Fonctions et enjeux du commentaire-troll en contexte numérique africain
Abdoul Karim KONE
Introduction
Les réseaux sociaux numériques constituent des espaces privilégiés d’expression et de confrontation à l’ère de la communication numérique. Sur ces plateformes, une publication peut être l’objet de discussions via les commentaires en ligne qui est un élément central de participation citoyenne, de débat public et surtout d’expression identitaire. Il peut prendre des formes diverses et refléter les intentions de l’émetteur. Aussi, les plateformes numériques deviennent de véritables lieux discursifs où les internautes, en fonction du contexte socio-politique, ont recours à des stratégies langagières marquées par la provocation et l’ironie surtout en contexte africain. Parmi ces formes d’expression, une forme singulière émerge et interpelle : il s’agit du commentaire-troll. Perçu comme des interventions délibérées pour détourner la discussion de son sujet initial, une manifestation de provocation, de moquerie ou de déstabilisation dans un fil de discussion, le commentaire, de manière générale, présente des caractéristiques linguistiques et discursives tout en suscitant un intérêt croissant dans les études sur le discours numérique. Aussi, il faut noter que cette pratique va au-delà d’une simple perturbation du débat; elle sert à la critique sociale, à la contestation politique ou à la mise en scène identitaire. De ce fait, le commentaire-troll se révèle porteur de sens, en tant qu’acte communicationnel chargé d’enjeux discursifs, sociaux et idéologiques. Dès lors, il importe de s’interroger sur les fonctions et les enjeux que remplit le commentaire-troll dans les espaces numériques africains. Comment le commentaire-troll se manifeste-t-il dans les environnements numériques africains? Dans quelle mesure participe-t-il à la construction des discours numériques? Quels sont les enjeux qui sous-tendent cette pratique dans une société africaine marquée par une pluralité linguistique, culturelle et politique?
Cet article, à partir de l’approche de l’analyse du discours numérique (Paveau, 2017), de la sociolinguistique et d’un corpus constitué de commentaires extraits de pages de la plateforme Facebook, se propose d’examiner les principales fonctions du commentaire-troll dans les interactions en ligne en contexte numérique africain avant d’explorer les enjeux sociaux, politiques et symboliques.
Ancrage théorique et méthodologique de l’étude du commentaire en contexte numérique
La présente étude s’inscrit dans la perspective de l’analyse du discours et de la sociolinguistique. Ce positionnement permet de prendre en compte les dimensions langagières, interactionnelles et sociotechniques de la production discursive en ligne. Cette recherche s’appuie donc sur la théorie-méthode de l’analyse du discours numérique (Paveau, 2017) qui conçoit les productions verbales en ligne comme des énoncés hypercontextualisés et de co-construction identitaire.
Contexte numérique
Dans les études sur le discours numérique, la notion de contexte est associée à celle d’environnement qui désigne « l’ensemble des données humaines et non humaines au sein desquelles les discours sont élaborés » (Paveau, 2017, p. 165). La notion d’environnement représente donc une alternative critique à la notion de contexte courante en analyse du discours, centrée sur les paramètres sociaux, historiques et politiques selon cette définition. Associé au numérique, le contexte désigne donc l’ensemble des environnements, des pratiques et des interactions qui émergent et se développent à travers les technologies de l’information et de la communication (TIC) en général et sur Internet, les réseaux sociaux, les plateformes numériques… en particulier. Il englobe les infrastructures techniques comme les réseaux ou les logiciels, les usages sociaux comme la communication, l’information, ainsi que les dynamiques politiques, culturelles, économiques et symboliques qui s’y manifestent. Par ailleurs, le numérique change profondément la manière dont l’information est créée, diffusée et reçue. Il modifie aussi notre rapport au savoir, ainsi que notre façon de vivre l’espace et le temps au quotidien. Grâce aux plateformes, les individus interagissent plus facilement et recherchent une plus grande visibilité dans l’espace public. Toutefois, ces transformations soulèvent des préoccupations liées à l’identité numérique, à la gestion des données personnelles…
Définition et catégories de commentaire numérique
Le commentaire numérique désigne toute intervention produite par un internaute et publiée sur une plateforme numérique en réaction à une publication initiale et se présente sous quatre (04) grandes catégories selon la classification faite par Paveau (2017). Ce sont :
- le commentaire relationnel : il renvoie à une intervention à visée essentiellement phatique, qui établit un lien minimal avec le discours initial, qu’il concerne son auteur ou son contenu sans engager de véritable échange conversationnel. Il regroupe notamment des formes telles que les énoncés de geste, les commentaires-lien et les commentaires de remerciement;
- le commentaire conversationnel : ce type de commentaire dépasse le simple contact phatique en apportant un contenu et en s’inscrivant dans une dynamique d’échange. Il se décline en trois formes principales : le commentaire discursif, le commentaire métadiscursif et le commentaire-troll, qui constitue l’objet de la présente étude;
- le commentaire délocalisé se déploie en dehors des fils de discussion principaux, notamment dans les messageries privées, les courriels ou les blogs, où il s’inscrit dans un jeu complexe de visibilité et de publicité. Il se décline en deux formes : le commentaire délocalisé privé et le commentaire délocalisé public,
- le commentaire-partage, souvent considéré comme un pseudo-commentaire, est produit à l’occasion d’un partage de contenu. Peu pris en compte par les analystes, il se caractérise par son lien direct avec l’acte de diffusion plutôt qu’avec une véritable interaction discursive.
Il faut souligner que tous ces commentaires sont produits en ligne. Toutefois, l’objet d’étude étant le commentaire-troll, le point suivant y sera consacré.
Le commentaire-troll : éléments de définition, essai de typologie et description
Approche définitionnelle et caractéristiques
Le commentaire-troll est un message publié en ligne dans le but de perturber une discussion. Selon Paveau (2017), il vise à « semer le trouble » dans la conversation par des interventions décalées, violentes ou provocatrices. Relevant des pratiques technodiscursives du web 2.0, il peut être considéré comme une pratique discursive stratégique reposant sur des procédés tels que le détournement, l’ironie, la parodie ou la satire et dont les effets varient selon le contexte et qui peut susciter des réactions émotionnelles telles que la colère, la confusion ou l’indignation. Ces finalités donnent lieu à différentes catégories de commentaires-trolls, chacune répondant à des logiques spécifiques.
Catégories de commentaires-troll en contexte numérique
Avec l’expansion généralisée des espaces de discussions numériques en général et des réseaux sociaux, surtout Facebook en particulier, le phénomène du commentaire-troll a connu un essor fulgurant. En effet, loin d’être un acte uniforme, il se présente sous plusieurs catégories. Cette catégorisation vise à mieux comprendre les différentes formes de cette pratique ainsi que leurs implications. Ainsi, il existe :
- le commentaire-troll provocateur ou Flame troll : c’est un troll qui adopte un ton agressif, insultant ou conflictuel, souvent émis pour déclencher une guerre verbale ou flame war selon Hardacker (2010). Son objectif est de créer une réaction émotionnelle intense. C’est l’exemple des insultes, des propos racistes ou des attaques personnelles;
- le troll ironique ou humoristique (Jester troll) : C’est un troll qui utilise l’humour, l’ironie pour semer la confusion ou faire rire avec pour objectif d’amuser, de ridiculiser ou de désorienter, parfois sans hostilité réelle. C’est l’exemple des réponses volontairement hors sujet ou jeux de mots absurdes;
- le troll idéologique ou politique : c’est un troll qui utilise la polémique politique, religieuse ou sociale pour attiser la division. Il vise à créer une fracture dans la communauté, manipuler les opinions ou tester les limites du débat à l’instar des propos extrémistes, de la théorie du complot ou des provocations sur les sujets sensibles. Zemmour K. (2019) développe ce type de commentaire;
- le troll moral ou justicier (Concern troll) : C’est un commentaire-troll qui fait semblant de compatir ou de s’inquiéter tout en sapant l’autorité ou les idées d’un groupe avec pour objectif de miner la légitimité d’un discours en adoptant une posture faussement bienveillante;
- le troll manipulateur ou stratégique : c’est lorsque le troll est utilisé comme outil de manipulation ou de désinformation en vue d’influencer discrètement une opinion publique ou détourner l’attention. C’est l’exemple des faux profils ou de l’usurpation d’identité;
- le troll nuisible ou malveillant (troll destructeur) : c’est un troll qui cherche uniquement à blesser, humilier ou harceler. L’objectif est de nuire à autrui de façon intentionnelle. Le cyberharcèlement, les menaces en sont des exemples concrets.
De ces différentes catégories de commentaire-troll, on retient que le troll, quelle que soit sa nature vise à détourner une discussion.
Description du commentaire-troll
Le commentaire-troll se caractérise par une configuration linguistique et discursive spécifique, inscrite dans une logique de perturbation intentionnelle de l’interaction. Il mobilise divers procédés syntaxiques, structurels et thématiques qui traduisent sa fonction de déstabilisation. Ce point permettra d’en décrire les principales caractéristiques.
Le commentaire-troll se caractérise souvent par des formes brèves et une écriture marquée par une syntaxe transgressive et une structure éclatée. Ces choix formels participent à son objectif principal, qui est de rompre les normes de l’interaction en ligne, de choquer ou de déstabiliser l’interlocuteur, en mettant en crise les principes de cohérence, de clarté et de progression argumentative.
Sur le plan syntaxique, il se manifeste par des énoncés courts, elliptiques ou réduits à un mot. Ce qui produit souvent un effet de rupture et de forte charge émotionnelle.
Sur le plan discursif, il repose souvent sur des fragments, des jugements ou des attaques personnelles. Ce qui crée une efficacité polémique du discours. Il adopte très souvent une structure argumentative pour la détourner par l’ironie ou la provocation. Pour Charaudeau (2011), c’est une « manipulation des apparences énonciatives ». Ainsi, la syntaxe et la structure du commentaire-troll contribuent pleinement à sa fonction de déstabilisation et de transgression des normes du discours numérique.
Par ailleurs, les commentaires-trolls portent généralement sur des thématiques à forte charge polémique s’inscrivant dans une logique de rupture avec les normes de l’échange argumentatif. Ils visent à provoquer, diviser ou créer la discorde au sein des communautés numériques. Qu’il s’agisse des sujets politiques, des questions identitaires ou des thématiques plus contemporaines comme le féminisme, la liberté d’expression… le commentaire-troll exploite les tensions sociales et les sensibilités culturelles pour alimenter la controverse et perturber les interactions dans l’univers numérique.
Les éléments discursifs du commentaire-troll
Le commentaire-troll vise à déstabiliser les internautes en suscitant des réactions émotionnelles, à travers un ensemble de procédés discursifs transgressifs qui rompent avec les normes de l’échange argumentatif. Ainsi, l’ironie et le sarcasme constituent des stratégies centrales. Elles permettent au trolleur ou à la trolleuse de masquer son intention réelle sous un ton moqueur, créant ainsi une double énonciation où le sens implicite contredit le sens explicite. Cette ambiguïté rend la réponse rationnelle difficile et installe un rapport de force symbolique au profit du troll (Paveau, 2017).
L’hyperbole et l’exagération volontaire renforcent également cet effet de provocation. En effet, le trolleur ou la trolleuse a souvent recours à des termes excessifs pour s’exprimer contribuant ainsi à amplifier la charge émotionnelle du discours.
L’insulte et la dévalorisation sont aussi des traits du commentaire-troll. Elles visent à réduire l’interlocuteur et à discréditer sa parole. Aussi, le trolleur ou la trolleuse peut également détourner les propos de sa cible en les caricaturant, adoptant ainsi une posture de pseudo-dialogue qui sert en réalité à ridiculiser l’échange selon Charaudeau.
L’usage des énoncés flous, des sous-entendus, des doubles sens ou encore des éléments multimodaux tels que les émojis, les hashtags sont des éléments caractéristiques du commentaire-troll. Ils permettent au trolleur ou à la trolleuse de se protéger en cas de confrontation malgré le caractère perturbateur de son intervention.
En définitive, ces procédés discursifs révèlent une logique de subversion des normes communicationnelles. Le commentaire-troll ne vise donc pas la discussion rationnelle, mais la perturbation de l’ordre discursif et l’intensification des tensions dans les espaces numériques.
Le corpus d’étude
La présente étude s’appuie sur un corpus natif numérique constitué de publications et de commentaires recueillis sur des pages Facebook ivoiriennes. Les corpus natifs numériques désignent, selon Paveau (2017), des ensembles de données produits directement dans les environnements numériques, c’est-à-dire issus des espaces discursifs du web. Ils peuvent inclure des messages textuels en ligne, tels que des conversations sur les réseaux sociaux, des commentaires sur des forums, des chats, ainsi que des contenus issus des médias sociaux (tweets, publications Facebook, vidéos YouTube, etc.).
Les commentaires collectés seront analysés à partir d’une typologie des trolls adaptée au contexte sociolinguistique africain. Le corpus est composé de quatre (4) publications et de huit (8) commentaires extraits de pages Facebook ivoiriennes. Il est considéré comme représentatif des formes de trolling observables dans les interactions numériques en contexte africain.
Étude du commentaire-troll en contexte numérique africain
Le développement des plateformes numériques a offert aux citoyens et cityonnes la possibilité d’interagir, de débattre et d’exprimer leurs opinions. Cette ouverture a également favorisé l’émergence de nouvelles formes de discours, parmi lesquelles le commentaire-troll avec ses caractéristiques. Dans le contexte africain, il présente des caractéristiques particulières influencées par les réalités sociopolitiques, économiques et culturelles propres aux pays du continent. Il s’agit ici de comprendre comment le troll s’inscrit dans les interactions numériques en Afrique, quelles formes il prend, quelles motivations animent les auteurs et les autrices et quels en sont les enjeux.
Description du contexte numérique africain
Parler de contexte numérique africain revient à désigner l’ensemble des dynamiques sociales, culturelles, économiques et politiques qui se déploient à travers les outils et plateformes numériques sur le continent africain. Ce contexte se caractérise par une croissance rapide de l’accès à Internet, l’essor des technologies mobiles, ainsi qu’une appropriation progressive des plateformes numériques par des populations souvent jeunes et urbaines. Ce contexte favorise aussi l’expression citoyenne, l’innovation entrepreneuriale, offre un espace de visibilité mais aussi de manipulation de contestation où coexistent participation démocratique et désinformation. Il constitue ainsi un terrain privilégié pour observer la reconfiguration des discours, des identités et des pouvoirs en Afrique contemporaine. Selon le rapport Digital de DataReportal (Kemp, 2024), l’Afrique comptait plus de 570 millions d’utilisateurs d’Internet en début d’année 2024, soit environ 42 % de la population totale du continent. Les plateformes les plus utilisées sont Facebook, WhatsApp, TikTok, Instagram, Twitter/X ou encore YouTube qui représentent des espaces privilégiés d’interactions, de débats publics et de militantisme numérique. Selon Tchuente, (2021), la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Sénégal ou encore le Cameroun sont les pays où les jeunes internautes se positionnent comme des relais d’information, des producteurs et productrices de contenus et parfois comme des acteurs et actrices critiques du discours politique.
Types de commentaire-troll en contexte numérique africain.
Sur les plateformes numériques africaines, il existe plusieurs types de commentaires en ligne dans divers types de publications notamment politiques, culturelles, religieuses. Ces commentaires varient en fonction des intentions discursives et des stratégies énonciatives des internautes et se déclinent en quatre grandes catégories que sont les commentaires informatifs ou contributifs; les commentaires affectifs ou empathiques; les commentaires polémiques ou militants et les commentaires-trolls qui font l’objet de la présente étude. Par ailleurs, les travaux de Zehoun et Tcheuyap (2020) montrent que ces catégories peuvent coexister au sein d’une même discussion en ligne, révélant la complexité des interactions numériques africaines, où le sérieux côtoie la dérision, et la critique la plaisanterie.
En contexte numérique africain, le commentaire-troll se distingue par sa polyphonie discursive, sa portée ironique et surtout son ancrage socio-politique car la situation est débordante de passion. En s’inspirant des typologies générales du commentaire-troll établies par Phillips (2015) et Hardaker (2010) et en les adaptant aux réalités africaines, on peut identifier quelques types de commentaires-trolls utilisés généralement en Afrique. Ainsi, à partir de l’univers numérique ivoirien qui, à l’instar d’autres espaces numériques africains, constitue un lieu foisonnant d’échanges, de revendications, mais aussi de pratiques discursives décalées telles que le trollage, on peut distinguer les types de commentaires-trolls suivants :
Le commentaire-troll hors sujet ou décalé
C’est un type de commentaire qui introduit un sujet qui n’a aucun lien avec la publication initiale, semant confusion ou distraction. Ce type de troll s’observe fréquemment dans les publications politiques ou culturelles.

Pour le premier exemple, la publication initiale fait état d’une reprise de chanson du duo Yodé et Siro, un autre groupe zouglou. À la suite de cette publication, plusieurs commentaires ont été faits pour apprécier la solidarité existante entre les groupes zouglou. Cependant, des internautes ont émis des commentaires-trolls décalés et hors sujet : le premier commentaire est un troll qui représente un commentaire personnel sans lien avec le post donc hors contexte et le deuxième fait référence au football qui est totalement différent du sujet musical abordé dans la publication initiale.
Le commentaire-troll provocateur
C’est un commentaire-troll qui a recours à l’insulte, au sarcasme ou à la moquerie directe pour déstabiliser ou humilier une personne ou un groupe. Il vise généralement à polariser les débats ou à susciter des réactions émotionnelles fortes. Prenons la capture d’écran 2 effectuée sous la publication de Gaou Productions plus haut.

Ici, nous avons affaire à un commentaire-troll provocateur. En lieu et place d’un commentaire qui pourrait avoir un lien avec la publication, cet internaute investit dans une sorte d’insulte directe à la limite d’un commentaire moqueur. Ce type de commentaire engendre très souvent la polémique entre internautes.
Le commentaire-troll ironique et humoristique
Le commentaire-troll ironique est un type de commentaire qui s’exprime de manière ambiguë ou cynique avec pour intention de ridiculiser ou de pointer une incohérence sans s’exposer comme c’est le cas avec la capture d’écran 3 effectuée sur la page de Gaou Productions.

Sur un groupe composé de quatre personnes, l’internaute, dans un commentaire ambigu, à double lecture estime qu’une seule personne est heureuse. Ce commentaire pourrait donc semer le doute, la confusion et par la même occasion créer une polémique.
Quant au commentaire-troll humoristique, il sert à désamorcer le sérieux du sujet ou à tourner en dérision un post sérieux. Il repose sur une stratégie de décontextualisation ironique, très présente dans les interactions numériques ivoiriennes, souvent nourrie par un esprit de dérision populaire (capture d’écran 4).

Cette publication extraite de la page Facebook d’Euloge Kuyo First, page d’information générale, traite d’une réforme électorale annoncée par le président de la Commission Electorale Indépendante (CEI). Dans les commentaires, un internaute, avec un commentaire totalement décalé, parle d’une affaire de plat culinaire. Cette dissonance entre le contenu politique de la publication et l’anecdote culinaire est flagrante. Il s’agit d’un troll humoristique qui n’a pas pour ambition de débattre mais de divertir, de créer du buzz ou de détourner l’attention du sujet initial. Il participe d’une dynamique où les citoyen·ne·s, se sentant éloigné·e·s des enjeux politiques, optent pour la parodie comme forme d’expression.
Le commentaire-troll bienveillant
C’est un type de commentaire-troll qui désamorce volontairement la tension d’un débat par des interventions inattendues mais non agressives, parfois humoristiques ou moralisantes. Cette forme peut servir à recentrer l’attention sur des préoccupations sociales ou humanitaires (capture d’écran 5).

Cette publication est extraite de la page Facebook d’Abidjan.net, site d’informations généralistes. Il fait état du lancement officiel d’un mouvement politique entre deux candidats déclarés à l’élection présidentielle de 2025 notamment Assalé Tiémoko et Vincent Toh Bi Irié. C’est donc une publication de nature politique, sérieuse, axée sur un enjeu national qui appelle en principe à des commentaires en lien avec le projet politique, les candidatures ou les programmes. Cependant, nous relevons un commentaire qui n’a aucun lien avec le sujet électoral, ce qui en fait un hors-sujet et décalé. Par ailleurs, son contenu est certes pertinent car il aborde un sujet d’ordre social, mais totalement hors contexte, ce qui crée un effet de décalage volontaire.
Le commentaire-troll religieux hors sujet
C’est un type de commentaire qui est perceptible sous les publications de toute nature. Il consiste à écrire, sous les publications des rappels religieux (chrétiens ou islamiques) avec pour objectif de réaffirmer une identité religieuse dans un espace public, ou de tester les limites de tolérance des plateformes et de leurs usagers et usagères. C’est un commentaire-troll hors sujet, fondé sur l’imposition d’un discours dogmatique dans un contexte non confessionnel et peut créer une confrontation entre les internautes (capture d’écran 6).

Cette publication et le commentaire qui en découle sont extraits de la page Facebook du supermarché Auchan. Dans une publicité commerciale, Auchan incite les consommateurs et consommatrices à achater les produits essentiels du mois. Pour répondre, un internaute poste un commentaire religieux détaillant les cinq prières quotidiennes musulmanes. Ce commentaire est totalement dissocié du contenu initial de la publication et s’inscrit dans une stratégie discursive typique du troll religieux qui consiste à instrumentaliser des espaces neutres ou commerciaux pour véhiculer un message normatif à visée religieuse. En outre, ce commentaire a créé une sorte de confrontation entre internautes. En effet, un autre internaute fait un commentaire en guise de réponse au précédent commentaire. Il rejette la légitimité du commentaire religieux de son interlocuteur en affirmant que cette pratique ne sauvera pas et surtout qu’elle n’a pas de valeur spirituelle. Ce qui engage un débat religieux conflictuel qui est souvent cause de polémique. Le commentaire-troll vise ici donc à provoquer une controverse.
L’analyse de ces exemples met en évidence la pluralité des manifestations du commentaire-troll dans les espaces numériques africains. Quelle que soit la forme qu’il représente, le commentaire-troll ne saurait être considéré comme un acte neutre. En effet, il traduit souvent des tensions sociales, identitaires ou encore politiques et témoigne du rapport qui traverse les espaces numériques. Ainsi, l’usage du commentaire-troll soulève des interrogations à la fois sur la régulation de la parole en ligne mais aussi sur les différentes manières dont les usagers et usagères utilisent les plateformes numériques en fonction des intentions, des stratégies et du positionnement discursif.
Motivations du commentaire-troll en contexte africain
Les motivations du commentaire-troll en contexte numérique africain sont plurielles et relèvent de dynamiques à la fois individuelles et collectives. En effet, le commentaire-troll s’inscrit dans un cadre discursif large qui est souvent lié au contexte sociopolitique, économique ou culturel propres aux espaces numériques du continent. Il se présente comme une forme d’expression politique, de satire sociale ou de résistance symbolique.
Le commentaire-troll répond souvent à une frustration sociale ou politique. C’est un moyen détourné d’exprimer souvent son ressenti dans des environnements souvent marqués par la pauvreté, la corruption, le chômage. L’utiliser pour s’exprimer permet aux auteurs et autrices, dans un commentaire décalé, de dire sa part de vérité dans un style ironique. L’exemple de ce commentaire sous un post de la Commission Electorale Indépendante sur la révision de la liste électorale traduit bien cette idée : « On va encore faire la queue pour voter et après on nous oublie comme toujours. »
Certains sont aussi faits pour attirer l’attention, obtenir des likes ou des abonnés ou faire le buzz motivé ainsi par la recherche perpétuelle de visibilité qui guide certains auteurs et autrices de cette pratique. Ainsi, le troll provocateur ou humoristique devient une stratégie de reconnaissance sociale. Il peut aussi être une forme d’humour politique qui tourne en dérision les figures du pouvoir ou les discours institutionnels, dans une tradition proche de la satire populaire.
Il peut aussi être motivé par des logiques identitaires où l’objectif est d’attaquer, moquer ou stigmatiser une communauté, un groupe ethnique, religieux ou national. Ces commentaires exploitent des stéréotypes historiques ou sociaux pour nourrir un discours d’opposition ou d’exclusion selon Njoya (2020). Par ailleurs, il peut se présenter, dans certains cas comme un simple jeu de langage, une performance humoristique qui s’inscrit dans la culture numérique locale. En effet, les internautes utilisent les langues locales notamment le nouchi en Côte d’Ivoire ou le camfranglais au Cameroun pour produire des effets comiques sans intention explicitement hostile. Dans ce cas, il s’agit d’un divertissement collectif qui repose sur la connivence et le goût de l’absurde.
Dans la majeure partie des cas, le commentaire-troll cherche simplement à déstabiliser une discussion, sans réelle idéologie. Toutefois, elles sont étroitement liées aux réalités locales et aux codes de communication propres aux internautes africains selon Eboussi Boulaga (2021).
Enjeux et visées du commentaire-troll en contexte numérique africain
En contexte numérique africain, le commentaire-troll s’inscrit dans des dynamiques socio-politiques, culturelles et médiatiques qui structurent les espaces d’interaction en ligne. S’il constitue un discours perturbateur, il peut aussi être mobilisé comme stratégie d’expression identitaire, d’influence des débats publics ou encore de production d’humour.
L’un des enjeux est la construction de l’image de soi en ligne. En effet, le commentaire-troll peut servir à se positionner dans la conscience collective en construisant un ethos trollesque qui pourrait être défini comme l’image de soi construite par un locuteur à travers des pratiques discursives de provocation, de transgression des normes sociales… Il participe ainsi à une stratégie de visibilité.
Un autre enjeu est celui de l’influence sur l’opinion publique. Cet enjeu est perceptible sur le plan politique et idéologique et mobilisé dans des stratégies de perturbation ou d’orientation du débat public.
Aussi, à travers l’humour et les pratiques langagières locales comme « le nouchi » en Côte d’Ivoire, le commentaire-troll comporte une dimension socio-culturelle. En effet, à travers ces pratiques, il permet d’exprimer certaines émotions comme les frustrations.
Au total, les enjeux du commentaire-troll ne se limitent pas à la simple provocation. Ils se retrouvent très souvent dans les dimensions identitaires, politiques, sociales et médiatiques témoignant ainsi des dynamiques complexes qui se retrouvent dans les espaces numériques africains. Le commentaire-troll devient alors un révélateur des tensions, des rapports de pouvoir et des mutations qui structurent les interactions et les pratiques discursives sur les plateformes numériques.
Conclusion
L’analyse des fonctions et enjeux du commentaire-troll en contexte numérique africain révèle un phénomène discursif qui présente plusieurs dimensions. En effet, l’étude révèle que ce type de commentaire s’inscrit dans une dynamique communicationnelle qui est propre aux espaces numériques africains et est marquée par une hybridité entre humour, contestation sociale, satire politique et quête de visibilité. Par ces fonctions, le commentaire-troll contribue à redéfinir les formes de participation dans les espaces numériques qui mettent en lumière les tensions entre liberté d’expression et fabrication de l’opinion en ligne. Dans un contexte africain où la politique prime, l’usage des commentaires-trolls appelle à une réflexion approfondie sur les rapports entre discours, pouvoir et société.
Aussi, l’étude a révélé que le commentaire-troll, en contexte numérique africain, est plus décalé que violent. Cela est dû à la nature humoristique qui caractérise certains écrits. Ainsi, le commentaire-troll ne doit pas être compris comme un commentaire ne respectant pas les normes du numérique, mais plutôt en saisir les intentions dissimulées et les effets potentiels sur les imaginaires collectifs et les pratiques discursives contemporaines. C’est dans cette perspective qu’étudier le commentaire-troll en contexte numérique africain prend tout son sens, en tant que révélateur des mutations de la parole publique.
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Fonctions et enjeux du commentaire-troll en contexte numérique africain
Abdoul Karim KONE
Résumé :
Dans les espaces numériques africains, le commentaire-troll apparaît comme une forme d’intervention ambivalente, révélatrice des tensions sociopolitiques contemporaines. Il ne se limite pas à une nuisance, mais remplit des fonctions critiques, satiriques et identitaires, contribuant à redéfinir les rapports entre citoyens et citoyennes, institutions et espaces publics en ligne. Cette étude s’intéresse aux fonctions du commentaire-troll sur les plateformes numériques africaines à partir d’un corpus de commentaires publiés sur Facebook. Elle met en lumière les différentes stratégies discursives mobilisées par les internautes ainsi que les enjeux liés à la liberté d’expression, à la régulation de la parole publique et à la légitimation des autorités. En s’inscrivant dans les perspectives de l’analyse du discours et de la sociolinguistique, l’étude révèle l’ambivalence du commentaire-troll : tantôt espace de contestation et de critique sociale, tantôt un vecteur de désinformation. Elle montre également comment ces pratiques discursives traduisent une démocratie numérique encore en construction, dans laquelle l’ironie et la dérision deviennent de véritables armes de prise de parole et de contestation politique.
Mots-clés : Afrique, Commentaire troll, Communication politique, discours numérique, Réseaux sociaux
Abstract :
Functions and challenges of troll commenting in an African context
In African digital spaces, troll comments appear as an ambivalent form of intervention, revealing contemporary sociopolitical tensions. They are not merely a nuisance, but fulfill critical, satirical, and identity-related functions, contributing to redefining the relationships between citizens, institutions, and online public spaces. This study examines the functions of troll comments on African digital platforms using a corpus of comments published on Facebook. It highlights the various discursive strategies employed by internet users, as well as the issues related to freedom of expression, the regulation of public discourse, and the legitimization of authorities. Drawing on discourse analysis and sociolinguistics, the study reveals the ambivalence of troll comments: sometimes a space for protest and social critique, and at other times a vector of disinformation. It also shows how these discursive practices reflect a digital democracy still under construction, in which irony and derision become genuine weapons for public expression and political protest.
Keywords : Africa, digital discourse, Political communication, Social networks, Troll comment
Résumé (Bambara) :
Ɲɛfɔli baarakɛcogo n’a gɛlɛyaw Afiriki nizɛrikan na
Afiriki nizɛri yɔrɔw la, troll ka kuma fɔlenw bɛ bɔ i n’a fɔ bolodoncogo fila-fila, min bɛ bi jamanadenw ka politiki gɛlɛyaw jira. U tɛ jɔrɔnanko dɔrɔn ye, nka u bɛ baara kɔrɔfɔlenw, satiriki, ani danyɔrɔko baara dafa, ka dɛmɛ don ka jamanadenw, baaradaw ani ɛntɛrinɛti foroba yɔrɔw cɛsiraw ɲɛfɔ kokura. Nin kalan in bɛ troll kuma fɔlenw baarakɛcogo sɛgɛsɛgɛ Afiriki nizɛrikan na ni kumasenw kulu ye min bɔra Facebook kan. A bɛ kumaɲɔgɔnya fɛɛrɛ suguya minnu jira ɛntɛrinɛti baarakɛlaw fɛ, ka fara ko minnu ɲɛsinnen bɛ kuma fɔli hɔrɔnya ma, foroba kumaw labɛnni, ani fangatigiw ka sariya sigili. Ka da kumasenw sɛgɛsɛgɛli ni sigida kanko dɔnniya kan, o kalan in bɛ troll ka kuma fɔlenw ka fila-fila jira : tuma dɔw la, yɔrɔ min bɛ kɛ ka sɔsɔli ni sigida kɔrɔfɔli kɛ, tuma wɛrɛw la, kunnafoni tiɲɛnenw fɛnɲɛnamafagalan ye. A b’a jira fana cogo min na nin kumaɲɔgɔnya wale ninnu bɛ demokarasi nizɛri jira min bɛ ka jɔ hali bi, min kɔnɔ, nisɔndiya ni nisɔndiya bɛ kɛ marifa lakikaw ye forobaciyɛnko ni politikitɔnw ka sɔsɔli kama.
Mots-clés (Bambara) : afiriki, kumasen numérique, politiki kumaɲɔgɔnya, Réseaux sociaux, Troll commentaire
Historique de l’article
Date de réception : 31 octobre 2025
Date d’acceptation : 29 mai 2026
Date de publication : 10 août 2026
Type de texte : Article
Introduction
Les réseaux sociaux numériques constituent des espaces privilégiés d’expression et de confrontation à l’ère de la communication numérique. Sur ces plateformes, une publication peut être l’objet de discussions via les commentaires en ligne[1] qui est un élément central de participation citoyenne, de débat public et surtout d’expression identitaire. Il peut prendre des formes diverses et refléter les intentions de l’émetteur. Aussi, les plateformes numériques deviennent de véritables lieux discursifs où les internautes, en fonction du contexte socio-politique, ont recours à des stratégies langagières marquées par la provocation et l’ironie surtout en contexte africain. Parmi ces formes d’expression, une forme singulière émerge et interpelle : il s’agit du commentaire-troll. Perçu comme des interventions délibérées pour détourner la discussion de son sujet initial, une manifestation de provocation, de moquerie ou de déstabilisation dans un fil de discussion, le commentaire, de manière générale, présente des caractéristiques linguistiques et discursives tout en suscitant un intérêt croissant dans les études sur le discours numérique. Aussi, il faut noter que cette pratique va au-delà d’une simple perturbation du débat; elle sert à la critique sociale, à la contestation politique ou à la mise en scène identitaire. De ce fait, le commentaire-troll se révèle porteur de sens, en tant qu’acte communicationnel chargé d’enjeux discursifs, sociaux et idéologiques. Dès lors, il importe de s’interroger sur les fonctions et les enjeux que remplit le commentaire-troll dans les espaces numériques africains. Comment le commentaire-troll se manifeste-t-il dans les environnements numériques africains? Dans quelle mesure participe-t-il à la construction des discours numériques? Quels sont les enjeux qui sous-tendent cette pratique dans une société africaine marquée par une pluralité linguistique, culturelle et politique?
Cet article, à partir de l’approche de l’analyse du discours numérique (Paveau, 2017), de la sociolinguistique et d’un corpus constitué de commentaires extraits de pages de la plateforme Facebook, se propose d’examiner les principales fonctions du commentaire-troll dans les interactions en ligne en contexte numérique africain avant d’explorer les enjeux sociaux, politiques et symboliques.
Ancrage théorique et méthodologique de l’étude du commentaire en contexte numérique
La présente étude s’inscrit dans la perspective de l’analyse du discours et de la sociolinguistique. Ce positionnement permet de prendre en compte les dimensions langagières, interactionnelles et sociotechniques de la production discursive en ligne. Cette recherche s’appuie donc sur la théorie-méthode de l’analyse du discours numérique (Paveau, 2017) qui conçoit les productions verbales en ligne comme des énoncés hypercontextualisés et de co-construction identitaire.
Contexte numérique
Dans les études sur le discours numérique, la notion de contexte est associée à celle d’environnement qui désigne « l’ensemble des données humaines et non humaines au sein desquelles les discours sont élaborés » (Paveau, 2017, p. 165). La notion d’environnement représente donc une alternative critique à la notion de contexte courante en analyse du discours, centrée sur les paramètres sociaux, historiques et politiques selon cette définition. Associé au numérique, le contexte désigne donc l’ensemble des environnements, des pratiques et des interactions qui émergent et se développent à travers les technologies de l’information et de la communication (TIC) en général et sur Internet, les réseaux sociaux, les plateformes numériques… en particulier. Il englobe les infrastructures techniques comme les réseaux ou les logiciels, les usages sociaux comme la communication, l’information, ainsi que les dynamiques politiques, culturelles, économiques et symboliques qui s’y manifestent. Par ailleurs, le numérique change profondément la manière dont l’information est créée, diffusée et reçue. Il modifie aussi notre rapport au savoir, ainsi que notre façon de vivre l’espace et le temps au quotidien. Grâce aux plateformes, les individus interagissent plus facilement et recherchent une plus grande visibilité dans l’espace public. Toutefois, ces transformations soulèvent des préoccupations liées à l’identité numérique, à la gestion des données personnelles…
Définition et catégories de commentaire numérique
Le commentaire numérique désigne toute intervention produite par un internaute et publiée sur une plateforme numérique en réaction à une publication initiale et se présente sous quatre (04) grandes catégories selon la classification faite par Paveau (2017). Ce sont :
Il faut souligner que tous ces commentaires sont produits en ligne. Toutefois, l’objet d’étude étant le commentaire-troll, le point suivant y sera consacré.
Le commentaire-troll : éléments de définition, essai de typologie et description
Approche définitionnelle et caractéristiques
Le commentaire-troll est un message publié en ligne dans le but de perturber une discussion. Selon Paveau (2017), il vise à « semer le trouble » dans la conversation par des interventions décalées, violentes ou provocatrices. Relevant des pratiques technodiscursives du web 2.0, il peut être considéré comme une pratique discursive stratégique reposant sur des procédés tels que le détournement, l’ironie, la parodie ou la satire et dont les effets varient selon le contexte et qui peut susciter des réactions émotionnelles telles que la colère, la confusion ou l’indignation. Ces finalités donnent lieu à différentes catégories de commentaires-trolls, chacune répondant à des logiques spécifiques.
Catégories de commentaires-troll en contexte numérique
Avec l’expansion généralisée des espaces de discussions numériques en général et des réseaux sociaux, surtout Facebook en particulier, le phénomène du commentaire-troll a connu un essor fulgurant. En effet, loin d’être un acte uniforme, il se présente sous plusieurs catégories. Cette catégorisation vise à mieux comprendre les différentes formes de cette pratique ainsi que leurs implications. Ainsi, il existe :
De ces différentes catégories de commentaire-troll, on retient que le troll, quelle que soit sa nature vise à détourner une discussion.
Description du commentaire-troll
Le commentaire-troll se caractérise par une configuration linguistique et discursive spécifique, inscrite dans une logique de perturbation intentionnelle de l’interaction. Il mobilise divers procédés syntaxiques, structurels et thématiques qui traduisent sa fonction de déstabilisation. Ce point permettra d’en décrire les principales caractéristiques.
Le commentaire-troll se caractérise souvent par des formes brèves et une écriture marquée par une syntaxe transgressive et une structure éclatée. Ces choix formels participent à son objectif principal, qui est de rompre les normes de l’interaction en ligne, de choquer ou de déstabiliser l’interlocuteur, en mettant en crise les principes de cohérence, de clarté et de progression argumentative.
Sur le plan syntaxique, il se manifeste par des énoncés courts, elliptiques ou réduits à un mot. Ce qui produit souvent un effet de rupture et de forte charge émotionnelle.
Sur le plan discursif, il repose souvent sur des fragments, des jugements ou des attaques personnelles. Ce qui crée une efficacité polémique du discours. Il adopte très souvent une structure argumentative pour la détourner par l’ironie ou la provocation. Pour Charaudeau (2011), c’est une « manipulation des apparences énonciatives ». Ainsi, la syntaxe et la structure du commentaire-troll contribuent pleinement à sa fonction de déstabilisation et de transgression des normes du discours numérique.
Par ailleurs, les commentaires-trolls portent généralement sur des thématiques à forte charge polémique s’inscrivant dans une logique de rupture avec les normes de l’échange argumentatif. Ils visent à provoquer, diviser ou créer la discorde au sein des communautés numériques. Qu’il s’agisse des sujets politiques, des questions identitaires ou des thématiques plus contemporaines comme le féminisme, la liberté d’expression… le commentaire-troll exploite les tensions sociales et les sensibilités culturelles pour alimenter la controverse et perturber les interactions dans l’univers numérique.
Les éléments discursifs du commentaire-troll
Le commentaire-troll vise à déstabiliser les internautes en suscitant des réactions émotionnelles, à travers un ensemble de procédés discursifs transgressifs qui rompent avec les normes de l’échange argumentatif. Ainsi, l’ironie et le sarcasme constituent des stratégies centrales. Elles permettent au trolleur ou à la trolleuse de masquer son intention réelle sous un ton moqueur, créant ainsi une double énonciation où le sens implicite contredit le sens explicite. Cette ambiguïté rend la réponse rationnelle difficile et installe un rapport de force symbolique au profit du troll (Paveau, 2017).
L’hyperbole et l’exagération volontaire renforcent également cet effet de provocation. En effet, le trolleur ou la trolleuse a souvent recours à des termes excessifs pour s’exprimer contribuant ainsi à amplifier la charge émotionnelle du discours.
L’insulte et la dévalorisation sont aussi des traits du commentaire-troll. Elles visent à réduire l’interlocuteur et à discréditer sa parole. Aussi, le trolleur ou la trolleuse peut également détourner les propos de sa cible en les caricaturant, adoptant ainsi une posture de pseudo-dialogue qui sert en réalité à ridiculiser l’échange selon Charaudeau.
L’usage des énoncés flous, des sous-entendus, des doubles sens ou encore des éléments multimodaux tels que les émojis, les hashtags sont des éléments caractéristiques du commentaire-troll. Ils permettent au trolleur ou à la trolleuse de se protéger en cas de confrontation malgré le caractère perturbateur de son intervention.
En définitive, ces procédés discursifs révèlent une logique de subversion des normes communicationnelles. Le commentaire-troll ne vise donc pas la discussion rationnelle, mais la perturbation de l’ordre discursif et l’intensification des tensions dans les espaces numériques.
Le corpus d’étude
La présente étude s’appuie sur un corpus natif numérique constitué de publications et de commentaires recueillis sur des pages Facebook ivoiriennes. Les corpus natifs numériques désignent, selon Paveau (2017), des ensembles de données produits directement dans les environnements numériques, c’est-à-dire issus des espaces discursifs du web. Ils peuvent inclure des messages textuels en ligne, tels que des conversations sur les réseaux sociaux, des commentaires sur des forums, des chats, ainsi que des contenus issus des médias sociaux (tweets, publications Facebook, vidéos YouTube, etc.).
Les commentaires collectés seront analysés à partir d’une typologie des trolls adaptée au contexte sociolinguistique africain. Le corpus est composé de quatre (4) publications et de huit (8) commentaires extraits de pages Facebook ivoiriennes. Il est considéré comme représentatif des formes de trolling observables dans les interactions numériques en contexte africain.
Étude du commentaire-troll en contexte numérique africain
Le développement des plateformes numériques a offert aux citoyens et cityonnes la possibilité d’interagir, de débattre et d’exprimer leurs opinions. Cette ouverture a également favorisé l’émergence de nouvelles formes de discours, parmi lesquelles le commentaire-troll avec ses caractéristiques. Dans le contexte africain, il présente des caractéristiques particulières influencées par les réalités sociopolitiques, économiques et culturelles propres aux pays du continent. Il s’agit ici de comprendre comment le troll s’inscrit dans les interactions numériques en Afrique, quelles formes il prend, quelles motivations animent les auteurs et les autrices et quels en sont les enjeux.
Description du contexte numérique africain
Parler de contexte numérique africain revient à désigner l’ensemble des dynamiques sociales, culturelles, économiques et politiques qui se déploient à travers les outils et plateformes numériques sur le continent africain. Ce contexte se caractérise par une croissance rapide de l’accès à Internet, l’essor des technologies mobiles, ainsi qu’une appropriation progressive des plateformes numériques par des populations souvent jeunes et urbaines. Ce contexte favorise aussi l’expression citoyenne, l’innovation entrepreneuriale, offre un espace de visibilité mais aussi de manipulation de contestation où coexistent participation démocratique et désinformation. Il constitue ainsi un terrain privilégié pour observer la reconfiguration des discours, des identités et des pouvoirs en Afrique contemporaine. Selon le rapport Digital de DataReportal (Kemp, 2024)[2], l’Afrique comptait plus de 570 millions d’utilisateurs d’Internet en début d’année 2024, soit environ 42 % de la population totale du continent. Les plateformes les plus utilisées sont Facebook, WhatsApp, TikTok, Instagram, Twitter/X ou encore YouTube qui représentent des espaces privilégiés d’interactions, de débats publics et de militantisme numérique. Selon Tchuente, (2021), la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Sénégal ou encore le Cameroun sont les pays où les jeunes internautes se positionnent comme des relais d’information, des producteurs et productrices de contenus et parfois comme des acteurs et actrices critiques du discours politique.
Types de commentaire-troll en contexte numérique africain.
Sur les plateformes numériques africaines, il existe plusieurs types de commentaires en ligne dans divers types de publications notamment politiques, culturelles, religieuses. Ces commentaires varient en fonction des intentions discursives et des stratégies énonciatives des internautes et se déclinent en quatre grandes catégories que sont les commentaires informatifs ou contributifs; les commentaires affectifs ou empathiques; les commentaires polémiques ou militants et les commentaires-trolls qui font l’objet de la présente étude. Par ailleurs, les travaux de Zehoun et Tcheuyap (2020)[3] montrent que ces catégories peuvent coexister au sein d’une même discussion en ligne, révélant la complexité des interactions numériques africaines, où le sérieux côtoie la dérision, et la critique la plaisanterie.
En contexte numérique africain, le commentaire-troll se distingue par sa polyphonie discursive, sa portée ironique et surtout son ancrage socio-politique car la situation est débordante de passion. En s’inspirant des typologies générales du commentaire-troll établies par Phillips (2015) et Hardaker (2010) et en les adaptant aux réalités africaines, on peut identifier quelques types de commentaires-trolls utilisés généralement en Afrique. Ainsi, à partir de l’univers numérique ivoirien qui, à l’instar d’autres espaces numériques africains, constitue un lieu foisonnant d’échanges, de revendications, mais aussi de pratiques discursives décalées telles que le trollage, on peut distinguer les types de commentaires-trolls suivants :
Le commentaire-troll hors sujet ou décalé
C’est un type de commentaire qui introduit un sujet qui n’a aucun lien avec la publication initiale, semant confusion ou distraction. Ce type de troll s’observe fréquemment dans les publications politiques ou culturelles.
Pour le premier exemple, la publication initiale fait état d’une reprise de chanson du duo Yodé et Siro, un autre groupe zouglou. À la suite de cette publication, plusieurs commentaires ont été faits pour apprécier la solidarité existante entre les groupes zouglou. Cependant, des internautes ont émis des commentaires-trolls décalés et hors sujet : le premier commentaire est un troll qui représente un commentaire personnel sans lien avec le post donc hors contexte et le deuxième fait référence au football qui est totalement différent du sujet musical abordé dans la publication initiale.
Le commentaire-troll provocateur
C’est un commentaire-troll qui a recours à l’insulte, au sarcasme ou à la moquerie directe pour déstabiliser ou humilier une personne ou un groupe. Il vise généralement à polariser les débats ou à susciter des réactions émotionnelles fortes. Prenons la capture d’écran 2 effectuée sous la publication de Gaou Productions plus haut.
Ici, nous avons affaire à un commentaire-troll provocateur. En lieu et place d’un commentaire qui pourrait avoir un lien avec la publication, cet internaute investit dans une sorte d’insulte directe à la limite d’un commentaire moqueur. Ce type de commentaire engendre très souvent la polémique entre internautes.
Le commentaire-troll ironique et humoristique
Le commentaire-troll ironique est un type de commentaire qui s’exprime de manière ambiguë ou cynique avec pour intention de ridiculiser ou de pointer une incohérence sans s’exposer comme c’est le cas avec la capture d’écran 3 effectuée sur la page de Gaou Productions.
Sur un groupe composé de quatre personnes, l’internaute, dans un commentaire ambigu, à double lecture estime qu’une seule personne est heureuse. Ce commentaire pourrait donc semer le doute, la confusion et par la même occasion créer une polémique.
Quant au commentaire-troll humoristique, il sert à désamorcer le sérieux du sujet ou à tourner en dérision un post sérieux. Il repose sur une stratégie de décontextualisation ironique, très présente dans les interactions numériques ivoiriennes, souvent nourrie par un esprit de dérision populaire (capture d’écran 4).
Cette publication extraite de la page Facebook d’Euloge Kuyo First, page d’information générale, traite d’une réforme électorale annoncée par le président de la Commission Electorale Indépendante (CEI). Dans les commentaires, un internaute, avec un commentaire totalement décalé, parle d’une affaire de plat culinaire. Cette dissonance entre le contenu politique de la publication et l’anecdote culinaire est flagrante. Il s’agit d’un troll humoristique qui n’a pas pour ambition de débattre mais de divertir, de créer du buzz ou de détourner l’attention du sujet initial. Il participe d’une dynamique où les citoyen·ne·s, se sentant éloigné·e·s des enjeux politiques, optent pour la parodie comme forme d’expression.
Le commentaire-troll bienveillant
C’est un type de commentaire-troll qui désamorce volontairement la tension d’un débat par des interventions inattendues mais non agressives, parfois humoristiques ou moralisantes. Cette forme peut servir à recentrer l’attention sur des préoccupations sociales ou humanitaires (capture d’écran 5).
Cette publication est extraite de la page Facebook d’Abidjan.net, site d’informations généralistes. Il fait état du lancement officiel d’un mouvement politique entre deux candidats déclarés à l’élection présidentielle de 2025 notamment Assalé Tiémoko et Vincent Toh Bi Irié. C’est donc une publication de nature politique, sérieuse, axée sur un enjeu national qui appelle en principe à des commentaires en lien avec le projet politique, les candidatures ou les programmes. Cependant, nous relevons un commentaire qui n’a aucun lien avec le sujet électoral, ce qui en fait un hors-sujet et décalé. Par ailleurs, son contenu est certes pertinent car il aborde un sujet d’ordre social, mais totalement hors contexte, ce qui crée un effet de décalage volontaire.
Le commentaire-troll religieux hors sujet
C’est un type de commentaire qui est perceptible sous les publications de toute nature. Il consiste à écrire, sous les publications des rappels religieux (chrétiens ou islamiques) avec pour objectif de réaffirmer une identité religieuse dans un espace public, ou de tester les limites de tolérance des plateformes et de leurs usagers et usagères. C’est un commentaire-troll hors sujet, fondé sur l’imposition d’un discours dogmatique dans un contexte non confessionnel et peut créer une confrontation entre les internautes (capture d’écran 6).
Cette publication et le commentaire qui en découle sont extraits de la page Facebook du supermarché Auchan. Dans une publicité commerciale, Auchan incite les consommateurs et consommatrices à achater les produits essentiels du mois. Pour répondre, un internaute poste un commentaire religieux détaillant les cinq prières quotidiennes musulmanes. Ce commentaire est totalement dissocié du contenu initial de la publication et s’inscrit dans une stratégie discursive typique du troll religieux qui consiste à instrumentaliser des espaces neutres ou commerciaux pour véhiculer un message normatif à visée religieuse. En outre, ce commentaire a créé une sorte de confrontation entre internautes. En effet, un autre internaute fait un commentaire en guise de réponse au précédent commentaire. Il rejette la légitimité du commentaire religieux de son interlocuteur en affirmant que cette pratique ne sauvera pas et surtout qu’elle n’a pas de valeur spirituelle. Ce qui engage un débat religieux conflictuel qui est souvent cause de polémique. Le commentaire-troll vise ici donc à provoquer une controverse.
L’analyse de ces exemples met en évidence la pluralité des manifestations du commentaire-troll dans les espaces numériques africains. Quelle que soit la forme qu’il représente, le commentaire-troll ne saurait être considéré comme un acte neutre. En effet, il traduit souvent des tensions sociales, identitaires ou encore politiques et témoigne du rapport qui traverse les espaces numériques. Ainsi, l’usage du commentaire-troll soulève des interrogations à la fois sur la régulation de la parole en ligne mais aussi sur les différentes manières dont les usagers et usagères utilisent les plateformes numériques en fonction des intentions, des stratégies et du positionnement discursif.
Motivations du commentaire-troll en contexte africain
Les motivations du commentaire-troll en contexte numérique africain sont plurielles et relèvent de dynamiques à la fois individuelles et collectives. En effet, le commentaire-troll s’inscrit dans un cadre discursif large qui est souvent lié au contexte sociopolitique, économique ou culturel propres aux espaces numériques du continent. Il se présente comme une forme d’expression politique, de satire sociale ou de résistance symbolique.
Le commentaire-troll répond souvent à une frustration sociale ou politique. C’est un moyen détourné d’exprimer souvent son ressenti dans des environnements souvent marqués par la pauvreté, la corruption, le chômage. L’utiliser pour s’exprimer permet aux auteurs et autrices, dans un commentaire décalé, de dire sa part de vérité dans un style ironique. L’exemple de ce commentaire sous un post de la Commission Electorale Indépendante sur la révision de la liste électorale traduit bien cette idée : « On va encore faire la queue pour voter et après on nous oublie comme toujours. »
Certains sont aussi faits pour attirer l’attention, obtenir des likes ou des abonnés ou faire le buzz motivé ainsi par la recherche perpétuelle de visibilité qui guide certains auteurs et autrices de cette pratique. Ainsi, le troll provocateur ou humoristique devient une stratégie de reconnaissance sociale. Il peut aussi être une forme d’humour politique qui tourne en dérision les figures du pouvoir ou les discours institutionnels, dans une tradition proche de la satire populaire.
Il peut aussi être motivé par des logiques identitaires où l’objectif est d’attaquer, moquer ou stigmatiser une communauté, un groupe ethnique, religieux ou national. Ces commentaires exploitent des stéréotypes historiques ou sociaux pour nourrir un discours d’opposition ou d’exclusion selon Njoya (2020). Par ailleurs, il peut se présenter, dans certains cas comme un simple jeu de langage, une performance humoristique qui s’inscrit dans la culture numérique locale. En effet, les internautes utilisent les langues locales notamment le nouchi en Côte d’Ivoire ou le camfranglais au Cameroun pour produire des effets comiques sans intention explicitement hostile. Dans ce cas, il s’agit d’un divertissement collectif qui repose sur la connivence et le goût de l’absurde.
Dans la majeure partie des cas, le commentaire-troll cherche simplement à déstabiliser une discussion, sans réelle idéologie. Toutefois, elles sont étroitement liées aux réalités locales et aux codes de communication propres aux internautes africains selon Eboussi Boulaga (2021).
Enjeux et visées du commentaire-troll en contexte numérique africain
En contexte numérique africain, le commentaire-troll s’inscrit dans des dynamiques socio-politiques, culturelles et médiatiques qui structurent les espaces d’interaction en ligne. S’il constitue un discours perturbateur, il peut aussi être mobilisé comme stratégie d’expression identitaire, d’influence des débats publics ou encore de production d’humour.
L’un des enjeux est la construction de l’image de soi en ligne. En effet, le commentaire-troll peut servir à se positionner dans la conscience collective en construisant un ethos trollesque qui pourrait être défini comme l’image de soi construite par un locuteur à travers des pratiques discursives de provocation, de transgression des normes sociales… Il participe ainsi à une stratégie de visibilité.
Un autre enjeu est celui de l’influence sur l’opinion publique. Cet enjeu est perceptible sur le plan politique et idéologique et mobilisé dans des stratégies de perturbation ou d’orientation du débat public.
Aussi, à travers l’humour et les pratiques langagières locales comme « le nouchi » en Côte d’Ivoire, le commentaire-troll comporte une dimension socio-culturelle. En effet, à travers ces pratiques, il permet d’exprimer certaines émotions comme les frustrations.
Au total, les enjeux du commentaire-troll ne se limitent pas à la simple provocation. Ils se retrouvent très souvent dans les dimensions identitaires, politiques, sociales et médiatiques témoignant ainsi des dynamiques complexes qui se retrouvent dans les espaces numériques africains. Le commentaire-troll devient alors un révélateur des tensions, des rapports de pouvoir et des mutations qui structurent les interactions et les pratiques discursives sur les plateformes numériques.
Conclusion
L’analyse des fonctions et enjeux du commentaire-troll en contexte numérique africain révèle un phénomène discursif qui présente plusieurs dimensions. En effet, l’étude révèle que ce type de commentaire s’inscrit dans une dynamique communicationnelle qui est propre aux espaces numériques africains et est marquée par une hybridité entre humour, contestation sociale, satire politique et quête de visibilité. Par ces fonctions, le commentaire-troll contribue à redéfinir les formes de participation dans les espaces numériques qui mettent en lumière les tensions entre liberté d’expression et fabrication de l’opinion en ligne. Dans un contexte africain où la politique prime, l’usage des commentaires-trolls appelle à une réflexion approfondie sur les rapports entre discours, pouvoir et société.
Aussi, l’étude a révélé que le commentaire-troll, en contexte numérique africain, est plus décalé que violent. Cela est dû à la nature humoristique qui caractérise certains écrits. Ainsi, le commentaire-troll ne doit pas être compris comme un commentaire ne respectant pas les normes du numérique, mais plutôt en saisir les intentions dissimulées et les effets potentiels sur les imaginaires collectifs et les pratiques discursives contemporaines. C’est dans cette perspective qu’étudier le commentaire-troll en contexte numérique africain prend tout son sens, en tant que révélateur des mutations de la parole publique.
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Abdoul Karim KONE
L’auteur est docteur ès lettres, option Grammaire et linguistique du français, spécialité Analyse du discours / discours numérique, de l’Université Félix Houphouët-Boigny. Il a soutenu sa thèse en 2024 sous la direction de la professeure Aimée-Danielle Lezou Koffi. Son champ de recherche porte sur les discours produits dans les environnements numériques, en général, et sur les réseaux socionumériques, en particulier. Ses travaux visent à mettre en évidence les mutations de la communication et des pratiques discursives dans ces nouveaux espaces. Il est spécialisé dans l’étude des commentaires numériques, notamment du commentaire troll.
Courriel : abdoulkone00@gmail.com