climatique. Ne risque-t-on pas de s’emballer dans une direction qui est plus dans l’ordre idéologique internationale que dans l’activité réelle des sociétés sous ordre de domination? De plus, à supposer que la transition soit en cours, comment en déterminer l’amorce et situer son évolution? Que fait-on des pratiques agroécologiques fonctionnelles dans le milieu naturel et dans les systèmes sociaux locaux? C’est là que les savoirs locaux prennent tout leur sens dans la restauration des équilibres écosystémiques et la réinvention des modes de gouvernance en fonction des échelles d’action et des relations de pouvoir.

Références

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https://www.youtube.com/watch?v=R0R1_FWZ2vk



  1. Paul Joseph Crutzen, prix Nobel de Chimie en 1995, a proposé d’appeler notre ère géologique l’Anthropocène et d’en marquer le début en l’an 1784, date du dépôt du brevet de la machine à vapeur par James Watt, indiqué comme le début de la révolution industrielle. Pour d’autres chercheurs et chercheuses, la modification du biotope par l’activité humaine date de bien avant, elle pourrait même remonter au paléolithique.
  2. https://www.agenceecofin.com/gestion-publique/0509-79887-le-kenya-future-porte-d-entree-des-dechets-plastiques-americains-vers-l-afrique.
  3. Ce sont : la Convention-cadre des nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la Convention sur la diversité biologique (CDB) et la Convention des nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD).
  4. En plus de lui qui est à North Carolina, il y a Nelson Maldonado-Torres (Rutgers), Walter Mignolo (Duke) et Ramón Grosfoguel (Berkeley). L’espace nord-américain est plus ouvert aux études postcoloniales et décoloniales que la France, par exemple, dont la frilosité à l’endroit de ces études frise le ridicule. Mais il ne peut en être autrement du fait de son passé colonisateur avec tout ce qui en découle aujourd’hui encore.
  5. Même en politique, cette perspective est une réalité. On peut voir à ce propos le vibrant discours d’investiture du vice-président de l’État plurinational de Bolivie, David Choquehuanca, le 8 novembre 2020. Lien : https://www.youtube.com/watch?v=R0R1_FWZ2vk, consulté le 21 novembre 2020.
  6. Inspiré par le tableau de William Turner, Le Négrier ou Le Bateau négrier (1840), Musée des beaux-arts, Boston (USA).
  7. Ainsi on a en Amérique du Nord : Au pays des canyons et de grands lacs ; Amérique centrale et du Sud : au paradis des jaguars et des limas ; Europe : Le berceau de toutes les légendes ; Asie : Brumes, jungles et montagnes ; Afrique : Fascination du monde sauvage.

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