Volume 3, numéro 1 – 2026. Questionner les types de discours en contexte africain
Table des matières
Présentation. Questionner les types de discours en contexte africain
REPENSER LES FRONTIÈRES DU DISCOURS À PARTIR DES TRADITIONS ORALES ET RITUELLES
L’analyse du discours en contexte africain demeure souvent tributaire de modèles théoriques construits à partir de traditions écrites. Or, dans les sociétés africaines, la parole est moins un simple instrument de communication qu’un acte total, porteur d’une fonction sociale, symbolique et performative. Cet article interroge la possibilité d’une typologie du discours ritualisé africain, pensée à partir de l’oralité gabonaise. Il s’agit, dans cette étude, de comprendre comment la parole, à travers ses multiples formes (verbale, gestuelle, musicale, voire silencieuse), participe à la construction du lien social et à la transmission des savoirs. En prenant pour appui trois rites initiatiques gabonais, notamment le Bwiti, le Mwiri et le Nièmbè, l’étude propose une matrice d’analyse adaptée aux formes ritualisées de l’oralité en contexte gabonais, fondée sur trois axes : la fonction sociale, la forme performative et le contexte énonciatif. L’objectif est de dépasser les modèles analytiques occidentaux pour dégager une épistémologie africaine du discours, où l’oralité n’est pas une absence d’écriture mais présence d’un autre mode de textualité, vivant et communautaire.
Cette contribution examine une typologie décoloniale marocaine de la communication ritualisée. Elle intègre non seulement les dynamiques orales amazighes, les hybridités linguistiques arabes-amazighes mais aussi les influences postcoloniales et les contextes sociopolitiques locaux. Le recours aux modèles de l’occident applicables aux typologies de la communication rituelle africaine, particulièrement marocaine ne sont pas toujours opératoires en dépit de la richesse et la diversité discursives locales. Pour mener à bien la problématique de cette étude, nous avons élaboré deux hypothèses essentielles : la première traite les spécificités énonciatives et performatives du discours rituel caractérisées par la polyphonie, la circularité et l’invocation spirituelle; la seconde accentue les hybridités postcoloniales produisant des genres rituels novateurs. Quant au cadre méthodologique de cette investigation, il est constitué d’un corpus diversifié englobant Ahwach amazigh, rituels Gnawa, discours soufis, proverbes maghrébins et rituels conjugaux. Bien qu’elle n’obéisse pas aux modèles occidentaux, Cette typologie que nous avons élaborée, illustre des genres de discours émergents tels que : performatif-communautaire, narratif-circulaire, argumentatif-métaphorique.
La palabre au niveau juridictionnel est une activité inhérente à toutes les sociétés traditionnelles africaines pour maintenir la stabilité du système de gouvernance et la cohésion sociale. Le peuple Baoulé est inscrit dans cette perspective à travers son mode de résolution de conflits. La présente analyse envisage de présenter une caractérisation du discours judiciaire en mettant en exergue ses facettes communicationnelles, discursives et énonciatives. Bien plus encore, il s’agit de mettre en lumière les pistes d’une singularisation d’un discours judiciaire africain en prenant appui sur les pratiques discursives Baoulé. En effet, ce type de discours du point de vue de l’encodage et du décodage présente des activités et des stratégies discursives qui sont exprimées, interprétées et appliquées lors des audiences traditionnelles de justice. En s’intéressant à ces interactions verbales, l’on remarque une variabilité de rituels et de règles dans l’interaction. Celles-ci révèlent une hétérogénéité de techniques discursives se rapportant à l’utilisation de principes juridiques reflétant l’imaginaire culturel.
LES INSTITUTIONS COMME ESPACES DE FABRICATION DES IDENTITÉS DISCURSIVES
Cet article analyse, dans une perspective diachronique, la construction identitaire du citoyen dans le discours didactique ivoirien, à partir d’un corpus de 15 manuels scolaires disciplinaires officiels (Français, Histoire, Éducation civique et morale, Éducation aux Droits de l’Homme et à la Citoyenneté) du cycle primaire couvrant les périodes coloniale, postcoloniale et contemporaine. L’étude s’inscrit dans le cadre de l’Analyse du discours selon Maingueneau : le discours est appréhendé comme un type de discours permettant de décrire les contraintes et les finalités institutionnelles. Le discours didactique ivoirien, en tant que type discursif, met en évidence une transformation profonde des finalités de l’école et du rôle des manuels scolaires. En outre, il construit et projette un ethos citoyen composite, dont l’évolution participe à l’institutionnalisation des mémoires, des valeurs et des figures identitaires. L’article vise ainsi à mettre en évidence les différentes caractéristiques de ce discours dans la dynamique de ses reconfigurations identitaires.
Cet article interroge le discours du manuel scolaire en tant que reflet et produit d’un contexte sociopolitique donné. Il met en lumière les marques linguistiques, idéologiques et culturelles qui traduisent l’influence du cadre de production sur le contenu informationnel. L’étude postule que le manuel, loin d’être un simple support pédagogique neutre, constitue un espace de construction symbolique où se cristallisent les valeurs, les représentations et les orientations d’une société. L’analyse mobilise des approches linguistiques et discursives de l’analyse du discours pour décrire les pratiques langagières, culturelles et discursives à l’œuvre. L’article s’articule autour de trois axes : le cadre contextuel et méthodologique de l’étude, l’examen des pratiques linguistico-culturelles et discursives identifiées, puis la caractérisation du discours didactique en contexte africain, et plus particulièrement ivoirien.
Les langues locales gagnent une place importante dans la production journalistique au Sénégal, à côté de la langue officielle qui est le français. Cette cohabitation soulève une question centrale : comment une presse écrite francophone subsiste-t-elle et se réinvente-t-elle dans un espace où seule une minorité maîtrise sa langue d’écriture? Pour rester accessible dans ces écrits, le journaliste opère une appropriation particulière, voire spécifique, de cette langue, faisant ainsi d’elle une langue sénégalaise utilisable dans toutes les situations de communication. Cette recherche évalue l’influence des langues locales, particulièrement le wolof, sur la production journalistique, ainsi que leur position dans le paysage médiatique. Elle met en lumière les mécanismes linguistiques par lesquels, au-delà d’un simple contact entre le français et les langues locales, se traduit une stratégie discursive adaptée aux dynamiques culturelles, sociales et politiques du Sénégal. En nous appuyant sur un corpus constitué de 260 articles de presse écrite des quotidiens nationaux, nous identifions des procédés linguistiques récurrents : l’alternance codique, les emprunts, les interférences. En analysant leurs particularités et l’effet qu’ils produisent chez le lectorat, nous nous sommes appuyés sur la théorie pragmatique d’Oswald Ducrot. Ces pratiques discursives contribuent à enrichir le médiatique tout en soulevant des interrogations cruciales concernant la normativité, l’identité linguistique et l’interprétation du message. Dès lors se pose donc la question de la légitimité et de l’inclusion des langues locales dans le domaine journalistique.
LES ESPACES NUMERIQUES AFRICAINS COMME LABORATOIRES DE NOUVELLES FORMES DISCURSIVES
Les vlogs diffusés sur TikTok incarnent un genre discursif natif des réseaux sociaux numériques, profondément ancré dans une culture de l’écran mobile, de l’oralisation scripturée et de l’interaction médiée. En s’appuyant sur le cadre théorique de l’analyse du discours numérique, cet article propose d’examiner les spécificités et modalités des interactions multimodales propres à ces vlogs hyperécraniques. À travers l’étude de séquences discursives, l’article montre comment l’énonciation se configure dans un espace techno-discursif où se croisent textualité affichée, performativité gestuelle et oralité médiée.
Le discours de coaching en ligne : émergence d’un genre discursif africain
Le développement des réseaux sociaux numériques en Afrique a favorisé l’essor du coaching en ligne, porté par des figures médiatiques comme Lady Sonia, Hamond Chic et Simon Ouédraogo. Ce phénomène ne se limite plus à de simples échanges interpersonnels. Il s’affirme désormais comme un véritable lieu de construction des identités, de diffusion des valeurs sociales et de mise en visibilité de soi. Cette étude s’intéresse aux interactions numériques produites par des figures du coaching telles que Lady Sonia, Hamond Chic et Simon Ouédraogo. Elle repose sur l’hypothèse selon laquelle le coaching en ligne constitue une forme discursive émergente en contexte africain, caractérisée par le croisement de plusieurs registres, notamment religieux, éducatif, psychologique et médiatique. L’étude s’appuie sur la pragmatique et l’analyse du discours afin d’examiner la construction de l’ethos, les stratégies argumentatives et les formes interactionnelles propres à ce discours numérique. La méthodologie repose sur une analyse qualitative d’un corpus composé de vidéos Facebook et de leurs commentaires, issus des publications des trois coachs sélectionnés. L’approche combine l’analyse rhétorique, l’étude de l’énonciation et l’examen des spécificités syntaxiques et lexicales du discours numérique. Les résultats révèlent trois caractéristiques principales : une argumentation fondée sur une rhétorique émotionnelle et métaphorique, un ethos hybride associant autorité morale et proximité affective et une hybridation syntaxique entre oralité et écriture numérique.
Fonctions et enjeux du commentaire-troll en contexte numérique africain
Dans les espaces numériques africains, le commentaire-troll apparaît comme une forme d’intervention ambivalente, révélatrice des tensions sociopolitiques contemporaines. Il ne se limite pas à une nuisance, mais remplit des fonctions critiques, satiriques et identitaires, contribuant à redéfinir les rapports entre citoyens et citoyennes, institutions et espaces publics en ligne. Cette étude s’intéresse aux fonctions du commentaire-troll sur les plateformes numériques africaines à partir d’un corpus de commentaires publiés sur Facebook. Elle met en lumière les différentes stratégies discursives mobilisées par les internautes ainsi que les enjeux liés à la liberté d’expression, à la régulation de la parole publique et à la légitimation des autorités. En s’inscrivant dans les perspectives de l’analyse du discours et de la sociolinguistique, l’étude révèle l’ambivalence du commentaire-troll : tantôt espace de contestation et de critique sociale, tantôt un vecteur de désinformation. Elle montre également comment ces pratiques discursives traduisent une démocratie numérique encore en construction, dans laquelle l’ironie et la dérision deviennent de véritables armes de prise de parole et de contestation politique.
Quand le discours populiste déborde les catégories traditionnelles du discours politique
Cet article interroge la transformation contemporaine du discours politique à l’ère des plateformes numériques à travers d’une analyse du discours présidentiel tunisien diffusé sur Facebook. L’étude défend l’hypothèse que le populisme ne repose pas uniquement sur un aspect idéologique ou rhétorique, mais aussi sur un régime d’énonciation qui lui est propre, réinterrogeant constamment les frontières, poreuses, du politique, les modalités de légitimation du pouvoir et la figure même de l’autorité institutionnelle. Ce travail entend mettre en lumière un glissement profond de la parole politique traditionnelle vers une nouvelle parole publique qui tend à moraliser le débat, à dépeindre le peuple comme porteur d’une vérité propre, et à désigner un adversaire difficile à identifier et extensible, mais systématiquement disqualifié. Ce régime discursif fonctionne surtout par une simplification outrancière des enjeux démocratiques dans la mesure où il rabat des problématiques hétérogènes sous quelques grands signifiants fédérateurs, et transforme ainsi l’espace politique en champ pugilistique des valeurs plutôt qu’en lieu de délibération collective. L’article cherche à montrer aussi que l’environnement numérique n’est pas un simple canal de transmission et de diffusion des messages politiques. Il est une condition qui rend possible la compréhension même de ce message. En effet, en favorisant une parole personnalisée, incarnée, directement adressée, les plateformes brouillent la frontière entre discours institutionnel et prise de parole subjective. Il en résulte une figure hybride de la parole politique, où la légitimité du pouvoir ne repose plus tant sur une position ou un programme clair que sur la personne même du leader — son ethos, sa présence, sa capacité à se faire reconnaître comme l’un des siens. L’étude cherche à penser le populisme comme une mutation des formes contemporaines de gouvernementalité discursive, où la légitimité politique n’est pas à chercher seulement dans l’institutionnel mais aussi dans le personnel, entendu ici dans le sens de la performativité d’une parole personnalisée et moralement investie.
DISCOURS, MOBILITÉS ET CONTESTATION DES NORMES SOCIALES
Discours et migration du Nord au Sud
La migration est incontestablement un phénomène qui s’actualise au regard de tous les phénomènes qui traversent le monde sous l’ère de la globalisation. Cet état de fait explique que plusieurs disciplines s’intéressent aux migrations dans leur ensemble, car elles touchent à la fois plusieurs domaines. L’analyse du Discours ne reste pas en marge. Du fait de son interdisciplinarité, elle permet également d’interroger les migrations. En Afrique, l’Analyse du Discours prend en compte les contextes sociolinguistique et culturel. Ces spécificités qui sont, de plus en plus, mises en avant. C’est dans cette perspective que s’est déroulée le premier colloque du Réseau Africain d’Analyse du Discours. Ainsi, mettre en évidence les spécificités du contexte africain, sur la thématique de la migration, est l’objectif de cet article, notamment sur les questions d’identité ou de désignation des migrant·es.
Cette étude propose d’étudier la déconstruction des normes sociales dans le roman Crépuscule du tourment de Léonora Miano. À travers l’Analyse du Discours intersectionnel et la notion d’agentivité, elle présente d’une part les normes patriarcales, héritage perpétué par certains personnages féminins et d’autre part la déconstruction de ces normes par le personnage d’Ixora, personnage confronté à de multiples oppressions. L’étude interroge donc la manière dont l’écriture romanesque donne la voix aux femmes marginalisées, déconstruit les normes sociales et les rapports de pouvoir, redéfinit les rôles sociaux et inscrit de nouveaux modèles de genre.