Relance – Appel volume 3, numéro 1 : « L’enseignement bi-plurilingue en Afrique et le développement durable »

Coordination

Dossier coordonné par Rémy NSENGIYUMVA, Pierre NDUWAYO et Lamoussa TIAHO.

Présentation

En Afrique, le français et l’anglais sont les langues les plus enseignées dans les systèmes scolaires et constituent pour certains pays des langues officielles. Pour le Burundi et le Rwanda, les langues nationales sont presque parlées à 100 % par les populations concernées. Avant la colonisation, il n’y avait aucune autre concurrence linguistique dans tout le continent.  Au Burundi, il faudra attendre la période coloniale pour avoir les premiers rudiments de la langue française.

Par exemple, après la conférence de Berlin de 1885 sur le partage de l’Afrique, le Congo belge a été attribué au roi Léopold II. Toutes les colonies belges, c’est-à-dire le Congo, le Rwanda et le Burundi reconnaissaient un enseignement religieux. Jean-Louis Calvet (2010, p. 97) écrit que « la remise de l’éducation à l’église catholique a été concrétisée par une signature de convention entre le Congo belge et le Vatican. »  Le même auteur ajoute aussi qu’à l’issue de cette signature, deux circulaires ont été publiées. La première a été promulguée en 1929 à Bruxelles tandis que la seconde est sortie au Congo belge en 1938.

Cette première circulaire proposait d’intégrer l’enseignement du français dans toutes les colonies belges avec le concours des missions nationales. Cependant les politiques linguistiques qui ont été appliquées dans les colonies belges diffèrent de celles des colonies françaises. C’est dire que les pays de l’Afrique francophone n’ont pas bénéficié du même héritage selon qu’ils ont été colonisés par la France ou par la Belgique. Par exemple, l’histoire littéraire du Burundi est différente de celle du Sénégal (Calvet, 2010). La France a mis en place un modèle linguistique très centralisateur alors que la Belgique a beaucoup considéré l’enseignement des langues locales comme partie intégrante dans l’enseignement (Harouna, 2024).

Le maintien de ces langues nationales dans le système éducatif était dû au fait que la Belgique, qui est bilingue, était confrontée depuis longtemps au plurilinguisme (Calvet, 2010). Cette puissance coloniale connaissait un conflit linguistique qui existe même aujourd’hui (le flamand et le français).  Cette situation est différente de celle de la France, car elle est monolingue et voulait l’imposer dans ses colonies.  Au Sénégal, sur une vingtaine de langues parlées, six d’entre elles ont été promues au statut de langues nationales. Ce sont : le wolof, le sérère, le pulaar, le diola, le mandingue et le soninké (Cissé, 2005).  Ces langues sont toutes dotées d’un système de transcription officielle en caractères latins. Il est clair que  toute langue autochtone codifiée peut bénéficier du statut de langue nationale (Ntiranyibagira et al., 2023).

Cette stratégie d’imposition de la langue étrangère aux autochtones n’a pas pu être appliquée dans les colonies belges. La cohabitation entre le français et les langues indigènes a été pacifique. Actuellement, le français ne cesse de s’enrichir de nouveaux mots, ce qui lui procure de multiples facettes. La norme de l’Académie Française (1635) n’est plus respectée par tous les locuteurs de cette langue pour diverses raisons. Notre objectif est d’inviter tous les chercheurs et chercheuses à proposer des contributions décrivant leur perception de l’enseignement bi-plurilingue et son impact sur le développement durable ainsi que l’exploration des modalités de représentation des spécialistes d’histoire et d’anthropologie africaines.

Axes de réflexion

Sans exhaustivité, cet appel se propose de développer les enjeux suivants :

  • l’impact du bilinguisme sur la maîtrise des compétences langagières des apprenants africains;
  • la préférence linguistique dans un contexte multilingue en Afrique;
  • la place de la littérature nationale et étrangère dans l’enseignement bilingue;
  • la didactique des langues nationales et leur impact sur l’acquisition des langues étrangères et vice-versa;
  • la littérature et le développement durable;
  • le rôle de la langue dans la didactique des sciences physiques et mathématiques;
  • la démarche méthodologique pour développer un enseignement bi-plurilingue;
  • les langues nationales et la mondialisation;
  • la politique linguistique et le développement durable dans les ex-colonies;
  • l’alternance codique en situation didactique;
  • la didactique du français;
  • le bilinguisme et culture;
  • etc.

Conditions de soumission

La revue Mashamba publie en langue française, mais accepte également des textes rédigés en swahili. Elle pratique l’évaluation par les pair-e-s (peer-review) et dispose d’une politique anti-plagiat arrimée à celle du Grenier des savoirs. Nous invitons les auteurs et autrices à lire les instructions et à déposer leurs propositions dans le formulaire en ligne : https://www.revues.scienceafrique.org/formulaire/.

Chronogramme

Date de lancement de l’appel : 5 juillet 2024

Date limite de réception des résumés (en ligne uniquement) : 1 septembre 2024

Réponses aux auteurs et autrices après évaluation de la proposition : 15 septembre 2024

Réception des textes complets : 30 novembre 2023

Date de publication du volume : février 2025

Comité de rédaction

  • Rémy Nsengiyumva, rédacteur en chef, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi);
  • Vita Ndugumbo, Université Laval (Canada);
  • Gilbert Daouaga Samari, Université de Ngaoundéré (Cameroun);
  • Marie-Immaculée Ndayimirije, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi);
  • Spès Nibafasha, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi);
  • Willy Ngendakumana, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi);
  • Gisèle Mirabelle Céphanie Piebop, Université de Yaoundé (Cameroun).

Comité scientifique

  • Adélin Mperejimana, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Clément Bigirimana, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Concilie Bigirimana, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Dali Serge Lida, Université  Félix Houphouët Boigny (Côte d’Ivoire) ;
  • Édith Ndereyimana, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Ernest Nshemezimana, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Félix Tunguhore, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi) ;
  • Firmin Moussounda Ibouanga, Université Omar Bongo (Gabon) ;
  • Fulgence Manirambona, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi) ;
  • Gaspard Nduwayo, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Maurice Mazunya, Université du Burundi (Burundi) ;
  • Nestor Tamba Mara, Université Général Lansana Conté de Sonfonia (Guinée Conakry) ;
  • Rémy Ndikumagenge, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi) ;
  • Spès Nibafasha, École Normale Supérieure du Burundi (Burundi).

Bibliographie

Anciaux, F. 2012. Vers une didactique de l’alternance codique en éducation aux Antilles françaises. Dans Rivière, V. (dir.), Spécificités et diversité des interactions didactiques (p. 97-112). Paris : Editions Riveneuves.

Bigirimana, J. B. (2008). Langue et droit : Le droit à la langue en contexte de diglossie français-kirundi au Burundi. Language Problems and Language Planning, 32(1), 23‑46. https://doi.org/10.1075/lplp.32.1.03big

Calvet, L.-J. (2010). Histoire du français en Afrique (Ecriture). 978-2-35905-007-3

Castellotti, V., Coste, D. & Moore, D. 2001. Le proche et le lointain dans les représentations des langues et leur apprentissage. Dans Moore, D. (dir.), Les Représentations des langues et leur apprentissage : référence, modèles, données et méthodes (p. 101-131). Paris : Didier.

Causa, M. 1996. L’alternance codique dans le discours de l’enseignant. Les Carnets du Cediscor, 4, 111-129. https://doi.org/10.4000/cediscor.404

Cadiot, P. 1987. Les mélanges de langue. Dans Vermes, G., Boutet, J. (dir.), France, pays multilingue : Pratiques des langues en France (tome 2, p. 50-61), Paris : L’Harmattan.

Cissé, M. (2005). Langues, État et société au Sénégal. SudLangues. Revue électronique internationale de Sciences du langage, 5(1), 99‑133.

Dabene, L. 1994. Repères sociolinguistiques pour l’enseignement des langues. Paris : Hachette.

Gadet, F., et Varro, G. 2006. Le scandale du bilinguisme. Langage & société, 116, 10-24.

Grosjean, F. 1993. Le bilinguisme et le biculturalisme : essai de définition. Tranel, 19, 13-42.

Hamers, J. F., et Blanc, M. 1983. Bilingualité et bilinguisme. Bruxelles : Mardaga.

Harouna, D. (2024). Le français au sénégal de 1817 à 1960 : D’une langue imposée à une langue qui s’ est imposée. Al-Kīmiyā, 22‑23, 101‑119.

Lüdi, G., & Py, B. 2003. Être bilingue (3e édition). Berne : Peter Lang.

Moore, D. 2006. Plurilinguismes et école. Paris : Editions Didier.

Ntiranyibagira, C., Mbonyingingo, A., Nshimirimana, E., & Ndayizeye, J. (2023). Le statut du français dans le système éducatif burundais. : Analyse d’un facteur d’échec scolaire. Revue de l’École Supérieure de l’Éducation et de la Formation, 1, 33‑43.

Puren, C. 1988. Histoire des méthodologies de l’enseignement des langues. Paris : Nathan- Clé International.

Licence

La revue MASHAMBA. Linguistique, littérature, didactique en Afrique des grands lacs est sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0, disponible en ligne, en format PDF et, dans certains contextes, en version imprimée.

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ISSN : Version en ligne

2630-1431